ORDRE DE LA DIVISION
J'ai eu l'impression, ces temps derniers, que l'infanterie, sur quelques points, borne son action à la simple défensive.
Aussitôt que l'ennemi commence à lancer des bombes, elle se hâte d'ouvrir le feu ou de réclamer l'àppui de l'artillerie, et se tient pour satisfaite quand le tir des bombes ennemies a été momentanément arrêté. Parfois même on semble croire qu'il est habile de tirer le moins possible pour ne pas provoquer le feu de l'ennemi.
Je ne saurais m'élever assez énergiquement contre de pareilles conceptions qui aboutissent nécessairement à tuer l'esprit d'offensive chez nos propres troupes, à éveiller et à fortifier chez Vennemi le sentiment de sa supériorité. On laisse à l'ennemi toute sa liberté d'action et on subordonne sa propre action à la volonté de l'ennemi.
Il est possible qu'en manifestant de notre côté peu d'activité offensive, nous y gagnons momentanément un peu plus de tranquillité pour achever de consolider nos propres positions; mais cet avantage est bien peu de choses en comparaison de l'inconvénient qu'il présente pour nous de fournir également à l'ennemi le moyen de continuer à fortifier ses positions.
Nos efforts doivent tendre à préparer tous nos moyens en vue du jour prochain, je l'espère, où nous passerons à l'offensive décisive. Elle sera d'autant plus difficile que nous trouverons l'ennemi plus solidement retranché et moralement plus fort que nous.
Les photographies les plus récentes prises par nos aviateurs montrent nettement que l'ennemi a profité habilement du répit que lui laissait notre peu d'activité pour consolider ses positions. Nombre de nouvelles tranchées de position et d'approche ont été établies par lui en quelques semaines.
MM. les commandants de brigade et de régiment sont invités à faire les plus grands efforts pour entretenir au plus haut degré sur tous les points de notre front l'activité offensive : il faut que
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notre action s'inspire de l'idée d'offensive et non de défensive et qu'au lieu de subir la volonté de l'ennemi, nous lui imposions au contraire, la nôtre. Nos troupes utiliseront à fond, de jour et de nuit, toutes les ressources et tous les moyens de fortune mis à leur disposition pour combattre l'ennemi et lui nuire sans relâche. Lartillerie ne peut intervenir que dans la limite des munilions dont elle dispose et l'infanterie aura le plus souvent à se tirer d'affaire toute seule.
MM. les commandants des pionniers sont invités à faire amener aussi vite que possible sur le terrain les engins de toutes sortes destinés au combat à courte distance et à satisfaire, selon leurs moyens, aux besoins de l'infanterie.
Signé : Ditfurth.
Pour copie conforme : Kœthe,
Capitaine d'État-Major.
Les discours du Kaiser. — En réponse au télégramme du président du Reichstag à l'occasion du cinq centième anniversaire des Hohenzollern, l'Empereur a remercié en ces termes :
Le lien solide de mutuelle confiance qui s'est formé au cours des siècles entre le prince et le peuple, à la fois dans le Brandebourg et la Prusse, constitue la base véritable de la force et de l'élasticité du peuple allemand et de ses princes. Ce lien n'a pu encore être affaibli dans la présente guerre, qui est la plus terrible des guerres.
A la garde prussienne, il a dit, le 26 octobre :
La dernière fois que j'ai vu votre régiment, c'était aux environs de Douai; la division a eu de dures journées dans l'Ouest ; la garde prussienne a vaincu l'ennemi à l'Ouest comme à l'Est; les ennemis doivent savoir ce que cela signifie quand le roi de Prusse envoie sa garde en avant; avec l'aide de Dieu, votre régiment s'est toujours montré vaillant au cours des 70 batailles et des 29 places fortes qu'il a aidé à remporter ou à prendre.
Votre roi vous appelle à de nouvelles victoires; sur ce chemin, ce m'est une joie de vous regarder les yeux dans les yeux et de vous exprimer mon royal merci.
Ma garde a de beaucoup dépassé ce que j'attendais d'elle ; le nom de la garde restera inscrit dans l'histoire universelle; des Beskides à la mer du Nord et du Pripet à la Champagne, l'armée allemande a été victorieuse.
Aussi je vous remercie, grenadiers, pour l'antique manière prussienne avec laquelle vous avez fait votre devoir.
Napoléon, qui était fier de sa garde, a dit : « La garde est la citadelle mouvante de l'empereur. »
DIPLOMATIE ET POLITIQUE
La puissante foi en Dieu avec laquelle nos pères ont toujours combattu a fortifié votre bras et votre courage; nous luttons pour une juste cause; Dieu a été et sera encore avec nous; c'est le vœu que je forme pour vous.
La paix allemande. — Le New York American publie le 17 octobre une interview du professeur Hans Delbrùck sur les conditions de la paix que l'Allemagne a l'espoir d'obtenir, si le président Wilson et le pape Benoît XV consentent à intervenir comme médiateurs. Cette interview, quia été approuvée par la censure allemande, se termine ainsi :
Il est très possible que la paix puisse être obtenue par la cession à l'Allemagne de colonies comme l'Ouganda, les Congo français et belge, à titre de rançon pour l'évacuation du Nord de la France et de la Belgique.
Il y aurait aussi à régler la question de l'indemnité à payer à l'Allemagne. J'estime que ce serait à l'Angleterre de la payer, car le coût d'une autre année de guerre serait pour elle beaucoup plus élevé que le prix de la paix, si elle est conclue maintenant.
Le journaliste ayant demandé à M. Hans Delbrùck s'il avait signé la pétition au Chancelier contre l'annexion de la Belgique, le professeur répondit :
Ceux qui ont signé cette pétition représentent une minorité dans la nation. La majorité du peuple allemand désire l'annexion de la Belgique par l'Allemagne.
M. Delbrùck a insisté sur le propos des annexions en ces termes :
Naturellement, les provinces baltiques, où la population est en grande partie allemande, resteront entre les mains de l'Allemagne. Comme nous l'avons proclamé, l'Allemagne dans cette guerre veut libérer les petites nationalités.
Des personnages considérables vendent ainsi avec assurance la peau de l'ours. Le 2S octobre, M. Ballin, directeur général de la « Compagnie Hamburg America Linie » à l'assemblée annuelle de l'Association des armateurs de Hambourg a dit :
L'Allemagne doit en première ligne s'efforcer d'acquérir les bases navales qui permettraient de porter remède à la situation dont nous souffrons actuellement. Déjà aux dernières fêtes de Noël j'ai eu l'occasion de dire que pour être sûr de l'avenir, nous
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devrions avoir la garantie que notre flotte ne pourrait plus être bloquée dans le triangle humide de la mer du Nord.
On a conclu que nos aspirations maritimes et navales pourraient être satisfaites par la possession de Zeebrugge. Ce n'est point le cas. Évidemment nous avons besoin de bases navales à l'entrée et à la sortie de la Manche. Mais nous avons également besoin de fortes bases navales sur les grands océans du globe.
A la suite de ce discours, la réunion des armateurs de Hambourg- a décidé l'envoi de trois télégrammes à l'Empereur, au Chancelier et à l'amiral von Tirpitz. Le télégramme adressé à l'Empereur se termine par cette phrase :
Nous avons besoin de la liberté des mers garantie, non point par des conventions ou des accords, mais par l'acquisition de bases navales pour notre flotte en Europe et sur les océans.
Les télégrammes adressés au Chancelier, reproduits dans le même numéro du Hamburger Fremdenblatt, contiennent des affirmations analogues.
Une interview du général von Klùck. — - Le 19 octobre, le général von Klùck ditaucorrespondantberlinoisdeZ)az7/Neu>s qu'il necroitpasquelesalliéspuissentpercerlaligne allemande sur le front franco-belge, et cela pour la raison suivante :
Nous nous sommes établis solidement dans des tranchées nombreuses et bien construites; l'offensive des alliés n'arrivera pas à nous en déloger. Sur le front oriental, l'armée russe s'était, elle aussi, solidement installée dans ses tranchées, mais notre artillerie était très supérieure à celle des Russes, tandis que l'artillerie franco-anglaise n'est pas supérieure à la nôtre.
Le reporter américain lui ayant parlé de la Belgique, le général von Klûck continua :
Les soldats n'éprouvent aucune haine contre leurs adversaires : mais ils se révoltent contre la barbarie des populations; on l'a bien vu en Belgique, où nos troupes ne s'étonnaient pas de rencontrer des adversaires luttant comme eux à coups de fusil ou de canon, mais où la perfidie des femmes les mettaient en furie. Quand de telles choses se produisent, la guerre devient cruelle, et il est impossible de contrôler alors les actes des soldats.
Le général confia ensuite qu'il était très fier d'avoir commandé l'armée d'invasion en Belgique et en France.
Cette armée-là, voyez-vous, c'est la plus vaillante et la plus brave de toutes ; et c'est encore, à l'heure actuelle, celle qui est la plus près des portes de Paris !
TROIS MOIS DE GUERRE. — III
En terminant, von Klûck a déclaré qu'il lui était impossible de dire où aurait lieu la décision finale.
C'est là une question politique plutôt qu'une question militaire, a-t-il déclaré. Il est possible que ce soit dans les Balkans, mais qui pourrait l'affirmer ?
Le général venait de recevoir ce télégramme impérial :
Vous pouvez avec orgueil et satisfaction jeter un regard sur vos cinquante ans de services militaires. Dans votre jeunesse, vous avez participé à des guerres glorieuses : pendant de longues années de paix, vous vous êtes consacré avec une vigueur infatigable au développement de l'armée et, l'année dernière, vous avez constaté les résultats de votre œuvre grâce aux héroïques exploits de vos troupes ; vous alliez enfin couronner votre œuvre par un beau succès lorsque des blessures honorables vous ont arraché à vos travaux.
Pour les services que vous avez rendus à moi et à mon armée, je vous exprime mes félicitations les plus cordiales, ma reconnaissance et mes remerciements royaux, et, comme marque de mon estime, je vous adresse mon portrait.
Les syndicats ouvriers. -— Une requête présentée par le comité central des syndicats ouvriers conclut ainsi :
Nous affirmons encore une fois que la hausse des prix que nous impose l'agriculture allemande met gravement en péril notre alimentation populaire. Pour remédier à ce péril, nous demandons au Gouvernement et nous le prions de renoncer à ses scrupules quand ses mesures atteignent un fort groupement politique d'intérêts. Le bien du peuple tout entier exige que nous parvenions à une situation tolérable dans la question de l'approvisionnement alimentaire.
Doléances de femmes de mobilisés. — Le Vorwàrts signale dans un de ses numéros d'octobre, les plaintes présentées par les femmes de mobilisés de la ville de Kattowitz, centre manufacturier important de Silésie.
Kattowitz, dit le journal, est une des villes où les femmes de mobilisés ne reçoivent aucun supplément au secours que leur donne l'État. La réelle insuffisance de l'indemnité a soulevé une indignation qui, vendredi dernier, au moment du payement, s'est manifestée de la façon la plus claire. Environ 5o femmes de mobilisés se sont présentées à l'hôtel de ville. Quand le maire parut, elles réclamèrent une indemnité plus élevée, disant qu'à cause de l'extraordinaire cherté des vivres elles ne pouvaient se procurer le nécessaire. Le bourgmestre leur promit de tenir compte de
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leurs vœux, et les femmes, dont beaucoup avaient amené avec elles leurs enfants mal nourris, se dispersèrent.
La Kattowitzer Zeitung, continue le Vorwârts, rapporte des scènes beaucoup plus sérieuses auxquelles prirent part de malheureuses femmes de mobilisés en bien plus grand nombre. De telles scènes de misère ne se reproduiront plus à l'avenir si l'État sait réprimer énergiquement la spéculation sur les vivres.
Les usuriers de la guerre. — De la Gazette de Cologne :
L'exaspération s'étend parmi le peuple par le fait que son pouvoir de résistance pendant cette longue guerre est encore rendu plus difficile par ceux qui ne voient dans les conditions économiques actuelles qu'un moyen de gagner de l'argent.
La tension est si grande qu'une mesure quelconque d'apaisement doit être trouvée.
En dépit de l'immense récolte des pommes de terre et bien que le Gouvernement ait fixé les prix moyens entre i mark 75 et 3 marks o5 par quintal, ni les communes, ni les ménages de l'ouest de l'Allemagne qui est si populeux, n'ont pu s'approvisionner pour l'hiver prochain à des prix raisonnables.
Les fermiers sont accusés de retenir les provisions dans l'espoir d'en obtenir plus tard des prix plus élevés. Si la situation ne change pas, le Gouvernement procédera à la saisie générale des stocks.
Précaution ou pénurie? — Toujours est-il que l'on continue à réquisitionner le cuivre et le laiton (le cuivre se payant 4000 francs la tonne). On cherche partout de l'huile et des graisses pour les explosifs. On va distribuer des cartes de pétrole. On utilise les laines brûlées « recueillies » en France et en Belgique.
Le commandant du XXI9 corps d'armée à Metz publie l'arrêté suivant, quia aussi force de loi pourlazonedu XVIe corps:
Afin de remédier à la consommation intempestive de matières dont il n'y a pas surabondance, il est nécessaire de renoncer, pendant la journée des Morts, à orner comme de coutume les tombes des défunts de cierges allumés.
Les exhortations de Maximilien Harden. — Dans le numéro du 23 octobre de la Zukunft, Maximilien Harden fait ces exhortations qui interprètent en un langage saisissant le sentiment de plus en plus général :
Maîtrisez votre joie quand vous lisez nos bulletins de victoires. Éveillez votre conscience et celle de vos voisins. Sans doute, nos armées combattent en avant de nos frontières; la guerre pourtant peut se prolonger au delà de l'hiver.
DIPLOMATIE ET POLITIQUE
Ne soyons pas des braillards qui, loin du front, réclament des soldats la conquête de mondes nouveaux. Il est facile de parler ainsi. La populace applaudit. Mais de telles phrases répugnent à ceux qui se battent.
Nous ne voulons pas entendre des exhortations au patriotisme de la bouche de ceux à qui la guerre emplit la bourse, double la solde, augmente le pouvoir....
Nous ne voulons pas de requins dans notre empire, de gens qui exigent pour des denrées indispensables à la vie des prix qui dépassent de beaucoup les frais de revient et les limites d'un honnête bénéfice.
Spéculer sur les vivres est un péché mortel.
Ceux qui font à cette heure de l'argent dans les « affaires » de viande, de grains, de légumes, de pommes de terre sont des scélérats.
Ceux qui accaparent le beurre pour en faire hausser le prix mériteraient d'être pendus.
Ceux qui jeûnent pour envoyer un peu de graisse et de lard à leurs enfants au front devraient avoir le droit de passer la corde au cou des accapareurs et de les hisser en haut de la potence.
Soyons silencieux, réservés, modestes; soyons pieux et recueillis; n'élevons pas d'idoles; ne crions pas; ne soyons pas fiers parce que nos soldats, pour nous, meurent sur le front.
Les séquestres. — Le i3 octobre, à l'occasion de la promulgation du décret de séquestre des biens des ressortissants de pays ennemis, la Gazette de V Allemagne du Nord écrit notamment :
Les Gouvernements de la Grande-Bretagne, de la France et de la Russie ont pris une série de mesures tendant à mettre complètement entre leurs mains les biens des Allemands se trouvant soumis à leur juridiction. De déclarations faites en Angleterre et en France par des représentants des deux Gouvernements, il résulte que ces derniers ont l'intention de réaliser ces biens comme gage pour les futures négociations de paix. Dans toutes les questions issues de la violation du droit privé, au détriment des ressortissants allemands par les Gouvernements ennemis, le*Gouvernement allemand a constamment suivi le principe que des mesures de représailles — mais de représailles seulement — sont licites et nécessaires. Il faut qu'on sache, dans les pays ennemis, que les biens des ressortissants anglais, français et russes se trouvant sous la juridiction allemande sont menacés dans leur ensemble du fait que les Gouvernements de leurs pays respectifs prennent des mesures contre les biens des Allemands soumis à leurs pouvoirs. En conséquence, le Gouvernement allemand ne tardera pas plus longtemps à répondre, par la déclaration obligatoire et par le séquestre de tous les biens de ressortissants des
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pays ennemis aux mesures prises dans ces pays contre les biens des Allemands.
Le patriotisme français et les Allemands. — Un officier bavarois, en garnison à Tourcoing, écrit en octobre aux Dernières nouvelles de Munich :
La misère est grande à Roubaix et à Tourcoing. Dans ces deux villes, les ouvriers sans travail, qui sont l'énorme majorité de la population, reçoivent de la municipalité une allocation de 75 centimes par tête et par jour. La viande coûte 4 francs la livre ; le beurre 4 fr. 5o; un œuf coûte 35 centimes. On paye les pommes de terre 5o centimes le kilo, à condition d'en trouver, et le plus souvent elles manquent. Il n'y a plus dans toute la région une seule goutte de pétrole, et les bougies sont hors de prix. Le charbon lui-même est rare. Les trois cinquièmes de la population passent les longues soirées d'automne sans feu ni lumière. »
Les habitants, privés de toutes ressources, attendent l'hiver, qui redoublera leurs souffrances, avec un stoïcisme qui mérite le respect. Ni les privations physiques, ni les souffrances morales n'abattent ces âmes bien trempées, qui espèrent encore contre toute évidence et sont inaccessibles au découragement. Quand nous essayons de leur faire comprendre leur véritable situation, leur réponse est toujours la même : « Patience, ils vont revenir; nous allons quand même gagner. » Une femme du peuple me disait aujourd'hui même : « Si les Allemands veulent que nous mourions de faim, eh bien, nous mourrons de faim. Ce sera pour la Patrie. >»
L'officier termine sa lettre en proposant l'héroïsme des Français du Nord comme exemple à la population allemande, qui ne voudrait pas se montrer moins patiente, ni moins forte que ses ennemis.
« Encore un Noël sous les armes! » — Le K. u. K. Kriegsministerium — impérial et royal Ministère de la Guerre — (de Vienne) publie un appel à la population, recommandant les cadeaux aux soldats pour le second Noël de guerre. La Neue Freie Presse écrit à ce sujet :
Un second Noël sous les armes ! Nos sentiments intérieurs se révoltent contre cette pensée. Ce n'est quand luttant beaucoup que nous pourrons restreindre nos sentiments afin que la raison, l'intelligence puissent les dominer, afin de pouvoir envisager que cette fête sera fêtée de nouveau dans les luttes acharnées, avec des meurtres, avec du sang, avec des massacres.
Un triste pressentiment nous dit que malgré notre confiance d'hier, nos soldats ne pourront pas rentrer pour le prochain Noël.
DIPLOMATIE ET POLITIQUE
Les cadeaux pour nos soldats ne doivent donc être pires que ceux de Tannée dernière....
Puérilités allemandes. — La police berlinoise a convoqué les représentants des divers métiers pour un accord au sujet de la germanisation des mots étrangers. L'initiative a été prise par diverses associations linguistiques dont les membres assistaient à la réunion.
Des résistances se sont produites.
Les coiffeurs ne veulent pas renoncer au mot salon. Les hôteliers à hôtel. Les typographes font des difficultés pour remplacer cliché par Druckstock.
En revanche, le comité linguistique a fait admettre Korset au lieu de corset et Seidenlappen (littéralement déchets de soie pour chiffon).
Leurs mœurs. — Si certains prédicateurs jugent l'Allemand digne d'être le soldat de Dieu, l'archevêque de Bromberg semble faire des réserves au cours d'une procession faite en l'honneur de la guerre. Il s'est élevé contre « la conduite légère d'une partie du peuple allemand, particulièrement des femmes qui ne semblent pas du tout comprendre la gravité de l'heure actuelle, voient même dans l'exercice du noble service d'infirmières l'occasion de se distraire, et ne renoncent pas à leurs toilettes inspirées par des sentiments sensuels, souvent choquants, qu'elles portent même dans la sainteté de l'église ». Puis il a blâmé « l'esprit mercantile sans cœur, qui veut s'enrichir aux dépens de la collectivité, l'égoïsme abominable qui cherche son profit dans la disette générale, et s'occupe d'accaparer injustement les denrées alimentaires pour faire hausser les prix d'une façon condamnable, ce qui n'est rien autre qu'une spéculation de la pire espèce ».
Autriche-Hongrie, — Ordre du jour de François- Joseph. — On mande de Vienne à la date du 3i octobre l'ordre du jour suivant adressé par l'empereur François-Joseph à ses troupes du front italien :
Par mon ordre du jour du 29 juillet, je vous ai dit que des jours pénibles vous attendaient. Cela est arrivé. Vous avez trois mois de lutte terrible derrière vous. La bravoure héroïque, la persévérance tenace, les sacrifices admirables des troupes, le brillant commandement et la coopération intelligente, joints à la meilleure fraternité de toutes les armes, ont accompli des exploits en main-
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tenant la garde loyale du Sud-Ouest et ont écrit une page glorieuse de notre histoire militaire.
C'est avec une pleine confiance que je pense à la lourde tâche que vous avez à remplir contre de braves ennemis. Je sais que non seulement vous avez fait votre devoir, mais qu'avec le cœur battant pour votre empereur et votre patrie, vous avez accompli de grandes choses, vous vous êtes montrés des héros. Du fond de mon cœur, je vous envoie mes remerciements et mes souhaits.
La vie à Vienne. — A Vienne, les classes riches « tiennent ». Une dame neutre, en voyage, écrit:
Contrairement à la consigne de Berlin, dont elles sont les premières à rire, les élégantes Viennoises ne veulent que des modes de Paris. Les couturières suisses qui les leur apportent font des affaires d'or. Une institutrice française que je rencontre me confie qu'elle n'a jamais eu à Vienne de difficultés. Nous parlons français à haute voix dans la rue. Je lui apprends la grande victoire de Champagne; elle pousse de tels cris de joie, et se répand contre les Allemands en de telles invectives, que je crois devoir la rappeler à la prudence. Elle me répond que dans les rues de Vienne on en entend bien d'autres.
Nous entrons tous deux dans un grand magasin de fourrures. Elle m'y présente comme une dame française, et chacun, le plus aimablement du monde, de s'empresser autour de moi.
Partout on m'adresse la parole en français. Au restaurant, la carte est rédigée mi-partie en français, mi-partie en allemand. Je commande un bifteck à la béarnaise. Il est excellent, mais coûte 5 couronnes. Tout est hors de prix. Et, signe des temps, la crème, la fameuse crème des cafés viennois a disparu.
Chez les classes laborieuses, ce n'est pas seulement la crème qui fait défaut à Vienne, la situation est pire dans les provinces, des femmes de Linz se sont rendues à l'hôtel de ville, où elles ont attendu le bourgmestre pour lui exprimer leurs doléances au sujet du renchérissement exorbitant de toutes les denrées.
Le bourgmestre, le docteur Dinghofer, leur a indiqué toutes les mesures prises jusqu'à présent par la municipalité, mais les femmes ne se sont pas déclarées satisfaites de ces explications et ont exigé que le bourgmestre les accompagnât chez le président du conseil municipal. Là, l'affluence devint considérable, et lorsque le président annonça que la ville allait recevoir des pommes de terre et de la graisse, des voix irritées se sont écriées : « Oui, mais à quel prix? »
En effet, depuis un certain temps on ne trouve plus à Linz, ni pommes de terre, ni beurre, ni graisse. Le manque de
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pommes de terre est imputable à ce fait que les paysans ne veulent pas en livrer pour quatorze hellers, prix maximum fixé par la ville.
La crise n'est pas moins grave en Hongrie.
Le Budapesti-Hirlap, journal du comte Tisza, président du conseil, écrit qu'il reçoit des monceaux de lettres adressées par des fonctionnaires de l'État déclarant qu'ils ne peuvent plus vivre de leurs traitements.
Ces lettres, dit le journal, sont écrites sur un ton et avec des expressions tels qu'il y a un an et demi, nous en aurions été consternés. Aujourd'hui cela ne nous étonne plus. Nous y sommes habitués.
Voici l'hiver. Le lard et la graisse sont à 7 ou 8 couronnes le kilo. L'on ne peut plus se procurer ni bois, ni charbon. Il faut des vêtements chauds et notre traitement suffit à peine pour acheter des pommes de terre. Pendant l'été nous avons pu vivre de légumes. C'est fini. L'État nous a promis des avances enfin. Mais d'innombrables formalités nous empêchent de les toucher....
Les vivres, remarque le journal, ont commencé à s'acheminer vers les prix d'hiver. Si les fonctionnaires ne peuvent s'approvisionner maintenant, ils risquent, en novembre, de ne plus trouver de quoi manger.
Tchèques et Slaves. — L'hostilité des Tchèques et des Slaves du Midi s'accentue. De continuelles arrestations se font pour crime de haute trahison. Jusqu'à présent, les insurgés appartenaient à la jeunesse intellectuelle du pays. Aujourd'hui, la contagion gagne même des personnes jadis dévouées au Gouvernement, telles que le président du grand conseil ecclésiastique de Bosnie-Herzégovine.
Bulgarie. — L'Armée bulgare. — Théoriquement elle compte dix divisions, plus deux divisions de cavalerie indépendantes. Mais les divisions bulgares n'ont rien de commun avec les nôtres. Forte de quatre régiments d'infanterie active, d'un régiment d'artillerie, d'un régiment de cavalerie, d'un bataillon de génie et des formations de réserve, chacune constitue une masse de plus de vingt mille combattants. Les dix divisions de première ligne réunissent plus de 260 000 hommes, avec plus de mille canons, et elles n'absorbent que les cinq ou six premières classes. Or, la Bulgarie en a appelé vingt-huit. C'est dire quelle erreur on commettrait en limitant à ce chiffre l'effort bulgare. Une règle empirique fixe à 10 pour 100 de la population les ressources disponibles d'un
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État soumis à un entraînement intensif. Sur ces bases; les Bulgares pourraient utiliser 450000 hommes, auxquels il faut ajouter quelque 5oooo volontaires macédoniens. Au total : 5ooooo combattants.
L'infanterie bulgare est armée des fusils Mannlicher, auxquels s'appliquent également les cartouches allemandes, dont la Bulgarie profitera vraisemblablement en cas de besoin. Une partie des troupes bulgares est armée des fusils type Mauser, qui furent pris à la Turquie lors de la précédente guerre balkanique. Les réserves de cartouches existant en Bulgarie et la capacité de production des usines bulgares s'évaluent à quelques centaines de cartouches par fusil.
L'artillerie bulgare est pourvue de 3o canons de campagne système Schneider-Creusot ; la plupart de ces canons sont d'un calibre de 75 mm. ; i5o canons environ, du même calibre, ont été pris aux Turcs. La Bulgarie possède en outre 25o canons d'un tir moins rapide; leur calibre est de 80 mm. ; à cette même catégorie appartiennent les 5o autres canons d'un calibre de 75 millimètres. Les deux genres de canons proviennent des usines Krupp. Le nombre de pièces de campagne à tir rapide dépasse 40; ces pièces furent fabriquées dans les usines Schneider. Des usines Krupp provient un nombre égal de canons de 120, mais à tir moins rapide, ainsi que 25 pièces lourdes de i5o. L'artillerie de montagne dispose de 3o canons de 75 à tir rapide, modèle Schneider ; de 5o canons du même calibre, modèle Krupp, et de 60 pièces Krupp du même calibre, mais d'un tir moins rapide.
Au point de vue des obus, la Bulgarie dispose comme réserves de : 450 obus pour un canon de campagne à tir iapide ; 3oo obus pour un canon Krupp de 80 à tir moins rapide ; 125 obus pour un canon de campagne de 75 à tir moins rapide ; i5oo obus pour une pièce Schneider à tir rapide; 3i5 obus pour un canon Krupp de 120 à tir moins rapide, et enfin 3oo obus pour une pièce à tir moins rapide,,de i5o.
Toutes ces réserves, étant donné l'effrayante consommation des munitions dans la guerre actuelle, doivent être considérées comme étant de beaucoup au-dessous de ce qu'exigerait la nouvelle campagne dans les Balkans. Il convient encore de remarquer que les pièces prises aux Turcs ont été adaptées aux obus bulgares, et qu'à rebours plusieurs pièces bulgares ont été appropriées aux obus turcs.
Manifeste du roi à son peuple, -— Le roi Ferdinand de Bul-
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garie adresse le 14 octobre, à son peuple, le manifeste suivant :
Bulgares,
Vous êtes tous témoins des efforts inouïs que j'ai faits pendant toute une année depuis le commencement de la guerre européenne pour le maintien de la paix des Balkans et la tranquillité du pays. Moi et mon gouvernement nous nous sommes efforcés par la neutralité observée jusqu'à présent de réaliser les idéals de la nation bulgare.
Les deux groupes de grandes puissances reconnaissent la grande injustice qui nous fut faite par le partage de la Macédoine. Les deux partis en guerre sont d'accord que cette province doit en grande partie appartenir à la Bulgarie. Seule, notre perfide voisine, la Serbie, est restée inflexible devant les conseils de ses amis et alliés. Loin d'écouter leurs conseils, la Serbie dans son animosité et sa cupidité, a attaqué notre propre territoire et nos braves troupes ont dû combattre pour la défense de notre propre sol.
Bulgares,
Des idéals nationaux qui nous sont chers m'ont seuls obligé, en 191 2, à appeler notre vaillante armée à la lutte dans laquelle elle déploya les drapeaux de la liberté et brisa les chaînes de la servitude.
Nos alliés serbes furent alors la cause principale qui nous fit perdre la Macédoine. Epuisés et fatigués, mais non vaincus, nous dûmes plier nos drapeaux pour de meilleurs jours.
Les jours heureux sont arrivés beaucoup plus vite que nous ne pouvions nous y attendre. La guerre européenne touche à sa fin. Victorieuses, les armées des empires du centre sont en Serbie et avancent rapidement.
J'appelle la nation bulgare armée à la défense du sol natal, souillé par son voisin félon, et à la délivrance du joug serbe de nos frères asservis.
Notre cause est juste et sacrée. J'ordonne donc à notre vaillante armée de chasser l'ennemi des limites du royaume et d'écraser le voisin félon ; nous combattrons les Serbes en même temps que les braves empires du centre.
Que le soldat vole de victoire en victoire. En avant ! Que Dieu bénisse nos armées !
Turquie. — A la Chambre ottomane. — Le président de la Chambre, Halil bey, et le Ministre de la Guerre, Enver pacha, ont fait à la Chambre ottomane des exposés du point de vue turc de la situation politique et militaire. Halil bey a déclaré :
Au moment des plus vifs combats dans les Dardanelles et à
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Gallipoli, je me trouvais à Berlin; j'ai pu m'y rendre compte personnellement des sentiments de haute et sincère admiration provoqués chez les Allemands par l'extraordinaire bravoure avec laquelle nos armées ont repoussé de terribles attaques.
La nation allemande félicita publiquement son Gouvernement, qui, au moment où même les plus petites nations nous méprisaient, signait fièrement l'alliance avec nous.
Cette alliance comporte des obligations pour un lointain avenir et elle unit dans une amitié sincère et inébranlable trois grandes armées et trois grandes nations.
Les canons qui ont grondé sur le Danube et se sont tus pendant quelque temps vont bientôt se faire entendre de nouveau et porter dans les Balkans un secteur important de la guerre.
Après le rétablissement des communications — on assure que ce sera dans peu de temps — notre armée pourra mieux remplir sa tâche sur tous les fronts de manière irrésistible.
Les espérances de l'ennemi sombreront pour toujours devant Constantinople et les détroits, enjeux principaux de cette guerre, et ne renaîtront jamais.
Le résultat le plus important de cette guerre est que, de la mer à l'océan Indien, sera créé un groupe puissant qui s'opposera toujours à l'égoïsme anglais, cause de la perte de millions de vies humaines et de milliards d'argent, et qui se dressera devant l'orgueil russe, la revanche française et la trahison italienne.
Pour assurer cet heureux résultat, la nation turque sera fière de consentir tous les sacrifices.
Le président termine en saluant la mémoire de ceux qui sont tombés dans cette guerre sainte.
Le Ministre de la Guerre, Enver pacha, a déclaré entre autres choses :
Après une guerre qui a conduit à la perte d'un territoire et porté atteinte à notre dignité, le ministère de la guerre a suivi l'exemple d'autres départements tendant à la renaissance de la patrie et a cherché à rassembler les éléments épars de l'armée.
Les événements se sont précipités de manière inattendue ; nous avons fait tout ce qu'il était possible pour éviter la guerre. Le premier coup de canon provenant de l'offensive russe dans la mer Noire nous a obligés à participer à la guerre. Nous avons compris tout de suite que nos ennemis étaient prêts depuis longtemps à franchir notre frontière; l'offensive russe, qui a débuté par un premier coup de canon au Caucase, a paru un moment devoir progresser; mais un mois plus tard, par nos contre-attaques, nous avons poursuivi les Russes jusque sur leur propre territoire et nous avons alors mis leur armée hors d'état de nuire.
Entre temps, des événements importants se préparaient aux Dardanelles; mais auparavant nous avions entrepris une expédi-
DIPLOMATIE ET POLITIQUE
tion contre l'Egypte; après des préparatifs, nous avons franchi le Sinaï et nous avons occupé les territoires avoisinant le canal qui étaient considérés comme indispensables pour les opérations futures.
Dans l'intervalle, la flotte anglo-française a entrepris quelques petites attaques contre les Dardanelles ; les forts extérieurs, qui n'ont aucune valeur militaire, se sont tus après avoir opposé une résistance inattendue.
L'ennemi, encouragé par des succès faciles, a attaqué le i8mars, les détroits avec une flotte réputée invincible. Mais, avec l'aide de Dieu, nous avons coulé une partie de cette flotte, ce qui a obligé les assaillants battus à se retirer.
Après que l'entreprise eut échoué, l'ennemi a conçu le projet de nous vaincre sur terre, de forcer les détroits et de prendre Constantinople.
Jusqu'à présent, les Français et les Anglais n'ont pas réussi dans leur tentative.
Actuellement, les trois armées alliées combattent victorieusement et avec l'aide de Dieu remporteront finalement la victoire.
Comme ce qui était resté des guerres balkaniques était insignifiant, et que d'un autre côté les communications étaient coupées avec l'intérieur, nous nous sommes contentés des produits de notre pays; nous vous annonçons que l'interruption des communications, qui ne comporterait aucun danger, même si elle devait durer, va enfin disparaître; en conséquence, les besoins de notre armée en armes et en munitions et autre matériel vont être assurés.