‹ Trois mois d'enseignement aux États-Unis, notes et impressions d'un professeur françaisChapitre 11 sur 27 · L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET LES UNIVERSITÉS · texte numérisé non relu

L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET LES UNIVERSITÉS

J'ai vu six Universités, une où j'ai séjourné, Golumbia, cinq en rapides visites. Cinq sont des Universités de FEst, et des fondations privées : Golumbia à New-York ; Harvard à Cambridge (Mass.) ; Yale à Newllaven (Gonn.) ; Gornell à Ithaca (N.-Y) ; Johns Hopkins à Baltimore (Md.). Une est dans le Middle-West, et c'est une Université d'Etat : Ann Arbor, dans le Michigan \

Ges Universités sont d'admirables choses. J'en ai rapporté au total une impression de grandeur, de sérieux, d'activité intense, de

1. Ne pouvant nommer individuellement les collègues améicains dont j'ai reçu le plus aimable accueil. — il faudrait lommer tous ceux que j'ai vus — je leur envoie ici un remer^ iement général.

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fécondité scientifique, intellectuelle et morale.

Elles sont inégalement riches. Columbia, Harvard trouvent toujours à point les donateurs nécessaires. En dix ans, il est entré 100 millions de libéralités dans la caisse de Columbia.

Johns Hopkins a moins de chance. Les donateurs ne se dérobent pas, mais ils mesurent leurs largesses. On me dit qu'il faut attendre encore quelques années, jusqu'à ce que le nom de TUniversité n'évoque plus la figure d'un homme qu'on a bien connu dans sa ville, et que le temps l'ait tout à fait détachée de toute relation à un individu particulier.

Ann Arbor est très largement dotée par l'État de Michigan. Jusqu'ici elle n'a pas fait appel à la libéralité des particuliers : il fallait que l'État connût ses responsabilités et apprît à supporter ses charges. Il était imprudent de le laisser compter sur autrui pour satisfaire à ses engagements. Maintenant, au bout de quatre-vingts ans et plus,

les donations officielles sont assurées : on peut, pour s'agrandir, se compléter, faire appel à la générosité privée. On ne tardera pas, paraît-il, à le faire.

Plus ou moins riches, toutes ces Universités sont riches par rapport aux nôtres. Et puis, elles ont Tespace. La place ne leur est pas mesurée.

Chacune a son Campus^ clos de murs, où s'élèvent de nombreux bâtiments, écoles, chapelles, laboratoires, bibliothèques, maisons d'étudiants, clubs, etc. Chaque génération bâtit, selon les besoins nouveaux qui se font sentir. Harvard a débordé hors de son enceinte, et à la vingtaine de bâtiments qu'elle contient s'en est ajouté une trentaine d'autres de l'autre côté de Cambridge-street et de Kirkland-street, sans compter l'observatoire et le jardin botanique qui sont éloignés du centre de la ville. La construction de tous ces bâtiments s'échelonne sur deux siècles, depuis le vieux Massachusetts Hall, qui date de 1-140, jusqu'à la nouvelle maison du

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Président dont je n'ai vu que les fondalions.

Entre les bâtiments s étendent des pelouses, plantées à New îlaven et à Harvard de beaux ormes que, malheureusement, la maladie détruit depuis deux ans.

Il arrive un moment où le Campus est plein, où les bâtiments se touchent, où le prix croissant des terrains empêche de s'étendre dans le voisinage. Alors, énergiquement, l'Université s'en va. On ne jette pas des annexes çà et là ; on ne rompt pas l'unité visible de l'Université. On achète une place au bout de la ville ; et quand on a la place, on trouve l'argent pour bâtir. Golumbia, du bas de la ville, est montée en 1807 à la 4^*^ rue, en 1897, à la ii6\ Johns Ilopkins, qui est au cœur de Baltimore, va s'en aller presque hors la ville, dans un vaste terrain boisé.

Nulle tradition, nul souvenir ne lot? i\ tient. Ce n'est pas que la piété leur manque. Ils honorent le passé. Mais ils servent l'avenir. L'action chez eux ne se laisse

AUX KTATS-UNTS I I "

pas entraver. La mort n'empecho pas la

vie.

L'Université américaine est d'abord un Collège, et parfois elle n'est que cela. Les grandes Universités ont commencé ainsi : Harvard Collège a été fondé en i636; Columbia est sortie de King's Collège qui fut établi par charte royale en 1754.

Les Collèges instruisent le peuple des iindergradiiates. Le grade de bachelier qui termine leurs études, en fait vraiment des étudiants d'Université. Du Collège alors, les uns vont à la Faculté de philosophie (lettres et sciences), les autres à la théologie (en nombre décroissant, les diverses confessions aimant à former leurs pasteurs dans des établissements strictement confessionnels), au droit, à la médecine, aux nombreuses écoles professionnelles, ingénieurs, électricité, mines, agriculture*, architecture, beaux-arts, pliarmacie, art dentaire:

r. J'ai rencontré un joiine Français qui faisait des études supérieures d'ag'vicuUure à Cornell, et s'en louait.

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que sais-je encore? Il y a de tout dans une Université américaine. Pour avoir Fidée de Golumbia et de Harvard, il faudrait annexer à la Sorbonne le Muséum et le Collège de France, FInstitut d'agronomie, Fécole du Louvre, Fécole des Beaux-arts, Fécole Centrale, les grandes écoles scientifiques et professionnelles de la ville de Paris.

Columbia a une école normale (Teachers' Collège) et une School of Household A.rts (école de ménage et de cuisine) où mille étudiantes, dit un journal, sont inscrites.

Rien de plus divers et inégal que la collection des enseignements et des écoles qui composent une Université.

Certaines universités n'ont pas de Collèges de jeunes filles : leurs étudiantes viennent des collèges indépendants qui sont nombreux, Harvard entretient des relations avec Ratclifïe Collège et lui fournit son personnel enseignant, les professeurs même de l'Université. Barnard Collège fait partie de Columbia : indépendant financièrement, il y est rattaché pédagogiquement.

et ses professeurs comptent dans le cadre des professeurs de Golumbia.

Il y a une question, il y a même plusieurs questions de femmes dans les Universités américaines.

J'ai constaté, dans l'organisation du service, qu'il était impossible de réunir dans un même cours les jeunes filles de Barnard Collège et celles de Teachers' Collège.

Harnard Collège se recrute dans une classe sociale qui s'estime supérieure et ne souffre pas le mélange.

Une fois graduées, les jeunes filles de Barnard et de Ratcliffe, celles des collèges indépendants viennent à l'Université où la coéducation existe. Elles sont mêlées aux hommes dans tous les cours. Elles sont nombreuses : la moitié presque de mes élèves dans mes deux conférences étaient des femmes.

On m'a dit que dans les cours où l'élément féminin était en excès, l'homme s'en allait. La jeune fille travaille régulièrement; elle est docile. Elle repasse ses cours ; elle ap-

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prend toutes les matières d'enseignement et d'examen. Elle a de meilleures notes que l'homme, moins laborieux, plus irrégulier, plus distrait par les sports, et plus personnel. Nombre de professeurs m'ont dit :

« La moyenne des femmes est supérieure à la moyenne des hommes. L'élite des hommes est supérieure à Félite des femmes. »

Quelques personnes hostiles à la coéducation des Universités, m'ont donné une curieuse raison. Cette promiscuité est cause qu^on se marie trop jeune, étourdiment, par un emballement irréfléchi, sans se connaître assez. Il en résulte de mauvais ménages. et trop de divorces.

Les Universités sont administrées par des trustées qui (au moins dans les fondations privées) se recrutent par cooptation, et qui choisissent le Président, généralement un Professeur, mais pas nécessairement un Professeur actuellement en exercice dans l'Université.

Le Présidentd'iinc orande Université, telle

([lie Golumbia ou Harvard, est un personnage considérable. Considérable d'abord, parce qu'on choisit bien, avec un souci élevé de la fonction à remplir, et que c'est souvent un homme de premier ordre :

j'ai eu le bonheur d'en connaître deux, très différents, chacun avec son originalité mar- ([uée, et tous les deux de la plus haute valeur intellectuelle et morale. Considérable ensuite par le nom de l'Université, sa place dans la vie nationale, et la puissance que lui donnent les milliers d'étudiants qu'elle a disséminés par le monde, et qui demeurent à travers les fortunes les plus diverses Rdèles ixV Aima jna te?% dèyoués pour la vie à sa prospérité.

Le président a des pouvoirs très étendus, une très large initiative. Les //7/5/ee5,quisont des personnes indépendantes et considérées dont l'appui est précieux à l'Université et dont les fonctions sont gratuites, partagent avec le Président le soin d'entretenir au dehors les bonnes volontés libérales par lesquelles l'Université pourra se déve-

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