‹ Trois mois d'enseignement aux États-Unis, notes et impressions d'un professeur françaisChapitre 10 sur 27 · AL.\ 1,1. VIS- 1. M S · texte numérisé non relu

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iiiL'iU, liiiiitlcment, sans un iiiuL cl ex[)licalioii, rectifiait : « Le crucifix de la femme, la mort de la femme, son amour pour la femme. » Quand on s'estime obligé à ces ménagements, ne vaut-il pas mieux expliquer autre chose ?

C'est toujours une chose très délicate que le choix des textes français d'explication : et l'on ne serait pas embarrassé pour signaler chez nous de pareilles erreurs.

Je le répète, l'organisation du français au collège de la ville de New-York est excellente ; l'enseignement est actif et efficace. La méthode est judicieuse, pratique, honnête : rien pour la façade et la parade, tout pour le rendement effectif. Et les résultats donnent raison à cette manière de faire si intelligente, si probe et si simple.

Il est possible pourtant que les maîtres soient trop modestes, se défient trop d'euxmêmes et des élèves. On pourrait, sans compromettre le gain positif de l'acquisition du langage, obtenir à l'aide du français un peu plus de culture.

Io8 TROIS MOIS DENSEIGISEMEXT

Sur Taimable invitation de M. Downcr, j'ai posé des questions dans une classe. Le professeur avait fait résumer une tragédie de Corneille : des garçons de seize à dixsept ans avaient dit, avec assez de facilité et avec une parfaite exactitude, en quoi consistait l'intrigue, et quels étaient les personnages de la tragédie cVIIoi'ace. Je demandai quelle différence il y avait entre le patriotisme d'Horace et celui de Curiace, et lequel des deux on préférait. L'élève interrogé, le premier de la classe — un petit Cubain à la physionomie intelligente, aux yeux vifs — me répondit effaré : « Mais, Monsieur, jamais on ne nous pose de pareilles questions. — C'est vrai, confirma le professeur, jamais je ne leur pose de pareilles questions. — lié bien, répondez-y tout de môme. » Et il répondit. Sur sa réponse, je dressai une autre question du même ordre : « Mais, Monsieur, on ne nous pose jamais de pareilles questions. — Allez tout de même. » Et il allait. Cela dura un petit quart d'heure. A chaque question, le jeune

AUX l-TATS-UNIS 1 OQ

lioiuiiie m'opposait d'abord son étonnement ; sur mon insistance, il réfléchissait une minute, et répondait bien. En moins d'un quart d'heure, il avait trouvé toutes les idées d'un petit commentaire psychologique et moral, et il avait trouvé la forme française de ces idées.

L'expérience m'a semblé concluante. Sans doute c'était un bon élève : mais c'est en entraînant la tête de classe qu'on fait marcher la queue.

Ce pays qui chez nous passe pour le pays du bluffa est parfois en matière d'éducation, trop modeste.

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