‹ Trois mois d'enseignement aux États-Unis, notes et impressions d'un professeur françaisChapitre 4 sur 27 · TROIS MOIS I) ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

TROIS MOIS I) ENSEIGNEMENT

Les sujets de mes conférences ont été pris surtout dans le xix" siècle : c'étaient les groupes de TAlliance ou les professeurs des universités et collèges où je devais parler qui faisaient» leur choix sur une liste envoyée à Tavance. A l'Institut Lo^yell, j'ai parlé du théâtre contemporain : Augier, Dumas, Becque, Ilervieu, de Curel, de Porto-Riche. Les professeurs français de New York m'ont demandé de leur exposer « comment il peut y avoir un enseignement du goiit sans dogmatisme ». Pour l'inauguration du cours organisé par M. Colin, j'ai traité « des caractères généraux et permanents de la littérature française ».

A New-Haven, à Pittsburg, j'ai parlé de quelques romans français contemporains :

pour aider le public étranger à élargir le cercle de ses lectures, je lui ai présenté quelques-uns des meilleurs romans psychologiques, sociaux et régionaux de ces dernières années, de ceux dont les auteurs, en dépit de leur talent, ne voient pas encore

s'exercer pour eux dans les deux inondes la réclame puissante de la presse, et qui peuvent donner à la fois la meilleure idée de la vie de notre peuple et du talent de nos écrivains.

J'avais cru devoir offrir dans ma liste un sujet qui n'était pas littéraire : « La France d'aujourd'hui. » Il m'a été demandé sept fois \

Enfin MM. Armstrong et Terracher m'ont invité à faire dans leur séminaire à l'Université Jolins Hopkins (Baltimore) une explication d'un texte français, devant une demidouzaine d'étudiants avancés et deux ou trois personnes invitées.

Donc, en quatre-vingts jours, j'ai fait, tant àColumbia qu'au dehors, plus de 60 leçons, cours et conférences. Travail dur, intense, qui détourne trop de regarder ce pays si intéressant, mais dont on est bien largement payé par l'attention, la sympathie, la courtoisie, la gratitude môme des auditoires.

i. On Irouvei-a plus loin (p. 243) le texte de ma conférence.

J'insiste là-dessus, pour que l'on comprenne bien le caractère des notes qui vont suivre. Trois mois, c'est bien court pour connaître un grand pays. Encore ne suis-je pas un voyageur qui aie passé trois mois aux Etats-Unis, uniquement occupé à bien voir. J'ai eu beau ouvrir les yeux et les oreilles : j'ai été trop employé à parler pour regarder ou écouter autant qu'il aurait fallu ; j'ai fourni trop de travail pour avoir beaucoup de temps à donnera l'observation D'autre part, ce travail m'a peut être procuré quelques occasions de voir des choses auxquelles le touriste ordinaire n'a guère d'accès ; et j'ai pu, vivant quelques semaines la vie d'un professeur américain, sentir peu à peu ce qu'une visite attentive d'un jour ne révèle pas au plus pénétrant.

Néanmoins j'aurais voulu, bien des fois, insister, m'approolier, m'arrêter davantage, étudier plus longuement, plus méthodiquement, contrôler mes premiers jugements ou les propos de mes interlocuteurs. J'ai dû passer vite, et ne pas revenir.

Je prie donc le lecteur de ne point se tromper sur la valeur que j'attribue aux remarques que je lui offre. J'ai pu user de tours alTirmatifs, pour ne pas multiplier à l'excès les « peut-être », les « il me semble », ou les « on pourrait penser que »... J'ai pu user de phrases générales, parce que souvent il ne convenait pas de signaler expressément la source réelle ou l'occasion particulière de mon information. Qu'il soit bien entendu que je ne prétends pas avoir pénétré en trois mois la vie d'une des plus grandes nations du monde contemporain, pas même sa vie universitaire, que je n'ai pris avec cette vie qu'un petit nombre de contacts fugitifs, trop peu ou trop vite pour fonder des jugements assurés. Qu'on ne voie dans ce que j'écris que des impressions, des « appréhensions », un effort pour coordonner et classer une collection de souvenirs et d'images emmagasinés au hasard des rencontres, une interprétation provisoire, limitée et point du tout arrogante des faits que j'ai vus et des témoignages que j'ai recueil-

•J.\ TROIS MOIS d'ENSEIGISEMEXT AUX ETATS UMS

lis. C'est un questionnaire que j'offre à ceux qui viendront après moi pour guider leur curiosité, une liste de choses à regarder et d'inductions à vérifier.

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