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Noire seule gloire, c'est de l'avoir pressenti. Attachezvous de plus en plus à l'Assemblée nationale : elle est votre souveraineté; elle est digne de vous. Seulement, donnez-lui du temps. L'impatience est la violence des bonnes intentions. On n'institue pas en trois mois le gouvernement d'un siècle!
Recevez mes adieux, citoyens! Nommé dix fois par vous comme signification et non connue homme ; confondu désormais dans les rangs des simples représentants; descendu d'un pouvoir trop haut pour mon ambition et ne désirant pf>int y remonter; oubliez-moi, ne m'accusez pas! Peut-être ai -je mérité un seul jour vos suffrages , c'est le jour où je les ai sacrifiés à la concorde. Quant à moi, je nie souviendrai de vous tous les jours de ma vie publique. Chaque fois que je jetterai dans l'urne un vote de bonne intention pour le peuple, de fermeté contre les factions, de salut pour la patrie, pour la famille, pour la propriété, pour la conscience, pour la société, je me dirai que j'y jette avec ma pensée votre propre pen^-^ée à vous 1 je me dirai que deux millions de citoyens votent avec moi pour cette République unanime qui n'est à vos yeux comme aux miens que l'intérêt de tous, légitimé par le droit de tous, et défendu par la main de tous, dans le plus libre et dans le plus fort des gouvernements.
Lamartine , /fr/)rrspii(nnl du peuple.
Paris, 25 août 18iS.
— 1—*^ 24 Février. ^•— |—
Discours en réponse à la proposition faite par M. Dupin de proolamor M. le oomte de Paris roi des Français, avec la régence de madame la duohesse d'Orléans, et à celle de M. Ledru-RoUin ayant pour but la formation d'un gouvern^ment provisoire nommé par le peuple et un appel immédiat à une Convention qui régularise les droits de U nation.
Messieurs, je partage aussi profondément que qui que ce soit parmi vous le double sentiment qui a agité tout à l'heure cette enceinte en voyant un des spectacles les plus touchants que puissent présenter les annales humaines, celui d'une princesse auguste se défendant avec son fils innocent et venant se jeter du milieu d'un palais désert au milieu de la représentation du peuple.
Et ici je ne fais aucune distinction, car le moment n'en veut pas, entre la représentation nationale et la représentation des citoyens, de tout le peuple, et de plus, c'est le moment de l'égalité, et cette égalité ne servira, j'en suis sûr, qu'à faire reconnaître la hiérarchie de la mission que des hommes spéciaux ont revue de leur pays pour donner, non pas l'apaisement, mais le premier signal du rétablissement de la concorde et (le la paix publique.
Mais, messieurs, si je partage cette émotion qu'inspire ce spectacle attendrissant des plus grandes catastrophes humaines, si je partage le respect qui vous
anime tous, à quelque opinion que vous apparteniez dans cette enceinte, je n'ai pas partagé moins vivement le respect pour ce peuple glorieux qui combat depuis trois jours pour renverser un gouvernement perfide, et pour rétablir sur une base désormais inébranlable l'empire de l'ordre et l'empire de la liberté.
Mais, messieurs, je ne me fois pas l'illusion qu'on se faisait tout à l'heure à cette tribune; je ne me figure pas qu'une acclamation spontanée arrachée à une émotion et à un sentiment publics puisse constituer un droit solide et inébranlable, et un gouvernenient de trente-cinq millions d'hommes.
Je sais que ce qu'une acclamation proclame une autre acclamation peut l'emporter, et quel que soit le gouvernement qu'il plaise à la sagesse et aux inlé" rets de ce pays de se donner, dans la crise où nous sommes, il importe au peuple, a. toutes les classes de la population , à ceux qui ont versé quelques gouttes de leur sang dans cette lutte, de cimenter un gouvernement populaire, solide, inébranlable entin.
Kh bien ! messieurs, comment le faire ? conmient le trouver parmi ces éléments flottants, dans cette tempête oîi nous sommes tous emportés et où une vague vient surmonter à rinstaul même la vague qui vous a portés jusque dans cette enceinte ? conunent trouver cette base inébranlable? En descendant dans le fond même du pays, en allant extraire, pour ainsi dire, ce grand mystère du droit national , d'où sort tout ordre, toute vérité, toute liberté. C'est pour cela que, loin d'avoir recours à ces subterfuges, h ces sur-
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prisos, à cei émotions, dont un pays , vous le voyez, se repent tôt ou lard lorsque ces fictions viennent à s'évanouir en ne laissant rien de solide, de permanent, de véritablement populaire et d'inébranlable sons les pas du pays; c'est pour cela que je viens appuyer de toutes mes forces la double demande que j'aurais faite le premier à celle tribune, si on m'y avait laissé monter au commencement de la séance , la demande, d'abord d'un gouvernement, je le reconnais, de nécessité, d'ordre public, de circonstance, d'un gouvernement qui éianche le sang qui coule, d'un gouvernement qui arrête la guerre civile entre les citoyens, d'un gouvernement qui suspende ce malentendu terrible qui existe depuis quelques années entre les d.fférenles classes de citoyens, et qui , en nous empochant de nous reconnaître pour un ^eul peuple, nous empêche de nous aimer et de nous embrasser.
Je demande donc que l'on constitue à l'instant, du droit de la paix publique, du droit du sang qui coule, du droit du peuple qui peut être affamé du glorieux travail qu'il accomplit depuis trois jours, je demande que l'on constitue un gouvernement provisoire, un gouvernement qui ne préjuge rien, ni de nos droits, ni de nos ressentiments, ni de nos sympathies, ni de nos colères, sur le gouvernement défmitif qu'il plaira au pays de se donner quand il aura été consulté. Je demande donc un gouvernement provisoire.
Ce gouvernement provisoire aura pour mission , selon moi, pour première et grande mission, d'éta-
blir la trêve indispensable et la paix publique entre les citoyens; deuxièmement de préparer à l'instant les mesures nécessaires pour convoquer le pays tout entier, et pour le consulter, pour consulter la garde nationale tout entière, tout ce qui porte dans son titre d'homme les droits du citoyen.
—1-*^ 25 Février. ^^-§—
Discours au peuple envahissent l'intérieur de l'hôtel de ville, accusant le Gouvernement provisoire de trahison et voulant le forcer à proclamer immédiatement, sans réserver les droits de la ration, la forme du gouvernement républicain.
Eh quoi, citoyens, si Ton vous avait dit, il y a trois jours, que vous auriez renversé le trône, détruit l'oligarchie, obtenu le sufl'rage imiversel au nom du lilre d'homme, conquis tous les droits du citoyen, fondé enlin la Képublique! cette Uépublique, le rêve lointain de ceux même qui sentaient son nom caché dans les derniers replis de leur conscience comme un crime! Et quelle république? non plus une république (*omme celles delà Grèce ou de Kome, renfermant des aristocrates et des plébéiens, des maîtres et des esclaves! non pas une républi(|ue comme les républiques arislocraii(|ues des tenqis modernes, renl"ern>aiit dt's citoyens et dos |)r()létiiiros, des ^iiands et
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des petits devant la loi, un peuple et un patriciat! mais une république égalitaire où il n'y a plus ni aristocratie ni oligarchie, ni grands ni petits, ni patriciens ni plébéiens, ni maîtres ni ilotes devant la loi; où il n'y a qu'un seul peuple composé de l'universalité des citoyens, et où le droit et le pouvoir public ne se composent que du droit et du vote de cha(iue individu, venant se résumer en un seul pouvoir collectif appelé le gouvernement de la République et retournant en lois, en institutions populaires, en bienfaits à ce peuple d'où il est émané?
Si l'on vous avait dit tout cela, il y a trois jours, vous auriez dit : Trois jours,.... il faut trois siècles pour accomplir une œuvre pareille au profit de l'humanité. Eh bien, ce que vous auriez déclaré impossible est accompli ! Voilà notre œuvre au milieu de ce tumulte, de ces armes, de ces cadavres de vos martyrs, et vous murmurez contre Dieu et contre nous?
Ah ! vous seriez indignes de ces dons du ciel, si vous ne saviez pas les contempler rt les reconnaître!
Que vous demandons-nous pour achever notre œuvre? Sont-ce des années? Non; des mois? Non; des semaines? Non; des jours seulement! Encore deux ou trois jours, et votre victoire sera écrite, acceptée, assurée, organisée, de manière à ce qu'aucune tyrannie, excepté la tyrannie de vos propres impatiences, ne puisse l'arracher de vos mains! Et vous nous refuseriez ces joilrs! ces heures ! ce calme ! ces minutes! et vous étoufferiez la République née de votre sang dans son berceau !
biscoure au peuple rassemblé en armes dans la ralle du trône , et voulant forcer le Gouvernement provisoire à arborer le drapeau rouge.
ip VOUS ai parlé en citoyoïi tout h l'heuro, eh bien! maintenant écoutez en moi votre ministre des aflaires étrangères. Si vous m'enlevez le drapeau tricolore; sachez-le bien, vous m'enlèverez la moitié de la force extérieure de la France! car l'Europe ne connaît que le drapeau de ses défaites et de nos victoires dans le drapeau de la République et de l'Empire. En voyant le drapeau rouge elle ne croira voir que le drapeau d'im parti! C'est le drapeau de la France, c'est le drapeau de nos armées victorieuses, c'est le drapeau de nos triomphes qu'il faut relever devant l'Europe. La France ^t le drapeau tricolore c'est une même pensée, lirt même prestige, une même terreur, au besoin, polir nos ennemis!
Songez combien de sang il vous faudrait pour faire la renonunée d'im autre drapeau !
Citoyens, pour ma part, le drapeau ronge, je ne l'adopterai jamais, et je vais vous dire pourquoi je m'y oppose de toute la force de mon patriotisme. C'est que le diap(»au tricolore a fait le tour du monde avec là Uépidilicjue et l'Empire, avec voslibertés et vos gloires, et (|iu; le drapeau rouge n'a fait que le tour du Champde-.Mars, Irahié dans le sang du peuple.
--I— «^ 26 Fétkier. |^-*|—
Discours adressé au peuple et à la. garde nationale en présentant le décret qui abolit la peine de mort en matière politique.
Citoyens, le Gouvernement provisoire de la Répu- Mique vient prendre le peuple à témoin de sa reconnaissance pour le magnitique concours national qui vient accepter ces nouvelles institutions.
Le Gouvernement provisoire n'a que d'heureuses nouvelles à annoncer au peuple assemblé.
La Royauté est abolie ;
La République est proclamée;
Le peuple exercera ses droits politiques;
Des ateliers nationaux de travail sont ouverts pour les ouvriers sans salaire ;
L'armée se réorganise ; la garde nationale s'unit indissolublement avec le peuple pour fonder promptement l'ordre de la même main qui vient de conquérir la liberté.
Enfui, messieurs, le Gouvernement provisoire a voulu vous apporter lui-même le dernier des décrets qu'il vient de délibérer et de signer dans celte mémorable séance, l'abolition de la peine de mort en matière politique.
C'est le plus beau décret, messieurs, qui soit jamais sorti de la bouche d'un peuple, le lendemain de sa victoire.
C'est le caractère de la nation française qui échappe en un cri spontané de rame de son gouvernement.
Iln'y a pas de plus digne hommage à offrira un peuple tel que vous que le spectacle de sa propre magnanimité.
C'est là, messieurs, ce qui fera descendre du ciel la bénédiction dont les œuvres des hommes ont besoin pour être éternelles.
-^^—*4 27 Février ^^-*|^
Lettre aux ambassadexirs des puissanoes étrangères.
Monsieur l'ambassadeur,
J'ai l'honneur de vous informer que le Gouvernement provisoire de la République française m'a confié le portefeuille des affaires étrangères.
La forme républicaine du nouveau gouvernement n'a changé ni la place de la France en Europe, ni ses dispositions loyales et sincères à maintenir ses rapports de bonne harmonie avec les puissances qui voudront, connne elle, l'indépendance des nations et la paix du monde.
Ce sera un bonheur pour moi de concourir par tous les moyens en mon pouvoir à cet accord des peuples dans leur (lignitéréciproque,et de rappeler à l'Europe qu«' le principe de paix et le principe de liberté sont nés le même jour en France.
^1—*^ 4 Mars. ^— *|^ MANIFESTE AUX PUISSANCES.
Circulaire du ministre des affaires étrangères aux agents diplomatiques de la République française.
Monsieur, vous connaissez les événements de Paris, la victoire du peuple, son héroïsme, sa modération, son apaisement, l'ordre rétabli par le concours de tous les citoyens, comme si, dans cet interrègne des pouvoirs visibles, la raison générale était à elle seule le gouvernement de la France.
La révolution française vient d'entrer ainsi dans sa période définitive. La France est République : laRc publique française n'a pas besoin d'être reconnue pour exister. Elle est de droit naturel, elle est de droit national. Elle est la volonté d'un grand peuple qui ne demande son titre qu'à lui-même. Cependant, la République française désirant entrer dans la famille des gouvernements institués comme une puissance régulière, et non comme un phénomène perturbateur de l'ordre européen, il est convenable que vous fassiez promptement connaître au gouvernement près duquel vous êtes accrédité les principes et les tendances qui dirigeront désormais la polilicpie extérieure du gouvernement français.
La proclamation de la République française n'est un aclc d'agression contre aucune forme de gouver-
nement dans le monde. Les formes de gouvernement ont des diversités aussi légitimes que les diversités de caractère, de situation géographique et de développement intellectuel, moral et matériel chez les peuples. Les nations ont, comme les individus, des âges différents. Les principes qui les régissent ont des phases successives. Les gouvernements monarchiques, aristocratiques, constitutionnels, républicains, sont l'expression de ces différents degrés de maturité du génie des peuples. Ils demandent plus de liberté à mesure qu'ils se sentent capables d'en supporter davantage ; ils demandent plus d'égalité et de démocratie à mesure qu'ils sont inspirés par plus de justice et d'amour pour le peuple. Question de temps. Un peuple se perd en devançant l'heure de cette maturité, comme il se déshonore en la laissant échapper sans la saisir. La Monarchie et la République ne sont pas, aux yeux des véritables hommes d'État, des principes absolus qui se combattent à mort ; ce sont des faits qui se contrastent et qui peuvent vivre face à face, en se comprenant et en se respectant.
La guerre n'est donc pas le principe de la Hépubli(|ue française comme elle en devint la fatale et glorieuse nécessité en 1792. Entre 1792 et 1848, ilya un demi-siècle. Revenir, après un demi-siècle, au principe de 1792 ou au. principe de conquête de F Kmpire, ce ne serait pas avancer, ce serait rétrograder dans le temps. La révolution d'hier est un pas en avant, non en arrière. Lo monde et nous, nous voulons marcher à la fraternité et à la paix.
Si la situation de la République française, en 1792, expliquait la guerre, les différences qui existent entre cette époque de notre histoire à Topoque où nous sommes explique la paix. Ces différences, appliquez vous à les comprendre et à les faire comprendre autour de vous.
En 179-2, la nation n'était pas une. Deux peuples existaient sur un même sol. Une lutte terrible se prolongeait encore entre les classes dépossédées de leurs privilèges et les classes qui venaient de conquérir régalilé et la liberté. Les classes dépossédées s'unissaient avec la royauté captive et avec l'élrangcr jaloux pour nier sa révolution à la France, et pour lui réimposer la Monarchie, l'aristocratie et la théocratie par l'invasion. 11 n'y a plus de classes distinctes et inégales aujourd'hui. La liberté a tout affranchi. L'égalité devant la loi a tout nivelé. La fraternité, dont nous proclamons l'application et dont l'Assemblée nationale doit organiser les bienfaits, va tout unir. 11 n'y a pas un seul citoyen en France, à quelque opinion qu'il appartienne, qui ne se rallie au principe de la patrie avant tout, et qui ne la rende, par cette union même, inexpugnable aux tentatives et aux inquiétudes d'invasion.
En 1792, ce n'était pas le peuple tout entier qui était entré en possession de son gouvernement : c'était la classe moyenne seulement qui voulait exercer la liberté et en jouir. Le triomphe de la classe moyenne alors était égoïste, comme le triomphe de toute oligarchie. Elle voulait retenir pour elle seule les
droits conquis par tous. Il lui fallait pour cela opérer une diversion forte à l'avènement du peuple, en le précipitant sur les champs de bataille, pour Tempécher d'entrer dans son propre gouvernement. Cette diversion, c'était la guerre. La guerre fut la pensée des monarchiem et des girondins; ce ne fut pas la pensée des démocrates plus avancés, qui voulaient, comme nous, le règne sincère, complet et régulier du peuple lui-même, en comprenant dansée nom toutes les classes, sans exclusion et sans préférence, dont se compose la nation.
En ITO^, le peuple n'était que rinslrument de la révolution, il n'en était pas l'objet. Aujourd'hui la révolution s'est faite par lui et pour lui. 11 est la révolution elle-même. En y entrant, il y apporte ses besoins nouveaux de travail, d'industrie, d'instruction, d'agriculture, de commerce, de moralité, de bien-ôtn;, de propriété, de vie à bon marché, de navigation, de civilisation enfin, qui sont tous des besoins de paix ! Le peuple et la paix, c'est un même mot.
En 1792, les idées de la France et de l'Europe n'étaient pas préparées à comprendre et à accepter la grande harmonie des nations entre elles, au bénéfice du genre humain. La pensée du siècle qui tinissait n'était que dans la tête de quelques philosophes. La philosophie est populaire aujourd'hui. Cinquante années de liberté de penser, de parler et d'écrire, ont produit leur résultat. Les livres, les journaux, les tribuu(»s ont opéré l'apostolat (h; l'intelligence européenne. La raison, rayonnant de partout, par dessus les frontières des
peuples, a créé entre les esprits cette grande nationalité intellectuelle qui sera rachèvement de la révolution française et la constitution de la fraternité internationale sur le globe.
Enfin, en 1792, la liberté était une nouveauté, l'égalité était un scandale, la République était un problème. Le titre dos peuples, à peine découvert par Fénelon, Montesquieu, Rousseau, était tellement oublié, enfoui, proftiné par les vieilles traditions féodales, dynastiques, sacerdotales, que l'intervention la plus légitime du peuple dans ses affaires paraissait une monstruosité aux hommes d'État de l'ancienne école. La démocratie faisait trembler à la fois les trônes et les fondements des sociétés. Aujourd'hui les trônes et les peuples se sont habitués au mot, aux formes, aux agitations régulières de la liberté exercée dans des proportions diverses presque dans tous les Etats, même monarchiques. Ils s'habitueront à la République, qui est sa forme complète chez les nations plus mûres. Ils reconnaîtront qu'il y a une liberté conservatrice ; ils reconnaîtront qu'il peut y avoir dans la République, non-seulement un ordre meilleur, mais qu'il peut y avoir plus d'ordre véritable dans ce gouvernement de tous pour tous, que dans le gouvernement de quelques-uns pour quelques-uns.
Mais en dehors de ces considérations désintéressées, l'intéièt seul de la consolidation et de la durée de la République inspirerait aux honunes d'Etat de la France des pensées de paix. Ce n'est pas la patrie qui
court les plus grands dangers dans la guerre, c'est la liberté. La guerre est presque toujours unedictature. Les soldats oublient les institutions pour les hommes. Les trônes tentent les ambitieux. La gloire éblouit le patriotisme. Le prestige d'un nom victorieux voile l'attentat contre la souveraineté nationale. La République veut de la gloire, sans doute, mais elle la veut pour elle-même, et non pour des César ou des Napoléon !
Ne vous y trompez pas, néanmoins ; ces idées que le Gouvernement provisoire vous charge de présenter aux puissances comme gage de sécurité européenne, n'ont pas pour objet de taire pardonner à la République l'audace qu'elle a eue de naître ; encore moins (le demander humblement la place d'un grand droit et d'un grand peuple en Europe ; elles ont un plus noble objet : faire réfléchir les souverains et les peuples, ne pas leur permettre do se tromper involontairement sur le caractère de notre révolution; donner son vrai jour et sa physionomie juste à l'événement, donner des gages à l'humanité enfin, avant d'en donner à nos droits et à notra honneur, s'ils étaient méconnus ou menacés.
La République française n'intentera donc la guerre à personne. Elle n'a pas besoin de dire qu'elle l'acceptera, si on pose les conditions do guerre au peuple français. La pensiie des hommes (|ui gouvernent eu ce moment la France est cello-ci : Heureuse la France si on lui déclare la guerre, et si on la contraint ainsi à grandir en force et en gloire, malgré sa modéra-
lion! Responsabilité terrible à \a France si la République déclare elle-mênie la guerre sans y être provoquée! Dans le premier cas, son génie martial, son impatience (faction, sa force accumulée pendant tant d'années de paix, la rendraient invincible chez elle, redoutable peut-être au delà de ses frontières. Dans le second cas, elle tournerait contre elle les souvenirs de ses conquêtes, qui désaffection nent les nationalités, et elle compromei trait sa preniière et sa plus universelle alliance : l'esprit des peuples et le génie de la civilisation.
D'après ces principes, monsieur, qui sont les principes de la France de sang froid, principes qu'elle peut présenter sans crainte comme sans déli à ses amis et à ses ennemis, vous voudrez bien vous pénétrer des déclarations suivantes :
Les traités de 1815 n'existent plus en droit aux yeux de la République française; toutefois, les circonscriptions territoriales de ces traités sont un fait qu'elle admet comme base et comme point de départ dans ses rapports avec les autres nations.
Mais, si les traités de 4815 n'existent plus que connue fait à modifier d'un accord commun, et si la Répubrujue déclare hautement qu'elle a pour droit et pour mission d'arriver régulièrement et pacifiquement à ces modifications, le bon sens, la modération, la conscience, la prudence de la République, existent, et sont pour l'Europe une meilleure et plus honorable garantie que les lettres de ces traités si souvent violys ou modifiés par elle.
Attachez-vous, monsieur, à faire comprendre et admettre de bonne foi cette émancipation de la République des traités de 1815, et à montrer que cette franchise n'a rien d'inconciliable avec le repos de l'Europe.
Ainsi, nous le disons hautement, si l'heure de la reconstruction de quelques nationalités opprimées en Europe, ou ailleurs, nous paraissent avoir sonné dans les décrets de la Providence ; si la Suisse, notre fidèle alliée depuis François 1'% était contrainte ou menacée dans le mouvement de croissance qu'elle opère chez elle pour prêter une force de plus au faisceau des gouvernements démocratiques; si les Etats indépendants de l'Italie étaient envahis; si l'on imposait des limites ou des obstacles à leurs transformations intérieures ; si on leur contestait à main armée le droit de s'allier entre eux pour consolider une patrie italienne, la République française se croirait en droit d'armer elle-même pour protéger ces mouvements légitimes de croissance et de nationalité des peuples.
La République, vous le voyez, a traversé du premier pas l'ère des proscriptions et des dictatures. Elle est décidée à ne jamais voiler la liberté au dedans. Elle est décidée également à ne jamais voiler son principe démocratique au dehors. Elle ne laissera mettre la main de personne entre le rayonnement pacifique de sa liberté cl le regard des peuples. Elle se proclame l'alliée intellectuelle et cordiale de tous les droits , de tous les progrès, de tous les développements légitimes d'inslitutions des nations qui
veulent vivre du même priu(!ipe que le sien. Elle ne fera point de propagande sourde ou incendiaire chez ses voisins. Elle sait qu'il n'y a de libertés durables que celles qui naissent d'elles-mêmes sur leur propre sol. Mais elle exercera, par la lueur de ses idées, par le spectacle d'ordre el de paix qu'elle espère donner au mon. le, le seul et honnête prosélytisme, le prosélytisme de le lime et de la sympathie. Ce n'est point là la guerre, c'est la nature. Ce n'est |)oint là l'agitation de l'Europe, c'est la vie. Ce n'est point là incendier le monde, c'est briller de sa place sur l'horizon des peuples pour les devancer et les guider à la fois.
Nous désii'ons, pour l'humanité, que la paix soit conservée. Nous l'espérons même. Une seule question de guerre avait été posée, il y a un an, entre la France et l'Angleterre. Cette question de guerre, ce n'était pas la France républicaine qui l'avait posée, c'était la dynastie. La dynastie emporte avec elle ce danger de guerre qu'elle avait suscité pour l'Europe par raud)iiion toute personnelle de ses alliances de famille eu Espagne. Ainsi cette politique domestique de la dynastie déchue, qui pesait depuis dixsept ans sur notre dignité nationale, pesait en même temps, par ses prétentions à une couronne de plus à Madrid, sur nos alliances libérales et sur la paix. La République n'a point d'ambition ; la République n'a point de népotisme. Elle n'hérite pas des prétentions d'une famille. Que l'Espagne se légisse tlle-même ; que l'Espagne soit indépendante et libre. La France, imur la solidih' de celle alliance nutu-
relie, compte plus sur la conformité de principes que sur les successions de lu maison de Bourbon !
Tel est, mojisieur, Tesprit des conseils de la République ; tel sera invariablement le caractère de la politique franche, forte et modérée, que vous aurez à représenter.
La République a prononcé en naissant, et au milieu de la chaleur d'une lutte non provoquée par le peuple, trois mots qui ont révélé son âme et qui appelleront sur son berceau les bénédictions de Dieu et des homtnes : Libet^té, égalité, fraternité. Elle a donné, le lendemain, par l'abolition de la peine de mort en matière politique, le véritable commentaire de ces trois mots au dedans; donnez-leur aussi leur véritable commentaire au dehors. Le sens de ces trois mots appliqués k nos relations extérieures est celui ci : affranchissement de la France des chaînes qui pesaient sur son principe et sur sa dignité; récupération du rang qu'elle doit occuper au niveau des grandes puissances enropérnnes ; enfin, déclaration d'alliance et d'amitié à tous les peuples. Si la Franc»; a la conscience de sa part de mission libérale et civilisatrice dans le siècle, il n'y a pas un de ces mots qui signifie guerre. Si l'Europe e»t prudi nte et juste, il n'y a pas un de ces mots qui ne signifie pai.L\