oo
Consolidés anglais . .
A Londres 68, 5o
Egypte unifiée . . . .
IOI
Espagne
Italien
Belge 3 %
Russe 4 Va 1909. . . .
Russe 5 % 1906. . . .
Serbe 5 °/0 1913. . . .
Ottomans unifiés 4 %.
Bilan dressé le 30 septembre par la Banque de France. — Notre encaisse or est, à l'heure actuelle, de 4 milliards 55o millions 142 22b francs et notre encaisse argent de 364 millions 146253 francs, soit une encaisse totale de 4 milliards 914 millions 288478 francs, supérieure de près de5o millions à celle de la semaine précédente. Et cela en dépit d'un léger fléchissement de l'encaisse argent, affectée par la pénurie de monnaie divisionnaire.
« Sans de récentes sorties, notre encaisse or dépasserait en effet 5 milliards, c'est-à-dire un chiffre qui n'a jamais été atteint par aucune banque du monde. »
Vaccord financier franco-anglais. — Entre temps s'est conclu un arrangement financier entre M. Mac-Kenna, Chancelier de l'Échiquier, et M. Ribot, Ministre des Finances de France, en vue de rechercher les moyens de paiement aux États-Unis et d'enrayer la hausse du change.
Les Gouvernements anglais et français se sont mis d'accord sur tous les points et des délégués anglais doivent partir cette semaine pour les États-Unis où ils seront rejoints par des délégués français. Cette mission conjointe a pour tâche de rechercher sur place dans quelles conditions les deux Gouvernements pourront obtenir aux États-Unis les crédits nécessaires.
Les journaux anglais disent à ce propos que l'Angleterre, la France et la Russie devront se tenir prêtes pour appuyer les négociations, à faire aux États-Unis, s'il en est besoin, de larges envois d'or.
De nouveaux entretiens des Ministres des Finances de France et d'Angleterre, auxquels se joindra le Ministre des Finances de Russie auront lieu à Londres, dans la première quinzaine de septembre, pour compléter les arrangements pris à Boulogne.
Un Sous-Secrétaire d'État à V aéronautique. — Rapport de M. Millerand, Ministre de la Guerre :
Les besoins de l'aéronautique vont sans cesse en se développant et en se transformant. Le zèle et le dévouement du personnel, à tous les degrés, de la 12e direction du Ministère de la Guerre ont permis d'améliorer dans des proportions remarquables la situation initiale.
Les nécessités de la guerre révèlent cependant, chaque jour, l'utilité de modifier les programmes antérieurs et de créer pour des besoins nouveaux des instruments appropriés.
EN FRANCE
Ces considérations ont amené le Gouvernement à penser qu'il serait souhaitable d'adopter pour ce service une forme d'organisation dont l'expérience a démontré ailleurs les avantages.
M. René Besnard, député, rapporteur du budget de la Guerre, lui a paru pleinement qualifié pour en assumer la charge. Assisté comme ses collègues, les sous-secrétaires d'Etat de l'artillerie et des munitions, du ravitaillement et de l'intendance, de conseils pris parmi les techniciens et les industriels, il sera assurément en mesure de rendre à l'aéronautique et à l'armée d'éminents services.
Un second décret précise les attributions du nouveau soussecrétaire d'État de l'aviation et de l'aéronautique militaires.
V appel de la classe 1917 et le maintien de la classe 1888.
— Exposé des motifs :
La classe 1916 est aujourd'hui complètement instruite; elle est encore tout entière dans les dépôts; mais il convient d'envisager son utilisation, dans les renforts à envoyer aux armées, au cours de l'automne.
Il apparaît dès maintenant nécessaire de pouvoir disposer, le cas échéant, de la classe 1917 au printemps prochain.
Or, en raison de la jeunesse des hommes de cette classe, le temps nécessaire pour leur permettre d'acquérir un entraînement suffisant doit être évalué à un minimum de cinq mois.
Dans ces conditions, il y aurait lieu d'appeler la classe 1917 en octobre, ou au plus tard en novembre, de façon qu'elle soit mobilisable au printemps 1916.
Par ailleurs, la classe 1888 devrait être normalement dégagée de toute obligation militaire à partir du in octobre 1915, de même que la classe 1887 aurait dû l'être normalement en 1914. Mais un décret du 3 décembre 1914, ratifié par la loi du 3o mars 1915, a maintenu les hommes de la classe 18^7 à la disposition du Ministre de la Guerre jusqu'à la fin des hostilités, qu'ils soient ou non sous les drapeaux.
Une mesure analogue s'impose aujourd'hui pour les hommes de la classe 1888 : outre que les nécessités militaires ne permettent pas la libération définitive de cette classe avant la fin de la guerre, il serait illogique de dégager de toute obligation les hommes de la classe 1888, alors que ceux de la classe 1887 sont légalement maintenus à la disposition du Ministre.
Tel est le double projet de loi que nous avons l'honneur de soumettre à vos délibérations, en vous demandant le bénéfice de l'urgence.
Projet de loi.
Article premier. — L'appel par anticipation de la classe 191 7 aura lieu aux dates fixées par le Ministre de la Guerre.
DIPLOMATIE ET POLITIQUE
Art. 2. — Les hommes de la classe 1888, qu'ils soient dans leurs foyers ou présents sous les drapeaux, demeureront à la disposition du Ministre de la Guerre jusqu'à la cessation des hostilités.
Le moratorium des loyers prorogé pour trois mois. — Rapport du président du Conseil et de tous les Ministres intéressés au Président de la République, relatif à la prorogation, pour une nouvelle période de trois mois, du moratorium des loyers :
Le décret du 17 juin dernier ayant prorogé pour une nouvelle période de trois mois, jusqu'au 3o septembre inclusivement, les mesures adoptées précédemment en faveur des locataires, il convient que, dès à présent, ceux-ci puissent connaître les dispositions qui leur seront applicables à partir du Ier octobre prochain.
Il nous paraît nécessaire de vous proposer de maintenir, sans modifications, les mesures prises par le décret du 17 juin dernier.
Le Gouvernement, en effet, a déposé sur le bureau de la Chambre des députés deux projets de loi relatifs aux loyers : l'un concernant la résiliation, par suite de la guerre, des baux à loyers et l'autre les loyers échus pendant les hostilités.
Le Parlement étant saisi et sa décision devant permettre vraisemblablement de mettre fin au moratorium, il serait inopportun de modifier actuellement le régime adopté pour les périodes antérieures.
La répression des fraudes dans la zone des armées. —
Le Ministre de l'Agriculture a récemment attiré l'attention du général commandant en chef sur l'intérêt qu'il y aurait à assurer d'une façon plus efficace la répression des fraudes sur les boissons et denrées alimentaires vendues dans la zone des armées.
Déjà les services de santé, de l'intendance et de sûreté aux armées exerçaient une surveillance constante à cet égard et certaines mesures ont pu être prises pour déceler et réprimer les fraudes dont il s'agit.
Mais ce personnel ne dispose parfois ni du temps, ni des moyens matériels suffisants pour suivre et conduire certaines investigations et faire les constatations et prélèvements dans les formes légales.
Par une note du 3i août dernier, le général commandant en chef vient, d'informer les préfets des départements de la zone des armées que le service des commissaires de police aux armées avait été invité à collaborer à la répression des fraudes.
EN FRANCE
De plus, dans certains cas particuliers où le personnel des armées et des services départementaux serait reconnu insuffisant, il pourra être renforcé par l'affectation aux armées d'agents mobilisés du service de la répression des fraudes que les préfets auront à demander au général commandant en chef.
Enfin, le général commandant en chef se réserve de faire appel, sur la demande des préfets, au concours temporaire de fonctionnaires et agents du service de la répression des fraudes de Paris, que le préfet de police a bien voulu, en cas de besoin, mettre à sa disposition pour des tournées spéciales.
L'anniversaire de la bataille de la Marne. — L'anniversaire de la bataille de la Marne a été célébré discrètement comme l'avait été la victoire elle-même. La France semble disposée à ne se réjouir que le jour où la France et la Belgique seront complètement libérées.
Mais les justes témoignages de gratitude n'ont pas fait défaut de la part de la députation et du conseil municipal de Paris, interprètes autorisés de la capitale. Une adresse du Conseil municipal au généralissime a reçu la réponse suivante :
Grand quartier général, commandant en chef,
à M. Adrien Mithouard, président du Conseil municipal de Paris.
Je vous prie de remercier les membres du Conseil municipal de Paris, du télégramme que vous avez bien voulu m'envoyer en leur nom à l'occasion de l'anniversaire de la bataille de la Marne. La France victorieuse enveloppera dans la même admiration les soldats tombés pour repousser l'envahisseur, ceux qui depuis un an résistent à tous ses efforts, et ceux qui libéreront définitivement notre territoire.
Joffre.
Les Parisiens n'ont pas oublié davantage deux des principaux artisans de leur salut : le général Gallieni, commandant la place de Paris, et le général Maunoury.
Chez ce dernier, convalescent dans sa propriété d'Eure-et- Loir, d'une terrible blessure reçue aux tranchées, une délégation des députés de la Seine se présenta. M. Denys Cochin remit au général, entouré de sa famille, cette lettre signée de toute la députation :
DIPLOMATIE ET POLITIQUE
Mon général,
Aujourd'hui 9 septembre 191 5, le groupe des députés de la Seine s'étant réuni, nous avions tous votre nom sur les lèvres. Nous pensions à une précédente séance tenue dans ce même bureau du Palais-Bourbon, le 9 septembre 1914. Ce jour-là, chacun de nous disait en entrant : « L'espoir est bon, si Maunoury peut tenir sur l'Ourcq, »
Maunoury a tenu sur l'Ourcq. La vague allemande a été brisée.
Le 10 septembre, contemplant la déroute de l'ennemi, vous prononciez ces paroles : « Voilà ce que j'attendais depuis quarante-quatre ans. »
Votre attente avait été longue, mais la reconnaissance des habitants de Paris sera éternelle. Nous venons, en leur nom, vous donner cette assurance, mon général, nous qui avons l'honneur de les représenter au Parlement. Jamais, de leur mémoire, ces quelques mots ne seront séparés les uns des autres : « Maunoury sur l'Ourcq, et Paris sauvé des Allemands. »
Vos frères d'armes encore au front, encore en train de bien mériter de la Patrie, nous approuveront d'avoir été apporter notre premier hommage au glorieux blessé de l'Aisne.
Veuillez agréer, mon général, l'expression unanime de notre respect et de notre reconnaissance.
Le général a répondu :
Je vous remercie, messieurs, d'être venus auprès de moi. Votre démarche m'a profondément touché. Je vous en garderai une très vive reconnaissance.
Vous avez bien voulu rappeler les paroles que j'ai prononcées après la bataille de l'Ourcq. Oui, ma joie, ce jour-là, a été très grande. Elle a été la plus grande joie de ma vie. Et j'attends avec impatience l'heure promise de ma guérison, cette heure que j'attends de toute ma volonté, de toutes mes forces, car elle me permettra de prendre part aux combats qui amèneront la victoire définitive que j'ai toujours tenue pour certaine, que plus que jamais aujourd'hui je tiens pour certaine.
Et dites bien à la population parisienne que vous représentez ici, que je l'aime et que je l'admire pour sa vaillante conduite et que je la remercie de l'aide qu'elle nous a apportée dans ces rudes combats de septembre.
EN FRANCE
Octobre 1915.
La vie économique. — Diverses mesures sont discutées ou prises dans le courant du mois pour le ravitaillement des départements envahis, pour lutter contre le renchérissement de la vie, approvisionner Paris en charbon, lui procurer de la viande frigorifiée et également au sujet des créances et des dettes réciproques de la France et des Austro- Allemands, de l'élevage des chevaux, du troupeau national dont il faut aussi sauvegarder l'avenir, des créances françaises sur les pays ennemis. Un décret statue sur la nouvelle prorogation des échéances de commerce.
Les félicitations du roi George. — Le commandant en chef est heureux de transmettre aux armées l'ordre du jour que Sa Majesté le roi d'Angleterre a bien voulu leur adresser à l'issue de sa visite sur le front français :
Soldats de France î
Je suis bien heureux d'avoir pu réaliser un désir qui me tenait au cœur depuis bien longtemps et de vous exprimer ma profonde admiration pour vos héroïques exploits, pour votre élan ainsi que pour votre ténacité et ces magnifiques vertus militaires qui sont le fier héritage de l'armée française.
Sous la direction brillante de votre éminent général en chef et de ses collaborateurs distingués — officiers, sous-officiers et soldats — vous avez bien mérité de votre chère patrie qui vous sera éternellement reconnaissante de vos vaillants efforts pour la sauvegarder et la défendre.
Mes armées sont bien fîères de se battre à côté de vous et de vous avoir comme camarades. Puissent les liens qui nous unissent subsister et nos deux pays rester toujours intimement liés!
Soldats ! acceptez mes salutations les plus cordiales et les plus sincères. Je ne doute pas que vous ne meniez cette lutte gigantesque à une fin victorieuse, et je tiens, au nom de mes soldats et de mon pays, à vous exprimer mes chaleureuses félicitations et mes meilleurs souhaits.
Le Président de la République, qui accompagnait le roi d'Angleterre pendant son voyage, joint ses félicitations personnelles à celles qui sont adressées par Sa Majesté.
L'assassinat de Miss Cavell. — Le Conseil municipal de Paris a adressé à Mme Cavell, mère de Miss Cavell, le télégramme suivant :
TROIS MOIS DE GUERRE. — III
Le Conseil municipal de Paris, interprète de la population parisienne, ému par la fin tragique de Miss Cavell, vous adresse, Madame, avec l'expression de son admiration pour la noble héroïne de la patrie anglaise, l'hommage de sa sympathie douloureuse.
Signé : Adrien Mithouard, président du Conseil municipal de Paris.
La « Croisade des Femmes françaises » envoie aux femmes anglaises un message où il est dit :
Sœurs d'Angleterre,
Les femmes de France s'unissent à vous dans les sentiments d'horreur, d'admiration et d'indignation dont vos cœurs sont transportés en face du martyre d'Edith Cavell.
Honneur à l'Angleterre qui s'enorgueillit de telles filles ! Les femmes de France contribueront avec vous à la glorification de cette pure héroïne.
Et nous puiserons ensemble dans son souvenir, femmes d'Angleterre et femmes de France, l'énergie d'accepter jusqu'au bout les plus dures nécessités d'une guerre qui doit libérer le monde et faire justice d'un peuple de bourreaux.
Le comité de la « Croisade des Femmes françaises » :
Mmes Juliette Adam, V. Augagneur, A. Brisson, A. Daudet, M. Delanney, J. Déroulède, C. Flammarion, marquise de Ganay, comtesse Greffulhe, Madeleine Lemaire, Daniel- Lesueur, R. Poincaré, V. Rigaud, duchesse de Rohan, J. Siegfried, duchesse d'Uzès douairière, R. Viviani, E. Zola.
Les cinq sous des soldats. — La Chambre a adopté, par acclamation, après accord entre le Gouvernement et les commissions du budget et de l'armée, un projet augmentant de 20 centimes par jour la solde des soldats.
Ce projet intéresse aussi caporaux, caporaux fourriers et brigadiers.
Un premier crédit de 70 millions a été voté qui sera inscrit dans les douzièmes provisoires de fin d'année.
Le Sénat aura à se prononcer dès sa rentrée, qui est fixée au 14 octobre, mais d'ores et déjà, il est entendu que la mesure entrera en application à la date du ier octobre.
Déclaration du Gouvernement. — M. Viviani résume ainsi au Parlement la situation diplomatique :
EN FRANCE
Messieurs,
Le Gouvernement de la République vous apporte, ainsi qu'il l'avait promis, les déclarations sur la situation diplomatique. Il a eu la volonté de les rendre publiques, parce que, en ces graves conjonctures, le pays doit être informé. Il a la volonté de les faire claires et brèves.
La question balkanique s'est posée, dès le début de la guerre, avant même qu'elle ne se soit imposée à l'attention du monde. Le traité de Bucarest aïrait laissé derrière lui, en Bulgarie des rancunes profondes. Ni le roi, ni le peuple bulgares ne se résignaient à perdre le fruit de leurs efforts et de leurs sacrifices, et à porter la peine justifiée de la guerre qu'ils avaient faite à leurs anciens alliés.
Les Gouvernements alliés ont, dès le premier jour, envisagé les dangers d'une telle situation, et cherché les moyens d'y parer; l'orientation de leur politique a procédé de cet esprit de justice et de générosité qui, sous des formes diverses, distingue aussi bien l'Angleterre, la Russie et l'Italie que la France. Nous avons tenté de refaire l'union des peuples balkaniques, d'accord avec eux, en réalisant à leur profit leurs principales aspirations nationales. L'équilibre ainsi obtenu par les sacrifices muiuels, librement consentis par chacun, aurait été le meilleur gage de la paix future.
Malgré les efforts les plus persévérants pour lesquels la Roumanie, la Grèce et la Serbie nous ont à maintes reprises, prêté leur concours, nous n'avons pu obtenir la collaboration sincère du Gouvernement bulgare. La difficulté essentielle des négociations résidait à Sofia, la Bulgarie élevant des revendications sur ses quatre frontières et aux dépens de ses quatre voisins. Mais nous avions lieu d'espérer que la Roumanie, la Grèce et la Serbie, auxquelles de magnifiques perspectives étaient par ailleurs ouvertes, consentiraient, en définitive, les sacrifices en échange desquels elles devaient obtenir de si larges compensations .-"quant à la Turquie, dont le Gouvernement s'était jeté dans les bras de l'Allemagne, nous n'avions plus de ménagement à garder avec elle.
Nos efforts, du côté roumain, ne sont pas restés sans succès; la Roumanie, dont la population a manifesté maintes fois ses sympathies françaises, ne se montrait pas moins favorable à la reconstitution de 1' « Entente balkanique ». L'état de demi-mobilisation dans lequel elle tient ses troupes lui permet de repousser une agression éventuelle, de se défendre contre toute pression allemande, et d'observer avec la plus grande attention sur ses frontières, tant autrichienne que bulgare. La Roumanie sait, d'ailleurs, que seule la victoire de la Quadruple-Entente peut assurer son indépendance et donner satisfaction à ses aspirations nationales.
Dans leur désir bienveillant de donner au peuple bulgare les satisfactions auxquelles il aspirait avant tout, les puissances de la Quadruple-Entente n'hésitèrent pas à demander à la vaillante
DIPLOMATIE ET POLITIQUE
Serbie de lourdes concessions. Malgré la cruauté du sacrifice, désireux de prouver sa reconnaissance et son attachement aux alliés qui combattaient pour leur indépendance commune, le peuple serbe fit sur lui-même ce terrible effort et se résigna, en songeant aux compensations que la victoire de l'Entente lui ménageait d'autre part. L'attitude équivoque du Gouvernement bulgare a conduit le Gouvernement hellénique à maintenir une politique d'expectative.
A nos diverses propositions, le Gouvernement bulgare répondait tardivement, d'une manière dilatoire, demandant des précisions nouvelles, poussant en même temps des négociations parallèles avec nos ennemis. Enfin, à l'heure même où la Quadruple- Entente lui faisait connaître les lourdes concessions consenties par la Serbie, le roi Ferdinand signait un accord avec la Turquie et s'engageait définitivement avec l'Allemagne.
A notre question amicale sur ses intentions répondait la mobilisation bulgare à laquelle les concentrations de troupes austroallemandes sur le Danube donnaient tout son sens contre la Serbie. En présence de cette attitude, nous avons immédiatement déclaré nuls et non avenus et définitivement caducs les avantages et garanties que nous nous étions déclarés prêts à offrir à la Bulgarie, et nous avons repris, avec les autres Etats balkaniques, notre liberté d'action vis-à-vis d'elle.
De son côté, la Serbie héroïque, dont trois guerres successives et glorieuses n'ont pas réussi à diminuer le courage, se préparait en silence à répondre aux deux fronts, aux attaques concertées entre Berlin, Vienne et Sofia. Au point de vue moral, au point de vue des conséquences militaires, nous ne pouvions accepter l'isoment de la Serbie, la rupture de nos communications avec nos alliés et nos amis.
Notre action doit être énergique pour répondre à l'effort de nos ennemis qui, dominés sur le front occidental, arrêtés sur le front oriental, essayent d'obtenir sur un front nouveau, avec l'aide de la Bulgarie, un succès impossible désormais à conquérir en France ou en Russie.
Pour secourir les Serbes, nous devons passer par Salonique et dès les premiers jours de la mobilisation bulgare, nous avons engagé à cet effet des négociations avec le président du Conseil à Athènes. Ces négociations étaient d'autant plus naturelles, que le traité définitif conclu entre la Serbie et la Grèce, à l'issue de la seconde guerre balkanique, vise une agression de la Bulgarie.
On a dit que nous violions la neutralité de la Grèce et l'on a même osé comparer notre action à celle de l'Allemagne violant la neutralité de la Belgique, parjurant sa signature et mettant à feu et à sang ce noble pays. Les conditions dans lesquelles nous sommes allés à Salonique, les conditions dans lesquelles nous avons débarqué, l'accueil que nous avons reçu, suffisent à démontrer l'inanité de ces accusations.
EN FRANCE
Cette action énergique, la Grande-Bretagne et la France, d'accord avec les Alliés, l'ont entreprise. Elles en ont pesé les difficultés. A ne considérer que notre devoir propre, il est double en ces jours difficiles : notre principale préoccupation, celle qui domine tous les problèmes, c'est la défense de notre front, la libération du territoire, les énergiques efforts auxquels nous devrons la victoire sur notre sol, certes, avec l'appui valeureux de nos héroïques alliés, par nos forces, nos sacrifices, notre sang. Aucun gouvernement n'aurait pu envisager autrement ce devoir, qui est tragique, mais qui est simple.
Mais sans affaiblir notre front, nous avions le devoir de remplir la mission que nous imposent notre intérêt et notre honneur. Nous sommes en plein accord avec le général en chef de nos armées en France. L'entente entre le Gouvernement britannique et le Gouvernement de la République est complète et je ne puis mieux l'exprimer que sous la forme suivante : dès maintenant, la France et l'Angleterre, d'accord avec leurs alliés, se sont pleinement entendues pour porter secours à la Serbie qui nous a demandé notre aide et assurer au profit de la Serbie, de la Grèce et de la Roumanie, le respect du traité de Bucarest dont nous sommes garants, Le Gouvernement britannique et le Gouvernement français sont d'accord sur l'importance des effectifs conformément à l'avis de leurs autorités militaires.
La Russie a tenu à se joindre à ses alliés pour porter secours au peuple serbe et demain ses troupes combattront à côté des nôtres.
Messieurs, nous avons fait avec nos alliés notre devoir. Jamais l'accord n'a été plus entier et plus étroit entre les Alliés, jamais, nous n'avons eu plus de confiance dans la victoire commune.
Remaniement ministériel. — Une crise ministérielle a été officiellement ouverte le 29 octobre pour être close le soir même.
Les membres du ministère Viviani se sont réunis en conseil de cabinet, à 10 heures du matin. M. Viviani leur a exposé sa résolution de se démettre de ses fonctions et leur a exposé les motifs de sa détermination.
A l'issue de cette réunion, M. Viviani s'est rendu à l'Elysée pour remettre au Président de la République la lettre de démission collective du cabinet.
Paris, 29 octobre.
Monsieur le Président de la République,
Lors de la dernière interpellation à laquelle j'ai répondu, j'ai dû constater d'une part que, malgré mes efforts, une minorité importante s'était groupée sur la formation du comité secret que
DIPLOMATIE ET POLITIQUE
j'avais formellement repoussé; d'autre part, que plus de cent cinquante députés s'étaient refusés par leur abstention au vote de confiance que j'avais nettement réclamé. Je juge — et j'ai exposé cet avis à mes collègues du cabinet — que plus que jamais il est nécessaire de reformer autour d'un gouvernement l'unanimité qui ne nous avait jamais fait défaut jusqu'ici au sein d'un Parlement qui a discuté, comme c'était son devoir et son droit, les affaires publiques, d'ailleurs avec une discrétion dont il faut le louer, et qui a toujours donné l'exemple de la discipline et de l'union. Je pense qu'une autre personnalité politique pourra reformer et cimenter cette union qui est le vœu de tous; et c'est pour le permettre que je remets entre vos mains, en même temps que ma démission, celle de tous mes collègues.
Veuillez agréer, etc. René Viviani.
Le Président de la République a reçu ensuite M. Briand et lui a offert la mission de former le nouveau cabinet.
Auparavant M. Poincaré avait, selon l'usage, conféré avec les présidents du Sénat et de la Chambre sur la situation politique.
M. Briand accepte l'ouverture présidentielle.