CHAPITRE IV CHEZ LES ENNEMIS
Août 1915.
Allemagne. — Le Chancelier de l'Empire allemand, M. de Bethmann-Hollweg-, s'exprime ainsi, le 28 mai, devant le Reichstag, sur l'intervention italienne :
Pourquoi Rome refusa-t-elle d'un cœur si léger les propositions de Vienne? Le manifeste de guerre italien qui, sous de vaines phrases, dissimule une conscience mal à Taise, ne nous fournit aucune explication; peut-être était-on trop timide pour dire ouvertement ce que la presse et les commérages de couloirs de la Chambre répandent comme prétexte, à savoir que l'offre de l'Autriche arrivait trop tard et qu'il ne fallait pas s'y fier.
Voilà les faits. Il n'appartient pas aux hommes d'État italiens de juger à quel degré les autres nations méritent la confiance, en prenant pour mesure le degré de loyauté avec lequel eux-mêmes observent les traités.
L'Allemagne garantissait de sa parole que les concessions seraient exécutées. Il n'y avait donc aucun motif de se méfier.
Pourquoi les concessions de Vienne arrivaient-elles trop tard? Le 4 mai, le Trentin n'était pas un territoire différent de ce qu'il était en février et, à la concession du Trentin, s'ajoutaient une quantité de concessions dont il n'avait pas été question en hiver.
Il était peut-être trop tard parce que, la Triplice existant encore, cette Triplice, dont le gouvernement et le roi d'Italie avaient au début de la guerre formellement reconnu l'existence, les hommes d'Etat romains avaient depuis longtemps déjà pris avec la Triple- Entente de tels engagements qu'il ne leur était plus possible de reculer.
Déjà, en décembre, on pouvait constater des symptômes de fluctuations dans le cabinet italien. Il est toujours utile d'avoir au feu deux fers à la fois.
A une époque antérieure, l'Italie avait déjà manifesté une certaine prédilection pour des tours de danse avec des cavaliers non inscrits sur le carnet de bal; mais nous ne sommes pas ici dans une -salle de bal, nous sommes sur un champ de bataille ensanglanté où l'Allemagne et l'Autriche défendent leur existence contre un monde d'ennemis. Les hommes d'Etat italiens jouèrent à l'égard de leur nation le même jeu qu'à notre égard.
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Certes, la possession des territoires de langue italienne au nord de la frontière a toujours été le rêve et le désir de tout Italien, mais une bien plus grande majorité du peuple italien ne voulait pas entendre parler de guerre; il en était de même de la majorité du Parlement, et au début de mai, suivant les observations des meilleurs juges, ces deux majorités étaient encore opposées à la guerre, on y voyait même les hommes d'Etat les plus sérieux et les plus considérables.
Mais la voix du bon sens n'était plus écoutée. La populace seule régnait.
Avec la tolérance bénévole et l'appui des principaux membres d'un cabinet gorgé de l'or de la Triple-Entente, la populace menée par des agents provocateurs dénués de scrupules, fut poussée à une frénésie sanguinaire qui menaçait le roi d'une révolution et tous les modérés de l'assassinat, s'ils ne se laissaient pas aller au délire de la guerre.
On laissa, de propos délibéré, ignorer au peuple italien la marche des négociations avec l'Autriche et l'étendue des concessions autrichiennes, de sorte qu'après la démission du cabinet Salandra il ne se trouva personne qui eut le courage d'accepter de former un nouveau cabinet, et que, au cours des débats décisifs, aucun membre des partis constitutionnels du Sénat ou de la Chambre n'essaya même d'apprécier la valeur des concessions si étendues de l'Autriche.
Dans cette frénésie de guerre, les politiciens honnêtes devinrent muets, mais quand, à la suite des opérations militaires, comme nous l'espérons et le désirons, le peuple italien sera rentré dans son bon sens, il reconnaîtra combien frivolement on le poussa à participer à cette guerre mondiale. Nous avons fait tous nos efforts pour éviter que l'Italie se détache de la Triple-Alliance.
A nous échut le rôle ingrat de demander à l'Autriche, notre loyale alliée, dont les armées partagent chaque jour avec nos troupes les blessures, les morts et la victoire, d'acheter la loyauté du troisième partenaire de l'Alliance, au moyen de la cession de territoires de son ancien héritage. Que l'Autriche soit allée jusqu'à la dernière limite possible, chacun le sait. Le prince de Bulow, qui reprit du service actif, s'efforça par tous les moyens, mettant en œuvre son habileté diplomatique, sa connaissance profonde de la situation italienne et des personnages italiens, d'aboutir à une entente. Quoiqu'il n'ait pas réussi, tout le pays lui est reconnaissant.
Cette tempête aussi nous la supportons. A mesure que les mois s'écoulent, notre intimité grandit avec notre alliée. Pendant des mois nous avons, de la Pilica à la Bukovine, résisté avec nos camarades austro-hongrois, malgré la gigantesque supériorité de l'ennemi, et enfin nous avons avancé victorieusement.
De même nos nouveaux ennemis périront, grâce à l'esprit de loyalisme, d'amitié et de bravoure des puissances centrales. Dans
TROIS MOIS DE GUERRE — III
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cette guerre, la Turquie célèbre sa régénération. Le peuple allemand tout entier suit avec enthousiasme les différentes phases de cette résistance acharnée et victorieuse qui permet aux loyales armées ottomanes de terre et de mer de repousser les attaques de leurs ennemis en leur portant de grands coups.
C'est en vain que nos ennemis, à l'Ouest, se sont jusqu'à présent lancés à l'assaut de la muraille vivante que leur opposent nos guerriers. Si sur certains points le combat a des fluctuations, si çà et là une tranchée ou un village sont perdus ou gagnés, la grande tentative, que nos adversaires annonçaient depuis cinq mois et qui était de pratiquer une trouée, n'a pas réussi et ne réussira pas. La bravoure de nos soldats fera périr nos adversaires. C'est en vain que jusqu'à présent nos ennemis ont fait contre nous appel à toutes les forces du monde et à une gigantesque coalition de braves soldats. Car nous, nous ne méprisons pas nos ennemis, comme aiment à le faire nos adversaires.
Au moment même où la populace des villes anglaises danse autour des bûchers sur lesquels brûlent les effets appartenant à des Allemands sans défense, le Gouvernement britannique ose publier un document contenant la déposition de témoins, dont il ne fournit pas les noms, relativement aux prétendues cruautés commises en Belgique, cruautés si monstrueuses qu'il n'y a que des cerveaux de fous qui puissent y ajouter foi. Et tandis que la presse anglaise ne se laisse jamais priver de nouvelles, la terreur de la censure règne à Paris.
Aucune liste de pertes n'est publiée; aucun communiqué allemand ou autrichien n'est publié; on cache aux parents les listes des grièvement blessés et des invalides échangés. Une crainte réelle de la vérité semble être la règle du Gouvernement.
Et, ainsi, il arrive que, suivant les observations de gens dignes de foi, faites dans des cercles très étendus et très nombreux, on ne sait rien des grandes défaites subies par les Russes, même de celles de l'année passée. On continue à s'imaginer que le grand rouleau compresseur russe est en train de marcher sur Berlin, où régneraient la famine et la misère, comme l'on a confiance dans la grande offensive à l'Ouest, offensive qui, depuis des mois, n'a pas eu lieu.
Si les Gouvernements des pays ennemis croient, en trompant le peuple et en déchaînant des haines aveugles, se soustraire au blâme du crime de cette guerre et retarder ainsi le jour du grand réveil, nous, au contraire, comptant sur notre bonne conscience, sur la justice de notre cause, sur nos armes victorieuses, nous ne nous permettrons pas de dévier d'une ligne de la voie que nous avons toujours reconnue comme juste. Au milieu de cette confusion des esprits qui règne parmi nos adversaires, le peuple allemand poursuit sa route calme et sûre.
Dans cette guerre, ce n'est pas la haine qui nous inspire, c'est
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l'indignation, la sainte indignation. Plus est grand le danger auquel nous avons à faire face, entourés que nous sommes de tous côtés par des ennemis, plus profondément l'amour de nos foyers étreint nos cœurs, plus jalousement nous devons veiller à la protection de nos enfants, de nos petits-enfants, plus nous devons tout endurer et tenir bon jusqu'à ce que nous ayons conquis toutes les garanties d'assurance possible qu'aucun ennemi, soit seul, soit coalisé, n'osera jamais plus se mesurer avec nous les armes à la main.
Plus sauvagement sévit la tempête autour de nous, et plus solidement nous devons établir les fondations de notre maison. Pour cette conscience de l'union de ses forces, pour ce courage inébranlable, pour ce dévouement sans borne que lui affirme le peuple tout entier, et pour la loyale coopération que vous, messieurs, n'avez, dès les premiers jours, jamais cessé d'accorder à la patrie, je vous apporte, à vous, les représentants de la nation tout entière, les remerciements chaleureux du Kaiser.
Pleins de la confiance mutuelle que nous sommes tous unis, nous vaincrons en dépit d'un monde d'ennemis.
Un manifeste de Guillaume IL — Le i8r août, à l'occasion de l'anniversaire du début delà guerre, l'empereur Guillaume a adressé au peuple allemand, du grand état-major, le manifeste suivant :
Un an s'est écoulé depuis que je fus obligé d'appeler le peuple aux armes. Une époque sanguinaire inouïe est arrivée pour l'Europe et pour le monde. Devant Dieu et devant l'Histoire, je jure que ma conscience est nette; je n'ai pas voulu la guerre.
Après dix ans de préparation, les puissances de l'Entente, pour lesquelles l'Allemagne devenait trop puissante, ont cru le moment venu d'humilier l'empire, qui loyalement soutenait son alliée l'Autriche-Hongrie, dans une cause juste, ou de l'écraser sous des forces accablantes de tous côtés.
Ainsi que je l'ai déjà annoncé, aucun désir de conquête ne nous a poussés à la guerre. Aux jours d'août, quand tous les hommes sains se sont précipités autour du drapeau et que les troupes sont parties pour la guerre défensive, tous les Allemands du monde se sont sentis d'accord, à l'exemple unanime du Reichstag, que c'était une lutte pour le bien le plus élevé de la nation, pour sa vie et sa liberté.
Ce que nous pouvons attendre, si l'ennemi réussit à décider du sort de notre peuple et de l'Europe, on peut en juger par les malheurs de notre chère province de la Prusse orientale.
Le sentiment que la lutte nous était imposée a réalisé des miracles. Les conflits politiques se sont tus; d'anciens adversaires ont commencé à se comprendre et à s'estimer; un esprit de vraie camaraderie a régné dans le peuple entier.
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Avec notre entière reconnaissance, nous pouvons dire aujourd'hui que « Dieu était avec nous ».
Les armées ennemies, qui se vantaient qu'elles entreraient à Berlin après quelques mois, ont été repoussées par des coups formidables loin à l'Est et à l'Ouest. Le grand nombre des champs de bataille sur des points divers de l'Europe et les combats navals sur des côtes proches et lointaines démontrent ce que la colère allemande, agissant sur la défensive et la stratégie allemande peuvent accomplir.
Aucune violation des lois internationales par l'ennemi ne peut ébranler le fondement économique de notre conduite de la guerre.
Les associations d'agriculture, d'industrie, de commerce, de science, d'art, ont essayé d'adoucir les peines de la guerre. Se rendant compte de la nécessité de mesures pour lé libre échange des marchandises, et entièrement dévoués à leurs frères combattant sur les champs de bataille, les habitants de l'Allemagne ont exercé toutes leurs énergies pour écarter le danger commun.
Avec une grande reconnaissance, la patrie se souvient aujourd'hui, et se souviendra toujours de ses guerriers, de ceux qui, au mépris de la mort, offrent à l'ennemi un front courageux, de ceux qui sont blessés et qui sont revenus malades, de ceux surtout qui reposent après le combat sur le sol étranger ou au fond de la mer.
Je partage la douleur des mères, des veuves et des orphelins pour leurs bien-aimés qui sont morts pour la patrie.
La force intérieure et la volonté unanime de la nation, animées par l'âme des fondateurs de l'empire garantissent la victoire. Les digues que ces fondateurs ont bâties parce qu'ils prévoyaient la nécessité de défendre encore ce que nous avions gagné en 1870 ont repoussé la marée la plus haute de l'histoire du monde.
Après les preuves sans précédent de l'habileté individuelle et de l'énergie nationale, j'ai la vive confiance que le peuple allemand, se maintenant fidèlement dans la purification résultant de la guerre continuera de tenir sur les lignes anciennes déjà éprouvées et s'engagera avec confiance sur de nouvelles voies.
Les grandes épreuves donnent à la nation la fermeté du cœur. En agissant héroïquement, souffrons et travaillons sans fléchir jusqu'à ce que la paix arrive, une paix qui nous offre les garanties militaires, politiques et économiques nécessaires à notre avenir, une paix qui remplisse les conditions pour le développement de notre énergie productrice chez nous et sur la mer libre.
De cette façon, nous sortirons honorablement de cette guerre pour le droit et la liberté de l'Allemagne, si longtemps qu'elle puisse durer, et nous serons dignes de la victoire devant Dieu que nous prions dans l'avenir de bénir nos armes.
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Un télégramme de Guillaume IL — Guillaume II adresse le télégramme suivant à sa sœur, la reine de Grèce :
Mon épée destructive s'est abattue sur les Russes. Ils auront besoin de six mois pour se reformer. Dans peu de temps, je t'annoncerai de nouvelles victoires de mes braves, qui se sont montrés invincibles dans leur lutte contre le monde presque entier. Le drame de la guerre touche à sa fin.
Salutations à Tino (le roi Constantin).
Guillaume.
Un autre télégramme de Guillaume IL — Télégramme envoyé par l'Empereur à son armée, après la prise de Novo-Georgiewsk, le 22 août :
Grâce à l'assistance divine, à la direction expérimentée du général von Beseler, vainqueur d'Anvers, au courage héroïque de nos troupes splendides, à l'excellente artillerie de forteresse allemande et austro-hongroise, la plus grande forteresse russe, Novo-Georgiewsk, est à nous. Profondément ému, j'ai déjà exprimé ma reconnaissance aux troupes qui étaient dans un état d'âme magnifique. Je leur ai distribué des croix de fer. La citadelle brûle. J'ai croisé en entrant de longues files de prisonniers. Les villages en grand nombre ont été complètement détruits par les Russes dans leur retraite. Ce fut une journée sublime dont je remercie humblement Dieu.
Lettre de l'Empereur au chef des Sénoussistes. — Le 29 août Guillaume II a adressé la lettre suivante au chef des Sénoussistes :
Gloire à Dieu tout-puissant : Guillaume empereur, fils de Charlemagne, envoyé d'Allah, protecteur de l'Islam, au très illustre chef des Sénoussistes.
Nous prions Dieu de conduire tes armes à la victoire. C'est notre volonté que tes valeureux guerriers expulsent les infidèles du territoire qui appartient aux croyants. Pour cette fin nous t'enverrons des armes, de l'argent, des chefs expérimentés. Nos ennemis communs — qu'Allah les anéantisse jusqu'au dernier! — fuient épouvantés devant toi.
L'emprunt de douze milliards cinq cent mille francs. — Le nouvel emprunt de guerre allemand de 10 milliards de marks sera émis dans le courant du mois de septembre.
Le 18 août, les grandes lignes sont dès maintenant fixées: l'émission sera faite à 99 0/0, sans limite, et à 5 0/0 d'intérêts. On donnera de plus grandes facilités qu'auparavant aux petits rentiers en permettant le placement par ver-
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sements gradués de sommes de i ooo marks et au-dessous.
Un article du Vorwàrts, appréciant les combinaisons de l'emprunt allemand, fait remarquer que les réserves mo^ nétaîres du pays ont diminué et que ses approvisionnements ont été consommés et convertis en emprunts de guerre. 11 reconnaît qu'on peut cependant tenir pour certain que de très grandes sommes se présenteront à la souscription du troisième emprunt de guerre, parce que le premier paiement devra être effectué en octobre, époque à laquelle une grande partie de la récolte est réalisée. Les capitaux devenus ainsi liquides seront donc disponibles pour l'emprunt.
L'article continue comme suit :
Ce fait est d'une importance beaucoup plus considérable qu'une grande partie du troisième emprunt a déjà été employée jusqu'au mois d'octobre, les dépenses de guerre seront au moins de 20 à 22 milliards, dont l'empire a déjà fourni i3 milliards et demi par des emprunts. Il restera de 6 milliards et demi à 8 milliards et demi que l'on devra couvrir par des bons du Trésor. Les conséquences financières du nouvel emprunt de 3o milliards sont évidentes. Les intérêts seuls exigent une dépense de 1 milliard et demi.
Si l'on ajoute les charges de recouvrement, d'administration, des compensations aux États fédéraux et aux municipalités, et le déficit à combler au budget, nous arrivons à la somme approchée de 2 milliards.
Il ne faut pas oublier que la guerre entraîne d'énormes dépenses en pensions et allocations aux invalides, dépenses qui avant la guerre absorbaient déjà près de 142500000 marks.
La Dette impériale a exigé, en 1913, un service de plus de 238oooooo marks qui, ajoutés aux pensions, font un total de 38ooooooo de marks.
Après la guerre, le service de la Dette et celui des pensions demanderont deux milliards et demi au moins, c'est-à-dire presque autant que l'ensemble des dépenses ordinaires et extraordinaires de 1912.
Jusqu'à présent, les recettes de l'empire suffiront à peine à faire le service de la Dette. Toutes les autres dépenses devront être couvertes par de nouveaux impôts. Mais pour qui se rappelle les discussions auxquelles donnèrent lieu les réformes fiscales de 1909 et 1908, il est évident que nous courons à une véritable guerre civile.
L'Empire ne mendie pas. — Une phrase de M. Hellfferich au Reichstag au sujet du nouvel emprunt:
Le Gouvernement veut développer le plus possible l'activité industrielle, mais il croit pouvoir se dispenser de la réclame sen-
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sationnelle faite par l'Angleterre. L'Empire allemand ne mendie pas; le citoyen allemand ne fait pas l'aumône à sa patrie, il remplit son devoir.
Krupp déplace une voie ferrée. — Le Journal officiel allemand publie le 2 septembre, un arrêté autorisant la maison Krupp à déplacer une voie ferrée et à exproprier certains terrains afin de procéder à un agrandissement de son exploitation.
Au sujet de V emprunt allemand. — Le 22 août, l'emprunt est voté au Reichstag*. Avant de lever la séance, le président prononça l'allocution suivante :
Avec une unanimité dont nous sommes fiers, ne pensant qu'à notre armée et à celle de nos alliés, qui offrent leur vie pour le droit allemand et l'honneur allemand, par amour pour la patrie, devant lequel tout doit céder, le Reichstag a accordé les sommes nécessaires pour continuer avec vigueur la grande lutte pour notre existence. Pendant que nous discutions les mesures qui prouveront au monde que le peuple allemand saura faire face aussi au point de vue économique aux difficultés occasionnées par l'immense conflit, nos canons et nos colonnes d'assaut et ceux de nos alliés ont fait entendre à Kovno, à Novo-Georgievsk et à Brest-Litowsk un langage qui devra être enfin compris par l'ennemi.
L'Allemagne regarde sans orgueil déplacé, mais avec le sentiment de sa force, avec confiance, l'approche des grands combats décisifs qui hâteront notre victoire et celle de nos alliés. Que l'inscription qui s'appliquera dès maintenant à cette maison sur la proposition du chancelier de l'empire, à savoir : « Pour le peuple allemand », retentisse partout pleine de promesses. Je souhaite que l'Allemagne puisse, comme il y a cent ans, être célébrée comme un pays qui, par le sacrifice de ses biens et de son sang, s'est acquis le droit de rester un rempart de la paix pour luimême et pour le monde entier. Avec une confiance inébranlable dans l'avenir de l'Allemagne, nous nous séparons en criant : « Vive l'Empereur, le peuple et la patrie allemande ! »
Les députés de tous les partis s'étaient levés pendant ce discours. Les partis bourgeois et les députés socialistes Gœhre et Cohen se joignirent aux vivats et aux applaudissements.
Chômage obligatoire dans les tissages allemands. — Le Reichsanzeiger de Berlin publie le texte d'une ordonnance du Conseil fédéral fixant à cinq par semaine au maximum les
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journées de travail dans les filatures et ateliers de tissage.
Crise des immeubles. — La ville de Berlin a dû verser, au mois de juin seulement, i iooooo marks à des propriétaires de maisons éprouvés par la guerre.
Le bâtiment chôme d'une manière presque complète : d'avril à juin 1914, 3oi permissions de bâtir avaient été données à Berlin, et dans la période correspondante de 1915, il n'en a été délivré que 49 ; encore étaient-elles destinées à autoriser de simples réparations.
Saisie de cuivre. — Les autorités militaires de la province de Brandebourg réquisitionnent tout le cuivre, même dans les maisons particulières.
En Saxe, les commandants des 12e et 19- corps d'armée ont ordonné la saisie de tous les objets de cuivre, laiton et nickel, y compris les casseroles et baignoires.
Le tissu d'orties. — Les Leipziger Neueste Nachrichten conseillent, pour remplacer le coton les tissages d'orties. Si l'on établit pendant la guerre des fabriques de tissus d'orties, non seulement on pourvoira aux besoins du pays pendant cette période, mais on pourra, après la guerre, faire concurrence aux étoffes de coton de l'étranger.
Le charbon monopolisé. — Le Gouvernement allemand a institué, par une simple ordonnance du conseil fédéral, une gigantesque organisation qui monopolise la production et la vente du charbon de terre.
Le docteur Hachenburg publie, dans la Revue de droit allemand, un article sur cette organisation. Elle a la forme d'un « syndicat forcé », qui englobe tous les producteurs de charbon et même de lignite. Les membres de ce syndicat ne peuvent ni démissionner, ni être exclus, ni décider la dissolution du syndicat. Parmi eux siège, comme propriétaire de grandes mines de charbon, l'État prussien.
Le principe du syndicat est que les membres doivent abandonner toute leur production de charbon au syndicat, pour qu'il la vende. Ils n'ont donc plus le droit de faire des contrats pour écouler leur charbon, et les contrats antérieurs qui se trouvent en cours d'exécution sont soumis à des restrictions très étroites. Le Gouvernement se réserve même de décider si les grandes sociétés à la fois minières et métallurgiques, comme Gelsenkirchen, seront autorisées à utili-
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ser librement dans leurs hauts fourneaux et dans leurs fours, la houille qu'elles auront produite.
Le commerce du pétrole. — Le Reichsanzeiger de Berlin publie le 3i août un arrêté réglant le commerce du pétrole pour l'exercice 1915-1916. Le sucre brut sera livré aux fabriques à raison de i5 0/0 en octobre et 20 0/0 en novembre.
Le même journal contient un décret ordonnant un recensement général du bétail à la date du ier octobre. Le gouverneur de Coblentz a interdit l'exportation du foin hors de la zone de la place. Le commandant militaire de Brandebourg a interdit d'exporter le foin et la paille hors de la zone du 3e corps d'armée.
La récolte de Vor. — Selon une dépêche de Berlin en date du 3i août à la Gazette de Cologne, les élèves des lycées ont recueilli jusqu'à la fin de juillet 26 millions d'or. La dépêche ajoute qu'étant donné qu'il y a encore un milliard d'or qui se cache en Allemagne, l'activité scolaire ne doit pas se ralentir.
Pour obvier à la pénurie du cuir, — Les Leipziger Neueste Nachrichten recommande aux Allemands de revenir à l'usage de marcher pieds nus.
Il faut compter que jusqu'à la fin de la guerre, et même après la conclusion de la paix, le prix des chaussures en cuir restera élevé. Pour les remplacer, on recommande instamment l'emploi de sabots et galoches en bois. Pendant l'été, on pourra aussi revenir à l'ancien usage de marcher pieds nus. Il est intéressant de remarquer, au point de vue de l'économie du cuir, que les souliers ferrés durent trois ou quatre fois plus longtemps que ceux qui ne le sont pas. Le ministère des cultes a permis aux enfants de marcher pieds nus et de porter des sabots ou galoches à l'école, toutes les fois que cela sera possible.
La disette de glycérine. — Le département de la vente en gros de la Deutscher Apotheker Verein a fusionné avec la Kriegschemikalien Aktiengesellschaft (Société des produits chimiques de guerre), pour la réglementation de la vente de la glycérine et des nitrates en pharmacie. Les règlements qui ont été formulés et publiés dans Y Apotheker Zeitung fixent le maximum de glycérine obtenable par chaque pharmacien à trois kilos par mois, mais à condition que le pharmacien s'engage à ne l'employer que dans la préparation :
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des ordonnances des médecins et dans la fabrication des préparations médicinales dont les formules figurent dans la pharmacopée allemande. L'emploi de la glycérine dans la fabrication des cosmétiques et autres préparations pour la toilette est expressément prohibé.
Cette sévère réglementation est la conséquence des grands besoins de l'Allemagne pour la fabrication des explosifs et de la diminution des importations de corps gras depuis le début de la guerre. Il est recommandé de faire cesser le gaspillage qui prévalait jusqu'à présent dans les industries textiles et du savon. Les corps gras doivent être maintenant séparés en acides et glycérine de façon que seuls les acides gras soient employés dans la fabrication du savon.
La crise alimentaire. — Le pain. — La municipalité de Francfort, qui possédait une certaine quantité supplémentaire de farine, avait décidé, au commencement d'août, d'augmenter la ration de pain des ouvriers. Il y eut une telle avalanche de demandes que satisfaction n'a pu être donnée.
Un offfce pour la distribution du blé a été créé pour la Prusse afin de surveiller dans le pays l'exécution des règlements du Conseil fédéral et organiser la répartition aux communes.
La bière. — Le Berliner Tageblatt écrit que la production de la bière est diminuée de 40 0/0. A côté de cela on en diminue encore la consommation, par égard aux troupes auxquelles les brasseries doivent envoyer le 20 0/0 de leurs provisions.
La viande. — D'après un rapport de l'Association américaine de commerce de Berlin, l'Allemagne se trouve en présence d'une disette de viande qui entraînera la nécessité de réduire de 40 0u5o 0/0 la consommation de la viande pour la population civile.
L'Association prédit l'introduction d'un système de bons de viande analogue à celui des bons de pain, qui diminua d'environ 20 0/0 la consommation du pain.
Les rapports de l'Association font habituellement montre d'un tel optimisme qu'on les croit inspirés par le Gouvernement allemand. Aussi trouve-t-on le dernier d'autant plus important.
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Des bagarres. — Des bagarres sérieuses provoquées par la cherté des aliments se sont produites. Après les désordres à Kœnigshûtte et sur plusieurs points de la Thuringe, des rixes d'un caractère semblable et provoqués par la même raison ont eu lieu à Géra et à Weissenfels. La foule a attaqué les marchands à coups de cannes et de parapluies. Elle s'est emparée de toutes les denrées mises en vente. Des paniers ont été renversés et leur contenu éparpillé de toutes parts. A Sonneberg, les prix élevés atteints par les pommes de terre ont exaspéré le public, et les marchands ont été l'objet de plusieurs assauts. Les mêmes faits sont enregistrés dans de nombreuses régions en Allemagne.
La nourriture du soldat allemand. — Le journal socialiste le Vorwàrts écrit à ce sujet :
Il est notoire que la ration de nos soldats est insuffisante. Un grand nombre d'entre eux ne sont pas nourris et reçoivent le prêt franc, mais celui-ci est insuffisant, étant donné la cherté des vivres. Les troupes en marche reçoivent i mark 20 et les troupes sédentaires 60 pfennigs. Ce système présente de graves inconvénients, car les troupes sont tantôt en marche, tantôt sédentaires.
La commission du budget, au Reichstag, a approuvé la proposition tendant à payer 1 mark 20 à tous.
On dit que le Ministre de la Guerre paye un grand nombre de suppléments, en sorte que, en réalité, il est peu de soldats qui reçoivent seulement 60 pfennigs.
Raison de plus pour que la proposition ci-dessus soit acceptée.
Ce que serait la paix allemande. — D'importantes notabilités allemandes ont dressé un plan minutieux d'annexions ou de sphères d'influences qui équivalent à la conquête.
La Belgique d'abord au point de vue monétaire, financier et fiscal sera soumise à la législation de l'Empire. Ses chemins de fer et ses voies fluviales doivent être étroitement reliés à nos communications. En constituant un territoire wallon et un territoire flamand prépondérant et en mettant en des mains allemandes les entreprises et les propriétés économiques si importantes pour dominer le pays, on organisera le gouvernement et l'administration de telle manière que les habitants ne pourront acquérir aucune influence sur les destinées politiques de l'empire d'Allemagne.
Quant à la France, toujours en raison de notre situation vis-à-vis des Anglais, il est pour nous d'un intérêt vital, en vue de notre avenir sur mer, que nous possédions la région côtière voisine de la Belgique à peu près jusqu'à la Somme, ce qui nous
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donnera un débouché sur l'océan Atlantique. L' « hinterland », qu'il faut acquérir en même temps, doit avoir une étendue telle qu'économiquement et stratégiquement les ports où aboutissent les canaux puissent prendre leur pleine importance. Toute autre conquête territoriale en France, en dehors de l'annexion nécessaire des bassins miniers de Briey, ne doit être faite qu'en vertu de considérations de stratégie militaire. A ce sujet, après les expériences de cette guerre, il est très naturel que nous n'exposions pas nos frontières à de nouvelles invasions ennemies en laissant à l'adversaire les forteresses qui nous menacent, surtout Verdun et Belfort, et les contreforts occidentaux des Vosges situés entre ces deux forteresses. Par la conquête de la ligne de la Meuse et de la côte française avec les embouchures des canaux, on acquerrait, outre les régions de minerais de fer déjà indiquées de Briey, les territoires charbonniers des départements du Nord et du Pasde-Calais. Ces augmentations territoriales — la chose va de soi après l'expérience faite en Alsace-Lorraine — supposent que la population des territoires annexés ne sera pas en mesuie d'obtenir une influence politique sur les destinées de l'empire allemand, et que tous les moyens de puissance économique existant sur ces territoires, y compris la propriété moyenne et la grande propriété, passeront en des mains allemandes : la France indemnisera les propriétaires et les recueillera.
Pour ce qui est de l'Est, la considération qui doit nous diriger est celle-ci : donner à la grande augmentation de puissance industrielle que nous attendons à l'Ouest, un contrepoids par l'annexion d'un territoire agricole situé à l'Est et qui soit de valeur semblable. Durant cette guerre, la structure économique actuelle de l'Allemagne a si bien montré son heureux équilibre que la nécessité de le conserver doit être, pour un avenir déterminé, considérée comme une conviction générale de notre peuple.
Il est nécessaire de renforcer la base agricole de notre économie nationale; il faut rendre possible une colonisation agricole allemande de grande envergure, ainsi que le rapatriement en pays d'Empire de paysans allemands vivant à l'étranger, notamment en Russie, et actuellement mis hors la loi; il faut enfin accroître fortement le chiffre de nos nationaux capables de porter les armes; tout cela exige une extension considérable des frontières de l'Empire et de la Prusse vers l'Est par l'annexion d'au moins certaines parties des provinces baltiques et de territoires situés au sud de celles-ci, sans perdre de vue qu'il faut aussi rendre possible la défense militaire de la frontière allemande orientale.
Pour reconstituer la Prusse orientale, il est indispensable de protéger sérieusement ses frontières en les élargissant de quelques bandes de territoire ; la Prusse orientale, la Posnanie et la Silésie ne peuvent rester les marches extérieures et exposées qu'elles sont maintenant.
Pour ce qui est des droits politiques à accorder aux habitants
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des nouveaux territoires et des garanties à prendre en faveur de l'influence et de l'économie allemandes, nous nous référons à ce que nous avons dit au sujet de la France. L'indemnité de guerre à exiger de la Russie devra, dans une large mesure, consister en cessions territoriales.
Des annexions comme celles des régions de minerais et de charbonnages ne doivent pas seulement étendre notre puissance industrielle; elles représentent des nécessités militaires ainsi qu'il ressort des considérations suivantes :
Si la forteresse de Longwy, avec les nombreux hauts fourneaux français de la région, était rendue aux Français, et s'il éclatait une nouvelle guerre, avec quelques canons à longue portée, les hauts fourneaux suivants allemands et luxembourgeois seraient paralysés en quelques heures :
Rodange
Diferdange
Esch 16 à
Œttange-Rumelange. .
Dudelange
De la sorte, 20 % environ de la production de fer brut et d'acier allemands seraient supprimés.
Un coup d'œil sur la carte montre que, par exemple, Jarny (la mine de « minette » du Phœnix) est à 35 kilomètres de Verdun, et que les concessions de minerai les plus occidentales de Landres et de Conflans commencent à 26 kilomètres tout au plus de Verdun. Nous bombardons aujourd'hui Dunkerque à 38 kilomètres. Croit-on vraiment que les Français dans une prochaine guerre négligeraient de placer des canons à longue portée à Longwy et à Verdun pour nous laisser continuer à extraire notre minerai de fer et notre fer brut?
Disons, en passant, que la production élevée d'acier étiré de la a minette >» offre la seule possibilité de fournir à l'agriculture allemande, quand l'importation de phosphates est bloquée, l'acide phosphorique nécessaire.
La sécurité de l'empire d'Allemagne dans une guerre future nécessite donc impérieusement la possession de toutes les mines de « minette », y compris les forteresses de Longwy et de Verdun sans lesquelles cette région ne saurait être défendue.
La possession de grandes quantités de charbons et principalement de charbons riches en [bitume, qui abondent dans le bassin du nord de la France, est au moins aussi importante que le minerai de fer pour l'issue de la guerre.
La Belgique et le nord de la France produisent ensemble plus de 40 millions de tonnes.
Déjà aujourd'hui (la défense d'exportation du charbon faite par les Anglais, le i5 mai, nous le prouve à nouveau), le charbon est un des moyens d'influence politique les plus décisifs. Les États
7 kilomètres de distance de Longwy.
DIPLOMATIE ET POLITIQUE
neutres iudustriels sont obligés d'obéir à celui des belligérants qui peut leur assurer leur provision de charbon. Nous ne le pouvons pas suffisamment en ce moment, et nous sommes obligés dès aujourd'hui d'avoir recours à la production de charbons belges, pour ne pas laisser nos voisins neutres tomber complètement dans la dépendance de l'Angleterre.
Il est vraisemblable que le développement systématique de la production de houille belge aura déjà dans cette guerre la plus grande importance pour le maintien de la neutralité de plusieurs Etats voisins.
Que le charbon susceptible d'être transformé en coke ou bien en gaz soit en même temps la base de nos explosifs les plus importants, cela est connu de tout le monde, aussi bien que l'importance de la houille pour la fabrication de l'ammoniaque.
En nous donnant le benzol, la houille nous permet de remplacer la benzine qui nous manque ; elle nous fournit le goudron aussi bien que les huiles de chauffage indispensables à la marine; par l'huile d'anthracène elle remplace, de façon jusqu'ici la plus satisfaisante, les lubrifiants; et avec la naphtaline, elle nous donnera probablement la matière première pour le pétrole artificiel.
Nous rappelons qu'un perfectionnement des torpilleurs ou des sous-marins semble impossible sans un combustible liquide abondant. Cette guerre a montré la supériorité du chauffage à l'huile sur le chauffage au charbon pour les torpilleurs, de sorte que ce serait une impardonnable négligence de ne pas en tirer pour l'avenir toutes les conséquences.
Si les voisins avec qui nous sommes en guerre s'assurent les sources d'huile minérale, il faut que l'Allemagne s'assure la houille à gaz et la houille grasse nécessaires, et il faut qu'en temps de paix, elle les transforme en des sources d'huile de benzol, de toluol, d'ammoniaque et de naphtaline, non seulement pour l'augmentation du bien-être en temps de paix, mais pour l'indispensable préparation de la guerre. En résumé, on peut dire que les buts que l'on se propose pour nous assurer une économie durable sont en même temps ceux qu'il faut viser pour garantir notre force militaire, notre indépendance et notre puissance politique, d'autant plus qu'étendre nos possibilités économiques, c'est multiplier les occasions de travail et servir ainsi toute la classe ouvrière.
La Ligue des agriculteurs : pour le comité directeur, Docteur Rœsicre; la Ligue des paysans allemands : pour le comité, Wachhorst de Wente; le Groupement provisoire des associations chrétiennes de paysans allemands, actuellement Association des paysans westphaliens : signé : Baron de Twichel; V Union centrale des industriels allemands : signé, Rœtger; la Ligue des industriels : signé, Friedrichs; VUnion des classes moyennes de l'Empire : signé, Eberle.
IQO
CHEZ LES ENNEMIS
Discours du Chancelier au Reichstag. — Le 19 août à l'ouverture de la séance du Reichstag*, après le discours du prési dent, le Chancelier de l'Empire, M . de Bethmann-Hollweg, s'est exprimé en ces termes :
De grands événements se sont produits depuis que la Chambre s'est séparée. Toutes les tentatives des Français, en dépit de leur mépris de la mort et de leur prodigue sacrifice d'existences humaines, n'ont eu aucun succès pour percer notre front, elles ont échoué devant la résistance inébranlable de nos vaillantes troupes.
L'Italie, qui pensait s'emparer aisément du bien d'autrui qu'elle convoitait, a été jusqu'à présent brillamment repoussée malgré la supériorité numérique et les grands sacrifices de vies qu'elle fait.
Aux Dardanelles, l'armée turque oppose à l'ennemi une résistance invincible.
Quant à nous, nous avons pris l'offensive, nous avons battu et refoulé l'ennemi; nous avons avec nos alliés délivré des Russes presque toute la Galicie, la Pologne,;la Lithuanie et la Courlande, Ivangorod, Varsovie, Kovno sont tombés entre nos mains.
Au milieu des horreurs de la guerre, nous tournons des regards reconnaissants vers les manifestations pratiques d'amour et d'humanité que nous ont témoignées les Etats voisins à l'occasion du retour des civils dans les pays ennemis et de l'échange des prisonniers.
J'exprime du fond du cœur, à ces nations, la reconnaissance du peuple allemand, et j'ajoute un mot tout particulier de remerciement à l'adresse de Sa Sainteté le Pape, qui a manifesté une sympathie si vive pour l'idée de l'échange des prisonniers.
Le Chancelier dénonce ensuite « les articles belliqueux » que provoqua le Ministre de la Guerre russe en 1914, le « langage provocateur * de la France, puis il polémique contre l'Angleterre, et l'accuse d'étrangler les libertés des neutres sur mer et d'avoir attenté à la neutralité de la Grèce.
C'est, d'ailleurs, surtout l'Angleterre qu'il prend à partie. Il lui reproche d'avoir annexé les républiques boers, l'Egypte, une partie de la Perse.
Ceux qui poursuivent une pareille politique n'ont pas le droit d'accuser d'aspirations belliqueuses et de convoitises territoriales le pays, qui, pendant quarante-quatre années, a protégé la paix européenne et qui, pendant que presque tous les autres pays faisaient des guerres et conquéraient des terres nouvelles, ne s'occupait que de son développement paisible : c'est de l'hypocrisie.
Le Chancelier tire argument des documents qu'il a fait
dérober à Bruxelles, et insiste encore sur son amour de la paix.
Une partie importante du discours est consacrée aux efforts qu'il prétend avoir tentés pour se rapprocher de l'Angleterre.
Je serais plutôt mort dans la lutte, dit-il, que de m'être dérobé à cette œuvre. Le roi Edouard a cru que sa tâche principale était d'activer la politique anglaise d'isolement contre l'Allemagne. Après sa mort, j'espérais que les négociations pour un accord inaugurées par nous en 190g feraient de plus solides progrès. Les négociations traînèrent; elles traînèrent jusqu'au printemps de 191 1, sans aboutir à un résultat. Ensuite l'immixtion de l'Angleterre dans notre discussion avec la France sur la question du Maroc démontra au monde entier comment la politique anglaise, dans le but de s'imposer au monde entier, menaçait la paix du monde. En même temps, le peuple anglais ne fut pas renseigné de façon précise sur le danger de la politique de son gouvernement. Lorsque, après la crise, il se rendit compte de la manière dont il n'avait échappé à l'abîme d'une guerre mondiale que de très peu, alors dans les cercles étendus de la nation anglaise surgit un sentiment en faveur de l'établissement de relations avec nous qui fussent de nature à empêcher des complications belliqueuses.
C'est là ce qui fournit l'occasion de la mission de lord Haldane au printemps de 1912. Lord Haldane m'assura que le cabinet anglais s'inspirait d'un désir sincère d'entente. Notre projet de budget naval à cette époque lui causait de l'inquiétude. Je lui demandai si un accord avec nous, qui rendait impossible non seulement une guerre anglo-allemande, mais toute guerre européenne, n'aurait pas plus de valeur pour lui qu'un ou deux dreadnoughts allemands de plus ou de moins. Lord Haldane paraissait disposé à entrer dans ces vues. Il me demanda cependant, si, ayant notre sécurité garantie du côté de l'Angleterre, nous ne nous jetterions pas sur la France pour la détruire.
Je lui répondis que la politique de paix que l'Allemagne avait poursuivie pendant plus de quarante années devait vraiment nous mettre à l'abri d'une pareille question. Si nous avions eu des desseins de nous livrer à des attaques de brigands, nous aurions trouvé pendant la guerre sud-africaine et la guerre russo-japonaise de meilleures occasions pour nous livrer à notre fièvre guerrière. L'Allemagne, qui souhaitait sincèrement de vivre en paix avec la France, ne songeait pas davantage à attaquer quelque autre pays que ce fût.
Le Chancelier revient sur les propositions de neutralité qu'il fit à l'Angleterre.
Il lui offrit d'abord un engagement de neutralité sans con-
CHEZ LES ENNEMIS
ditions, puis l'engagement d'une neutralité plus limitée. L'Angleterre soumit la note suivante :
« L'Angleterre n'entreprendra pas d'attaque non provoquée contre l'Allemagne, elle s'abstiendra d'une politique agressive envers l'Allemagne, une attaque contre l'Allemagne n'est comprise dans aucun accord ou combinaison quelconque dont l'Angleterre fait actuellement partie, et l'Angleterre n'adhérera à aucun accord quelconque visant une telle attaque. »
Mon avis fut que, entre puissances civilisées, il n'était pas d'usage d'attaquer les autres puissances sans provocation ou d'adhérer à des combinaisons entretenant de pareils desseins. En conséquence, la promesse de s'abstenir de pareilles attaques ne pouvait pas faire l'objet d'une convention solennelle.
Le cabinet anglais proposa alors d'ajouter à la formule précitée ce qui suit : « Attendu que les deux puissances contractantes désirent réciproquement assurer entre elles la paix et l'amitié, l'Angleterre déclare qu'elle n'entreprendra pas d'attaque non provoquée », etc.
« J'aurais pu rompre les pourparlers, dit le Chancelier, je ne le fis point. »
Il demanda qu'on ajoutât ce paragraphe :
En conséquence, l'Angleterre observera naturellement une neutralité bienveillante si on impose la guerre à l'Allemagne.
Sir Edward Grey s'y refusa et la négociation tomba.
M. de Bethmann-Hollweg polémique longuement contre M. Asquith, qu'il accuse d'avoir dénaturé les faits dans son discours de Cardiff. Puis il fait appel à l'histoire. C'est l'Angleterre, d'après lui, qui a empêché que la paix du monde fût assurée. Il interprète, toujours dans son sens, les échanges de lettres qui ont eu lieu lors de l'ouverture de la crise entre M. Paul Cambon et sir Edward Grey.
Puis il passe aux rapports avec la Russie.
En ce qui concerne la Russie, j'ai toujours agi selon la conviction que les relations amicales avec les membres individuels de l'Entente pourraient diminuer la tension. Nous en étions venus à une bonne entente avec la Russie sur des questions isolées. Je vous rappelle la convention de Potsdam. Les relations entre les deux gouvernements n'étaient pas seulement correctes, mais s'inspiraient d'une confiance personnelle. Mais ce n'était pas là la solution de la situation générale, car les idées de revanche en France et les efforts belliqueux pour l'extension des panslavistes russes se voyaient toujours encouragées par la politique d'équilibre germanophobe du cabinet londonien. La tension s'accrut telle-
TROIS MOH» DE GUERRE . — III
DIPLOMATIE ET POLITIQUE
ment qu'elle ne pouvait pas résister à une épreuve sérieuse, ainsi qu'il arriva au cours de l'été 191 4.
En Angleterre, on déclare maintenant qu'on aurait pu éviter la guerre si j'avais adhéré à la proposition de sir Edward Grey de participer à la conférence pour régler le conflit russo-autrichien.
M. de Jagow estima qu'une conversation directe entre Vienne et Pétersbourg valait mieux.
Le Chancelier espère que l'occupation actuelle des frontières polonaises orientales représente le commencement d'une ère qui éloignera tous les différends séculaires entre les Allemands et les Polonais, et amènera le pays, délivré du joug russe, vers un avenir heureux, de façon que puisse se développer sa vie individuelle.
M. de Bethmann-Hollweg, conformément à la tactique qu'il a toujours suivie depuis un an, prétend que la mobilisation russe rendit la guerre inévitable.
Puis il entame la question qui était la plus palpitante pour son auditoire : celle de Pologne.
Nos troupes et celles de l'Autriche sont arrivées jusqu'aux frontières orientales de la Pologne. Nous avons, nos alliés et nous, maintenant, la tâche de gouverner le pays. Pendant des siècles, le destin géographique et politique a obligé les Allemands et les Polonais à se battre entre eux. Le souvenir de ces anciens conflits n'amoindrit pas le respect devant la passion de patriotisme et la ténacité avec lesquelles le peuple polonais a défendu sa vieille civilisation occidentale et devant l'amour de l'indépendance maintenue dans les souffrances sévères sous la domination russe, et qui se maintint aussi pendant les malheurs de cette guerre.
Nous gouvernerons le pays occupé autant que possible avec le propre concours du peuple, nous chercherons à remédier aux difficultés inévitables et à guérir les blessures que la Russie a infligées.
Le Chancelier examine maintenant ce que doit être l'Europe de demain, telle que l'Allemagne la conçoit évidemment :
Plus longtemps durera la guerre et plus se multiplieront les plaies dont saignera l'Europe.
Le monde qui surgira alors ne doit pas être et ne sera pas le monde dont rêvent nos ennemis; ils visent au rétablissement de la vieille Europe avec une Allemagne impuissante, tributaire, en quelque sorte, du gigantesque empire russe.
Non, cette immense guerre universelle ne restaurera pas la
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vieille situation d'autrefois : il faut que surgisse une situation nouvelle. L'Europe ne peut obtenir la paix qu'avec une Allemagne dans une position forte et inviolable.
La politique anglaise de l'équilibre des puissances doit disparaître parce que c'est, comme l'a dit dernièrement le poète anglais Shaw, le foyer d'incubation des guerres.
La majorité de la presse joint à sa jactance habituelle une note de haine toujours grandissante. De la Gazette de Voss :
Retenons dès à présent que le règlement final ne doit être influencé par aucune considération sentimentale. Nous n'avons à consulter que notre intérêt. Retenons que notre intérêt, c'est l'intérêt de l'humanité elle-même. Comme nous sommes le peuple suprême, notre devoir est désormais de conduire la marche de l'humanité. C'est un péché contre notre mission que de ménager les peuples qui nous sont inférieurs.
De la Rheinische Zeitung :
En des circonstances anormales comme celles-ci la haine est une vertu supérieure. Qui aime sa patrie a pour devoir de haïr ceux qui ont juré sa perte. Si aujourd'hui il est sans haine, c'est qu'il n'aimait pas hier sa patrie. Les mots creux de réconciliation et de fraternité universelle sont de simples pavillons pour tromper les imbéciles.
Un article de von der Goltz. — Le maréchal von der Goltz, dans la revue Jeune Allemagne, de Stuttgart, dit que les Allemands doivent faire tout ce qui est humainement possible pour élever les enfants dans la conscience de leurs forces et dans un amour fanatique de la patrie. C'est une énigme psychologique, ajoute-il, que l'Allemagne ait accumulé une telle haine contre elle-même.
Autriche-Hongrie. — Le Ier août, l'empereur François- Joseph adresse à ses troupes combattant sur le front italien une proclamation qui se termine ainsi :
Avec le cœur plein de reconnaissance, j'admire vos splendides faits d'armes. Avec admiration la patrie regarde ses fils héroïques qui combattent sur terre et sur mer. Pleine de confiance, elle a les yeux sur vous qui êtes la sentinelle fidèle au midi et à l'occident.
La question du blé. — La société de g-uerre autrichienne pour la distribution du blé a décidé de faire acheter la moisson prochaine par les commissionnaires aux prix établis
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et de faire vendre la farine par des comités locaux. Le blé doit être moulu et consommé aux endroits où il a été récolté. Les règlements sur les mélanges de farines sont suspendus. Le système des cartes de pain demeure en vigueur ; il sera même étendu.
Crise économique. — L'énorme renchérissement du bois en Hongrie inquiète très vivement le public. La presse attaque les intermédiaires et le Gouvernement. En effet, le prix a monté de 120 à 38o couronnes par wagon.
A Vienne, les charretiers ont doublé le prix du transport du charbon qui menace aussi de doubler également.
Les producteurs de pétrole de la Galicie ont protesté, dans une réunion tenue à Vienne, contre le séquestre de leur marchandise, qui finira par être un danger pour l'industrie.
Pénurie de savon à Budapest. — Le prix du savon, qui fut de 7oà8o couronnes les 100 kilos, est monté à 170 et 180 couronnes, soit une augmentation de i3oo/o.
A vrai dire, explique la Gazette de Lausanne, le public ne mange pas le savon tout fait, mais il consomme la matière première. La guerre fait accepter toute sorte de nourriture que l'estomac eût refusé avec indignation dans le passé. On ne mangeait jamais de suif à Budapest, maintenant les bouchers en pourraient vendre le double de ce qu'ils ont. Aussi le prix est-il monté de 0,60 à trois couronnes. Pour tous les déchets de boucherie et de charcuterie, pour autant qu'ils n'entrent pas dans la confection des saucisses, dont on peut s'imaginer la qualité, les acheteurs se ruent. On vend même une nouvelle spécialité, la « graisse brune », qui est tout simplement le produit obtenu en levant à froid la graisse sur l'eau dans laquelle a bouilli le jambon en y ajoutant de Poignon pour neutraliser l'odeur nauséabonde.
Avant la guerre les plus pauvres n'en voulaient pas pour 0,40 le kilo; on la vendait à o,3oaux fabricants de savon; aujourd'hui cette graisse se vend 2 couronnes.
Les graisses végétales sont inabordables; l'huile de coco, quand on en trouve, coûte aujourd'hui 36o couronnes au lieu de 96.
Les fabricants de savon ont une ultime mesure : l'huile de poisson Scandinave, qu'un procédé de catalysation transforme en une graisse blanche et solide, apte à la fabrication du savon. Mais gare si le public finit par découvrir et consommer l'huile catalysée !
Les atrocités allemandes. — Un prêtre autrichien a fait, à la demande d'une association de prêtres autrichiens, et avec
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l'approbation du cardinal Pifl, archevêque de Vienne, une enquête sur les crimes commis en Belgique par l'armée allemande. Les conclusions du rapport rédigé par cet ecclésiastique sont accablantes pour les troupes et les autorités allemandes : « Jusqu'ici, constate le prêtre autrichien, le ministre de la Guerre allemand a déjà reconnu fausses certaines accusations portées contre les prétendus francs-tireurs belges ».
Il dit encore, à propos du curé d'Oyenbrugge, « que ce malheureux, le 25 août 1914, retournant à sa cure et venant de l'abbaye des Prémontrés de Grimbergen, fut arrêté sans motif, emprisonné avec vingt-huit civils. »
Il dut rester debout, les mains en l'air, pendant plusieurs heures. Quand le pauvre homme, vaincu par la faiblesse, s'affala, il fut cruellement frappé à coups de baïonnette et de crosse de fusil. Les Allemands contraignirent deux civils à le frapper et à lui cracher à la figure. Les soldats lui déchirèrent son bréviaire et lui en lancèrent les morceaux au visage. Ils versèrent ensuite un seau d'eau sur le corps étalé à terre et, au moindre mouvement, ils recommençaient. Dans un geste de prière, le prêtre voulut, d'une main tremblante, écarter une arme qui touchait son visage. Il fut alors tué d'une balle. »
Le prêtre autrichien dit, en conclusion, que le peuple allemand ignore la vérité sur tous ces faits épouvantables.
Turquie. — Les massacres d'Arménie, — L'extermination des Arméniens se poursuit par trois moyens : le massacre, l'abjuration, la transportation. Elle est absolument générale sur toute la surface du pays. Les mêmes atroces mesures se répètent dans toutes les villes et dans tous les villages.
A Marsovan, le Gouvernement a mis en prison 600 hommes. Il a formé une sorte de comité chargé de recueillir les armes cachées. Pendant le temps de ces recherches, on choisissait chaque jour 5o ou 60 de ces hommes, on les emmenait en dehors de la ville et on les fusillait. Puis on prit dans le reste de la population d'autres victimes, hommes et femmes. Enfin on décida l'exode de toute la population vers une destination inconnue. On ne garda que ceux qui déclarèrent vouloir passer à l'islam.
La même chose s'est passée dans chacune des villes du pays. Toute la population de Sivas a été envoyée vers le Sud, probablement à destination de Mossoul. On fait partir femmes, hommes et enfants par troupes de 5oo à 600 sans qu'on leur permette de
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rien emporter. S'ils ont pu cacher quelque argent sur eux, on le leur vole en route avec la dernière brutalité. Une fois partis de la ville, on donne leurs magasins et leurs maisons aux Turcs.
Le Gouvernement turc a fait sortir de prison 34000 criminels de droit commun qu'il a organisés et enrôlés. Ce sont eux qui sont chargés d'escorter ces convois et il n'est sorte de brutalités auxquelles ils ne se livrent.
Lorsque l'ordre fut donné au début de la guerre d'expulser les Arméniens du district de Van. les hommes furent massacrés, les femmes noyées dans l'Euphrate, les jeunes filles livrées aux soldats turcs. Le consul américain tenta, mais vainement, d'intervenir auprès des autorités.
Quand les troupes russes entrèrent victorieuses dans Van, elles furent accueillies par les acclamations de la population sauvée.
Les cruautés commises par les Kurdes et les soldats turcs, sur les ordres de leur gouvernement, étaient prouvées par les monceaux de cadavres d'hommes, de femmes, d'enfants et de vieillards ayant les extrémités coupées, les yeux crevés.
L'expulsion des Grecs. — Le ministre turc Galib Kemali Bey dit a un correspondant du Berliner Tageblatt :
C'est une simple mesure militaire qui a exigé l'éloignement de plusieurs familles grecques sur certains points du territoire et non le désir de molester nos voisins. Loin de vouloir détruire l'élément grec en Turquie, nous désirons rendre toujours plus cordiales nos relations avec la Grèce.
Le mouvement arabe. — Le mouvement arabe en Syrie semble plus important qu'on ne le pensait tout d'abord, et tous les jours les autorités turques découvrent l'existence de nouvelles sociétés qui travaillent dans l'ombre pour l'instauration d'un gouvernement arabe. A Tyr et à Saint-Jeand'Acre, un comité secret, composé surtout de chiites, étendait son influence sur toute la région. Vingt-six chefs viennent d'être arrêtés et traduits devant la cour martiale siégeant à au Liban. Cinq ont été condamnés à la peine capitale; parmi eux, se trouvent l'ancien député de la province de Beyrouth pour cette région et le mufti de Saïda. Les autres ont été condamnés à la prison.
La révolte à Bagdad. - Les débris de l'armée turque détruite par les Anglais en Mésopotamie dans la première
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quinzaine d'août s'étant repliés en désordre vers Bagdad, la population de cette ville se souleva et ne voulut point les laisser entrer. Le gouverneur civil, Soliman Nazif bey, s'étant mis du côté des troupes, fut chassé avec tous les fonctionnaires turcs.
Nazif bey se dirigea alors avec les restes de l'armée turque vers les villes saintes du Nedjed et de Kerbela, sanctuaires des musulmans chiites. Là aussi, la population s'ameuta contre les Turcs. Les imans exhortèrent, du haut de la chaire sacrée du khalife Ali, les fidèles à marcher contre les alliés des Allemands. Dans sa fureur, le vali turc dirigea ses canons contre la coupole de Seyedna-al-Hossein ; mais les obus ne purent l'atteindre. Devant ce sacrilège, la colère fut à son comble dans les tribus et la population civile chiite, qui marchèrent aussitôt contre les Turcs. Une rencontre sanglante eut lieu et la lutte se poursuivit pendant une journée entière avec un égal acharnement de part et d'autre. Enfin les Turcs furent défaits ; les révoltés prirent deux canons et une grande quantité de fusils et de munitions.
Les chefs chiites, vainqueurs, firent leur entrée triomphale à Kerbela et arrachèrent le drapeau ottoman du palais du gouvernement, dont ils prirent possession après avoir envoyé le kaïmakam les mains liées à la ville de Samarra, Ils allèrent ensuite au tombeau de l'iman Ali et de son fils Al Hossein et jurèrent une inimitié éternelle « aux Turcs sacrilèges, esclaves des Allemands. »
Septembre 1915.
Allemagne. — Le Kaiser et ses fils en campagne. — La Tribuna donne, d'après son correspondant de Zurich, ces détails :
L'empereur d'Allemagne a longtemps caché ses déplacements et Berlin ne les connaissait que par les journaux. C'était l'Empepereur invisible, excepté sur les deux fronts.
Au contraire, son fils, le Kronprinz, n'a jamais caché sa résidence. Il habite une maison de campagne en territoire français, et l'on dit qu'il ne s'y ennuie pas, voulant des distractions entre chaque action engagée par lui. Il prend un plaisir tout particu-
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lier à entendre Facteur triestin Alexandre Moïssi, qui, après s'être fait naturaliser Prussien, s'est engagé dans l'armée allemande comme volontaire. Il amuse le Kronprinz avec ses récitations ou avec sa guitare.
Dans des maisons de campagne habitent aussi les autres fils du Kaiser; jusqu'ici, ils ne se sont guère ressenti de la guerre, sauf l'un d'eux, qui a eu une légère blessure.
Quant à l'Empereur, il n'a pas besoin de la maison des autres ; il a la sienne, qui le suit partout. Omnia mea mecum. C'est évidemment une petite maison et non un château, quelque chose comme un chalet suisse. Il est en bois ignifugé et recouvert d'amiante. Il se monte et se démonte très facilement. 11 est sans luxe, mais rien n'y manque. L'appartement impérial se compose de trois grandes pièces : salle à manger, cabinet de travail et chambre à coucher. La table de la salle à manger est faite pour douze couverts, mais table et chaises se replient facilement. La cuisine impériale est hors de là ; c'est une grande automobile qui contient tout le nécessaire, fourneaux et glacière.
Les larmes de V empereur Guillaume. — L'empereur Guillaume a reçu l'écrivain socialiste Fendrich. Ce dernier a fait un récit de sa visite :
L'Empereur parla non sans larmes de la France. Sur ce sujet sa douleur était la mienne. Il avait espéré comme nous tous, spécialement comme nous autres Badois, arriver à un accommodement avec la France. Nous avions prisé trop haut la France, comme du reste les autres nations. Les Français sont un peuple en décadence. La façon dont ils conduisent leur guerre est pleine de choses horribles, de celles que seul un livre secret sur la guerre pourra raconter. Pendant une demi-heure, le Kaiser avec une répugnance intime, comme entraîné par la monstruosité des choses qu'il racontait, me communiqua des faits attestés par le serment sur la conduite des médecins français, non seulement contre l'ennemi, mais contre leurs compatriotes, faits qui ne laissent pas espérer de salut pour la France. La France est un pays jugé. Et les larmes qui montèrent plus d'une fois aux yeux de l'Empereur étaient souvent des larmes de honte pour la dégénérescence d'un peuple considéré encore comme chevaleresque et noble, tombé victime d'une idée fixe.
Un mot du Konprinz. — M. Malcolm, député anglais, a, il y a vingt ans, comme attaché à l'ambassade de Berlin, connu le Kronprinz. Tl l'a revu en janvier 1914. Il raconte aujourd'hui son entrevue.
Sur sa remarque « qu'actuellement personne ne désirait une guerre qui fait du mal à un égal degré aux vainqueurs
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et aux vaincus », le prince impérial répliqua énergiquement : « Je vous demande pardon. Je désire la guerre. Je désire donner une secouée à ces cochons de Français aussi vite que je le pourrai. »
Les effets de leur « Kultur >. — Lettre adressée au New- York Herald (édition européenne) par le docteur Rochard :
Dans un sanatorium de Friedrichsrod, en Thuringe, le docteur Lîppelt a profité du moment où ses pensionnaires russes étaient allés prendre leur bain de vapeur pour faire fouiller leurs vêtements, s'approprier tout ce qu'ils avaient de précieux : montres, bagues, argent... après quoi il les a tous mis à la porte, et dans le nombre il y en avait plusieurs incapables de marcher.
A Francfort, on met dehors une femme souffrante qui venait d'accoucher et qui arriva à Berne avec un enfant mort dans les bras.
Mme Congane, femme d'un chambellan du Tsar et récemment opérée, a été jetée dans une prison de Breslau, où les geôliers ont arraché le bandage qui recouvrait une plaie béante, suite de l'opération. Mise ensuite dans un wagon à bestiaux, elle est cependant arrivée à la frontière; on l'a jetée sur un talus où les douaniers russes l'ont relevée, et elle n'est pas morte! ce qui lui a permis de raconter ces horreurs.
Citons encore le professeur Valpius, homme de grande science, paraît-il, qui charmait ses loisirs en volant l'argent des blessés et de ses confrères les médecins français! L:t où la chose devient d'une inconscience toute teutonne, c'est quand un chirurgien allemand, après avoir pratiqué une opération sur un soldat français et d'un pronostic fatal, s'écrie pour s'excuser : « Un soldat de moins pour la guerre future! »
Les Finances allemandes. — Du correspondant à Londres du Belgische Standaard :
La grande question du jour est : L'Allemagne pourra-t-elle, financièrement, continuer la guerre?
L'Allemagne n'avait, avant la guerre, qu'une dette d'État s'élevant à 5 milliards 1/2, tandis que la France avait une dette de 3o milliards, la Russie de 22 milliards 1/2 et l'Angleterre de 19 millards.
Tout ceci peut être exact en théorie, mais en réalité! En temps ordinaire, l'empire allemand est assez puissant pour supporter l'emprunt de plusieurs milliards. Mais ce déplacement d'argent occasionne actuellement une telle perturbation que les difficultés doivent être terribles. L'Allemagne ne gagne rien ; son commerce chôme. Représentons-nous un État où tous les hommes sont appelés jusqu'à l'âge de 48 ans, et cela dans un État fermé de
toutes parts. Quelle perte incalculable en main-d'œuvre ne vient pas s'ajouter aux dépenses de la guerre? Ensuite le crédit était beaucoup plus étendu en Allemagne que dans les autres pays. La perturbation doit donc être plus grande aussi.
Ensuite l'État vient encore d'extraire des caisses de banque et des industriels ce qu'ils ont en valeurs. Ils convertirent l'argent disponible en emprunt du gouvernement. Plus tard, ils empruntèrent eux-mêmes sur leur argent des marchandises et des propriétés pour en donner l'argent en prêt à l'État? Est-ce que ces citoyens continueront à imposer leurs biens pour prêter à l'État? Est-ce que leur confiance est illimitée?
Et puis, que deviennent les grandes sociétés, les sociétés maritimes par exemple, qui travaillaient avec des capitaux étrangers. Elles ne gagnent rien et perdent d'autant plus que cela dure, en intérêts, en entretien de bateaux, sans espoir de ne refaire leur clientèle qu'après un grand nombre d'années.
Comment l'État allemand remboursera-t-il au peuple allemand, aux grands industriels allemands, aux banquiers allemands? A défaut d'argent, comment ceux-ci reprendront-ils leurs affaires? Tout cela les Allemands l'examinent et l'envisagent plus que nous-mêmes. Mais ce qui doit être terrible c'est l'influence que ces perturbations doivent produire sur la situation actuelle. Des centaines de milliers de femmes et d'enfants sans gagne-pain. Nous pouvons nous imaginer la situation de l'Allemagne en la comparant à celle de la Belgique. Mais en Belgique, un million et demi de personnes sont nourries par l'intermédiaire du Comité américain. Imaginons-nous une ville de port comme Hambourg où aucun navire n'entre ni ne sort. Qui nourrit les milliers de ménages qui vivaient du port?
Puissant appel aux souscripteurs. — La presse allemande ne cesse de publier des articles pour stimuler les souscripteurs du troisième emprunt de guerre.
La Taegliche Rundschau de Berlin expose en une sorte de prospectus le mécanisme des caisses de prêt.
Le fait que pour souscrire il faudrait emprunter de l'argent, dit le journal, ne doit pas empêcher un bon Allemand de souscrire. En prenant part à la souscription on rend service à la patrie; il faut donc s'adresser aux caisses de prêt.
Si les souscripteurs souscrivent à crédit où s'ils empruntent l'argent nécessaire à la souscription, leurs chances dépendent absolument de l'issue de la guerre. Il est impossible de les évaluer avec une pleine certitude. Cependant si les souscripteurs qui paient comptant croient en prenant de l'emprunt à 99 % une affaire offrant les plus grandes chances de réussite, il est bien sûr que l'affaire est encore avantageuse pour le souscripteur à crédit si celui-ci achète non plus à 99 %> mais à 99,25 %> ces
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25 pfennigs sont les frais payés par celui qui emprunte à la caisse de prêt.
La propagande allemande pour V emprunt. — Le Berliner Lokal-Anzeiger publie les « dix commandements » suivants :
1. — Ne laissez pas s'écouler un seul jour sans songer que pour la guerre il faut de l'argent.
2. — N'oubliez pas que vos frères du front qui versent leur sang pour vous, ont le droit d'exiger que vous leur facilitiez la victoire.
3. — Gardez fermement cette conviction que la victoire n'est possible que si l'Empire est débarrassé de tout souci pécuniaire.
4. — Songez que le devoir de payer est le plus léger des sacrifices qu'exige la guerre.
5. — Soyez reconnaissants à l'Empire de ce qu'en échange de votre argent il vous offre un présent aussi précieux que l'emprunt de guerre à 5 %•
6. — Notez bien qu'un emprunt de l'Empire allemand à 5 % constitue une exception rare, et qu'après le 22 septembre vous ne pourrez y participer qu'en payant un prix beaucoup plus élevé.
7. — Sachez apprécier ce fait qu'un débiteur tel que l'Empire allemand garantit la sécurité de l'emprunt de guerre et qu'il n'y a pas de garantie supérieure à celle-là.
8. — Soyez toujours persuadés que la puissance de l'Empire et sa force économique sont les fondements inébranlables de son crédit.
9. — • Facilitez-vous la décision à prendre par la certitude que pour souscrire au nouvel emprunt il n'est nullement besoin d'argent comptant.
10. — - Faites-vous donner au guichet d'un bureau de poste ou dans une caisse de dépôts ou à la caisse d'épargne une notice sur l'emprunt de guerre, et rendez-vous compte des facilités offertes à tout Allemand pour qu'il participe à la souscription.
Pressions. — La Gazette de Cologne annonce qu'à Berlin la chambre de commerce tient à la disposition des employés de commerce des feuilles de souscription de l'emprunt permettant d'engager leurs traitements pour l'avenir.
A Dusseldorf, le gouverneur de la province vient d'émettre une circulaire rappelant que les caisses pour frais de funérailles du district ont souscrit 2 millions au dernier emprunt. Le gouverneur les invite à accomplir cette fois encore leur devoir patriotique.
Le directeur de la Reichsbank a adressé une circulaire aux chambres de commerce, déclarant « qu'il faut que le prochain emprunt soit un succès et que ce résultat ne peut être
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obtenu uniquement par les gros versements ». La circulaire ajoute que les employés de commerce devront être invités à souscrire. Les maisons de commerce se chargeront ellesmêmes de cette petite souscription d'un minimum de 100 marks, qui seront retenus par fractions sur les gages des employés.
Le Ministre de l'Intérieur en Prusse, M. Loebell, a adressé à toutes les caisses d'épargne du royaume une circulaire pour leur rappeler qu'il était de leur devoir de souscrire au nouvel emprunt. Il déclare que par une opération analogue à celle qui fut effectuée lors du second emprunt de guerre, les caisses d'épargne pourront déposer les titres des deux premiers emprunts qu'elles détiennent dans les caisses de prêts (Reichsdarlehenskassen) et acheter avec l'argent qu'on leur avancera des titres du troisième emprunt.
Les titres d'emprunt de guerre déjà acquis lors des deux premières souscriptions par les caisses d'épargne, dit la circulaire, peuvent, comme tous les titres d'empire ou d'État, être déposés dans les caisses de prêts de l'Etat pour y servir de gage contre des prêts représentant 75 % de leur valeur. Ces titres constituent une première mise de fonds pour une contribution au nouvel emprunt d'empire.
Les fonctionnaires de Strasbourg et V emprunt. — Le maire de Strasbourg, récemment décoré de la Croix de fer, avait autorisé les fonctionnaires municipaux à se faire payer d'avance trois mois d'appointements afin de leur permettre de souscrire à l'emprunt allemand. Ces fonctionnaires ont préféré ne pas user de cette faculté et ont décidé, en comité privé, qu'il valait mieux, à l'approche de l'hiver, avoir pour se nourrir de l'argent en espèces que des titres de l'emprunt de guerre allemand. Il y a lieu de rappeler à ce propos que d'importantes maisons françaises en Alsace-Lorraine ont dû souscrire à l'emprunt, sur l'initiative de leurs séquestres allemands.
Le dernier jour de l'emprunt. — Le premier terme de souscription avait été prorogé jusqu'au 22 septembre. Et depuis des semaines les journaux allemands ont publié des notes et des appels pour encourager à la souscription du troisième emprunt de guerre. Dans un de ses plus récents numéros, la Gazette de Cologne publiait un article intitulé : « Un mot d'exhortation aux négligents », où on lisait :
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11 y a encore de nombreuses personnes qui n'ont pas souscrit à l'emprunt devant être clos le 22 septembre.
Certainement, neuf ou dix millions d'hommes peuvent disposer d'un ou de deux cents marks comme prêts à la patrie.
2690000 personnes seulement ont souscrit à l'emprunt. Où sont les six ou sept millions de souscripteurs restant?
L'appel se terminait en exhortant les Allemands à démontrer au monde la fausseté des rumeurs représentant l'Allemagne comme épuisée et à bout de ses ressources financières.
La statistique qu'on vient de lire et dont le chiffre n'a pas dû beaucoup grossir prouve que l'emprunt n'a pas rencontré d'empressement parmi les petits épargnants.
Le résultat de l'emprunt. — On télégraphie de Berlin à la date du 23 cette note officieuse :
La souscription au troisième emprunt de guerre allemand a produit 12 milliards 3o millions; de petits résultats partiels manquent encore.
Le Kaiser adresse au Ministre des Finances d'Allemagne, le docteur Hellfferich, le télégramme suivant :
Merci de l'annonce du résultat brillant des souscriptions au troisième emprunt de guerre. Je vous félicite de ce beau et nouveau succès de la guerre financière confiée à vos soins. Ainsi le peuple allemand, plein de confiance dans sa propre force, démontre à nos ennemis et à tout le monde que désormais il est unanimement uni pour poursuivre avec une détermination inébranlable, jusqu'à sa fin glorieuse, cette guerre qui nous a été imposée par un coup de main criminel, et qu'il est joyeusement prêt à faire le sacrifice de son sang pour la protection et la liberté de la patrie.
Signé : Guillaume, empereur.
Du Temps :
En réalité, ces milliards n'existent que sur le papier, et un papier dont la couverture, qui pis est, n'est en grande partie constituée que par des titres de l'emprunt précédent sur lesquels les caisses de prêts instituées par l'État ont avancé, aux taux de 75 %> les fonds qui ont permis à une grande partie des petits souscripteurs de prendre part à l'opération. C'est donc quelque chose comme un emprunt sur un emprunt, mise en scène analogue à celle de ces ingénieux régisseurs qui font défiler deux et trois fois les mêmes figurants pour donner au public l'illusion d'un grand cortège. Sur les 12 milliards 3o millions du troisième emprunt, combien y a-t-il de souscriptions sincères, c'est-à-dire
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de fonds nouveaux et réels apportés par le public et qui ne lui ont pas été fournis sur le gage des papiers précédents par les caisses d'État elles-mêmes > C'est ce que le ministre impérial des finances serait bien en peine de dire. C'est ce qu'il n'avouera certainement jamais.
Le blocus. — L'insuffisance du blocus de l'Allemagne est apparue nettement à la fin de décembre 19 14 dès la publication des importations dans les pays neutres limitrophes de l'Allemagne. Le blocus est devenu beaucoup plus strict, peut-être, mais les tolérances accordées aux exportateurs de tel ou tel article dans les pays neutres a permis l'envoi de quantités considérables d'huile, de graisse, par exemple, qualifiées produits alimentaires et en réalité destinées aux explosifs.
Pour l huile de lin, c'est en janvier que le trafic a commencé, écrit M. Lucien Chassaigne dans le Journal. Sur des demandes très fortes de la Hollande, une hausse se manifesta qui attira finalement l'attention du Gouvernement anglais et le détermina à interdire toute exportation avec ce pays.
On se rabat alors sur nous. C'est de la Suisse que viennent les gros ordres. Les cours montent, montent. Le ravitaillement s'opère en Allemagne. Un décret intervient et nous interdisons la sortie des huiles. Simple palliatif. Le trafic reprend vite, il atteint tout près de 5 000 quintaux en juillet. Le décret a manifestement plié devant certains privilégiés qui obtiennent, sans aucune peine et sans raison valable, des autorisations de sortie.
D'où sont parties ces quantités d'huile de lin ? Directement des usines de fabrication, mais aussi, ce qui est intéressant à constater, du stock de Paris. Celui-ci qui était, à fin juillet 1914, de io5ooo quintaux, c'est-à-dire le plus important qui ait été jamais réuni, n'était plus que de 38 000 à la date du 10 septembre 191 5.
Ces chiffres sont publics, il suffit d'ouvrir le Bulletin des Halles pour en avoir jour par jour connaissance.
Il est donc plus qu'inconcevable que l'administration des douanes qui le publie dans son recueil mensuel n'ait pas jugé à propos de s'en émouvoir.
Une simple enquête, soit aux magasins généraux de Saint- Ouen, où est entreposé le stock de Paris, soit à la gare de départ voisine, aurait montré l'anomalie de pareilles exportations. On aurait vu que presque toute l'huile de lin vendue depuis le mois de décembre est partie vers la Suisse, qui ne nous en achetait pas auparavant, et qu'elle était expédiée à des gens que rien ne désignait pour la recevoir, qui n'en pouvaient faire aucune utilisation avouable.
Il y a là manifestement une preuve de l'indifférence coupable
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qui préside aux enquêtes : pas de qualification alimentaire possible, chiffres de sorties exceptionnels, destination plus que suspecte, utilisation possible pour la fabrication des explosifs, autant d'éléments dont un seul aurait dû suffire pour attirer l'attention de ceux qui en ont la charge, s'ils avaient tant soit peu la notion que la France est en guerre, que toute la nation souffre et qu'ils paralysent du fond de leur bureau les efforts admirables de nos soldats au front.
En Angleterre, dès qu'on s'est aperçu du danger, mesure énergique, sans rémission, sans marchandage, et les cours baissent régulièrement jusqu'à la normale.
Chez nous, on prend aussi la mesure salutaire. Elle produit son effet. En mars igi5, les exportations sont nulles, au grand dommage des ennemis. Puis, peu à peu, la rigueur fléchit devant d'inexplicables influences et deux mois après le décret est lettre morte. Cette matière, dont la sortie est théoriquement défendue par le décret de février, sort de France, en réalité, en quantité double du temps de paix. La fabrication de la dynamite est à nouveau prospère — en Allemagne.
En Hollande, ce n'est pas l'initiative des alliés, c'est celle d'un Hollandais, écrit M. de Maizière dans le Petit Parisien, qui arrête, en partie au moins, la contrebande.
M. Van Aalst, une des personnalités les plus notoires et les plus respectées de la Hollande, fit cette proposition aux alliés :
« Ce que le Gouvernement ne peut faire officiellement, des particuliers sur l'honorabilité et la solvabilité desquels on ne peut élever aucun doute peuvent le tenter. Que les alliés reconnaissent l'existence d'une administration officieuse, composée de toutes les grandes compagnies de navigation du pays et de toutes les grandes banques, qui se chargera de donner la garantie réclamée, et le commerce hollandais, autant que les alliés eux-mêmes, recevront pleine satisfaction. Nous allons nous engager à ce que les marchandises importées en Hollande par les compagnies qui feront partie de notre association soient consommées sur place et non pas réexpédiées en Allemagne. En échange de cette garantie, que les croisières laissent passer nos bateaux ».
Les alliés acceptèrent et ainsi naquit le trust ou la N. O. T., ces trois lettres initiales de trois mots hollandais très compliqués, désignant l'association reconnue. Chaque bâtiment faisant partie de ce trust recevrait une marque spéciale (un cône strié de noir et blanc hissé en tête du mât), destinée à le désigner aux croiseurs anglais et français. L'officier chargé de la visite en mer, sur le vu de ce signal, après avoir contrôlé que le connaissement du navire était bien à l'adresse ou consignation du trust ou N. O. T.
et non pas d'une maison particulière, devait laisser le bateau continuer sa route.
C'est ce système qui fonctionne aujourd'hui au gré de tous. La croisière aperçoit-elle en haute mer ou aux approches d'un port hollandais un bâtiment qui ne porte pas la marque de la N. O. T., elle l'arrête et le séquestre le juge suspect ipso facto. Très peu, d'ailleurs, se risquent maintenant à une navigation aussi dangereuse.
Cependant, des bâtiments espagnols et suédois, tous chargés de minerais à l'adresse de l'Allemagne, ont pu, au début, échapper à la croisière et débarquer à Rotterdam leur cargaison, qui fut réexpédiée en Allemagne, — ce à quoi la Hollande n'avait pas le pouvoir de s'opposer, à raison du traité dont nous avons parlé.
La croisière, au contraire, rencontre-t-elle un bâtiment porteur du cône de la N. O. T., elle l'arrête, envoie à bord un officier qui contrôle le connaissement et s'assure qu'il est bien à l'adresse du trust — puis laisse passer.
Arrivé au port, le bâtiment décharge sa marchandise sous la surveillance du trust, qui, sous sa propre responsabilité morale et pécuniaire, s'assure qu'elle sera tout entière employée aux besoins hollandais, et que pas une parcelle n'ira en Allemagne.
La haute honorabilité des organisateurs de la N. O. T. était hors de conteste; cependant il fallait une sanction capable d'empêcher un négociant fraudeur, après s'être affilié au trust, de négliger l'engagement qu'il avait signé lors de son affiliation. La fraude, en effet, est tentante, si l'on pense à la différence du prix de certains articles en Hollande et en Allemagne. Le caoutchouc, qui vaut ici 4 fr. la livre, est payé couramment 25 fr. la livre en Allemagne. Se faire recevoir au trust, signer l'engagement de ne pas revendre en Allemagne, faire venir du caoutchouc à 4 fr. pour, au mépris de son engagement, le revendre en seconde ou troisième main 25 fr. à l'Allemagne, l'opération est enfantine autant que malhonnête. La N. O. T., pour l'empêcher, fait signer à ses adhérents un contrat aux termes duquel ils s'engagent, en cas de fraude, à subir une amende calculée sur le bénéfice probable qu'ils retireraient de leur duplicité.
Le coton contrebande absolue. — L'Angleterre et la France considèrent désormais le coton comme contrebande de guerre.
Cette décision figure au Journal Officiel. Elle s'étend au coton brut, aux fibres appelées linters, aux déchets et enfin aux filés de coton. Elle range ces marchandises sur la liste de la contrebande absolue — c'est-à-dire, suivant la doctrine traditionnelle des jurisconsultes anglais, parmi les objets dont l'usage militaire ne peut pas être regardé comme un usage accidentel ou un usage accessoire. L'opinion publique, des deux côtés de la Manche, est una-
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nime à féliciter les gouvernements alliés de l'acte qu'ils viennent d'accomplir : c'était la meilleure réponse qu'on pût faire à la piraterie allemande.
L'Allemagne s'inquiète de la mesure :
L'autorité militaire a fait procéder deux fois au moins au recensement du coton et des tissus de coton. A partir du ier août, elle a interdit la fabrication de tous tissus composés exclusivement ou principalement de coton. C'est le chômage imposé à des populations entières, et l'on ne décrète pas une crise semblable quand on n'a pas de sérieuses raisons pour être préoccupé. Ainsi, la privation de coton sera pour l'Allemagne une très dure épreuve, et peut-être quelque chose de pire. Souhaitons donc, écrit M. Jean Herbette, dans Y Écho de Paris, que la contrebande soit réprimée avec une vigilance impitoyable. La victoire est à celui qui ne néglige rien. Et les contrebandiers, ici, ne sont pas seulement les pourvoyeurs de l'Allemagne : ils sont les meurtriers de nos soldats.
Les cartes de graisse. — On lit dans la Gazette de Cologne :
Un lourd cauchemar pèse sur l'alimentation du peuple allemand et s'appelle la question de la graisse. On sait, en effet qu'une certaine proportion de graisse doit nécessairement entrer dans l'alimentation de l'homme et que, d'autre part, toute importation est complètement arrêtée par suite du blocus. Nous sommes donc réduits aux ressources de beurre et de graisses fournis par le troupeau national qui est très loin de suffire aux nécessités les plus urgentes. L'administration s'est donc préoccupée des moyens d'empêcher, autant que possible, l'aggravation de la crise.
Le principal est la création d'une carte de graisse, qui fonctionnera comme les cartes de pain et de pétrole, et donnera à chaque bénéficiaire droit à soixante grammes de graisse par jour Cette quantité pourrait être sensiblement abaissée par l'introduction des tourteaux de noix dans la nourriture populaire et l'interdiction de séparer désormais le son de la farine dans la confection du pain puisque le son contient 4 % de matières grasses. Les graines de soleil, les noyaux de fruits, les pépins de raisin serviront d autre part à fabriquer une huile fort convenable. Les cadavres des chevaux fourniront des savons, de la graisse industrielle et même de la margarine comestible, quand il sera constaté par le service sanitaire qu'ils ne sont pas morts de maladies contagieuses. Les eaux des égouts qui, à Berlin par exemple, charrient vingt grammes de graisse par tête d'habitant, seront dépouillées mécaniquement de leur résidu au bénéfice de l'industrie.
TROIS MOIS DE GUERRE. — m.
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La cherté des vivres. — Des informations parvenues de l'Allemagne dans le courant de septembre, à travers la Suisse, ne laissent plus aucun doute sur le terrible renchérissement des vivres.
Le prix de la plupart des denrées a presque doublé. Le Berlîner Tageblatt fournit à ce sujet d'intéressants détails. Ainsi le prix de la viande de première qualité, qui en septembre 1914 oscillait entre 69 et 90 marks par quintal, est monté aujourd'hui à 107 et jusqu'à 122 marks. Le prix des autres viandes, de qualité inférieure, a augmenté dans des proportions analogues. La viande de vache, qui se payait l'année dernière 64 marks le quintal, se vend aujourd'hui 98 marks. Le renchérissement ne provient pas du manque de bétail, mais de l'augmentation du prix des fourrages et de la main-d'œuvre. Un garçon boucher qui doit préparer la viande se paie actuellement en Allemagne 35 marks par jour. En outre, comme le fourrage a diminué, les vaches donnent moins de lait et le prix du beurre s'est élevé d'autant. La viande de porc, au contraire de ce qu'on pourrait croire, est actuellement en Allemagne la plus chère de toutes. Dans la vente en gros, elle coûte 60 marks de plus que la viande de bœuf. Ce renchérissement est dû au fait que le Gouvernement allemand, pour empêcher la diminution des provisions de pommes de terre, a fait tuer 6 millions de porcs, c'est-à-dire le quart du nombre de porcs qui existaient en Allemagne. Ces viandes avaient été mises en conserve, mais comme, par suite du manque d'ouvriers, elles avaient été mal préparées, il s'en est perdu plus de 3o %• Le manque de légumes se fait également sentir; le prix des raves et des carottes a doublé. Le prix des fruits, par contre, n'a pas augmenté.
Quant au gibier et à la volaille, le renchérissement est très sensible. Les joules n'étant plus nourries avec des céréales, la production des œufs a considérablement diminué.
Comme on le sait, le Gouvernement allemand a interdit récemment la fabrication de la crème fouettée, dont on faisait en Allemagne une très grande consommation. A Berlin seulement, cette consommation s'élevait à 20000 litres par jour.
Pétition des femmes socialistes au Reichstag. — Louise Zietz, au nom des femmes socialistes, a adressé une pétition au sujet des allocations de guerre :
De nombreuses catégories parmi les familles des mobilisés peu aisés sont dans une grande misère. Les allocations de l'État sont minimes: 12 marks par mois pour les femmes et 6 marks pour les enfants ; des milliers de communes n'y ajoutent aucun supplément, des milliers en payent un très faible ; rares sont celles qui allouent une indemnité égale à 100 % et plus de l'allocation d'État. D'amères plaintes des femmes des mobilisés continuent à
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nous arriver touchant leur situation précaire, surtout là où les allocations communales manquent ou atteignent un taux très peu élevé.
La pétition continue en exposant que la hausse considérable des prix des denrées rend le peuple hors d'état de se procurer une nourriture à peu près suffisante. Des mesures intempestives de l'administration viennent empirer encore cette situation critique : en Saxe et dans plusieurs provinces de Prusse, les femmes de mobilisés se voient supprimer leur allocation, si elles ont trouvé un travail quelconque, même peu rémunéré. La pétition conclut en ces termes pressants :
La conséquence de cette misère générale des familles de mobilisés se résume dans leur nourriture insuffisante, en définitive dans une atteinte à leur santé et une croissante amertume sur leur triste sort. Assurément, les soldats se sentent déprimés, quand ils apprennent que les êtres qui leur sont chers souffrent, tandis qu'ils consacrent leur existence à la guerre.
Les femmes socialistes prient donc le Reichstag de prendre l'initiative d'une élévation immédiate des allocations de l'État aux familles des mobilisés, et d'obliger les communes d'ajouter à ces allocations des suppléments, dont l'empire supportera la charge là où les communes sont financièrement trop faibles.
Les femmes socialistes espèrent que la Chambre accédera à la prière qui lui est adressée dans l'intérêt des familles des mobilisés, qui sans cela souffrent très durement de la guerre.
Le Reichstag a pris en considération ces vœux.
Les métaux. — Les journaux allemands poursuivent leur campagne pour inviter le public à donner tout le métal qu'il possède encore.
C'est ainsi que la Gazette de Cologne déclare :
Toutes les valeurs qui peuvent nous servir pour la continuation de la guerre et pour la victoire doivent être utilisées. Pour cela celui qui a encore chez lui des monnaies étrangères en or, argent ou cuivre, ou des papiers qui ont cours, devrait en faire cadeau à la Croix-Rouge, qui accepte également de vieux bijoux et autres objets en métal de valeur. Chaque donateur d'une valeur au-dessus de 25 marks reçoit une distinction sous forme d'un médaillon d'art.
Les Munchener Neueste Nachrichten écrivent :
Au sujet des pièces d'or frappées en souvenir du règne de 99 jours de l'empereur Frédéric Ton dit que ces pièces sont
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toujours soigneusement cachées par crainte des propriétaires de les perdre, la Banque d'empire fait connaître que chaque donateur de ces pièces en recevra une pareille après la guerre.
Le même journal écrit, au sujet de la monnaie en nickel, que les commerçants des communes occupées en France reçoivent de grandes quantités de pièces de nickel et d'argent par nos soldats et qu'on devrait ordonner que cet argent soit ramassé partout et rendu en échange de billets allemands.
La Gazette de Voss s'adresse aux chasseurs, qu'elle prie de ne pas jeter les cartouches usées.
Les objets fabriqués en laiton. — Les journaux allemands ont caché le plus soigneusement possible la gravité des mesures que l'autorité militaire a prises en inventoriant et en réquisitionnant toutes sortes d'objets de cuivre et de laiton. Mais dans une revue technique, Der Kontektonnaer, on trouve une liste des objets dont la vente est désormais interdite et qui se trouvent frappés de saisie (beschlag?iahmt). En voici quelques extraits :
Montures pour becs Auer (ordinaires). — Articles de toilette en laiton nickelé, quand ils sont obtenus par les procédés de fabrication les plus simples (estampes, etc.). — Boutons en métal. — Épingles à cheveux en laiton. — Dés à coudre en pur laiton. — Boutons à pression en laiton (non mis en place). — Tringles à rideaux, dès qu'elles contiennent au moins 10 % de laiton. — Anneaux de rideaux, massifs ou creux. — Plateaux à thé ou à café en laiton ou en cuivre. — Chaudières. — Pelles à tartes, pinces à asperges. — Clous à crochet en laiton, clous à tapis en laiton. — Vis de 5 grammes et au-dessus. — Chaînes en laiton.
— Têtes de robinets. — Tubes en laiton. — Service de fumeurs.
— Timbales de laiton fermant des bouteilles thermos. — Pots à cure-dents (modèle le plus simple). — Poids pour pèse-bébé.
De son côté, le journal technique Elektrotechnische Zeitschrift publie un long article sur la réquisition du cuivre. Il y est dit :
L'industrie électrotechnique doit défendre énergiquement le point de vue suivant : les administrations doivent employer d'abord les quantités de cuivre dont il est le plus facile de se passer ou qui peuvent être le plus aisément remplacées. Les installations électriques ont un caractère d'intérêt public. Leur exploitation ne peut être interrompue. D'autre part, les machines, transformateurs, etc., construits mais non encore en service, coûtent
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un prix tellement plus élevé que la valeur du cuivre qu'ils contiennent qu'on ne peut songer à les modifier pour en extraire le cuivre que dans les cas d'urgence absolue. Il faudra d'abord songer à employer les toitures en cuivre des églises et des châteaux. Les cloches des églises renferment de grandes quantités de cuivre. L'industrie électrique doit insister pour que ces stocks soient utilisés d'abord. Avant de s'adresser à l'industrie électrotechnique, il faudra remplacer les boîtes à feu des locomotives. Cette mesure suffirait à fournir i5oooo tonnes de cuivre.
Le manque de caoutchouc. — On essaie d'y suppléer. Le docteur Scheermesser vient de trouver le moyen de fabriquer, avec des sortes de plantes euphorbes, du caoutchouc et de la graisse. La récolte de 3o ares de ces plantes donnerait
10 kilogrammes de caoutchouc et 3o kilogrammes de graisse non alimentaire. Avec ce moyen, le herrdoktor croit pouvoir produire assez de caoutchouc pour l'Allemagne. Le journal ne veut pas donner plus de détails sur cette invention, de crainte que les alliés puissent l'utiliser.
L'or allemand. — Les journaux allemands ont annoncé qu'il devait y avoir encore un milliard d'or en Allemagne qui n'a pas été versé. Cet or a très probablement déjà franchi la frontière, car depuis quelque temps les rentiers allemands mettent prudemment leur or en sûreté à l'étranger. En trois mois, les banques suisses ont reçu d'Allemagne 12 712 325 marks en or et des dépôts d'or beaucoup plus considérables auraient été faits dans d'autres pays neutres. Dans le même laps de temps, la Suisse a reçu de France seulement 9000 francs et 1 56o francs d'Angleterre.
Les secours de chômage à Berlin. — La ville de Berlin a dépensé 3 054000 marks pour les ouvriers sans travail du rr septembre 1914 au 29 août 1915, les syndicats 2 191 000 marks. Le nombre des chômeurs doit être très élevé, car la commune n'accordait que 5 marks de pension par semaine à l'ouvrier avec famille et 4 marks à l'ouvrier seul.
La diminution des naissances à Berlin. — En juillet 1914,
11 y a eu 3373 enfants et en juillet igi5 2520 seulement. La diminution atteint plus de 25 0/0. Pour les trois mois de mai, juin et juillet, il y a eu en 1914 ioo3o naissances et en 1915 7523 seulement, soit une diminution de 2507, cm exactement 25 0/0.
La diminution extraordinaire des naissances n'a commencé
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à se faire sentir qu'au mois de mai de cette année. Voici le nombre moyen des naissances par jour, pendant les sept premiers mois de l'année.
Janvier 112 107
Février 1 1 3 109
Mars 109 110
Avril 112 102
Mai ni 86
Juin io5 78
Juillet 109 81
L'état d'âme en Allemagne. — Le ministre allemand des colonies, le docteur Soif, a écrit, pour un Calendrier colonial, publié sous la direction de l'écrivain impérialiste, le docteur Paul Rohrbach, une introduction, qui est un véritable programme. La voici :
Etant donnée la situation politique et économique de l'Allemagne, il nous paraît indispensable, qu'après la fin de la guerre, nos possessions coloniales soient maintenues et agrandies, quels que soient l'accroissement éventuel de territoires en Europe et la nouvelle modification des relations réciproques des Etats européens. Pour celui qui connaît les questions économiques, il n'est pas besoin de preuves spéciales, mais lui aussi s'étonnera en voyant exprimée en chiffres l'importance extraordinaire que présente la possession des colonies pour un Etat moderne.
Le besoin de l'Allemagne en produits coloniaux s'élève à plusieurs milliards. Les colonies que nous avions jusqu'ici, ne peuvent couvrir qu'une partie infime du besoin en matériaux pareils, à peu près trois pour cent. On a le droit de présumer que les tendances de développement de la politique coloniale moderne augmenteront d'une façon sensible après cette guerre. Les grandes puissances coloniales aspireront non seulement à un agrandissement de leurs possessions, mais elles s'efforceront aussi, à la suite de l'aggravation des antagonismes nationaux, à concentrer, autant que possible, les capitaux, la production en matières premières et le commerce d'outre-mer sur leurs propres colonies.
Des empires coloniaux d'un seul tenant et aussi aptes à la défense que possible, complétant nos propres forces économiques, constitueront probablement la solution politico-coloniale après la guerre. Des égards spéciaux concernant l'état particulier de notre économie populaire vont être nécessaires. Nous ne devons pas nous laisser intimider en ce qui concerne la réalisation de notre politique coloniale, même si des parties de nos possessions colo-
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niales succombent temporairement aux forces supérieures de l'ennemi. Per aspera ad astra.
Une réponse à la propagande allemande. — Le ministre d'Allemagne à Stockholm a, dans le courant de septembre, essayé de lancer dans la presse modérée un acte d'accusation contre la France et l'Angleterre, coupables d'employer à la guerre des troupes africaines et asiatiques. Un journal suédois, le Sozialdemocraten, répond à ce document :
C'est avec une véritable stupeur que le lecteur neutre voit l'Allemagne invoquer l'esprit de conventions internationales. Ce n'est assurément pas cet esprit qui a inspiré les actes ni les proclamations officielles des autorités allemandes en Belgique et dans la France du Nord, où elles ont voulu frapper les populations de terreur.
Le document allemand dit que les alliés font la guerre d'une façon qui est une honte pour le vingtième siècle. Voilà une expression qui, malheureusement, peut trouver un meilleur emploi que pour désigner les méthodes semi-primitives de troupes coloniales. Bien pire est la barbarie civilisée, qui se croit autorisée pour vaincre à fouler aux pieds méthodiquement et de sang-froid tout droit international et tout sentiment d'humanité.
Une chanson sur la « Lusitania ». — La Kultur allemande tout entière s'est réjouie de la destruction de la Lusitania qui, aujourd'hui encore, sert de thème à une des chansons favorites des cafés-concerts en Allemagne. Les divers couplets de cette chanson énumèrent la foule bigarrée d'Américains, d'Anglais, de Français, de Grecs, de Hollandais que le paquebot emmenait vers la mort — et parmi lesquels on regrette que ne se soit pas trouvé Sir Edward Grey. On se réjouit de voir tous ces gens morts et au fond de l'eau — et l'assistance reprend en chœur:
Elle allait en Angleterre, quelle honte!
Youp heidi, youp heida De New-York avec de la contrebande, houp heidi heida Il y avait des milliers d'invités.
Mais le sous-marin a flairé le rôti!
Youp heidi, youp heida, youp heidiheitralala Youp heidi, youp heida, youp heida, youpheiditralala Entonnons la chanson des morts, youp heidi Construisons encore des masses de sous-marins, youp heidi Et envoyons l'ennemi au fond du froid tombeau Pour que l'Allemagne ait la tranquillité. Youp heidi, youp heida, youpheiditralala.
DIPLOMATIE ET POLITIQUE
L'offensive française en Champagne. — Après la bataille de Champagne, la Gazette de Voss écrit :
Il faut, pour bien comprendre ce qui s'est passé, s'entretenir avec les blessés qui arrivent en longues colonnes, car les pertes, dans cette lutte titanique, n'ont vraiment pas été légères. Autobus, voitures, chariots, transportent les hommes les plus légèrement atteints; ils en descendent, qui les mains, qui les bras, qui le visage bandés. Leurs uniformes sont couverts, de la poussière crayeuse de la terre de Champagne et de la boue des tranchées...
... Tous parlent avec un honnête respect de la valeur de l'ennemi, bien que ceux qui se battent n'emploient pas de mots ronflants, « Comment ont chargé les Français, et comment ont-ils, avancé ensuite) — Avec rage et impétuosité, les grenades à la ceinture !
Le bilan des conquêtes. — On dresse à cette heure en Allemagne le bilan des conquêtes réalisées par un an de guerre; pour entretenir la griserie populaire et l'exaltation nationaliste, on étale des chiffres fabuleux : on déclare dans la Gazette de Francfort que les empires du centre ont fait jusqu'à ce moment i million 900000 prisonniers. On dit que leurs armées occupent en territoire ennemi iSoooo kilomètres carrés ; on magnifie la prise de 6000 canons sur l'ennemi. Les finances de l'Etat allemand sont satisfaisantes; l'encaisse des banques d'émission a monté de plus d'un milliard; les dépôts dans les caisses d'épargne se sont accrus. Malgré le blocus, l'Allemagne vit de son propre fonds. En un mot, comparée à celle des Etats de la Quadruple-Entente, la situation est, au dire du grand journal financier francfortois, extrêmement favorable.
La victoire de la Marne avouée par les Allemands. — Dans son numéro du 12 septembre, le journal pengermaniste de Berlin, Die Post, publie un récit de la bataille de la Marne dont voici la traduction. Il est capital par l'aveu — le premier dans la presse allemande — qu'il fait de la victoire française :
Les opérations qui précédèrent la bataille étaient terminées le 6 septembre. Quelques jours auparavant les avant-gardes de l'armée Klùck étaient arrivées devant Paris. L'aile droite allemande commandée par Klùck se trouvait auprès de Senlis ; puis venaient l'armée Hausen et la troisième armée commandée par Bûlow.
La répartition des forces du côté franco-anglais était telle que
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l'aile gauche, commandée par French, se trouvait composée d'Anglais. A côté de French étaient les trois armées de Maunoury (Meaux, Nanteuil sur l'Ourcq), Franchet d'Espérey (Esternay, Montmirail) et enfin Foch (Sézanne, Fère-Champenoise).
Le général Joffre avait le commandement en chef.
Les alliés se lancèrent dans cette bataille avec un grand enthousiasme. Leur zèle était stimulé par un ordre du jour du général Joffre qui avait dû à son grand regret battre en retraite pendant les premières semaines de la guerre.
Joffre voyait enfin l'occasion de montrer ses capacités.
Le combat fut, d'après les rapports anglo-français, une grande victoire anglo-française. On en célèbre aujourd'hui l'anniversaire. Il est certain que la fortune des armes sourit ce jour-là à l'ennemi. Mais cette fortune est trompeuse et inconstante.
Disposant d'une supériorité numérique énorme les Anglais et les Français s'élancèrent, et grâce à leur nombre, obligèrent les armées allemandes à abandonner les positions peu favorables d'ailleurs qu'elles occupaient et à aller s établir plus au Nord-Est sur les rives de l'Aisne.
Les Français s'étaient organisés très solidement à Nanteuil et à Vitry, tandis que les Allemands devaient franchir des rivières et des canaux qui les exposaient à un feu terrible de leurs adversaires. Après que les troupes anglaises eurent fait sauter près de Meaux tous les ponts de la Marne, elles disposèrent leur artillerie sur le plateau de Brie qui est traversé par les vallées du Grand et du Petit-Morin.
Le 6 septembre l'attaque générale préparée par les Allemands commença. L'aile gauche de la première armée commandée par Klùck chercha à envelopper l'aile des alliés. Ce plan, parfaitement juste, au point de vue tactique, aurait dû aboutir à un succès, si le projet de Klùck n'avait pas été réduit à néant par l'intervention inattendue de deux armées venues de Paris qui agirent au nord de Meaux.
Cette apparition subite d'une force très supérieure ne pouvait être prévue par le général allemand. En outre, il devait tenir compte des extraordinaires fatigues que ses troupes avaient endurées dans les marches interminables qui les conduisirent jusque sous les murs de Paris. Les troupes françaises, au contraire, qui avaient été transportées par chemins de fer, étaient absolument fraîches. Dans ces conditions, c'eût été une faute d'accepter une bataille qui eût engagé tous les résultats obtenus jusqu'à ce moment.
Klùck décida donc de battre en retraite, après s'être assuré par des aviateurs et des patrouilles de cavalerie qu'il avait affaire à une force trois ou quatre fois supérieure.
Pour masquer cette retraite, il redoubla ses efforts contre les Anglais, qui subirent des pertes très lourdes.
Le combat entre la deuxième armée allemande et l'armée de
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Franchet d'Espérey fui très vif. A Courgivaux, les Allemands s'étaient retranchés. A Châtillon-sur-Morin, on se battit de maison à maison.
A Sézanne, au centre de l'armée Foch, se trouvaient les quartiers généraux de Joffre et de French. Au nord de ce point la garde prussienne était engagée dans un combat contre les contingents d'Afrique. C'est en cet endroit que le général Foch chercha à percer les lignes allemandes sur un point qui se trouvait entre l'armée de Bùlow déjà en retraite et l'armée Hausen.
Il poussa contre nos lignes son centre composé de forces si supérieures en nombre que les troupes allemandes, plus faibles, durent, le cœur lourd, se résoudre à battre en retraite et à abandonner ce terrain difficile.
Vers la paix. — Une lettre écrite le rr mai par un certain nombre d'intellectuels allemands proteste contre les annexions. Ces intellectuels ne délirent jamais, dit le Corriere délia Sera. Ils ont nom: MM. Gustave Schmoller, le criminaliste Listz, le comte Monts, ex-ambassadeur d'Allemagne à Rome, l'économiste Max Weber, l'ancien ministre du commerce Berlepsch, le prince Henckel de Donnersmarck, le directeur du Berliner Tagblatt (ces deux derniers ont habité Paris), le major de Parseval, inventeur des aérostats qui portent son nom, Stein, rédacteur de la Gazette de Francfort, l'écrivain Paul Rohrbach.
M. Dernburg, un des signataires, l'ancien secrétaire d'Etat aux colonies, de retour des Etats-Unis, qui a pris la présidence d'une ligue commerciale allemande pour l'Amérique du Sud, expose à son auditoire que pendant des générations le commerce allemand n'aurait rien à craindre des concurrents étrangers.
Cependant, il a envisagé une éventualité dans laquelle « il deviendra difficile, avec le temps, de regagner le terrain perdu ». Et quel est cet unique danger qui menace l'expansion commerciale de l'Allemagne? C'est le cas où « la guerre se prolongerait » de sorte que « le commerce serait finalement obligé de chercher d'autres chemins », des chemins qui ne partiraient plus de Brème ni de Hambourg.
Il dit encore :
A côté du développement de notre influence économique, il est important aussi de nous assurer une certaine influence morale. Jusqu'à présent, nous avons toujours estimé cette seconde partie de notre tâche au-dessous de sa véritable valeur.
Nous nous sommes mépris sur l'âme des Sud-Américains, et
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non pas sur celle des Sud-Américains seulement, de sorte qu'en général nous avons trop peu d'amis parmi les neutres. C'est une erreur de dire que la jalousie et l'hostilité de nos ennemis en soient les seules causes. Nous-mêmes, par notre manière d'agir nous avons souvent blessé l'âme des neutres.
Certainement, l'énergie et la force productrice de l'Allemagne sont extraordinaires, mais il ne plaît pas aux peuples latins et anglo-saxons d'être obligés de toujours sentir cette supériorité. C'est pourquoi il faut nous adapter à leur mentalité et introduire chez eux les créations de la science et de la technique de telle façon que nous ne nous représentions pas, sans aucun tact, comme les plus savants et les plus habiles. Nous avons souvent péché contre ce principe, et l'étranger nous a souvent été décrit comme une humanité de deuxième classe qui a encore beaucoup à apprendre.
Trop souvent ceux de nos commerçants qui vont au dehors manquent d'amabilité, ce qui est particulièrement important chez les peuples latins. Nous ne devons pas nous poser vis-à-vis d'eux en professeurs, mais en amis. Si nous négligeons ces choses, nos concurrents nous prendront notre place, non pas en dépit de notre valeur, mais à cause de notre valeur même.
Autriche-Hongrie. — On compte sur nos divisions :
Nous sommes en guerre avec la France, dit la Zeit, de Vienne mais nous devons espérer que la crise actuelle prendra un développement avantageux pour le peuple français et pour la République. Car l'intérêt de la paix européenne, pour laquelle nous combattons (sic), se confond avec l'intérêt de la République en France.
Bismarck avait déjà reconnu que si la forme de gouvernement républicaine existe en France, c'est une garantie pour la paix de l'Europe. On a pu remarquer au cours des 44 dernières années que la paix de l'Europe a toujours eu l'air d'être menacée par la France (?) quand des monarchistes ou des militaristes tendaient la main vers le gouvernail.
Sans doute les adversaires du cabinet Viviani ne songent point à la paix ; mais, par le fait qu'ils combattent le régime Poincaré en France, ils travaillent — tout en criant violemment contre nous — pour la paix que nous voulons ensemble, eux et nous, et que nous conclurons ensemble.
Il apparaît des présages en France. Puissent-ils être des présages heureux!
La question des vivres. — Malgré les améliorations apportées, on continue à se plaindre du pain ; la farine allemande envoyée ces derniers temps était humide; elle ne sera employée que jusqu'au 10 septembre ; le pain actuel se
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compose de 5oo/o de froment et de 5o o/o de seigle ; il sera remplacé par un pain exclusivement fait de farine austrohongroise qui contient 75 0/0 de seigle et 25 0/0 de froment.
La Zeit se fait aussi l'écho du mécontentement causé par la prochaine limitation de la production de la bière, qui devra être réduite de 5o ou 60 0/0.
Ce journal fait remarquer la perte que cela représentera pour le fisc, puisque la production annuelle de la bière est évaluée à 280 millions de couronnes.
Un troisième emprunt autrichien serait décidé. — Le 12 septembre, on mande de Vienne à la Gazette de Francfort: « Des pourparlers sont engagés pour un troisième emprunt autrichien. »
D'autre part, à l'office des caisses d'épargne postales a eu lieu fin septembre, sous la présidence du gouverneur Leth, une séance de consortium financier, formé pour exécuter des opérations de crédit d'Etat.
La séance s'est occupée de l'émission du troisième emprunt de guerre. Toutes les questions relatives à cet objet ont été discutées en détail. Aussi bien le moment actuel que la situation du marché ont été trouvés favorables pour le lancement de l'emprunt.
M. Leth soumettra les propositions du consortium à M. von Engel, Ministre des Finances.
Le brillant second. — L'entente entre l'Allemagne et l'Autriche ne va pas jusqu'à permettre à la seconde de ces puissances d'essayer à sortir de son rôle de brillant second. La presse de Berlin et de Francfort appelle victoires allemandes les combats où l'armée autrichienne a figuré même avec de notables effectifs.
C'est l'épée allemande qui triomphe, écrit la Gazette de Francfort. Si l'ennemi a été chassé au delà de la frontière austro-hongroise, c'est parce que l'Autriche nous est restée fidèle. Si nos alliés se mettent à discourir sur la valeur de leur armée, c'est à nous de leur rappeler les faits.
La situation des armées. — La note dominante sur l'issue de la guerre est exprimée par la Neue Freie Press, de Vienne :
Ce serait une erreur de croire dès maintenant à une défaite complète des armées ennemies. Dans les nombreux conseils de guerre que les généraux des armées ennemies ont tenus entre
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eux, ils ont reconnu que le mieux était de ne plus entreprendre d'offensive pour le moment, d'attendre l'instant propice, lorsque le généralissime russe disposerait de son armée « rétablie » de 8 millions d'hommes, et lorsque Kitchener entrerait en scène avec son armée si désirée de 3 millions d'hommes. La patience optimiste de la France sera mise à une rude épreuve, et la déception qui s'ensuivra probablement sera encore plus déprimante, après une si longue attente.
Turquie. — L'armée turque. — Voici, au sujet de l'armée turque, les informations que fournit un colonel turc de l'armée de la Thrace :
La Turquie a pu mettre sur pied de guerre depuis le commencement de cette guerre i 3ooooo hommes.
Les deux tiers de cette force ont été formés par des rédifs (classe de réserve) âgés de 35 à 5o ans, auxquels ont été incorporés des nizams (armée active) dans une proportion de 3o o/o.
Les pertes subies par l'armée turque jusqu'ici sur tous les théâtres de la guerre sont évaluées à 5ooooo hommes en tués, blessés et prisonniers. Une cinquantaine de milliers de blessés ont pu retourner au feu, en sorte que l'armée turque actuelle serait de 85oooo hommes environ, répartie comme suit :
En Thrace, le 2e corps d'Andrinople, soit 5oooo hommes.
A Tchataldja, le 6e corps d'Adoua, soit 40000 hommes.
A Gallipoli et aux Dardanelles, le 3e corps de Rodosto, le 4e corps de Smyrne et le 5e corps d'Angora, plus quelques divisions indépendantes formant en tout une force de 190000 hommes.
A Constantinople, le Ier corps de Constantinople comptant 70000 hommes.
Une force de i5oooo hommes composée de divisions indépendantes est éparpillée en Asie Mineure avec de fortes concentrations à Smyrne et aux environs.
En Syrie siègent une partie des 7e et 8e corps de Syrie comptant environ ensemble 5oooo hommes.
Le reste de l'armée turque, soit 3ooooo hommes, se bat au Caucase contre les Russes.
Dans le chiffre de 85oooo soldats dont dispose actuellement la Turquie sont compris 100000 chrétiens et juifs, qui avec les vieilles classes des rédifs turcs forment le point faible de l'armée turque.
Mais c'est surtout le manque de munitions qui affecte gravement la valeur de l'armée turque.
Si l'impossibilité de ravitaillement par l'Allemagne continue, l'armée turque sera réduite faute de munitions à l'état d'une armée assiégiée qui se rend par la famine.
DIPLOMATIE ET POLITIQUE
Octobre 1915.
Allemagne, — Un ordre du jour que Vétat-major français a pu se procurer.
STRICTEMENT SECRET Division Ditfurth VIIIe C. R.