CHAPITRE III
CHEZ LES ALLIÉS
Août 1915.
Angleterre. — Des statistiques publiées par le chancelier de l'Echiquier, il résulte que la dette publique anglaise au 3i mars avait monté à 29048794000 francs et on prévoit qu'elle sera doublée en mars 1916. Pareil chiffre n'a jamais été atteint, même au cours des guerres napoléoniennes. La dépense quotidienne s'approche de 100 millions.
Le commerce de V Angleterre. — Le Ministère du Commerce communique la statistique suivante :
Les importations pendant le mois de juillet ont atteint 75548147 liv. st., en augmentation de 16 171 663 comparativement au mois de juillet 1914. Les exportations se sont élevées à 34721 5n liv. st., en diminution de 9683869 sur la période correspondante en 1914.
Pour les sept derniers mois, le total des importations s'élève à 504582975 liv. st., en augmentation de 69232958 sur la période correspondante de l'an dernier et les exportations à 218 344 399 liv. st., en diminution de8i5i8 592 liv. st. sur les sept premiers mois de l'année dernière.
Les grèves dans le Pays de Galles. — Le mouvement gréviste qui s'était produit aux mines de Haford le 20 août et qui n'avait pas eu de suite, les ouvriers ayant repris le travail le lendemain, s'est réveiilé dans trois autres charbonnages du sud du Pays de Galles.
Une lettre de Sir Edward Grey. — Sur le programme allemand :
L'Allemagne doit être au-dessus de tout; la liberté des autres nations doit être celle que l'Allemagne leur octroiera. Telles sont les conclusions du discours prononcé hier par le chancelier ailemand. Et à ces conclusions, le Ministre des Finances ajoute qu'un lourd fardeau de milliards devra être supporté pendant plusieurs
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décades, non par l'Allemagne, mais par ceux qu'il lui plaît de qualifier les instigateurs de la guerre. En d'autres termes, la prétention de l'Allemagne est que, pendant plusieurs décades à venir, toutes les nations qui lui auront résisté devront peiner afin de lui payer tribut sous forme d'indemnités de guerre.
Ce n'est pas à de pareilles conditions que la paix peut être conclue, ou bien que l'existence des autres nations que l'Allemagne peut être libre, ou même supportable.
Des discours du chancelier et de son Ministre des Finances, il ressort que l'Allemagne combat pour qu'on lui paye un tribut. S'il en est ainsi, et aussi longtemps qu'il en sera ainsi, nos alliés et nous combattrons et devons combattre pour le droit de vivre, non pas sous la suprématie allemande, mais dans la liberté et la sécurité réelles. Edward Grey.
La Journée française en Angleterre. - La « Journée française » organisée le 7 juillet sous le nom de « France's Day », par le comité aristocratique anglais, a rapporté 21 000 livres sterling. Cette somme a été remise, fin août, à M. Cambon, ambassadeur de France, pour la Croix-Rouge française de Londres.
La fortune immortelle de la France. — Le Times, parlant de l'âme française, écrit :
Le peuple français regarde l'union sacrée comme le point de départ d'une nouvelle étape dans laquelle le seul amour de la France sera son guide.
En même temps, côte à côte avec nous et en union avec les autres alliés, les Français combattront jusqu'à la fin, jusqu'à ce que soit assurée la seule paix que puisse accepter la République. Les termes de cette paix ont été indiqués par M. Asquith en novembre dernier.
Ce doit être une paix stable, qui garantisse la sécurité de l'Europe et qui ruine pour jamais les ambitions excessives de l'Allemagne.
Pour obtenir cette paix, la France ceint ses reins et combat avec l'âme grave et intrépide qu'on retrouve toujours sous les manifestations les plus légères de son caractère. C'est une âme résolue et presque ascétique. f
Elle est visible dans l'histoire de l'Eglise gallicane. Depuis l'époque des moines de Cluny, des cisterciens, de saint Bernard et de la Trappe jusqu'à celle de saint Vincent de Paul et de Bossuet. On la voit chez saint Louis et chez son frère Charles d'Anjou ; chez Louis XI et chez Louvois ; chez Carnot, chez Hoche et chez Davout. Elle a mis sa marque sur ce qu'il y a de meilleur dans la littérature française, sur les grands tragiques, sur La Rochefoucauld, sur Pascal et très profondément sur Molière.
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A travers tous les changements de mode et de coutume — toutes les frivolités réelles ou imaginaires dans lesquelles les Allemands, et pas seulement les Allemands, ont quelquefois imaginé qu'ils discernaient des signes certains de décadence morale et intellectuelle — elle a été le fondement de la vie de famille et de la vie sociale parmi les masses tranquilles du peuple français qui ont toujours formé la moelle de la nation.
Aux époques de danger et d'épreuves, elle se lève et enseigne au monde, selon les paroles de la Pucelle d'Orléans, que nul ne peut « enchaîner la fortune de la France ».
Belgique. — A l'occasion de l'anniversaire du 2 août, le Comité central franco-belge a fait parvenir à S. M. le roi Albert l'adresse suivante par l'intermédiaire de la légation de Belgique :
Sire,
Les membres du Comité central franco-belge ne peuvent laisser passer l'anniversaire du 2 août 1914 sans exprimer à Votre Majesté les sentiments que cette date inoubliable évoque dans la conscience universelle.
Ce jour-là, devant le parjure, vous avez affirmé le respect du serment; devant la violation du droit, vous avez revendiqué les garanties imprescriptibles de la justice; devant la ruée de l'invasion barbare, vous avez fait appel au patriotisme de votre peuple, résolu à défendre jusqu'à la mort son indépendance et sa liberté.
L'héroïque Belgique a fait cause commune avec son roi. A partir de ce jour elle s'est élevée au rang des plus grandes nations. Illustre par son passé, fécond en leçons d'honneur et de courage, elle a ajouté une page glorieuse à son histoire, elle s'est acquis des titres immortels à la reconnaissance de l'humanité.
L'intrépidité de son souverain, l'abnégation de la reine, l'énergie de son gouvernement, la vaillance de son armée resteront à jamais dans le souvenir des hommes comme des exemples et des leçons.
Il y a quelques mois, nous demandions aux Français de témoigner leur solidarité à leurs compagnons d'armes de l'Yser et des Flandres en prenant pour emblème « le petit drapeau belge >». Aujourd'hui c'est autour du grand drapeau de la Belgique, sous les plis duquel vos soldats marchent à la victoire à côté des nôtres et préparent à leur pays les éclatantes réparations dues aux plus nobles sacrifices, que nous convions nos compatriotes à se réunir afin de vous apporter un hommage d'admiration et de respect.
L'occupation allemande. — A Anvers, comme à Bruxelles,
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les autorités allemandes redoublent de vexations à l'égard des populations belges.
Tous les magasins, cafés et cinématographes devront fermer à 8 heures, à moins de permission spéciale. Les magasins qui, en manière de manifestation, fermeront avant l'heure indiquée, resteront fermés à partir du 4 août jusqu'à nouvel ordre. Défense de circuler dans les rues et places publiques passé 9 heures, à moins de permission écrite de l'autorité allemande. Défense aux tramways de circuler passé 9 heures.
Le 20 août, le gouverneur, von Bissing, publie cet ordre
du jour :
Notre œuvre est pratiquement terminée maintenant à l'Est, et nous sommes sur le point de commencer dans l'Ouest. La paix est certaine en octobre.
Le marché financier en Belgique. — En Belgique, les billets français se vendent 12S et 126 francs. Le gouverneur général vient de défendre aux banques de vendre ces billets au-dessus du pair. Une même ordonnance interdit aux banques d'acheter les bons de réquisition. Le 4 pour 100 belge, émis avant la guerre à 99 1/2 pour 100 et remboursable au pair en 1917, trouve acquéreurs en Belgique à 98 fr. ; l'autre tranche du même emprunt remboursable en 1919 est recherchée à 97 francs. L'ancienne rente belge à 3 pour 100 est descendue à 68 fr. 75.
Ces valeurs commerciales belges trouvent acquéreurs, mais aucune transaction n'a lieu avec les valeurs allemandes
Mme Carton de Wiart. — De M. François le Grix, dans la Revue hebdomadaire :
Les enfants de M. Carton de Wiart sont restés à Bruxelles. Mme Carton de Wiart — l'Europe entière s'en est émue — est internée à la prison de Moabit, à Berlin. Les protestations, assurément courtoises, du Saint-Siège n'y ont pu, n'y pourront rien. Mais ce qu'on ne sait pas assez, ce sont les raffinements tout germaniques qui accompagnèrent cette arrestation. On avait accusé Mme Carton de Wiart d'entretenir des correspondances avec l'étranger : vain prétexte : tout Bruxelles réussit à écrire à toute l'Europe. Plus vraiment, l'influence rayonnante de la femme du Ministre en exil faisait de sa maison, malgré elle, malgré sa discrète correction, un foyer de protestation, une permanence
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d'espoir. On la fit monter dans un train de luxe à destination de l'Allemagne. A son passage dans les gares, les soldats lui présentaient les armes. Toute une livrée l'attendait à Berlin, dans un appartement luxueux. Tant d'égards étaient faits pour la confondre. Elle interrogea : « C'est en attendant, lui dit-on, que le château de X..., qui vous a été réservé par l'Empereur, soit prêt à vous recevoir » ; et brusquement, après quelques jours, Mme Carton de Wiart fut internée à la prison des iemmes. On lui proposa, contre argent comptant, quelques améliorations de régime. Elle refusa, ne voulant pas enrichir d'un liard les ennemis de sa patrie. Et depuis lors, pour mériter les rations de la cantine, elle travaille comme les plus pauvres détenues. Cependant, M. le gouverneur e Bruxelles n'a pas perdu huit jours pour s'installer au ministère de la justice, dans les appartements de l'absente, et il fait publier à son de trompe qu'il couche dans le lit de Mme Carton de Wiart.
Russie, — A l'occasion de l'anniversaire de la déclaration de guerre, le Tsar adresse aux troupes de terre et de mer cet ordre du jour :
Malgré vos efforts qui ont couvert nos drapeaux d'une nouvelle gloire, l'ennemi n'a pas été écrasé. Mais vous ne devez pa , perdre courage devant les nouveaux sacrifices, les nouvelles épreuves nécessaires pour donner à la patrie le bienfait de la vie pacifique.
Dieu a souvent imposé de pénibles épreuves à la patrie, m.ùs elle en est sortie chaque fois plus forte, plus puissante. J'ai une foi, une espérance inébranlable dans une issue heureuse de la lutte.
J'invoque la bénédiction de Dieu sur l'armée russe.
Une visite chez le Tsar. — M. Cruppi, ancien ministre, décrit, dans le journal le Matin, le cadre de l'entretien au palais Alexandre, dans le grand cabinet de travail où le souverain, dont on connaît les habitudes simples et laborieuses, lit lui-même et annote de sa main les dépêches et les rapports ; et il poursuit :
Nicolas II n'a guère changé depuis l'heure déjà lointaine où Paris l'acclamait.
Ce souverain, après vingt et un ans de règne, a l'air très jeune dans sa tenue modeste, sa blouse d'officier.
Sa simplicité est extrême et son accueil est bon et doux.
Mais sa voix s'élève très ferme et très nette quand il dit sa volonté, la volonté de toute la Russie de poursuivre la guerre jusqu'au bout, jusqu'aux victoires nécessaires pour affranchir l'Europe et assurer le triomphe du droit.
« Les paysans me tutoient, dit le Tsar ; chaque jour je reçois
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d'eux plusieurs adresses. « Marche et sois ferme, m'écriventils, nous sommes tous derrière toi. »
L'accent du souverain s'émeut quand, à plusieurs reprises, il veut bien me parler de la France, de notre armée héroïque, des sentiments de confiance mutuelle qui animent les deux nations alliées.
En mettant fin à l'audience, le souverain évoque de la façon la plus amicale les souvenirs du voyage de M. Poincaré.
C'était l'heure tragique où l'ambition allemande allait déchaîner la guerre.
« J'ai toujours présent à l'esprit, dit l'Empereur, le langage si ferme que m'a tenu le Président de la République le 22 juillet, au moment où il quittait la Russie. »
Et le Tsar ajoute :
« La France peut compter sur ma volonté inébranlable de lutter jusqu'à la victoire définitive. »
La paix séparée. — Pour mettre fin aux bruits persistants répandus en Russie et à l'étranger, au sujet d'une paix séparée entre la Russie et l'Allemagne, le Novoïé Vrémia écrit le 1 1 août :
Nous pouvons affirmer de source sûre que, tout récemment, en effet, l'Allemagne a proposé cette paix à la Russie, lui promettant la reconstitution de son ancienne frontière de Galicie et les Dardanelles, se réservant pour elle l'Egypte, et le droit d'écraser la France.
Cette tentative, dit le même journal, prouve que, malgré son espionnage savamment organisé, l'Allemagne est mal informée sur le véritable esprit du gouvernement et du peuple russe.
La mobilisation intérieure. — Le Ministre de la Guerre a déposé sur le bureau de la Douma un projet de loi tendant à la création d'un comité spécial qui sera chargé de l'unification de toutes les mesures intéressant la défense nationale.
L'Union sacrée en Russie. — L'Union sacrée ajourne en Russie également l'examen des responsabilités encourues. Le député Milioukow, chef du parti des démocrates constitutionnels, fait dans ce sens une déclaration qui trouve un écho sur presque tous les bancs de la Douma :
Malgré tout ce par quoi nous avons passé, dit M. Milioukow, malgré les espérances de nos ennemis, le pays continue à avoir les mêmes sentiments qu'il y a de cela six mois. Il n'oublie pas que le destin a mis actuellement en jeu : d'un côté la vraie paix
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en Europe basée sur le droit — d'un autre côté une paix allemande fondée sur la violence et le droit du plus fort.
Pour la Russie, c'est la question de son existence comme État libre et indépendant.
Quand les empires du centre auraient étendu leur domination du Danube jusqu'au golfe persique, la Russie, privée de ses débouchés naturels ne serait plus libre. Dans cette guerre se joue notre avenir. L'ennemi ne doit pas se leurrer d'illusions.
Le pays ne se soulève pas actuellement pour conclure une paix boiteuse qui demain lui fera craindre de nouvelles attaques. Le pays n'a pas l'intention de plier devant l'ennemi.
Tous les jours il lui envoie de nouveaux héros combattre dans les rangs de son armée glorieuse.
Il est donc de notre devoir à nous tous réunis ici de confesser encore une fois devant le pays et devant le monde entier notre ferme intention de combattre jusqu'à la victoire finale. Cette déclaration est le salut plein d'admiration que nous envoyons à nos glorieux soldats et à la Pologne qui, plus qu'aucun autre pays, porte sur lui le poids de cette terrible guerre.
L'impôt sur le revenu. — Le i3 août, la commission financière de la Douma approuve le projet du Gouvernement établissant l'impôt sur le revenu.
Ceux qui ont un revenu de 1,000 roubles payeront une taxe de 6 roubles 1/2; ceux qui ont un revenu de 10000 roubles payeront 32,5 roubles ; ceux qui ont un revenu de 100000 roubles payeront 6,000 roubles; pour un revenu au-dessus de 100000 roubles, l'impôt sera de 65o roubles par chaque tranche de 10000 roubles.
L'organisation économique. — Lai Douma a adopté le i5 août le projet de loi organisant des commissions consultatives mixtes, composées de délégués de l'industrie des villes et des zemstvos et de délégués de la Douma et du Conseil de l'Empire.
Ces commissions, adjointes aux Ministres de la Guerre, du Commerce, des Communications et de l'Agriculture, ont pour but d'améliorer les fournitures de l'armée, de régulariser l'apport du combustible et d'harmoniser les mesures du ravitaillement public et les services de transport.
Italie. — Rome, 20 août. — Une circulaire adressée par le Gouvernement aux représentants de l'Italie à l'étranger, dit qu'aussitôt la signature du traité de Lausanne qui a mis fin à la guerre libyenne, le Gouvernement ottoman a violé ce traité.
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Ces attentats ont continué sans interruption jusqu'à présent.
Le Gouvernement ottoman n'a jamais adopté sérieusement une mesure quelconque pour faire cesser immédiatement en Libye les actes d'hostilité, conformément à ses engagements solennels. Il n'a rien fait pour la libération des prisonniers de guerre italiens.
Des militaires ottomans restés en Tripohtaine et en Cyrénaique ont été maintenus sous le commandement des mêmes officiers, continuant à employer le drapeau ottoman et gardant leurs fusils et leurs canons.
Enver pacha a dirigé en Libye les hostilités contre l'armée italienne jusqu'à la fin de novembre 1912 : Aziz bey n'a quitté cette région qu'à la fin de juin 1913.
La manière dont l'un et l'autre ont été traités en rentrant en Turquie montre de manière évidente que leurs actes ont trouvé une entière approbation de la part des autorités impériales.
Après le départ d'Aziz bey, des officiers de l'armée turque ont continué d'arriver en Cyrénaique; il y en a actuellement plus d'une centaine dont le Gouvernement italien connaît les noms.
En avril 191 5, trente-cinq jeunes gens de Benghazi, qu'Enver pacha avait conduits en décembre 191 2, contre notre volonté, à Constantinople, où ils avaient été admis à l'Ecole militaire, ont été renvoyés à notre insu en Cyrénaique.
Malgré des déclarations contraires, il résulte avec certitude que la guerre sainte de 1914 a été proclamée également contre les Italiens en Afrique. Une mission d'officiers et de soldats turcs a été chargée d'apporter des cadeaux aux chefs senoussistes rebelles contre les autorités italiennes en Libye et a été récemment faite prisonnière par les forces navales françaises.
Les relations de paix que le Gouvernement italien avait cru pouvoir établir après le traité de Lausanne avec le Gouvernement turc n'existent pas, par la faute de ce dernier, entre les deux pays.
Ainsi, puisqu'on a constaté que toute réclamation diplomatique contre les violations du traité était parfaitement inutile, le Gouvernement italien ne pouvait que pourvoir autrement à la sauvegarde des hauts intérêts de l'État et à la défense de ses colonies contre les menaces persistantes et les actes d'hostilités effectifs de la part du Gouvernement ottoman.
Une décision dans ce sens était rendue d'autant plus nécessaire et urgente que le Gouvernement ottoman a commis tout récemment des violations flagrantes des droits, des intérêts et de la liberté même des citoyens italiens dans l'empire sans que des réclamations les plus énergiques présentées à ce sujet par l'ambassadeur d'Italie à Constantinople aient eu quelque valeur.
En présence des tergiversations du Gouvernement ottoman, concernant notamment la libre sortie des citoyens italiens de l'Asie Mineure, ces réclamations ont dû revêtir, ces jours derniers, la forme d'un ultimatum.
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Le 3 août, l'ambassadeur d'Italie à Constantinople, sur l'ordre du Gouvernement royal, a adressé au grand-vizir une note contenant les quatre demandes suivantes :
i° Que les Italiens puissent partir librement de Beyrouth ;
2° Que les Italiens de Smyrne, le port de Vourla étant impraticable, fussent autorisés à partir via Sigagio ;
3° Que le Gouvernement ottoman laissât s'embarquer librement les Italiens à Mersina, Alexandrette, Caïffa et Jaffa ;
4° Que les autorités locales de l'intérieur renonçassent à l'opposition qu'elles forment au départ des sujets italiens se dirigeant vers le littoral et tâchassent, au contraire, de faciliter leur voyage.
Avant l'expiration du terme de quarante-huit heures fixé par notre ultimatum, le Gouvernement ottoman, par une note du grandvizir, accueillait chaque point de nos demandes.
A la suite de cette déclaration solennelle, le Gouvernement italien résolut d'envoyer deux navires à Rhodes avec des instructions et d'y attendre les ordres pour aller embarquer les citoyens italiens restés depuis longtemps dans l'attente de se faire rapatrier dans les ports susdits d'Asie Mineure; or, des nouvelles reçues par les autorités consulaires américaines auxquelles avait été remise dans plusieurs localités la sauvegarde des intérêts italiens, il est résulté au contraire qu'à Beyrouth, l'autorité militaire a révoqué le 9 août le consentement au départ accordé peu avant.
Une révocation analogue a eu lieu à Mersina.
On a déclaré aussi que les autorités militaires auraient empêché l'embarquement d'autres de nos nationaux en Syrie.
En présence de ces infractions manifestes aux promesses catégoriques faites par le Gouvernement ottoman à la suite de notre ultimatum du 3 août, provoqué par les tergiversations du Gouvernement ottoman, notamment en ce qui concerne la libre sortie des citoyens italiens de V Asie Mineure, le Gouvernement italien a envoyé à V ambassadeur d'Italie à Constantinople V ordre de présenter à la Turquie la déclaration de guerre.
Les ressources de V Italie. — Le territoire de l'Italie actuelle, territoire d'une superficie de 286 000 kilomètres carrés, était en l'an 1800 peuplé par 18 millions 3ocooo habitants; en 1802, il y avait 21 200000; en 1862, 25 000000 ; en 1872, 26800000; en 1882, 28000000; en 1901, 32 5ooooo; en 191 1, 34600000 habitants.
Si à ce dernier chiffre (recensement de 191 1) on ajoute les 5557000 Italiens vivant hors d'Italie mais ayant toujours leur nationalité, on obtient le total, en 191 1, de quarante millions i5y mille Italiens, soit plus que laj population de la France, qui a, elle, 53o 000 kilomètres carrés de superficie, c'est-à-dire presque le double de l'Italie.
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Voici, au point de vue économique, les progrès accomplis pendant les trente dernières années.
En 1881, le commerce international de l'Italie s'élevait au chiffre de 2 milliards 412 millions, en 191 2 il était de 5 milliards 5ç3 millions; le portefeuille des banques d'émissions était en 1881 de 554 millions, en 1912 il était de 973 millions ; les caisses d'épargne qui, en 1881, avaient dans leurs caisses un milliard 179 millions, avaient, en 191 2, cinq milliards, 53o millions!
Et il ne faut pas oublier que l'Italien est travailleur et sobre. Il vit avec des pâtes cuites à l'eau et saupoudrées de fromage râpé et il ne boit pas d'alcool.
Qu'on ne croie surtout pas que l'émigration est une cause de faiblesse pour l'Italie. L'émigration est inévitable dans ce pays dont le massif montagneux est énorme et inculte et où, malgré cela, il y a cent vingt-cinq habitants par kilomètre carré, alors qu'en France nous n'en avons que soixantequinze!
L'Italien qui ne peut pas vivre dans son pays s'expatrie, — sept cent quatre mille émigrants en 1907, sept cent huit mille en 1912! — mais il emporte à l'étranger des qualités de travail, de sobriété et d'ordre. Bien rares sont ceux qui ne se débrouillent pas et qui, toutes les semaines, tous les mois, n'envoient pas à la caisse d'épargne de leur village, leurs économies, contribuant ainsi à la prospérité nationale.
Les finances. — - Le service des emprunts et de ceux qui, malheureusement, devront suivre, si la guerre dure encore longtemps, est assuré par la fécondité de la femme italienne, l'ardeur au travail de la population ouvrière, la richesse du sol et l'attrait incomparable exercé par le climat, les trésors d'art et les souvenirs historiques de l'Italie sur toute personne cultivée.
Après les affreux massacres de la guerre actuelle, la valeur du capital-hommes sera certainement en hausse et l'ouvrier italien par conséquent toujours plus recherché.
Les Yankees enrichis voudront jouir de leur fortune si inopinément agrandie, et nous les verrons certainement en premier lieu diriger leurs pas vers les rivages d'Italie ; et ainsi la vague d'or qui, dans cette malheureuse année, a franchi l'Atlantique pour atterrir aux États-Unis refluera graduellement vers son point de départ et contribuera à
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fortifier le budget italien et à lui donner l'élasticité voulue pour satisfaire à tous ses engagements.
Serbie. — A la Skoupchtina. — La Skoupchtinaa adopté le 24 août, par io3 voix contre 22, l'ordre du jour suivant :
Après les renseignements que le Gouvernement a donné à huis clos, la Skoupchtina, rendant hommage aux héros tombés, affirmant sa résolution de soutenir aux côtés des alliés la lutte pour la libération et l'unité serbe-croate-slovène au prix de sacrifices indispensables pour garantir ses intérêts vitaux, approuve la politique du Gouvernement et passe à l'ordre du jour.
Trente-neuf députés étaient absents.
Dans les Balkans. — La reconstitution de l'alliance balkanique est poursuivie avec obstination par la Triple-Entente.
Le principal objectif visé a été de donner une satisfaction aux exigences de la Bulgarie. On aurait obtenu que le Gouvernement roumain, moyennant certains avantages céderait à sa voisine la Dobrutchka. Au prix également d'agrandissements à déterminer, la Triple-Entente négocie avec la Serbie et la Grèce l'abandon à peu près total à la Bulgarie des territoires macédoniens reconnus à ces deux nations par le traité de Bucarest. Enfin si la Bulgarie entrait en guerre contre la Turquie, les puissances alliées lui reconnaîtraient la frontière fixée par le traité de Londres, soit la ligne Enos-Midia.
Mais la diplomatie des puissances centrales, forte du point d'appui qu'elle trouve visiblement auprès de trois alliances de famille ne se laisse pas prendre au dépourvu. Elle presse la conclusion d'un accord entre la Turquie et la Bulgarie ayant pour base la cession par la première d'un territoire situé autour d'Andrinople.
D'autre part, M. Venizelos étant tombé pour avoir accepté l'idée d'abandonner Cavalla aux Bulgares, son successeur, M. Gounaris, paraît renoncera une intervention armée malgré le mirage d'avantages considérables dont son pays pourrait bénéficier, et notamment en Turquie d'Asie.
Japon. — La politique du Gouvernement. — Le comte Okuma, parlant à une réception des associations de presse internationale, a exposé la situation dans les termes suivants :
TROIS MOIS DE GUERRE. — III
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La politique du cabinet, demeure la même ; il continuera la réalisation de son programme encore inachevé. Le Japon, vis-àvis de la Chine, ne cherche pas une acquisition de territoire. Il ne désire pas opprimer la Chine, comme ses ennemis l'ont allégué. Au contraire, en prenant part à la guerre, il a assuré un commerce paisible dans le Pacifique. De même, le récent traité conclu avec la Chine a établi pour l'avenir des relations amicales entre les deux pays, ainsi que le développement pacifique des ressources de la Chine et des intérêts internationaux qui y sont engagés.
Et le président du conseil a conclu :
Le Gouvernement continuera de mériter la confiance et du peuple japonais et des peuples étrangers.
Les munitions — Une dépêche de Tokio, en date du 3o août, annonce que le Japon est décidé à utiliser toutes les ressources qui sont à sa disposition, gouvernementales et particulières, afin d'augmenter la production des munitions pour les alliés et notamment pour la Russie.
Septembre 1915.
Angleterre. — Les grèves du Pays de Galles. — A la date du 2 septembre, la grève du Pays de Galles est terminée et tous les mineurs ont repris le travail.
L'accord sera signé à Cardiff par les représentants des compagnies et ceux des mineurs. Il est probable que ceux-ci profiteront de l'occasion pour demander de nouvelles augmentations de salaires.
Le prix du charbon ayant monté, les hommes estiment, en effet, qu'ils sont en droit d'avoir leur part du bénéfice accru. On espère que cette demande sera soumise à l'arbitrage et réglée amiablement.
Des Français visitent la flotte anglaise. — Un groupe de personnalités françaises, comprenant MM. Pichon, Reinach, René Bazin, Pierre Mille, a visité, dans les premiers jours de septembre, la grande flotte britannique sous la conduite du capitaine Collard.
Cei groupe fit une tournée d'inspection en Angleterre afin de se rendre compte de l'effort de notre alliée.
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Avec les réserves obligées, ces personnalités ont exprimé leur confiance dans l'effort anglais à cette heure.
M. Pichon écrit :
La vue de l'armée de terre créée par Lord Kitchener en quelques mois m'avait fait admirer les ressources et la volonté du pays qui Ta improvisée. La vue de ses forces navales, organisées et dirigées par des marins qui sont les héritiers des traditions les plus mémorables de l'histoire, me confirme dans le sentiment que rien n'abattra ni ne vaincra l'effort maritime de notre puissant allié .
Il n'y a pas que les côtes de ses îles qui soient gardées de telle manière que toute menace sérieuse contre elles soit une chimère. Ses navires, ses arsenaux, la direction et l'administration de sa flotte lui permettent d'envisager sans inquiétude toutes les éventualités d'une guerre aussi longue et acharnée qu'on la suppose, et d'aspirer à la venue du jour où il pourrait se mesurer avec toutes les forces combinées qui peuvent être mises en ligne contre lui.
Si l'Allemagne a travaillé depuis un an sans arrêt à la fabrication de ses dreadnoughts, de ses cuirassés, de ses croiseurs, de ses torpilleurs et de ses sous-marins, la Grande-Bretagne n'a pas laissé passer une heure sans poursuivre l'exécution du programme qui est la garantie de sa sécurité et de sa vie. Au moment où j'écris, j'ai sous les yeux des bâtiments prêts à lever l'ancre au premier signe de l'amiral qui les commande et qui, j'en suis sûr, n'ont à craindre aucune comparaison, ni comme construction, ni comme armement, ni comme nombre, ni comme chefs, ni comme équipages. Et je vais partir pour en voir d'autres, plus nombreux encore, sur un autre point des côtes britanniques, car ce ne sont pas ici les bases navales qui manquent... Conservons en France la même résolution, la même énergie et la même fécondité d'action que dans toutes les parties du Royaume-Uni depuis la pointe méridionale de l'Angleterre jusqu'au sommet de l'Ecosse, et l'avenir nous reste avec les satisfactions de la victoire, dont nos ennemis ne parlent plus que du bout des lèvres en chuchotant un peu partout des espoirs de paix qui cadrent bien mal avec leur apparente vantardise.
De retour en France, M. Pichon, au cours d'une réception donnée à des députés anglais au Ministère du Travail à Paris, a laissé entendre que le chiffre des sous-marins allemands coulés par la marine anglaise se rapproche de la cinquantaine.
M. René Bazin, de l'Académie française, a porté à ses hôtes un toast qui s'achève ainsi :
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Vous demandiez quelle serait la constance d'un peuple qu'on représente si aisément comme léger; vous le voyez maintenant, car depuis treize mois, sous les yeux de vros officiers et de vos soldats, ce peuple montre une âme courageuse et sainte.
Et, ce qui est délicieux, et digne de vous, c'est que vous le comprenez, et que vous avez une jolie manière de découvrir la France et de le dire. Ah! messieurs, le temps de la parole vaine est passé, celui des phrases où il n'y avait que de la musique et le pour et le contre balancés adroitement. Cette fausse littérature s'est cachée, comme une grouse le jour de l'ouverture de la chasse. Mais les paroles vraies et fortes, nous les avons entendues sur les lèvres des soldats, nous les avons lues, avec une émotion vive, dans certains discours de vos hommes d'État et dans certains articles de votre grande presse. Je ne sais pas en vérité, qui je remercie en ce moment. Vos écrivains ont l'habitude, la plupart du temps, de ne pas signer les articles qu'ils font dans les quotidiens. Peu importe : ce que je vais dire sera pour la nation tout entière dont ils sont la voix. Ces hommes choisis, cette élite d'ancienne et chrétienne civilisation a merveilleusement compris la France qu'elle a vu combattre près d'elle et pour la cause commune. Plusieurs de vos écrivains ont eu, pour la juger, des mots admirables, qui ont pénétré profondément dans nos cœurs, des mots d'humanité supérieure, des mots fraternels et qui font pleurer. Et l'un de vos artistes les plus personnels, une de vos gloires, Rudyard Kipling, dans une interview toute récente, ajoutait sa strophe à ce poème d'intelligence et d'amour, par lequel nos deuxpeuples se saluent l'un l'autre et inaugurent l'avenir.
Oui, la France et l'Angleterre se sont reconnues pour deux nations sœurs, différentes de caractère et de tempérament, mais nobles toutes deux et du même idéal. Et, du fond de mon cœur, je forme un souhait. Que Dieu les garde ainsi unies à jamais dans la guerre nécessaire et dans la paix conquise, pour la prospérité de chacune d'elles et pour l'honneur du monde; car le monde sans honneur pourrait être habité par d'autres races, mais non par des Anglais, mais non par des Français.
Les zeppelins en Angleterre. — A la requête du Ministère de l'Intérieur britannique, il a été établi un bilan des dégâts causés par les bombes jetées sur la région de Londres lors du dernier raid des zeppelins.
Au point de vue militaire, les résultats sont absolument nuls. Tous les dégâts intéressent uniquement les propriétés privées et toutes les victimes sont des non-combattants.
Trois millions de soldats annoncés par M. Asquith. — Voici comment se décompose ce total :
CHEZ LES ALLIÉS
Actuellement en service
Au début de la guerre :
Armée régulière
Marine
Soit : enrôlements acceptés nouveaux .... 2.078.953
Si l'on déduit du chiffre de trois millions cité par M. Asquith, les pertes subies, soit 38 1 982 morts, blessés et prisonniers, il reste sous les armes 2 618 018 hommes, chiffre qui est en dessous de la vérité, puisque journellement des blessés reprennent leur place.
Il y a lieu d'ajouter que 25 p. 100 des volontaires ont été jugés inaptes au service armé.
U hypothèse d'une invasion allemande en Angleterre. — Du colonel Repington dans le Times :
Le succès d'une attaque de l'Angleterre par mer est beaucoup moins probable à l'heure actuelle qu'il y a un an. Grâce à la complète destruction de la puissance et des bases navales allemandes et grâce aussi à rentrée de l'Italie dans la guerre, nous avons pu consacrer toutes nos forces maritimes à contrôler la flotte de haute mer (qui n'a jamais mérité son nom) et à protéger nos côtes. En maintes occasions nous avons entendu parler de la préparation par l'Allemagne de navires et de troupes en vue d'un coup contre nous, et nous savons que la volonté de nous atteindre est un fait indiscutable, mais chaque fois le courage de l'ennemi lui a manqué à l'heure critique, et il y a plus de raisons chaque jour pour que le courage lui manque, car nos flottes augmentent plus rapidement que les siennes.
Le colonel Repington estime qu'il n'en faut pas moins organiser sérieusement la défense nationale.
Nous avons besoin d'un commandement en chef des forces métropolitaines avec un bon état-major et avec une responsabilité entière pour la défense de nos côtes. Si le Canada pouvait se séparer du duc de Connaught, il serait la personnalité idéale pour ce poste.
Au Parlement anglais. — A propos du vote des crédits, M. Asquith passe en revue la situation militaire.
Nos positions sur le front ouest ont été renforcées à l'aide de contingents importants et de munitions et notre ligne s'est allon-
DIPLOMATIE ET POLITIQUE
gée considérablement ; car nous assumons maintenant la défense d'une partie des tranchées de nos alliés.
Nous n'avons pas encore réussi, en ce qui concerne les Dardanelles, à repousser les Turcs des crêtes qu'ils occupent, bien que nous ayons obtenu des gains de terrain appréciables et y possédions actuellement un front continu de plus de douze milles.
On ne saurait trop faire l'éloge des troupes qui combattent dans cette région.
A l'Est, les Allemands ont essayé d'écraser les lignes russes ; mais je tiens à bien faire remarquer que les Allemands possèdent seulement la supériorité en artillerie, grâce à laquelle ils ont réussi à faire reculer la ligne de notre vaillante alliée et pris plusieurs forteresses; mais, tous les comptes rendus nous prouvent que la retraite russe s'est accomplie d'une façon admirable et que l'armée russe est toujours intacte.
Tandis que l'automne approche rapidement, les Allemands sont loin d'avoir atteint leur objectif.
Le fait que le Tsar assume le commandement suprême est la preuve la plus significative qui puisse être donnée de la détermination inébranlable du peuple russe, du plus humble jusqu'au plus riche.
Le Premier Ministre conclut ainsi son exposé :
Ce conflit est en somme une guerre de mécanique, d'organisation et d'endurance; la victoire penchera très probablement du côté qui sera le mieux armé et qui pourra tenir le plus longtemps, et c'est justement ce que nous avons l'intention de faire.
Ne récriminons pas trop.
Nous avons satisfait aux désirs légitimes et aux espoirs de nos alliés et nous supportons le fardeau que nous nous sommes librement imposé par notre compréhension de l'idée du devoir et des responsabilités.
Ce que je blâme et que je tiens à bannir, ce sont les querelles intestines, afin qu'on ne puisse pas dire que, au moment le plus décisif de notre histoire, il y ait eu un relâchement quelconque des énergies et de la volonté tenace du peuple anglais.
Le budget britannique. — M. Mackenna, Chancelier de l'Echiquier, a déposé le 21 septembre aux Communes le budget pour Tannée financière 1915-1916.
Sur la base des impôts actuels, les recettes sont estimées à 6 milliards 800 millions de francs et les dépenses à 3ç milliards 750 millions.
Si énormes que soient nos prévisions de dépenses, dit le Ministre, j'ai la certitude que le pays est prêt à y faire face avec confiance et courage. Pour nous permettre de remplir notre tâche
CHEZ LES ALLIÉS
colossale, toutes les classes de la nation doivent consentir de grands sacrifices.
Les impôts que je vais proposer sont établis sur une échelle sans précédent. Il est évalué qu'à la fin de Tannée courante, notre dette sera de 55 milliards; mais cela n'épuisera en aucune manière nos ressources. Nous devrons prévoir 4 milliards 750 millions pour la marine, 17 milliards 875 millions pour l'armée et 10 milliards 5y5 millions pour avances aux alliés et aux colonies.
Autant qu'on puisse en juger, le total général des dépenses quotidiennes jusqu'à la fin de Tannée financière, c'est-à-dire jusqu'au 3i mars 1916, sera de 112 millions et demi sauf pour les dernières semaines, pendant lesquelles il pourra dépasser 12S millions.
M. xMackenna prévient la Chambre que son programme ne procède d'aucune école définie, qu'il ne satisfera complètement personne, ni les libre-échangistes, ni les protectionnistes.
Mais en un pareil moment, dit-il, nous devons laisser de côté les théories fiscales; nous devons considérer la situation des changes et décourager les importations. Nous devons obéir à la nécessité de réduire la consommation.
Le Chancelier de l'Échiquier termine par ces paroles :
L'accroissement des recettes résultant de la majoration des droits de douanes et des contributions indirectes sera pour la fin de l'exercice courant de 287 5oo 000 francs et pour une année fiscale entière de 626 750000 francs. Ajoutant ce chiffre à la somme précitée de un milliard 927 125 000 francs obtenue par les augmentations proposées des recettes intérieures, on obtient le total imposant de deux milliards 553 875 000 francs pour l'augmentation de recettes ordinaires prévues.
Après une brève discussion au cours de laquelle l'assemblée a donné son approbation générale aux propositions du Gouvernement, le budget a été adopté à l'unanimité.
Chambre des Lords. — A la Chambre des Lords, Lord: Kitchener donne un aperçu de la situation militaire.
Il se félicite des résultats obtenus en Mésopotamie. Les abords de l'Euphrate ont été nettoyés d'ennemis sur près de soixante milles. Il rappelle ensuite la conquête de l'Est africain.
Abordant la question du recrutement, il déclare que la réponse du pays à l'appel de recrues fut presque miracu-
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leuse; mais le maintien des effectifs en campagne dépend en grande partie de l'affluence régulière des recrues :
L'obtention du nombre nécessaire pour iqiô nous causa une grande inquiétude, accentuée par la diminution du nombre des engagements. Nous sommes tous d'avis que les effectifs de nos armées doivent être maintenus jusqu'à la fin du conflit. Nous aurons donc besoin d'un plus grand nombre de recrues et nous étudions la question. La statistique et le registre national nous fourniront les bases des ressources du pays et détermineront le chiffre des hommes disponibles pour l'armée et les usines affectées à la fabrication du matériel de guerre.
Lord Kitchener termine en disant :
De la diminution des recrues, ne tirez pas des conclusions défavorables. Pensez au contraire que la façon dont toutes les classes de la société ont répondu à notre appel patriotique est magnifique. Je n'ai aucun doute que notre peuple est prêt à faire gaîment tous les sacrifices nécessaires pour arriver à la conclusion victorieuse de cette lutte gigantesque.
Belgique. — Lors de la réunion pour la restauration des monuments en Belgique, le gouverneur général von Bissing a prononcé le discours suivant :
On nous a démontré que nous devions faire preuve de tendresse vis-à-vis des Belges en reconstruisant les monuments démolis par la guerre.
Je suis persuadé qu'on ne doit pas employer la méthode brutale pour l'administration des communes, et je rends grâce à mon gouvernement civil d'avoir accompli son devoir en observant strictement la convention de La Haye.
Le Belge est un rébus psychologique. Il pousse son amour de la liberté jusqu'à l'arbitraire, mais au fond il est enchanté qu'on le force à faire certaines choses qui sont nécessaires.
La collaboration des Belges que je désire se heurte au boycottage de ceux qui veulent que tout aille de travers. C'est chez nos ennemis que se trouve l'origine de ce mauvais esprit.
On ne veut pas laisser la population belge jouir des bienfaits de la paix. Cependant, quand le gouvernement général ordonne, tout le monde est satisfait.
La Belgique est proche parente de l'Allemagne. Dans les provinces rhénanes on est très libéral, mais il est trop tôt pour que cette parenté puisse être mise en évidence. La culture de la Belgique est d'une insuffisance terrifiante. Il ne peut donc qu'être avantageux pour tous si la culture et l'énergie allemandes se mettent à reconstruire les villes détruites et à en faire de véritables monuments de la culture allemande.
CHEZ LES ALLIÉS
Le Gouvernement belge. — Un conseil de cabinet a été tenu à Sainte-Adresse sous la présidence de M. de Broqueville.
Parmi les questions traitées, le principe théorique de la neutralité belge, au point de vue juridique et historique, a été discuté par les membres du Gouvernement. Cette question est une de celles qui se poseront quand la Belgique sera restaurée dans sa souveraineté et quand elle devra décider le renouvellement ou l'abandon du régime de la neutralité permanente qui lui fut imposée par les traités de 1839, et qui se trouve détruit en fait par l'agression allemande.
Mme Carton de Wiart. — A l'expiration de sa peine, Mme Carton de Wiart a été bannie. Dans la prison, elle a été assimilée aux prisonniers de droit commun.
Les pertes belges. — A la suite d'un article faisant l'historique de la campagne de l'armée belge depuis l'invasion et démontrant par des faits la belle attitude de l'armée, M. Roland de Mares écrit dans le Temps :
Les pertes, dont les Belges n'ort jamais fait le compte, parce que dans leur résolution de poursuivre la lutte jusqu'au bout ils ne voulaient céder à aucune sentimentalité, on peut en parler maintenant qu'une armée nouvelle, bien équipée, bien armée, plus puissante que celle des premiers jours de la campagne, tient dignement sa place dans le vaste ensemble des forces alliées. On a vu que lors de la mobilisation, le 3i juillet 1914. l'armée de campagne comptait 93000 fusils, 6000 sabres et 324 canons. Des documents officiels, il résulte que cette armée de campagne ne comptait plus, le 3i octobre 1914, après les sanglants combats de l'Yser, que 32000 fusils, et que 200 canons étaient hors d'usage... Ces chiffres ne se commentent pas; toute l'éloquence est en eux-mêmes. Ils proclament à la face du monde, ces chiffres, qu'un peuple qui, après un tel sacrifice généreux de son sang, a su trouver dans sa volonté ardente d'être lui-même le moyen de constituer une armée nouvelle et de demeurer irréductible devant les Barbares, est digne de la liberté.
Russie. — L'Empereur Nicolas II a présidé le 2 septembre à 11 heures, a Pétrograd, la séance d'ouverture des conférences techniques convoquées pour discuter les mesures à prendre afin de donner plus d'unité à la défense nationale russe. Parmi les questions qui sont examinées se trouvent celles relatives aux entreprises publiques servant aux be-
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soins de la défense : aux conditions du ravitaillement des troupes; au transport des combustibles destinés iaux convois de provisions et de munitions.
Au début de la séance d'ouverture, Nicolas II a prononcé le discours suivant :
La question confiée^ la conférence spéciale de la défense nationale est la plus grave et la plus importante de l'heure actuelle. Elle concerne un ravitaillement plus intense de l'armée en munitions ; c'est l'unique chose que nos vaillantes troupes attendent pour arrêter l'invasion étrangère et faire revenir le succès de nos armes.
Les Corps législatifs que j'ai convoqués dans la présente session m'ont donné fermement, sans la moindre hésitation la seule réponse qui soit . digne de la Russie, réponse que j'attendais et qui est de poursuivre la guerre jusqu'à la complète victoire. Je ne doute pas que telle soit la voix du pays russe tout entier.
Cependant, la grande résolution que nous avons adoptée implique aussi une plus grande intensité d'efforts de notre part; cette pensée est devenue commune ; il est nécessaire pourtant de la mettre en œuvre dans le plus bref délai, et c'est précisément à quoi doit servir votre conférence.
Cette conférence réunit pour un travail commun et solidaire le Gouvernement, les délégués des Corps législatifs, des institutions publiques, de nos industriels, en un mot les représentants de tout le monde russe des affaires.
Vous ayant donné avec une pleine confiance des pouvoirs d'une importance exceptionnelle, je suivrai toujours avec la plus profonde attention vos travaux, y prenant une part personnelle au besoin.
Nous avons une grande tâche devant nous ; nous y concentrons tous nos efforts, soutenus par le pays entier. Laissons de côté pour le moment toute autre préoccupation, quand même elle serait grave, quand même elle concernerait l'État, si elle n'est pas essentielle dans le moment présent. Rien ne doit distraire nos pensées, notre volonté, nos forces du but maintenant unique, qui est de chasser l'ennemi de nos frontières.
Dans ce but, nous devons avant tout assurer le complet équipement militaire de notre armée active, ainsi que des troupes convoquées sous les drapeaux.
Cette tâche vous est désormais confiée, messieurs; je sais que vous consacrerez toutes vos forces, tout votre amour pour la patrie à son accomplissement.
Au travail, avec l'aide de Dieu!
Le Tsar général en chef. — Un ordre du jour à l'armée, daté du 5 septembre, signé par le Tsar, porte :
CHEZ LES ALLIÉS
Aujourd'hui j'ai pris le commandement de toutes les forces armées de terre et de mer dans les opérations sur le théâtre de la guerre. Avec une foi ferme dans la clémence de Dieu, avec l'assurance inébranlable dans la victoire finale, nous remplirons notre haut devoir de défendre la patrie à outrance et nous ne déshonorerons pas le pays russe.
Signé : Nicolas.
Le Tsar a adressé au généralissime grand-duc Nicolas le rescrit qui suit :
Au début de la guerre, des motifs d'ordre supérieur m'avaient empêché de suivre l'inclination de mon âme et de me mettre à la tête de l'armée, c'est pourquoi je vous chargeai du haut commandement de toutes les forces armées de terre et de mer.
Sous les yeux de toute la Russie, Votre Altesse a fait preuve au cours de la guerre d'une vaillance inébranlable qui a fait naître une profonde confiance et les vœux pieux de tous les Russes à votre adresse lorsque vous avez connu les vicissitudes inévitables à la fortune militaire.
L'appel au service de la patrie dont Dieu me chargea m'ordonne aujourd'hui, au moment où l'ennemi pénètre à l'intérieur de l'Empire, de prendre le haut commandement des troupes actives, de partager avec mon armée les fatigues de la guerre et de sauvegarder avec elle la terre russe contre les attentats de l'ennemi.
Les voies de la Providence sont ignorées, mais mon devoir et mon désir me soutiennent dans cette résolution due aux considérations de la conservation de l'État. L'invasion ennemie sur le front occidental s'accentuant, je veux avant tout une concentration des plus intenses de toutes les autorités militaires et civiles, ainsi que l'unification du commandement de la guerre avec une activité générale de tous les éléments de l'administration gouvernementale qui nous ont fait détourner notre attention du front sud.
Dans cette conjoncture je reconnais la nécessité de votre aide et de vos conseils sur notre front sud et je vous nomme vice-roi du Caucase et commandant en chef de la vaillante armée du Caucase.
J'exprime à Votre Altesse ma profonde reconnaissance et celle de la patrie pour les fatigues de la guerre.
Signé : Nicolas.
Le grand-duc généralissime a adressé à ses troupes l'ordre du jour qui suit :
Armée et flotte vaillantes !
Aujourd'hui l'auguste chef suprême, Sa Majesté l'Empereur, s'est mis lui-même à votre tête. Je m'incline devant votre héroïsme de
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plus d'une année et vous exprime ma reconnaissance cordiale, chaleureuse et sincère. Je crois fermement que puisque le Tsar lui-même, à qui vous avez prêté serment, vous conduit, vous accomplirez de nouveaux exploits encore jamais vus, et je crois que Dieu, dès ce jour, accordera à son élu son secours tout-puissant en vous apportant la victoire.
Signé : général aide de camp, Nicolas.
Échange de télégrammes entre le Tsar et le Président de la République. — Sa Majesté l'Empereur de Russie a adressé au Président de la République la dépêche suivante :
Zarskoë-Stawki, le 6 septembre.
Le Président de la République. — Paris.
Me mettant aujourd'hui à la tête de mes vaillantes armées, j'ai particulièrement à cœur de vous adresser, Monsieur le Président, les vœux les plus sincères que je forme pour la grandeur de la France et la victoire de sa glorieuse armée.
Nicolas.
Le Président de la République a répondu à Sa Majesté l'Empereur par le télégramme suivant :
Paris, le 7 septembre.
Sa Majesté l'Empereur de Russie.
Zarskoë-Ztawki.
Je sais qu'en prenant elle-même le commandement de ses héroïques armées, Votre Majesté entend poursuivre énergiquement jusqu'à la victoire finale la guerre qui a été imposée aux nations alliées. Je Lui adresse, au nom de la France, mes souhaits les plus chaleureux.
Raymond Poincaré.
Au sujet des finances russes. — Avant de partir pour Paris, M. Bark, Ministre des Finances de Russie, a eu l'occasion de répondre à diverses questions qui lui ont été posées par les commissions de la Douma.
Voici comment la Novoié Vrémia résume les explications du Ministre :
Les députés ont posé à M. Bark plusieurs questions sur les mesures prises en vue d'améliorer le cours du rouble, sur la possibilité pour le Gouvernement russe de contracter un emprunt en Amérique, sur l'ouverture de la Bourse, etc.
Le Ministre a répondu en détail à toutes ces questions, et s'est arrêté plus longuement sur le cours du change.
CHEZ LES ALLIÉS
M. Bark a ensuite déclaré, en ce qui concerne un emprunt en Amérique, que plusieurs personnes s'étaient déjà offertes comme intermédiaires, mais que leurs offres avaient été déclinées pour des motifs divers. Le Ministre des Finances a dit également qu'il ne voyait pas la nécessité d'ouvrir la Bourse pour le moment.
Au cours de la session ouverte le rr septembre, de vives critiques sont adressées par les partis d'opposition aux dirigeants de la guerre. Étudiant les causes de la défaite russe, M. Savitch (constitutionnel modéré), stigmatise l'impréparation à la guerre, M. Efmevoff, progressiste, la légèreté du Ministre de la Guerre, Soukhomlinoff, faisant en janvier des déclarations rassurantes sur les munitions; le chef des constitutionnels démocrates n'est pas moins virulent. Il s'écrie dans la séance du i5 :
Le départ pur et simple du Ministre de la Guerre ne satisfait pas le pays. Ce Ministre a trompé la Douma, car il lui a donné des renseignements faux... Au surplus, personne ne croit que lui seul est responsable et qu'avec son départ la gabegie a cessé : seule l'instruction judiciaire peut mettre fin au gaspillage et dire qui est coupable et qui est innocent.
... Si le Gouvernement n'a pas un programme de collaboration étroite avec la Douma, celle-ci sait ce qu'elle veut. L'opinion publique s'est prononcée dans une série de congrès et a donné son idée : c'est l'organisation autonome de toutes les forces vives du pays pour la victoire.
Le 17 septembre, l'Empereur proroge la Douma pour plusieurs semaines. L'opinion au dehors juge diversement l'acte du Tsar. La Douma manifestait des aspirations vers le régime parlementaire qui ont pu sembler inopportunes. L'essentiel est que cette mesure n'a aucun effet fâcheux sur les coopérations militaires de nos alliés. La Douma reste calme, le peuple également. Une grève, qui avait éclaté à Moscou, est presque complètement enrayée. Le même jour où il prorogeait la Douma, le Tsar accordait une amnistie aux condamnés politiques, dont on fixe le chiffre à cent mille.
Les ressources en hommes de la Russie et celles de V Allemagne. — Le colonel K. Choumsky écrit dans le Birjevia Viedomosty (Pétrograd) :
Tandis que chez nous un manifeste impérial montre la nécessité de convoquer le deuxième ban, les Allemands font examiner par des commissions médicales les réformés ou reconnus inaptes antérieurement de quarante-cinq ans. Les personnes mômes les
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plus sceptiques pourront en tirer des conclusions favorables aux Russes. Ainsi donc la Russie se propose de mettre en ligne son deuxième ban quand son ennemi a déjà utilisé et dépensé cette réserve depuis longtemps. En réalité, l'organisation est un peu différente chez lui. Il classe dans le deuxième ban, le landsturm, les hommes âgés de plus de quarante ans, tandis que jusqu'à quarante ans les hommes font partie du premier ban de ce landsturm. Cette décomposition justifiait très bien le plan allemand qui prévoyait un succès immédiat, décisif et rapide.
Les succès sur mer, d'après Y Invalide russe :
Les combats navals de la Baltique offrent un grand intérêt moral. Pour nous ils ont de l'importance, parce que nous sommes convaincus, une fois de plus, que notre flotte est parfaitement en état de paralyser les tentatives de l'adversaire. De plus, on a constaté que les craintes du début, au sujet de la faiblesse de nos unités navales — faiblesse qui donnait à croire que la flotte serait immobilisée comme la flotte allemande — ne se sont pas justifiées. La preuve en est que nos navires sont sortis au large et ont très bien su infliger de lourdes pertes à nos ennemis. Ces pertes seront très sensibles à leur amour-propre. Du côté allemand les récents combats ont fait évanouir l'espoir d'une maîtrise de la Baltique et d'un concours efficace de la flotte sur mer en vue de développer les communications des armées allemandes avec leurs bases de ravitaillement.
Les Allemands en Courlande. — Les Allemands s'occupent activement de coloniser la Courlande. Les colons qui s'étaient enfuis en même temps que les troupes ennemies reviennent chez eux et on a mis à leur disposition les fermes et propriétés voisines des paysans lettons . En outre de ces anciens colons, des paysans allemands de l'Allemagne du centre, où ils n'ont pas de terres, arrivent en grand nombre. Ils moissonnent activement. On leur a envoyé des batteuses d'Allemagne.
Les colons disent aux paysans lettons qui sont restés chez eux que le Gouvernement allemand leur a donné en jouissance perpétuelle les propriétés lettonnes et qu'après la guerre les propriétés des paysans lettons qui se sont enfuis seront données aux colons allemands.
Les deux Impératrices de Russie. — Récit d'une conversation qu'a eue récemment la présidente d'une œuvre de la Croix-Rouge polonaise avec l'Impératrice douairière de Russie et la Tsarine, rapportée par la Stampa, de Turin :
CHEZ LES ALLIÉS
... Je dis à l'Impératrice douairière la tristesse qu'éprouve la population polonaise à être sous le joug allemand et je manifeste l'espoir de toute la population de Varsovie de voir bientôt les armées victorieuses du Tsar réoccuper cette belle partie de l'empire russe. Tandis que je parle, je vois trembler les mains de l'impératrice-mère. Parfois, l'auguste souveraine, qui est toute vêtue de noir, a des gestes nerveux. Quand j'ai fini de parler, S. M. Maria Feodorowna me dit :
« Oh! comme je hais ces Allemands! Je suis Danoise : du jour où ils se sont emparés du Slesvig-Holstein, je les ai haïs. Et pendant cinquante ans, j'ai dû, à la cour, porter un masque! La Russie a été trop confiante en tous ces émigrés prussiens à qui l'empire a accordé des faveurs et de hautes situations ! Un Allemand, même si on le comble de bienfaits, reste toujours Allemand. Je l'ai dit souvent quand le tsar Alexandre vivait encore. On n'a pas voulu me croire. Un homme avait prévu l'épouvantable agression germanique : ce fut le défunt roi Edouard d'Angleterre, qui fut un grand souverain. Imaginez que lorsque la guerre me surprit, alors que je traversais l'Allemagne, les Berlinois firent au passage de mon train spécial une manifestation hostile, en criant : « Russische Schweine » (cochons russes!) C'est un peuple de misérables. »
Voici les impressions de la présidente de la Croix-Rouge sur la Tsarine :
Le regard de l'Impératrice est lointain, profond, triste et mystique. Enfin la Tsarine parle. Elle s'exprime en français avec un fort accent anglais. Elle me dit : « Vous venez de Varsovie? de Varsovie qui est allemand?... Mon Dieu! quelle guerre; c'est un vrai déluge de sang! Quelle douleur! »
C'est tout : l'audience est terminée. Une dame d'honneur me fait un signe. En me retirant, j'ai le temps de remarquer que les yeux mystiques delaTsarine sont pleins de larmes.
Italie. — Le général J offre en Italie. — La nouvelle de la visite du général Joffre au front italien produit à Rome une très grande impression. On attache à cette visite du généralissime français en Italie, dans les circonstances actuelles, une haute signification politique et internationale, et on la considère comme étant, peut-être, le prélude d'importants événements. Une alliance indissoluble et toujours plus étroite unit l'Italie aux puissances de la Triple-Entente.
Le général Joffre s'est longuement entretenu avec M. Salandra et le général Cadorna.
L'Italie et V Allemagne. — Depuis trente ans l'Allemagne s'était efforcée d'établir en Italie sa suprématie commerciale,
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financière et industrielle, et elle y avait réussi dans une large mesure. Si l'Allemagne avait eu la patience d'attendre vingt ans de plus, elle était la maîtresse de tous les marchés européens et tous les peuples se trouvaient vis-à-vis d'elle dans un véritable état de vasselage économique. C'était le cas notamment de l'Italie, où la plupart des entreprises étaient tombées entre les mains des Allemands et où ceux-ci par leurs capitaux disposaient de toute la vie industrielle et financière du pays. Il a fallu la guerre pour amener une réaction et montrer au peuple italien le véritable état des choses. Bien qu'il n'y ait eu encore aucune déclaration, la guerre militaire existe de fait entre l'Italie et l'Allemagne et elle est le prélude de la future guerre économique.
C'est en prévision de cette lutte que l'Italie s'occupe dès à présent de nouer des accords entre tous les peuples de la Quadruplice et de compléter l'alliance politique et militaire par une alliance économique. Les gouvernements de la Quadruple-Entente, une fois la victoire obtenue, tendront à isoler complètement les empires du centre et à dresser contre ceuxci une barrière infranchissable.
Serbie. — Le Bureau de la Presse publie le 4 septembre la note suivante :
Dans les milieux compétents, on annonce que la réponse du Gouvernement royal aux puissances de la Quadruple-Entente est prête et sera remise prochainement.
Il est permis de croire que cette note s'inspire du vote de la Chambre serbe recommandant au Gouvernement de réaliser l'idéal serbo-croate-slovène au prix de sacrifices indispensables.
Assurément, M. Pachitch a dû faire des réserves : i° sur certains territoires macédoniens que la Serbie souhaiterait conserver; 20 sur la date à laquelle pourrait s'opérer la remise des autres territoires qui seraient rétrocédés à la Bulgarie ; 3° sur l'importance des compensations à accorder aux Serbes, notamment' en Dalmatie et en Albanie, ainsi que sur la question de la Croatie.
Mais ce qu'il est permis de dire, étant donnée l'acceptation en principe par la Serbie des propositions de la Quadruple- Entente, c'est qu'il n'y a plus désormais de difficultés insurmontables entre Serbes et Bulgares.
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En tout cas, si l'intransigeance des Bulgares fait échouer ces propositions et si la Serbie ne peut pas compter sur ces voisins contre une nouvelle agression autrichienne, elle ne sera pas prise au dépourvu. Depuis six mois l'armée du roi Pierre a reçu, chaque semaine, par la voie de Salonique, un chargement de munitions et d'armes. Les munitions sont aujourd'hui si nombreuses, qu'on peut affirmer que les Serbes possèdent une artillerie pourvue de tout le nécessaire.
Le typhus et les autres maladies épidémiques, grâce aux efforts de la mission sanitaire française, ont disparu.
Les aviateurs arrivés de France accomplissent un service de reconnaissance admirable. Les artilleurs ont organisé les défenses naturelles du Danube et de la Save de la façon la plus parfaite. Les cadres des officiers, fortement diminués après les terribles batailles du mois de décembre, ont été reconstitués avec des hommes jeunes et ardents, qui ont eu le temps de s'instruire pendant cette période de calme.
Les Albanais des nouvelles provinces conquises forment déjà des régiments pleins d'enthousiasme. On distribue à l'armée 609000 rations de pain par jour : ce qui veut dire que les soldats serbes, y compris les hommes du troisième ban, atteignent ce chiffre considérable. Bientôt plusieurs milliers de volontaires bosniaques, faits prisonniers par les Russes dans les combats avec les Autrichiens, viendront s'ajouter aux contingents serbes : ils ont demandé eux-mêmes d'aller combattre à côté de leurs frères de race.
Monténégro. — Le 10 septembre, M. Voukotitch, président du conseil, a donné sa démission avec tous les autres membres du cabinet.
Le roi a chargé de nouveau M. Voukotitch de former le cabinet.
Tous les anciens Ministres conserveront leur portefeuille à l'exception de M. Plamenatz, Ministre des Affaires étrangères, et de M. Popovitch, Ministre des Finances et travaux publics qui se retirent.
M. Voukotitch a accepté, outre la présidence du conseil, le portefeuille des affaires étrangères et M. Miouchkowitch, conseiller d'État, les finances.
Ces changements ne modifient en rien les dispositions du Monténégro qui, à l'instar de la Serbie, reprendra son action après avoir réparé les brèches d'une première campagne.
TROIS .MOIS DE GUERRE. — III
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Japon. — Du Times :
Il est satisfaisant de savoir que la tension temporaire créée par une tentative peu sage d'imposer à la Chine des demandes excessives a maintenant complètement disparu.
Les modifications ministérielles annoncées récemment impliquent évidemment qu'une politique mieux étudiée et plus pondérée sera désormais poursuivie, et les assurances données par le comte Okuma dans son discours du i5 août ont été accueillies avec faveur par toutes les puissances qui portent un intérêt légitime aux affaires d'Extrême-Orient.
Il a le grand avantage de savoir qu'il a toute liberté de poursuivre le programme qu'il a exposé en prenant le pouvoir, et dont l'exécution trouvera l'appui de toute la nation japonaise et des principaux chefs des partis politiques. Enfin, l'aide substantielle que le Japon a donnée à ses alliés est profondément appréciée et aucune nouvelle du Japon n'a plus touché ses amis d'Europe que la décision prise par lui la semaine dernière d'étendre la fabrication de son matériel de guerre, tout spécialement pour aider la Russie, dans cette heure de nécessité.
Le concours du Japon. — Le Rouskoe Slovo publie cette dépêche de Shanghaï.
Les journaux japonais publient la réfutation de l'ambassadeur de Russie à Tokio, M. Malievsky-Malievitch, au sujet des bruits répandus par les Allemands prétendant que la Russie avait demandé l'envoi de troupes japonaises en Europe.
Notre ambassadeur a déclaré que la Russie avait encore 8 millions d'hommes non appelés sous les drapeaux.
Le Japon ne collaborera à la mobilisation russe que par son industrie.
Octobre 1915.
Angleterre. — Miss Edith Cavell fusillée. — xMiss Edith Cavell, directrice de l'Ecole d'infirmières à Bruxelles, était accusée d'avoir donné asile à des fugitifs français et belges et de les avoir aidés à passer la frontière belge pour rejoindre leurs régiments.
Le 5 août, elle était arrêtée par les autorités allemandes et condamnée à mort.
Le Foreign Office vient d'être informé par l'ambassadeur des États-Unis que miss Edith Cavell a été fusillée le i3 octobre.
CHEZ LES ALLIÉS
L'exécution eut lieu dans un jardin clos, à Bruxelles. Le peloton se composait de six hommes et un officier. Miss Edith Cavell fut extraite, par les soldats, d'une maison voisine. Elle avait les yeux bandés et la tête recouverte d'un voile noir. Jusqu'à ce moment elle avait marché bravement, mais comprenant qu'elle se trouvait devant le peloton d'exécution, ses forces l'abandonnèrent. Elle chancela et tomba à une vingtaine de mètres du mur contre lequel elle devait être placée.
L'officier allemand chargé de commander le feu s'avança vers miss Edith Cavell, toujours étendue à terre. L'officier tira de sa ceinture son revolver d'ordonnance de gros calibre, s'agenouilla, visa avec calme la tête de la victime et tira. Les soldats du peloton d'exécution 'se contentèrent de regarder. Ensuite, l'officier ordonna aux soldats de transporter le corps de la victime dans la maison, où une femme belge le reçut, d'après des instructions données par le ministre d'Espagne.
La relation de M. H. Stirling T. Grahan. — M. Grahan, le chapelain anglais de Bruxelles, qui assista miss Edith Cavell à ses derniers moments, a transmis au Foreign Office, par l'intermédiaire de la légation américaine à Bruxelles, un récit du drame.
Lundi soir n octobre, dit M. Grahan, grâce à un passeport spécial des autorités allemandes, j'ai été admis dans la prison de Saint-Gilles, où miss Edith Cavell a été tenue prisonnière pendant dix semaines. La sentence finale avait été prononcée au début de l'après-midi.
J'ai été étonné et soulagé de trouver mon amie parfaitement calme et résignée. Mais cela n'a diminué en rien la tendresse et l'intensité de sentiment, de part et d'autre, pendant cette dernière entrevue, qui a duré près d'une heure.
Ses premières paroles furent sur un sujet la concernant personnellement, mais elles furent suivies 'd'une affirmation solennelle et expressive de la lumière de Dieu et de l'éternité. Elle ajouta ensuite qu'elle désirait faire savoir à tous ses amis qu'elle donnait volontiers sa vie pour son pays, et elle dit :
« Je n'ai ni crainte ni terreur ; j'ai vu la mort si souvent qu'elle ne m'est ni étrange ni effroyable. »
Elle dit également :
«< Je remercie Dieu pour ces dix semaines de quiétude avant la fin. Ma vie a toujours été pressée et pleine de difficultés; cette époque de repos a été une grande grâce. Tous ont été très bons pour moi ici. Ce que je tiens à dire, me trouvant en face de Dieu
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et de l'éternité, c'est que je me rends compte que le patriotisme n'est pas assez. Je ne dois avoir de haine ou d'amertume envers personne. »
Nous avons pris la communion ensemble et elle a reçu le message de consolation de la foi de tout son cœur. A la fin du petit service, j'ai commencé à répéter les mots : « Abide with me » (Séjourne en moi), et sa voix s'est doucement jointe à la mienne.
Nous sommes restés à causer d'une manière calme jusqu'au moment où je devais m'en aller. Elle m'a chargé de ses derniers messages pour ses parents et amis. Elle m'a parlé des besoins de son âme à ce moment, et elle a reçu l'assurance de la parole de Dieu comme seule une chrétienne peut le faire.
Puis, j'ai dit : « Adieu ! » et elle a souri en me disant : « Nous nous retrouverons. »
L'aumônier militaire allemand était avec elle lors de la fin, et lui a donné ensuite une sépulture chrétienne. Il m'a dit : « Elle a été brave et animée jusqu'à la fin. Elle a professé sa foi chrétienne et a dit qu'elle était heureuse de mourir pour son pays. Elle est morte en héroïne. »
H. Stirling T. Grahan, chapelain anglais,
Bruxelles.
Dès qu'il apprit l'exécution, M. le Ministre des États-Unis à Bruxelles, M. Brand Withlock, écrivit au baron von der Lancken, pour lui demander que le corps de miss Cavell fût transféré à l'école d'infirmières dont elle était directrice. Il informait que le comité de direction de l'école se chargerait de l'inhumation dans l'arrondissement de Bruxelles en se conformant à toutes les conditions que les autorités allemandes imposeraient.
Le ministre américain ajoutait :
Je suis persuadé qu'aucune objection ne sera faite à cette demande et qu'on ne refusera pas cela à une institution à laquelle miss Cavell a consacré si charitablement une partie de son existence. Je me permets d'appuyer auprès de Votre Excellence la requête de l'école belge d'infirmières.
Cette requête fut repoussée.
Une comparaison qui s'impose. — En automne 1914, M. Fréd. Ahlers, consul allemand à Sunderland, fut arrêté pour avoir aidé, au moyen de faux papiers, de nombreux jeunes Allemands à quitter l'Angleterre et à rejoindre leurs régiments en Allemagne. Sa culpabilité étant irréfutablement établie, il fut condamné à mort. Mais malgré un délit qui,
CHEZ LES ALLIÉS
étant données les circonstances, était infiniment plus grave que celui dont fut accusée Miss Cavell, Ailiers fut gracié. Il est resté dès lors en pleine possession de sa liberté. Il habite aux environs de Londres.
La mère de Miss Cavell. — La reine Alexandra a écrit une lettre de sympathie à Mrs Cavell, la vieille mère de miss Cavel, qui vit à Norwich. Mrs Cavell avait auparavant reçu de sir Ed. Grey un télégramme disant :
Je regrette profondément de vous informer que miss Cavell a été exécutée par les autorités allemandes, sous l'accusation d'avoir aidé des soldats britanniques à s'échapper. Elle est morte comme elle a vécu, dévouée au service de son pays.
A un ami qui lui faisait observer que l'orgueil d'avoir eu une telle fille doit compenser toute tendance à se désoler, Mrs Cavell répondit : « Oui, ma fille est morte en martyre et cette pensée me soutient et me rend fière, mais je suis aussi une mère et malgré toute ma fierté dans l'héroïsme de ma fille, je ne puis m'empêcher d'être cruellement affligée. »
Les projets de Lord Derby. — Lord Derby a exposé, le 19 octobre, en présence du Lord-Maire et de plusieurs notabilités, son projet pour activer le recrutement volontaire.
Après avoir déclaré que, si ce projet ne donne pas de résultats satisfaisants, le Gouvernement devra recourir à la conscription, Lord Derby a expliqué sa méthode, dont voici les principaux points :
Les hommes auxquels il fait appel sont divisés en 46 classes, dont 23 classes formées par les célibataires et 23 par les hommes mariés. Ces derniers ne seront appelés que si le nombre des célibataires recrutés est insuffisant; l'enrôlement sera fait tout de suite. Au cas où un nombre suffisant d'engagements serait atteint, les hommes qui s'inscriraient ensuite pourraient être appelés plus tard, après i5 jours de préavis.
Tous les hommes qui s'engageront, mais ne seront pas appelés tout de suite recevront une indemnité de 3 fr. 75 par jour, pendant tout le temps qu'ils resteront dans leur famille à la disposition des autorités militaires.
Les hommes mariés seront versés de préférence dans les services auxiliaires et sanitaires.
Pour rendre le blocus plus strict. — Par un ordre en
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conseil du 2.5 octobre, le Gouvernement britannique vient d'abroger le paragraphe 57 de la Déclaration de Londres. Cette abrogation constitue une modification de la politique navale observée par l'Angleterre jusqu'à ce jour et de son système de blocus maritime.
En vertu du paragraphe 57 de la Déclaration de Londres, la nationalité d'un vaisseau était entièrement et exclusivement déterminée par son pavillon.
Par ce paragraphe 5y l'Amirauté britannique avait rompu avec une tradition ancienne à laquelle elle revient aujourd'hui : c'est que la nationalité d'un vaisseau est déterminée non seulement par son pavillon, mais par la nationalité de son ou de ses propriétaires.
En d'autres termes, l'abrogation du paragraphe 57 de la Déclaration de Londres aura pour conséquence d'étendre au navire des règles observées jusqu'à présent pour la cargaison. Si un vaisseau bat pavillon neutre, il conviendra d'examiner s'il n'est pas en totalité ou en partie la propriété de belligérants ennemis. En ce cas, ce navire ou — suivant les cas — partie de ce navire tombera sous le coup de l'ancienne loi de prises.
Cette modification de la politique navale britannique a été rendue nécessaire par les abus que permettait le paragraphe 57 de la Déclaration de Londres. L'expérience de la guerre a montré que très fréquemment un navire battant pavillon neutre était, malgré son pavillon, la propriété exclusive ou partielle de l'ennemi.
A la Chambre des Communes. — La Chambre des Communes a adopté, le i3 octobre, en troisième lecture, le projet de loi relatif à l'emprunt anglo-français aux États-Unis.
Le 19 octobre, Sir Henri Dalziel ayant demandé si les forces italiennes vont coopérer avec les forces anglaises et françaises en Serbie, M. Lloyd George lui a répondu que la meilleure méthode avec laquelle l'Italie peut apporter l'assistance la plus efficace à la Serbie et à la cause commune, est actuellement en discussion entre les alliés. Cette déclaration a été accueillie par de vifs applaudissements.
Sir Henri Dalziel a demandé ensuite au Premier Ministre si le commandant en chef du corps expéditionnaire en Serbie serait Anglais ou Français, à quoi M. Lloyd remplaçant M. Asquith a répondu qu'il regrette de ne pas pouvoir faire de déclarations à ce sujet.
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CHEZ LES ALLIÉS
Le 26 octobre, le député sir Philip Magnus ayant, au cours de la séance tenue par les Communes, demandé à Sir Edward Grey s'il pouvait donner à la Chambre quelques renseignements sur l'offre conditionnelle de Chypre à la Grèce, le Ministre des Affaires étrangères a répondu :
Nous nous sommes crus obligés, étant donné la situation très critique dans laquelle se trouvaient nos alliés serbes, de faire tous les efforts possible pour leur procurer la seule aide susceptible de pouvoir leur être fournie immédiatement.
En conséquence, le Gouvernement britannique informa la Grèce que, si elle était disposée à donner une assistance complète et immédiate à la Serbie contre la Bulgarie, nous étions prêts à lui remettre Chypre en retour.
Comme la Grèce n'a pas cru devoir secourir la Serbie, les conditions que nous avions mises à notre offre n'ont pas été réalisées et cette dernière est conséquemment devenue caduque.
M. Lloyd George a annoncé de son côté que M. Asquith qui, rétabli, doit rentrer à Londres demain, avait l'intention de faire prochainement une déclaration complète sur la situation générale.
A la Chambre des Lords. — Lord Landsdowne fait cet exposé sur les événements d'Orient :
Nous avons pensé aider la Serbie en passant par la Grèce, laquelle est liée à la Serbie par sa position géographique, des intérêts communs et les obligations d'un traité formel.
A la demande du Premier Ministre de Grèce, M. Venizelos, nous nous sommes engagés à fournir à la Grèce des troupes pour l'aider à satisfaire à ses obligations envers la Serbie. Voilà comment nous avons envoyé à Salonique les troupes que nous avions sous la main et qui étaient nécessairement peu nombreuses.
Les Français ont expédié également des troupes. En même temps, nous préparions des troupes plus considérables pour le sud-est de l'Europe et nous envoyions des navires pour leur transport.
La promptitude était indispensable, étant donnée la position de la Serbie. Les premières mesures étaient nécessairement incomplètes. Le premier contingent anglais n'était que de i3 000 hommes et ne constituait qu'une amorce.
Entre temps, les événements se développaient rapidement au sud-est de l'Europe. La Grèce estimait que le traité serbo-grec ne l'obligeait pas à aller au secours de la Serbie.
Les progrès militaires de l'ennemi dans le nord de la Serbie et l'attaque des Bulgares rendaient très improbable que la Serbie pût résister longtemps. La France et la Grande-Bretagne convinrent
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d'étudier la situation lorsque les renforts seraient arrivés sur les lieux. Leurs conseillers militaires et navals se consultent actuellement au sujet de l'emploi qui sera fait du contingent anglais. Le général Munro doit envoyer son rapport sur la question envisagée sous tous ses aspects.
Belgique. — L'armée belge et la Croix de guerre. — Un conseil des Ministres vient d'être tenu sous la présidence du baron de Broqueville, Ministre de la Guerre et chef du cabinet.
Le Ministre a annoncé ensuite la prochaine création d'une croix de guerre pour les vaillants soldats belges. Un rapport a été adressé au souverain sur cette palpitante question dont la solution est à la vieille de se produire.
Les Allemands en Belgique. — Des rapports officiels parvenus au Gouvernement belge constatent que les soldats prussiens ont, par ordre de leurs chefs, fusillé en Belgique plus de cinq mille bourgeois.
C'est un chiffre approximatif et provisoire, car de nombreuses administrations, par crainte de représailles, n'ont pas osé présenter des rapports officiels.
Le retentissement dans le monde civilisé de l'exécution de miss Cavell ne saurait faire oublier que dans ce même mois d'octobre, il y en eut d'autres, celle, par exemple, d'un soldat belge Claes, accusé d'espionnage, mais non convaincu, d'après les Nouvelles de Maestricht, qui ajoutent :
Claes a simplement reconnu qu'il était soldat belge et a obstinément refusé de rien dire de plus, bien qu'on lui eût promis la vie sauve s'il avouait.
Le soldat Claes est mort en héros. Conduit chaussée de Curange, à Hasselt, dans les remblais du nouveau chemin de fer, le vendredi 8 octobre, à 4 heures du matin, il refusa de se laisser placer un bandeau sur les yeux et ne cessa de protester de son innocence.
Il est mort tout droit, farouche et superbe, en criant : « Vive la Belgique! Vive la liberté! » Son attitude a été si belle, que les 12 soldats qui devaient le fusiller n'ont pas eu le courage de le viser. Sur douze balles qu'ils ont tirées, une seule l'a touché et il a fallu que le sous-officier qui commandait le peloton l'achevât en lui tirant lui-même une balle de revolver dans l'oreille.
D'autre part, à Bruges, six jeunes gens condamnés par le conseil de guerre de cette ville pour espionnage, ont été pendus. Le général commandant von Schroten a fait connaître
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cette sentence et son exécution par une affiche qui est placardée dans toutes les communes de France où passent des troupes allemandes.
Enfin, à Liège, huit sur vingt-cinq civils qui avait été condamnés en juin, pour espionnage, par le conseil de guerre allemand de Liège ont été fusillés,
En outre, la Gazette de Cologne se fait écrire de Bruxelles, à la date du i5 octobre, que le conseil de guerre a condamné cinq personnes à mort, quatre à quinze ans de prison pour avoir aidé des soldats anglais et français et des citoyens belges à passer la frontière.
Une explication de von Bissing. — Le gouverneur général von Bissing explique les condamnations dans une proclamation où, après avoir donné la version allemande de la bataille de Champagne, il dit :
Pendant que cette bataille décisive faisait rage sur le front, j'ai dû procéder à l'arrière de l'armée allemande contre les menées hostiles. A cette occasion, j'ai été forcé d'agir contre des tendances qui sont dues à un vain espoir, à la croyance d'un prompt retour du précédent état de choses. Certains milieux, qui mieux que tous autres auraient dû veiller à la paix intérieure, ont incité les esprits à l'insubordination ; des personnes qui s'étaient déclarées prêtes à collaborer avec moi au rétablissement du bien-être du pays, ont de nouveau prêté une oreille bienveillante aux instigations du Havre et de Londres ; de faux prophètes ont propagé de faux bruits et de cette façon amené des naïfs à commettre des actes criminels. Des Belges, par patriotisme mal compris ou encore plus par amour du gain, se sont laissé entraîner à l'espionnage, qui a abouti au même échec que l'offensive ennemie.
Malgré tout cela, nous sommes quand même parvenus à garder la distance de l'ennemi lâche et méchant qui menaça d'une façon traîtresse la sécurité de l'armée allemande.
Les plus lourdes peines ont dû être appliquées sans pitié à ceux qui s'étaient rendus coupables de menées criminelles.
Le lendemain de cette proclamation, le gouverneur adressa l'avis suivant publié par le Bulletin Officiel des lois et arrêtés pour le territoire belge occupé :
J'ai appris que, dans le territoire du gouvernement général, il existe de nombreux oiseaux, surtout des pinsons, rendus aveugles et tenus en cage. Le fait d'aveugler les oiseaux est une cruauté que je ne tolérerai pas. J'invite les gouvernements et Kommandanturen à éclairer la population dans ce sens et à sévir avec rigueur contre ceux qui enfreindront cette défense*
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Russie. — Un port libre de glaces. — Le nouveau chemin de fer de Pètrograd à Ekaterina, port qui est libre de glaces pendant toute l'année, dans l'océan Arctique, sera ouvert pour le service de guerre au commencement de novembre.
La construction de cette nouvelle ligne a été exécutée sous la direction d'ingénieurs américains. Une armée de dix mille hommes, la plupart des prisonniers, y a été employée.
Le terminus sur l'océan Arctique est Ekaterina, sur la côte septentrionale du golfe de Kola, où de grands quais et des entrepôts ont été construits.
Ce nouveau chemin de fer, à double voie, d'une longueur de i o,5o kilomètres, a été construit en six mois. Les bateaux qui ne pourront plus atteindre Arkhangel se rendront en toute saison à Ekaterina. Il est inutile de souligner l'importance de ce grand effort.
Un Manifeste impérial. — Au sujet de l'entrée en lice de la Bulgarie aux côtés des Austro-Allemands, Nicolas II a adressé au peuple russe, le 20 octobre, le manifeste suivant :
Nous faisons savoir à tous nos fidèles sujets que la trahison de la Bulgarie à la cause slave, préparée avec perfidie depuis le commencement de la guerre mais qui paraissait pourtant impossible, s'est accomplie.
Les troupes bulgares ont attaqué notre fidèle alliée la Serbie, ensanglantée par sa lutte contre un ennemi plus fort. La Russie et les grandes^ puissances, nos alliées, ont cherché à détourner le gouvernement de Ferdinand de Saxe-Cobourg de ce pas fatal. La réalisation des anciennes aspirations du peuple bulgare et l'annexion de la Macédoine étaient assurées à la Bulgarie par une autre voie conforme aux intérêts du slavisme ; mais les calculs secrets et intéressés inspirés par les Allemands et la haine fratricide pour les Slaves ont triomphé.
La Bulgarie, notre coreligionnaire depuis peu affranchie de l'esclavage turc par le fraternel amour et le sang du peuple russe, s'est rangée ouvertement aux côtés des ennemis de la foi chrétienne, du slavisme et de la Russie.
Le peuple russe voit avec douleur fa trahison de la Bulgarie et c'est avec un cœur saignant qu'il tire son épée contre elle, en remettant à la juste punition de Dieu le sort des traîtres à la cause slave.
Le 21, M. Sazonof a fait la déclaration suivante au correspondant du Times à Pètrograd :
Quoique la Grèce ait formellement protesté contre le débarque-
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ment des Alliés à Salonique, elle s'est abstenue de toute opposition active à ce débarquement. Il lui sera peut-être difficile de conserver cette attitude qui paraît ambiguë.
En ce qui concerne directement la Russie, l'attaque non provoquée de la Bulgarie contre la Serbie a interrompu le transport des marchandises entre la mer Noire et la Méditerranée.
Il me semble que les Alliés seraient en droit non seulement de bloquer le port de Dedeagatch et toute la côte bulgare, mais de prendre toutes les mesures utiles pour que l'ennemi ne retire aucun avantage de la neutralité d'une autre puissance.
Les mesures financières. — Un ukase impérial, en date du 24 octobre, ordonne au Ministre des Finances de réaliser sur les marchés étrangers des opérations de crédit pour une somme globale de cinq milliards et demi de roubles. L'ukase autorise le Ministre à émettre au besoin à l'étranger des bons du Trésor en livres sterling, en francs et en dollars.
Le Ministre des Finances a reçu les représentants de la presse et leur a exposé les projets du Gouvernement pour trouver des ressources. Il leur a dit que tout le système fiscal russe serait réformé sur la base de l'impôt sur le revenu, dont le projet, déjà approuvé par la Douma, est sur le Bureau du Conseil de l'Empire. Le Ministre élabore également un projet de monopole sur le thé, le sucre et les allumettes.
Tout prochainement, le Ministre prendra une décision sur la question du nouvel emprunt intérieur 6 pour 100, dont les conditions seront exceptionnellement avantageuses pour les souscripteurs.
Le Ministre a constaté que le marché financier intérieur russe abonde en ce moment en ressources libres et en a donné comme preuve le communiqué officiel signalant que le total des dépôts et comptes courants dans les banques privées a atteint la somme extraordinaire de 4 milliards de roubles, que l'accroissement des dépôts dans la période de septembre 1914 à 1915 a été de 700 millions et enfin que l'accroissement mensuel des dépôts dans les caisses d'épargne de l'État est de 5o millions de roubles.
La mission militaire à Moscou. — La mission militaire française venant de Pétrograd est arrivée à Moscou le 2,5 octobre. La mission a rendu visite au commandant de la circonscription militaire de Moscou, le général Morosof, et au lieutenant général, le prince Odoef Maslov. Les membres
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de la mission ont ensuite visité une des usines de Moscou qui préparent des obus et des munitions pour l'armée, puis ils sont allés à l'école militaire d'Alexis.
Le directeur de l'école, saluant le général d'Amade et les membres de la mission, a dit :
A la prospérité de la belle France, à la gloire de son audacieuse et vaillante armée, à la santé du général d'Amade, du général de la Guiche et de tous ceux qui les accompagnent! hourrah !
Italie. — Les idées de M. Giolitti. — Lettre de M. Giolitti, ex-ministre italien, au directeur d'une grande compagnie d'assurances allemandes :
Il faut douter que cette guerre puisse être décidée sur les champs de bataille. Ni le vainqueur ni le vaincu ne voudront en venir jusqu'aux conséquences extrêmes. Etant donnée la situation politique actuelle, il est absolument certain que, après la guerre, les groupements de puissances ne resteront pas ce qu'ils sont maintenant. Des ennemis se feront amis et des amis ennemis. Ce nouveau groupement politique qui pourrait se faire même pendant la guerre, provoquerait éventuellement une fin prématurée de la guerre. Le succès final dépendra beaucoup du groupement définitif des États balkaniques. Il arrivera ce qui arrive quand on joue aux échecs. Si l'on joue la partie avec attention, elle peut durer longtemps, mais un faux mouvement peut la faire perdre d'une façon extraordinairement rapide et irréparable. J'ai l'impression qu'un des deux groupements de puissances a fait un faux mouvement.
Fausses allégations allemandes. — Le 25 octobre, de Rome, la note suivante est communiquée officiellement :
Le Fremdenblatt de Vienne a relaté des faits entièrement inventés tendant à démontrer que dès le début de la guerre les troupes italiennes auraient accompli des actes de cruauté contre les habitants des territoires occupés. Le récit du journal viennois est absolument faux. Nos officiers et soldats pourraient plutôt être accusés de faiblesse par excès de sentiment d'humanité.
Notre armée, au contraire, a cherché à atténuer tous les malheurs causés par l'impitoyable attitude du commandement austrohongrois. En plusieurs cas, les espions dont l'ennemi avait semé les territoires occupés par nous, firent payer par des assassinats la bonté témoignée par nos officiers et nos soldats à des gens qui n'en étaient pas dignes. Notre sévérité s'est exercée seulement contre les individus pris les armes à la main ou convaincus d'espionnage. C'est une vraie dérision que des inculpations pareilles soient élevées par la presse d'un pays qui en réoccupant la Galicie
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a commis des horreurs inouïes, a opprimé systématiquement des nationalités entières et a détenu dans des camps de concentration des milliers d'innocents qui cependant sont considérés comme étant encore sujets de l'Empire.
Serbie. — Au sujet des effectifs dirigés contre la Serbie, le colonel Repington écrit dans le Times :
Autant que nous en puissions juger, le groupe danubien des armées du feld-maréchal von Mackensen se compose entièrement de troupes allemandes et autrichiennes prélevées sur le front russe. L'armée de von Gallwitz est allemande et il y a aussi des troupes allemandes parmi les soldats autrichiens commandés par le général Kowess von Kowess-Haza. Le commandement est exclusivement allemand et toutes les troupes identifiées jusqu'ici appartiennent à des unités récemment engagées sur le front russe. Il est possible que toutes ces forces ne soient pas encore en ligne, car les récents succès russes peuvent avoir retardé la concentration, mais il faut calculer qu'il y a ou qu'il y aura bientôt de 25o ooo à 3oo ooo hommes sous le commandement de Mackensen et que les troupes autrichiennes sur la Drina coopéreront en s'avançant vers l'Est.
Nous ne douterions pas que la Serbie fût de taille à lutter contre cette invasion s'il n'y avait que cette attaque, mais l'addition de l'armée bulgare aux ennemis de la Serbie est un danger fatal qui se produit dans une direction fatale. A l'heure qu'il est l'armée bulgare doit être non seulement mobilisée mais concentrée. Même en comptant que 70 000 hommes feront face à la Grèce, que Dedeagatch est fortement occupée et qu'un corps d'armée sera mis en observation du côté de la Roumanie ainsi que d'autres troupes sur le littoral de la mer Noire, nous ne pouvons pas supposer que l'offensive bulgare sera menée avec moins de 3ooooo soldats, et si les Turcs se chargent de Varna et du front de la mer Noire, ces effectifs peuvent être plus élevés encore. La Serbie a jusqu'ici fait presque l'impossible, nous pouvons être certains qu'elle se comportera fort bien, mais à moins que 3ooooo à 400000 hommes des troupes alliées ne viennent à son aide, et y viennent à temps, les chances d'une résistance heureuse de sa part ne sont pas grandes.
Un ordre du jour du roi Pierre. — Le 2 octobre, le roi Pierre a adressé à ses troupes l'ordre du jour suivant :
Je sais que tous les Serbes sont prêts à mourir pour leur patrie menacée. Il faut lutter, car votre roi n'a même plus la force de se mettre à la tête de ses armées pour les conduire dans cette guerre qui nous a été imposée.
Je ne suis qu'un faible vieillard qui ne peut que vous vénérer, vous soldats serbes, vous civils serbes, vous femmes et enfants serbes. Je vous ai fait une fois le serment que si nous devions être
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vaincus dans cette guerre, je ne survivrais pas à la défaite. Je mourrai en même temps que la Patrie serait écrasée.
Monténégro. — Le consul du Monténégro, chargé d'une mission auprès du Gouvernement italien, fait cette déclaration :
« Le Monténégro a besoin d'armes, de munitions et d'argent pour se soutenir. Il peut constituer une position importante pour la Quadruple-Entente, car du Lowcen, elle peut aider une action navale pour la prise de Cattaro, et de Cattaro, les alliés pourraient menacer la marche des Austro-Allemands vers la Bulgarie et Constantinople. Il s'agirait en somme de mettre le Monténégro en condition de pouvoir se servir des positions stratégiques dont il est en possession. »
Japon. — Déclaration du comte Okuma. — Le comte Okuma, président du conseil du Japon, déclare au correspondant du Matin, à Tokio :
Dans cette guerre, la France, champion de la civilisation, l'Angleterre, la Russie et le Japon voient dans les Allemands les ennemis de l'humanité, du progrès et de la liberté.
Abordant la question de la participation du Japon, il déclara que le Japon ne peut pas envoyer de troupes, ne disposant pas des transports nécessaires; l'Angleterre et la Russie comprirent l'impossibilité de l'opération :
Nos sympathies étant toujours aussi vives, ajouta-t-il, nous souhaiterions pourtant d'apporter, tout au moins à la France, notre collaboration financière et de hâter ainsi peut-être, la fin de la guerre.
Le Japon n'est certes pas une grande puissance financière, mais il a des ressources disponibles et pour prouver à la France notre sympathie, nous serions heureux de lui donner notre concours, même modeste. L'impossibilité où nous sommes d'envoyer des troupes "en Occident ne nous empêche pas de donner à nos alliés notre appui naval et militaire. Nos arsenaux sont mobilisés comme en temps de guerre. Nous assumons, d'autre part, le rôle de sentinelle en Extrême-Orient. Nous empêchons vos ennemis de soulever les peuplades musulmanes belliqueuses qui pourraient tenter de profiter de vos embarras. Nous veillons aussi pour que le Transsibérien, qui nous sert à ravitailler la Russie, ne soit pas détruit. Le principe qui guide l'action japonaise, dit en terminant le comte Okuma, est que pendant que nos alliés se battent, nous ne permettions pas qu'ils soient attaqués par derrière.
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U alliance japonaise. — Le 3i octobre, a été publié à Londres le texte des notes échangées concernant la coopération du Japon à la déclaration du 5 septembre 1914 entre la Grande-Bretagne, la France et la Russie, aux termes de laquelle ces pays s'engagent à ne pas conclure de paix séparée pendant la guerre actuelle. Ce texte est ainsi conçu :
Londres, 19 octobre 1915.
Excellence, nous soussignés, dûment autorisés par nos Gouvernements respectifs, avons l'honneur d'inviter le Gouvernement impérial du Japon à signifier, par l'intermédiaire de Votre Excellence, son adhésion à la déclaration entre les Gouvernements français, russe et britannique, signée à Londres le 5 septembre 1914, dont le texte est ainsi conçu :
« Les Gouvernements français, russe et britannique s'engagent mutuellement à ne pas conclure de paix séparée pendant la guerre actuelle. Les trois Gouvernements décident que lorsque les conditions de paix viendront en discussion, aucun des alliés ne demandera des conditions de paix sans l'agrément préalable de chacun des autres alliés. »
Veuillez, etc. Paul Cambon, Benkendorf, E. Grey.
Dans sa réponse du 19 octobre, l'ambassadeur du Japon, M. Inouyé, déclara :
J'ai l'honneur de faire savoir à Votre Excellence que le Gouvernement impérial japonais m'a autorisé à vous faire savoir son adhésion entière et complète aux termes de cette déclaration.