TROIS LÉGENDES FRANCISCAINES TT
Mais il avait trouvé cette porte fermée à double tour. Il longea donc lentement le mur de côté et parvint vis-à-vis de la sacristie. Ses regard: tombèrent alors su: le soupirail de la cave, par lequel on jetait le bois de chauffage; en deux sauts il fut auprès, fit voler les vieilles planches mal clouées qui le fermaient, s’introduisit dans l'ouverture béante et tomba dans la cave d’où il remonta ensuite par le vestiaire dans l’église. L'enfant commença alors dans la chapelle une visite plus minutieuse encore et plus recueillie, de tant de choses qu’il n’avait jamais pu voir que de loin. L’autel par exemple, avec ses festons de raisins d’or et de blés d’argent; les deux figures joufflues de séraphins à six ailes qui se tenaient aux côtés de ce tabernacle, dont on lui parlait toujours, et dont il n’avait jamais seulement vu la porte de près, etc... ; autels, stalles, crédences, sculptures, tableaux, il examina tout attentivement, dans chaque détail, comme un connaisseur. Il ouvrit les confessionnaux et, après s'être assuré par un regard circulaire que personne ne le voyait, s’assit une minute dans celui du Père
Joseph, pour voir comment cela ferait de confesser; il fit glieser les planchettes des guichets, tout surpris que de gros péchés puissent passer par de si petits trous.
Il monta ensuite dans la chaire qui était audessus du confessionnal; mais les “egards froids et l’air sérieux du Moïse sculpté sur le rétable l'intimidèrent. 11 lui passa la main sur la barbe qui était Souce pourtant, et ne comprenant rien à cette Cuntradiction évidente, il s’assura qu’il était bien cloué, et descendit à reculons en se disant que ce monsieur ne devait pas être commode dans sa jeunesse.
Devant le tableau représentant le Baptême du Christ, placé aux Fonts baptismaux, il remarqua que saint Jean ne versait pas plus d’eau pour baptiser un homme que les missionnaires n’en usaient pour baptiser un enfant. Cette économie d’eau lui parut d’autant plus singulière que le saint Précurseur était à même le fleuve et que le Sauveur lui-même semblait l’inviter à y puiser largement, puisqu'il avait mis sa robe sur le rivage. Pour protester, il plongea sa main dans
le bénitier et fit un grand signe de croix.
Revenu au sanctuaire, il alluma un bout de cierge oublié et, devant l’image de Notre-Damedes-Anges, renouvela sa consécration. Sa visite terminée, sa dévotion satisfaite, il reprit le chemin par lequel il était venu, referma le soupirail, puis la porte du couvent, et après avoir sauté la palissade, prit le chemin du Fort pour remonte: chez madame Hébert.
Il était déjà tard lorsqu'il y arriva. Dars la grande cuisine, à la lueur de l’âtre, les gens de la maison attendaient l’heure du souper, pendant que les femmes s’occupaient activement à prépare: la table. Sans proférer une parole, Louis s’assit sur le seuil de la porte ouverte en caressant le chien de garde qui le reçut comme un ami. Peu après, madame Hébert venant à passer près de là. l’aperçut, et se penchant vers lui, lui dit à mivoix :
—“Je ne t'ai pas vu au départ des missionnaires ce matin et je t’ai attendu toute la journée ; où étais-tu donc ?
—“Je viens du couvent, marraine.