COT>T.I'GES DE JEUNES FILLES
J'ai eu le regret de ne pouvoir m'arrêter à rUniversité féminine de Bryn Mawr, ni répondre aux pressantes invitations qui me furent envoyées de visiter Yassar Collège (à Poughkeepsie). Je n'ai fait que passer, le temps d'une conférence, à Yictoria Collège de Me Gill, à Montréal.
J'ai mieux vu, sans pouvoir leur donner tout le temps qu'il aurait fallu, trois grands collèges du Mf.ssachusetts : Moiint Holyoke Collège, à South Iladley, près de Springfield, Wellesley Collège à Wellesley près de Boston, Smith Collège à Northampton.
J'ai passé aussi quelques heures, sur Tinvitation de M. Bargy, au Normal Collège de la ville de New-York.
Ce dernier est en pleine ville, au coin de la GS"" rue et de la 4*" Avenue : les 3 ooo élèves sont externes et vivent dans leurs familles. De ce fait, le Normal Collège ressemble davantage à ce que nous avons chez nous.
Wellesley et Sinith sont situés dans de petites villes; Mount Ilolyoke, à côté d'un simple village. L'air et l'espace y abondent. Leurs Campus embrassent des collines, des bois, des étangs. Wellesley surtout est dans une situation délicieuse; devant son vaste lac bordé de coteaux boisés, le poète Yeats disait l'an dernier à la veuve du fondateur : « You liave elected a place eternally beautiful. — Vous avez choisi un site d'une beauté éternelle. »
Le plus modeste des trois, Mount Ilolyoke Collège, a dans la vallée du Connecticut un Campus d'environ 35 hectares. Une vingtaine de bâtiments y sont semés :
Mary Lyon Hall, sur remplacement du collège primitif — c'est là qu'est la chapelle, avec la salle des actes, les services administratifs, la poste, etc. — ; la bibliothèque.
AUX ÉTATS-UMS i;^
le, pavillon des Beaux-Arts, le pavillon de la physique et de la chimie, celui des sciences naturelles et de la psychologie, les serres, l'observatoire, le gymnase, le pavillon de la musique, l'hôpital, neuf dormitories ou maisons d'étudiantes, contenant de 60 à 100 chambres chacune (il y a 800 élèves) : enfin Peterson Lodge, qui contient 12 appartements pour les professeurs retraités.
Les maîtresses logent en ville, à leur choix, ou dans les dormitories, oîi elles ont un salon réservé à côté de celui des élèves. Mais à la salle à manger, chacune des maîtresses résidentes préside une table. A Smith,à Wellesley, une partie des élèves logent en ville.
Chaque bâtiment a son nom, commémoralif du donateur ou choisi par lui. A Smith, à Wellesley, diverses sociétés d'élèves se sont bâti dans le Campus des lieux de réunion; l'architecture et les dénominations de ces pavillons sont parfois un peu bizarres, parfois sévèrement classiques.
Tous ces collèges sont largement dotés par la libéralité première de leurs fonda-
teiirs et par les libéralités successives des nouveaux donateurs et des anciennes élèves. Chaque année il se construit quelque maison nouvelle, et l'argent ne manque jamais.
Le Culte, dans les établissements que j'ai vus, est undeiwmiiialioiial : c'est d'ailleurs une condition requise pour qu'ils puissent avoir part au fonds Carnegie. J'ai assisté au service du dimanche à Mount Holyoke^ Un professeur de théologie était venu officier : on a chanté des psaumes et des hymnes, et entendu un sermon de morale. Le Collège n'a pas de pasteur attitré. Chaque dimanche on a un ministre différent, de n'importe quelle confession chrétienne. On pourrait inviter un prêtre catholique, si l'on ne savait d'avance que l'Eglise romaine n'accepte pas ce régime d'égalité et de tolérance réciproque. Cependant il arrive que des élèves catholiques assistent au culte du collège ; mais la plupart vont à la messe à Holyoke.
L'assistance au service undeuominational
I. La chapelle sert à l'occasion de salle de réunion : j'y ai fuil une conférence sur le Comique de Molière.
l'st obligatoire pour toutes les élèves des confessions protestantes.
Le Normal Collège de New-York avait dû •laroir la définition du culte undeiiomuia-
lionai^ de façon à ne pas lui donner pour base le Nouveau Testament qui exclut les juifs, mais l'Ancien Testament qui peut réunir juifs et chrétiens. New-York, dans ses 4 millions d'habitants, compte 8 à 900000 Israélites, et l'élément juif forme une part imposante de la population du Normal Collège. On a dû en venir d'ailleurs, en ces dernières années, à rendre l'assistance au service religieux facultative.
La vie des Collèges est tout à fait intéressante pour nous, par son contraste avec nos habitudes et nos mœurs.
Les jeunes filles ont une grande liberté d'allées et de venues. Mais cette liberté est réglementée.
A Mountllolyoke Collège, la clientèle est médiocrement aisée, et la plupart des jeunes filles se destinent à l'enseignement. La
13"6 THOIS Mois D ENSEIGNEMENT
pension complète coûte 35o dollars ; cl il y a fort peu de suppléments.
On peut quitter South Iladley pendant toute la journée, jusqu'à 6 h. 3o du soir en hiver et 7 h. 3o en été.
Mais il faut une permission pour aller se promener en voiture ou en automobile le soir ou le dimanche, pour assister à des matinées ou soirées au théâtre, pour canoter, pour aller en partie de camping ou à d'autres villes le dimanche. Les Freshmen^ ou élèves de i'*' année, ont besoin d'une permission pour manquer un cours, ou pour passer une nuit au dehors. Les élèves des trois autres années, sophomores^ juniors^ et seniors doivent se faire inscrire, si elles ne doivent pas rentrer coucher, indiquer la durée probable de leur absence, et signer sur le registre à leur rentrée.
Il faut se faire accompagner d'un chaperon pour toutes les sorties du soir, pour sortir avant quatre heures et demie du matin, pour toutes les réunions, parties et amusements hors du collège, pour toutes
AUX ETATS-UXiS i;;
allniics à Amherst et autres collèges (1 lioinmes, pour tous repas, réunions ou promenades en voiture avec des hommes hors du collège, pour recevoir des hommes dans le collège. Les Freshmen ne peuvent aller seules en voiture : il faut au moins la présence à\\xiQ senior ou d'une Junior.
Un seul chaperon ne peut accompagner |)lus de six jeunes filles. Les chaperons sont choisis sur une liste officiellement approuvée.
L'assistance au service religieux du matin et à celui du dimanche est obligatoire.
Le silence doit régner à partir de dix heures, etles lumières doivent être éteintes. On ne peut faire couler de Teau dans les baignoires avant six heures et demie du matin.
Chaque élève doit elre rentrée à sa résidence avant dix heures.
On ne peut passer la nuit dans une autre résidence, ni dans une autre chambre de sa résidence, sans en donner avis par écrit.
On ne peut aller sans chapeau à Holyoke ni en tramway.