‹ Trois mois d'enseignement aux États-Unis, notes et impressions d'un professeur françaisChapitre 3 sur 27 · D'UNE UNIVERSITÉ FRANÇAISE · texte numérisé non relu

D'UNE UNIVERSITÉ FRANÇAISE

CE gL LW PROFESSEUR DUNE UNIVERSITÉ FRANÇAISE VA FAIRE AUX ÉTATS-UNIS

En 1910, sur l'initiative, pourrAmérique, du Président Nie. Murray Butler et du Professeur Adolphe Colin, sur celle, pour la France, de M. le Recteur Liard, un accord fut conclu entre l'Université Golumbia de New-York et PUniversité de Paris, aux termes duquel un professeur de notre enseignement supérieur devait aller chaque année donner à Golumbia un enseignement d'un trimestre.

M. F. Brunot avait été désigné pour 1910: il ne put partir. Je fus désigné pour 191 1 , et je partis.

Dans l'intervalle, le Ministère de l'Instruction publique avait traité avec l'Université Harvard, de Cambridge (Mass.), pour

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laiie lous les deux ans un échange de professeurs^; et tandis que M. Davis, professeur de géographie physique, venait exposer à nos étudiants sa méthode^ M. Diehl, professeur d'histoire byzantine à la Sorbonne, arrivait à Harvard à la fin d'octobre 191 1 et y faisait des leçons jusqu'à la fin de janvier 191 2.

Nos amis américains ont attribué une signification intéressante au voyage de M. Diehl et au mien : dans toutes les réunions et banquets où j'ai assisté, ou Ta toujours soulignée ; on a mis une insistance particulière à faire remarquer que nous étions les premiers envoyés officiels des Universités françaises.

Depuis une quinzaine d'années, bien des conférenciers français étaient venus aux Etats-Unis et y avaient été accueillis toujours avec cordialité, parfois avec enthousiasme. Dans la liste des Français qui, grâce à l'Alliance française, à M. Hyde et à

' » onvcim d«'puis que cet écbuinfe serait unnuel.

ALX ETATS-UNIS I )

diverses initiatives, purent se faire entendre là-bas, je trouve plus d'un nom illustre. Il y a des journalistes, des poètes, des érudits, beaucoup de professeurs ; je citerai, parmi ces derniers, jNIM. Brunetière, Boutroux, Fougères, Michaut', Iladamard et Lebraz.

Le voyage de M. Joseph Bédier, professeur au Collège de France, marqua une date, en 1909, dans l'histoire des relations universitaires des deux pays. M. Bédier ne fut pas appelé à faire des conférences, mais des leçons. Ses auditeurs ne furent pas le grand public, les amateurs mondains de la langue et de la culture française, mais les étudiants en philologie romane des grandes Universités de TEst. Il en visita cinq, et séjourna deux semaines environ dans chacune, y faisant des leçons d'un caractère scientifique et spécial.

Le succès de M. Bédier fut considérable ; et cest lui qui véritablement a déterminé le mouvement dont les deux accords de 191 o et 191 1 sont sortis. Depuis 1900, divers

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indices altestaient Tintérèt nouveau que des hommes d'Université aux Etats-Unis commençaient à prendre à la science et à Térudition française, aux méthodes et à l'esprit de notre enseignement supérieur : mais il a fallu que M. Bédier « réalisât » cette idée de notre progrès, la* fit vivre devant les yeux des professeurs et des étudiants américains, pour que le désir d'instituer des relations plus intimes avec nous s'étendît et se traduisît en actes.

J'ai été le premier bénéficiaire des sentiments créés par M. Bédier.

L'importance qu'on a voulu là-bas attribuer à ma venue consiste d'abord en ce que j'ai donné pendant trois mois à Columbia un enseignement suivi et complet, identique, à peu près, à celui que j'aurais donné à la Sorbonne ; puis, en ce que je n'étais pas venu par un engagement privé, mais officiellement désigné par l'Université de Paris.

Les Américains, chez eux, ne mêlent pas THtat fédéral aux affaires de leurs Univor-

sites. Mais ils ont l'idée que nous sommes une nation centralisée, où tout s'opère par le gouvernement : de là le sens qu'ils ont attaché au fait que M. Liard, vicerecteur de l'Académie de Paris, et M. Bayet, directeur de l'enseignement supérieur, les deux représentants les plus éminents de l'autorité centrale, étaient les signataires des accords qui envoyaient M. Diehl à Harvard et moi-même à Golumbia. C'était pour eux le signe d'une bonne volonté de la France. Et ils sont très sensibles à la bonne volonté ; je crois qu'ils ne l'oublient jamais. Ils ont le cœur délicat et fidèle : c'est un trait du caractère national, au moins dans l'élite.

J'ai donc, après avoir été désigné par le recteur et le Conseil de l'Université de Paris, reçu une nomination des Trustées et pris rang dans le cadre des professeurs de Columbia ; j'ai fait toutes les fonctions d'un professeur régulier, et j'ai eu le précieux honneur, avant mon départ, au moment où allait se prescrire le titre passager qui

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m'unissait à la grande Université, de m'y voir rattaché par un lien perpétuel : le Conseil des Trustées a conféré au premier « Yisiting Frencli Professor » le grade de Docteur Honoris causa.

Depuis quelques années, l'empereur d'Allemagne envoie tous les ans à l'Uni-' versité Golumbia un professeur allemand qui est rétribué sur la cassette impériale et prend le nom de « Kaiser Wilhelm Professor ». 11 est logé, avec sa famille, si elle Ta accompagné, dans la « Deutscdies Haus » : c'est une maison toute voisine de Golumbia que des donateurs allemands ont acquise et aménagée pour cet usage. Le Président de Golumbia, M. Nie. Murray Butler, a voulu qu'il y eût la « Maison française » à roté de la <( Maison allemande » : et ([uelqu'un de mes successeurs prochains l'inaugurera.

J'ai professé à Golumbia du a octobre au 20 décembre, date où commençaienl les vacances de Noël.

J'ai fait deux cours, un grand et un petit. Le grand cours, dont le sujet m'avait été demandé, portait sur le développement de V esprit philosophique dans la littérature française au XYiii" siècle : il comportait deux leçons par semaine ; il y en a eu vingt-deux en tout. Le petit cours, complémentaire du grand, consistait en explications de textes français du xviii^ siècle, faites (sauf la première) par les étudiants eux-mêmes : une leçon par semaine, onze en tout.

Les auditeurs, très sévèrement triés par le chef du département des langues romanes, M. le Professeur Ad. Colin, étaient les étudiants les plus avancés dans la langue et la littérature françaises, auxquels s'adjoignirent de bonne volonté quelques professeurs, hommes ou femmes, des collèges et écoles de New-York : j'ai eu ainsi environ trente-cinq auditeurs pour le grand cours, une quinzaine pour le petit.

Seule, la leçon d'ouverture du grand cours a été publique.

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Mais j'aurais eu mauvaise grâce à renfermer tout mon enseignement dans les classes de Golumbia. L'appel à la culture française, à l'Université de Paris, dont j'avais l'honneur d'être pour une saison le représentant, était si fervent, me venait de tant de cotés que je ne pouvais m'y dérober. La Fédération des Groupes de l'Alliance française aux Etats-Unis et l'Institut Lowell de Boston surtout ^ dès le premier moment où mon voyage a été annoncé, ont réclamé mon concours. J'ai répondu à toutes les demandes, si honorables pour mon pays et pour notre Université, sans autre limite que celle que les dislances et le temps m'imposèrent. J'ai eu le regret de ne pouvoir visiter ni l'Université de Chicago, ni Yassar Collège à Poughkeepsie.

J'ai fait, à New-York, deux conférences pour l'Alliance fr;nir;iis(», une pour la

I. Je dois bien des remerciements à M. Delnmarre. secrétaire de la Féd«*ration de rAlliancc française, et à M. Sedg- "vvick, curateur de l'Institut Lowell. pour toute In peine qu'ils ont prise et l'obligeance infinie qu'ils ont déployée dans l'organisation de mes conférences.

Société des Professeurs français, une au Normal Collège, une dans une école privée, une enfin pour l'inauguration, sous la présidence de ]\I. Jusserand, du cours public de littérature française organisé par M. Adolphe Colin avec le concours de divers professeurs français des Universités et Collèges.

J'ai fait à Boston six conférences pour llnslitut Lowell, deux dans les deux groupes de rAUiance française, une à l'Université Harvard.

Je suis allé, pour la Fédération de l'Alliance française, à Montréal (Canada), à l'Université de Yale (New-Haven), à Smith Collège (Northampton), à Mount Holyoke Collège (South Hadley), à l'Université Cornell (Ithaca), à Détroit, à l'Université Ann- Arbor (Michigan), à Pittsburg, à Baltimore, à Washington : une ou deux fois en chaque endroit ^

I. Partout j'ai trouvé l'accueil le plus aimable et empressé des présidents^ présidentes et secrétaires des g'roupes : on aurait peine à imaginer à quel point la prévenance et la cordialité ont été portées. Que tous et toutes soient ici remerciés.

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