‹ Trois mois d'enseignement aux États-Unis, notes et impressions d'un professeur françaisChapitre 14 sur 27 · AL X I. 1 A I ?>-L .M · texte numérisé non relu

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les rabat Ijieiilotvers les questions (luoupeiil poser, dans l'état actuel de la connaissance, avec un espoir raisonnable de trouver des solutions suflisamment exactes. Jamais ils ne se résolvent à se passer de savoir, à négliger de l'acquérir : mais ils ont compris l'usage du savoir. Les bons travaux dont j'ai parlé plus haut, et d'autres faits, en sont la preuve.

J'ai assisté, à Golumbia, à une séance de doctorat. Cela se passe très simplement, sans apparat, sans public, dans la salle des actes de la Faculté. C'est une conversation, non un tournoi. Juges et candidat sont assis autour de la môme table : le candidat en face du président. Tous les membres du département sont là, ou ont droit d'y être. La thèse présentée est une édition d'un poème inédit du moyen âge ; on discute certaines lectures du manuscrit, certaines hypothèses relatives à Fauteur ou à la composition de l'ouvrage. Toutes les observations sonttrès précises et d'un intérêt très spécial.

A cet examen technique succède un exa*

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men de culture. Le candidat répond sur les diverses disciplines qui composent la philologie romane : français moderne, italien, espagnol. Les questions sont vastes et élémentaires. « A quels poètes dramatiques français a-t-on comparé Lope de Yega ou Calderon ? » On a un peu causé aussi de Y Histoire des variations, de Bossuet.

On me dit que ces questions ne sontguère qu'une formalité. Le candidat a fait ses études à l'Université. On le connaît. On ne le juge pas sur la soutenance. Il était reçu d'avance.

Outre les cours et les travaux auxquels ils donnent lieu, outre les examens et les thèses, l'activité des étudiants et des maîtres s'exerce dans les clubs des divers départements. Je n'ai pu assister, à mon grand regret, aux assemblées du Germanic-Club, où j'étais convié, mais j'ai vu fonctionner le Romance Club.

Sous la présidence du chef du département, les professeurs et les meilleurs étudiants de l'Université, avec quelques profes-

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seurs de français du dehors, se réunissent une fois par mois pour écouter des comptes rendus et des discussions d'ouvrages ou d'articles nouveaux. J'ai entendu un étudiant d'origine italienne faire, d'après un livre récent, une commiuiication intéressante, pleine de faits curieux, sur les sujets empruntés aux épopées et romans français du moyen âge, dans le répertoire des chanteurs popidaires et du théâtre populaire en Sicile.

Une autre assemblée, pour laquelle tous les cours avaient été supprimés, réunit une fois les départements des langues romane, anglaise et allemande ; diverses lectures y furent faites ; je notai une discussion de la doctrine esthétique de M. Benedetto Groce et de la critique qui en a été faite par le professeur Babbitt.

Je n'ai pas eu le loisir d'étudier la vie privée des étudiants. A ce que j'ai ouï dire, ils sont très inégaux de fortune, et, par là, l'Université est, une fois de plus, l'image

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réduite du pays. Dans l'Ouest, à Ann-Arbor, une multitude d'étudiants n'ont aucune ressource. Ils travaillent pour s'entretenir à l'Université. Un certain nombre s'engagent pour servir leurs camarades à table, pour faire leurs chambres, etc. Aucun préjugé ne détourne du travail honnête, quel qu'il soit.

A New-York et dans les très grandes villes, les étudiants sont plus dispersés ; plus la ville est petite, plus ils se concentrent dans l'enceinte des universités. Ils y logent dans de vastes maisons d'étudiants, ou dormilories. I)s se groupent en fraternités, en sociétés, en clubs de toutes sortes, pour lesquels on leur accorde libéralement des salles ou des terrains dans le Campus universitaire.

J'ai eu l'honneur d'être l'invité de la 5octe7e française des étudiants du Golumbia. L'Université leur a concédé, dans un de ses vieux bâtiments, au S'' ou 4^ étage, une salle qu'ils ont meublée et décorée très modestemenl. Une cinquantaine de personnes, étudianis

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cl professeurs, sont réunis sous les couleurs françaises. Le président est d'origine française ; il y a des étudiants de toutes nations, des Américains, des Roumains, dos Turcs, un ou deux Chinois. On ne parle (jue français. C'est simple, vivant, cordial.

On expédie d'abord les affaires courantes ; on discute, on vote. Puis on cause, on boit du punch ; on dit des vers, on chante la Marseillaise. Une pancarte, au mur, donne le texte en gros caractères. Tout le monde chante, avec une conviction vraiment émouvante. Nos amis d'Amérique n'ont pas de peine à sentir la beauté fière de ce chant sous la phraséologie surannée : leur souvenir de la guerre de l'Indépendance, leur patriotisme républicain les mettent tout de suite à l'unisson. Pour les autres étrangers lui sont là, le vieil hymne révolutionnaire évoque l'idéal enivrant de la liberté ; à chaque nationalité opprimée il représente une espérance d'affranchissement et de bonheur.

Tous les visages sont graves et enthou-

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siasles. Les Turcs et les Chinois^ ne sont pas les moins ardents. Dans le goût qu'on a pour la langue et la littérature françaises, entre pour une bonne part Tamour de ce qu'on appelle «: les idées françaises ». Nous perdrions beaucoup de crédit à ne vouloir plus être que les artistes chargés d'amuser le monde, à oublier que nous sommes pour tous les peuples la France de la Révolution.

î. Un scrupule me vient: y avait-il des Chinois ?

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