‹ Trois légendes franciscaines de l'an 1629 [microforme]Chapitre 5 sur 14 · PRÉFACE 5 À · texte numérisé non relu

PRÉFACE 5 À

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Le frère Gilles m'envoya à titre amical le manuscrit de ses légendes, voilà un an et plus, les recommandant à mon indulgence, avec l'espoir, écrivait-il, que, après l'avoir occupé quelques jours, elles m'amuscraient quelques instants.

Elles m'enchantèrent.

Je n'aime en effet rien autant que la légende, la vraie, celle qui n'invente pas de toutes pièces les Personnages et les faits, mais qui, fleur de l’histoire, y Dlonge ses racines. Et quand la légende s'exerce sur l’histoire canadienne, et dans l'espèce sur celle des Récollets, qu’elle met en scène les Personnages de cctte histoire et qu'elle se déroule sur notre grand fleuve et dans nos sombres forcts, ch! alors, de quel intérêt Particulier elle s’augmente et quelle profonde jouissance elle me procure !

Je formai donc le dessein bien arrété de publier ces légendes. Cela n’alla pas tout seul. Il me fallut arracher à l'auteur son assentiment, puis son manuscrit, que je lui avais retourné pour qu'il le revit. Imprudence qui faillit être fatale aux légendes... La tentation, je sais, fut très forte de les jeter au feu et d'en finir ainsi avec l’importun solliciteur. Nos bons Récollets, j'imagine, que je voulais honorer Dar Cette publication, retinrent le bras du frère Gilles, et un bon jour m'arriva le manuscrit, revu et augmenté, des légendes. Elles Daraîtront à à l'heure la Plus opportune, à la veille des fêtes —

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remises à cette année — du IIIe centenaire de la Joi.

Je me flatte qu’elles seront goûtées, et je crois Poutoir prendre sur moi, au nom des lecteurs des présentes légendes, de demander à l'auteur d'en lier une gerbe nouvelle.

Ce genre littéraire est bien peu eæploité ici, et Pourtant, quelle mine à récits légendaires que nos vieilles chroniques. Les récits de nos anciens Récollets, Sagard, Leclercq, pour ne nommer que ceuzlà, sont des sources où l’on peut puiser à pleines mains les motifs des plus merveilleux contes.

Je souhaite que vous y employiez vos talents, cher frère Gilles, à l'honneur des lettres canadiennes et du nom franciscain. Après l'épreuve si redoutée Dar vous du feu de la rampe, que les actuelles légendes, je le répète, vont supporter atec triomphe, vous ne sauriez arguer de votre maladresse à écrire. Les iec'2urs les plus délicats loueront en effet vos dons d’évocation, de mise en scène, votre talent descriptif, votre fraîcheur de sentiments, la belle tenue de vos légendes. Plusieurs écrivent étant moins favorisés..,

J'attends donc pour bientôt une nouvelle série de légendes... à moins que ce ne soient vos Esquisses et Miniatures... ou encore vos évocations des Choses qui s’en vont...

P. HUGOLIN, o.f.m.

ARGUMENT HISTORIQUE

Le 19 juillet 1629, David Kirke arrivait devant Québec et sommait Champlain, au nom du roi d'Angleterre, de lui livrer l'Habitation et la colonie. Detant l'impossibilité manifeste où se trouvait le fondateur de Québec de se défendre, la reddition de Québec fut décidée. Aux termes de la capitulation, tous les habitants, y compris les Récollets et les Jésuites, devaient être déportés en France, ce qui eut lieu le 9 septembre suivant. La colonie fut rendue à la France en 1632, mais les Récollets ne purent y retourner qu'en 167. Condamnés de nouveau à disparaître, après la cession définitive du pays à l'Angleterre en 1763, il fut enfin, en 1900, donné aux Franciscains — dont les Récollets représentaient un groupement aujourd'hui absorbé dans l'Ordre de saint François — de bâtir un nouveau monastère à Québec, sur les hauteurs du cap, à Vendroit précis où la légende place la vision prophétique du frère Gervais, l'un des Récollets déportés en 1629.

PH

Er CIE NN IENTUTS

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La prophétie du Frère Geruais

“Qui seminant in lacrymis, in exultatione metent.'?

Ps, 125.

À Québec, le 15 août 1629.

Elle sonnait, elle sonnait, ce matin-là, à toute volée, la petite cloche du couvent de N otre-Damedes-Anges; car devant les colons accourus à leur chapelle, les Récollets avaient chanté leur dernière grand’messe,

L'Eglise universelle célébrait la fête de l’Assomption de la Vierge Marie et les missionnaires avaient voulu se réjouir avec elle du triomphe de leur Mère Immaculée, la douce Reine des Mineurs. Le monastère lui-même, par son vocable gracieux, semblait saluer sa Protectrice, accueillant la joie radieuse et pure de cette fête mariale comme une

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