Le président Hénault
2. Le marquis était quelque peu malade imaginaire et Frédéric, qui le raillait de ce travers, l'accusait « de vider les phai^macies de pilules et d'user tous les lavements des apothicaires ». (Mémoires de de Calt.)
et la mienne d'être libre. J'eus encore hier une conversation avec lui dans son cabinet; dans celle-là il ne fut question de rien que de vers et de littérature ; il me lut plusieurs pièces de sa façon, où il y a en vérité beaucoup de très bons vers et d'autant plus surprenants que ces pièces ont été faites dans le temps de ses plus grands malheurs et des plus violentes crises qu'il ait éprouvées*. J'avais été l'après-midi voir la Reine, qui m'a très bien reçu, et j'ai fort à me louer aussi de toute sa cour.
a Ce matin j'ai vu manœuvrer le régiment des gardes à cheval ; cela est admirable malgré la poussière qu'il faut avaler, et je ne m'étonne pas que cette cavalerie soit si redoutable par la vigueur et la rapidité avec laquelle elle exécute ses mouvements. »
c A Potsdam, le 20 juillet 1763.
« Milord Maréchal est parti et prit hier congé du Roi les larmes aux yeux. Le Roi l'a embrassé avec toute l'amitié possible; il perd en lui un bien galant homme, bien vraiment philosophe et de très bonne compagnie, surtout dans un pays où la compagnie n'est ni bonne ni mauvaise, car il n'y en a point.
1. Même dans les moments les plus critiques de la guerre de Sept Ans, même aux époques où sa situation paraissait désespérée, Frédéric passait plusieurs heures par jour à lire les auteurs français et à composer des vers. Les Mémoires de de Catt donnent à ce sujet de très curieux détails.
(( Je VOUS ai parlé assez au long de Jean-Jacques dans une de mes lettres précédentes ; il ira rejoindre Milord Maréchal en Ecosse, mais ce ne sera que vers le printemps, à moins qu'il ne change d*ayis, car rÉcosse est pour lui un théâtre bien obscur et bien sourd. Non, le roi de Prusse ne pense point à l'avoir, parce qu'il pense qu'il le désirerait inutilement, et puis, soit dit entre nous, parce qu'il ne s'en soucie pas extrêmement. Du reste, il parle de lui à tous égards avec beaucoup de justice et plaint bien sincèrement son malheur, les persécutions qu'il éprouve et les outrages qu'il essuie.
« L'abbé de Prades n'est point à Berlin, et je crois n'y reviendra jamais, il est à Glogau, assez mal à son aise et justement puni pour avoir manqué essentiellement au Roi qui cependant lui donne du pain^
« Le Roi me parle souvent de Voltaire et en vérité on ne peut pas mieux sur tous les points. On ne sau-
1 . Prades (Jean-Martin de) publia en 1751 une Ihtie qui provoqua un grand scandale ; décrété par le parlement, il se réfugia en Prusse, où le roi, sur la recommandation de Voltaire, le prit comme lecteur, a L'abbé de Prades, disait Frédéric, a un esprit naturel, des saillies, une étourderie étonnante, un fond de malignité que l'on ne trouve que chez les prêtres ; cette malignité lui a déjà attiré chez moi bien des affaires fâcheuses, il n'a de connaissances que celles de l'histoire ecclésiastique qu'il connaît assez bien. » [Mémoires de de Catl.) Pendant la guerre de Sept Ans l'abbé fut soupçonné de trahison et enfermé dans la citadelle de Magdebourg. La paix faite, Frédéric l'interna à Glogau, où il lui donna la ville comme prison.
rail avoir Tesprit plus droit et le goût plus juste que ne Ta ce prince. Je voudrais seulemeni qu'il ne me fît coucher trop lard. Je ne ni*en plains pourtant pas, il est bien digne qu'on fasse pour lui des efforts et des sacrifices.
Vous avez vu ce Testament philosophique en vers dont vous me parlez et que Voltaire cite. Il a été imprimé dans le Mercure en 1757 ou 1758. Il commençait ainsi : Croyez que si fêtais Voltaire, etc., finissait par ces mots : je dois,,.. penser vivre et mourir en Roi. Du moins je ne connais point d'autre testament philosophique du Roi; je lui en parlerai à la première occasion et je vous ferai part de ce qu'il me dira làdessus, car j'imagine qu'il ne me demandera pas le secret sur ces bagatelles. S'il est impénétrable dans les grandes affaires, il n'est nullement mystérieux dans les petites choses. »
« 2*2 juillet 1763.
« Je vous remercie des détails sur l'inoculation que vous m'écrivez, j'en ferai part ce soir au Roi. Je n'ai point de connaissance de ce Catéchisme de Vhonnêle homme, et jedoute qu'il soit de Jean-Jacques Rousseau, précisément parce qu'on a affecté d'y mettre en abrégé les lettres initiales de son nom ; je le croirais plutôt jde Voltaire*....