CHAPITRE V CHEZ LES NEUTRES
Août 1915.
Espagne. — Le roi et le manifeste des intellectuels. — Le célèbre littérateur Perez Galdos narre ainsi l'entretien qu'il a eu avec Alphonse XIII :
Le roi m'a déclaré qu'il avait vu mon nom au bas du manifeste que les intellectuels espagnols ont publié en faveur de la cause des alliés et qu'il avait également lu l'article que j'ai publié dans la revue hebdomadaire la Esfera, sur l'Angleterre.
J'ai répondu au souverain que les idées exprimées dans le manifeste comme dans mon article étaient inspirées par des raisons très profondes, et que j'étais convaincu que mon devoir était de manifester à haute voix mon opinion, qui est entièrement favorable à la cause des Français et des Anglais. Je suis, en effet, franchement francophile et anglophile, ai-je déclaré au souverain. Et celui-ci m'a écouté avec une grande attention et en souriant.
Le roi et moi nous sommes longuement entretenus de la guerre; j'ai pu me rendre compte qu'Alphonse XIII a un idéal patriotique très élevé. Pour ma part, j'ai annoncé au roi mon intention de continuer ma polémique et de montrer toute l'erreur de ceux qui, poussés par leur germanophilie, se livrent à une campagne irrédentiste à propos de Gibraltar.
Hollande. — Une « Ligue hollandaise contre la guerre » commence une nouvelle agitation en faveur de la paix dans les Pays-Bas.
Cette campagne passe pour être organisée d'après les instructions de M. de Jagow, sous-secrétaire d'Etat allemand.
La paix allemande. — Un journal important d'Amsterdam écrit :
Il est désormais certain que le Gouvernement allemand luttera pour la suprématie allemande complète en Europe. Il est également certain que la guerre sera plus acharnée et plus longue que personne ne le croyait. Toutes les informations indiquent que l'Angleterre et la France sont devenues très fortes; les armées françaises gagnent constamment en nombre, en équipement et en
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capacités guerrières. Il est bien certain qu'il faudra anéantir ces armées avant que les deux pays consentent à la paix acceptable du Chancelier. Nous ne croyons guère à cette possibilité, même si la campagne russe s'aggravait par le progrès victorieux ininterrompu des armées de Hindenburg et de Mackensen.
Pas un Hollandais ne pourra, sans concevoir de l'inquiétude, envisager les ambitions allemandes. La supériorité totale d'un État qui se ^moquera des réclamations, des souhaits et des droits des autres Etats signifie que l'indépendance de notre pays existera aussi longtemps que les intérêts du pays supérieur le permettront.
Danemark. — Excuses allemandes. — Le ministre du Danemark à Berlin, à l'occasion de la violation de la neutralité du Danemark, commise le 19 août, près de Saltholm, où le sous-marin E-i3 fut détruit par un torpilleur allemand, a reçu, le 24 août, du secrétaire d'État allemand aux Affaires étrangères, une note dans laquelle le Gouvernement impérial exprime ses regrets sincères et ses excuses de ce qui s'est passé. La note ajoute que les instructions précédemment données aux commandants de respecter la neutralité leur ont été de nouveau recommandées rigoureusement.
Suisse. — La situation économique. — Le Président de la Chambre de commerce française de Genève a fait, le 12 août, la déclaration suivante :
Parmi mes compatriotes, beaucoup croient que la Suisse fournit à l'Allemagne de grandes quantités de denrées; je voudrais exposer les raisons qui ne permettent pas de faire peser une accusation aussi injustifiée sur le Conseil fédéral.
Il résulte du simple examen de l'article 7 de la Convention de La Haye que la Suisse ne pouvait pas empêcher le transit en Allemagne ou en Autriche sans prendre la même mesure à l'égard des alliés.
La situation de la Suisse est parfois inquiétante. Rappelez-vous les longues journées où le pétrole, le sucre, le charbon et l'alcool à brûler ont manqué.
Le peuple suisse, dont l'amitié s'est noblement manifestée à notre égard, pouvait-il être condamné à la famine ? L'Allemagne et l'Autriche, qui ont à fournir à la Suisse des produits que les alliés ne sauraient envoyer, exigeaient d'elle, pour cela, des compensations.
Il n'est pas douteux que des industriels ou des intermédiaires cherchent à réaliser de gros bénéfices en s'efforçant d'obtenir des pays alliés des marchandises qu'ils essaient de réexporter dans les empires de l'Europe centrale.
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Il nous appartient de veiller sur eux avec une attention scrupuleuse.
Le sentiment suisse, — Du Petit Parisien, sous la signature de M. Étienne Lamy, de l'Académie française. A cette demande de M. Lamy :
« Défendrez-vous vous-mêmes par les armes votre indépendance?», un Suisse répond :
« Demandez-le à ce passant. »
Le passant, c'était un fantassin qui, sa période d'appel terminée, revenait chez lui. Selon l'usage, il y rapportait son équipement et ses armes.
« Avez-vous, répondit-il, vu une image faite après la visite du kaiser en Suisse) On ne la trouve plus aux étalages, paraît-il, mais elle est restée en légende dans la mémoire des troupes. Le kaiser est en face d'un soldat suisse et le félicite : « — Votre armée est une belle armée de 400000 hommes. — Oui, Majesté. — Nous serons toujours amis ? — Oui, Majesté. — Pourtant, si j'entrais chez vous avec 400 000 de mes soldats, que feriez-vous? — Majesté, nos 400000 fusils viseraient de leur mieux. — Et si mes soldats étaient 800000? — Majesté, nous tirerions deux fois! »
Roumanie. — Le transit des munitions. — L'attaché commercial allemand a posé officiellement devant M. Costinesco, Ministre des Finances, la question du transit des munitions de cette manière :
Le Gouvernement allemand ne demande pas le transit des munitions pour la Turquie, mais bien pour la Bulgarie, pays neutre.
Vous ne pouvez donc pas vous y opposer. Si vous persistez à refuser le transit, l'Allemagne agira en conséquence. En attendant que vous preniez une décision, j'ai donné l'ordre de cesser tout envoi de marchandises pour la Roumanie, et d'arrêter l'envoi de wagons vides pour l'exportation des céréales.
M. Costinesco, dans sa réponse à l'attaché commercial allemand, a défendu le principe de la neutralité, disant qu'il croyait savoir que les munitions étaient à destination, non pas de la Bulgarie, mais de la Turquie.
Admettons, a ajouté M. Costinesco, que ces munitions soient destinées à la Bulgarie, je dois vous rappeler que la Roumanie a commandé et payé à l'Allemagne des munitions, du matériel de guerre et du matériel sanitaire; rien n'a encore été livré, sous le prétexte des difficultés et des exigences des circonstances actuelles. Or, si l'Allemagne n'a pas de munitions pour la Roumanie, elle en trouve pour la Bulgarie ou pour la Turquie.
Le conseil des ministres a examiné la question du transit des munitions et a approuvé la réponse de M. Costinesco à l'attaché commercial allemand.
Il a, en conséquence, décidé à l'unanimité de maintenir une stricte neutralité.
Norvège. — Le 21 août, un sous-marin allemand a saisi un bateau norvégien, le Haakon V, violé la correspondance postale et en a jeté le contenu à la mer. La Norvège proteste contre cet abus de la force.
D'autre part, après avoir arrêté les paquebots postaux norvégiens et pillé leur courrier, les Allemands maintenant, garnissent toute la côte ouest de Norvège d'un cordon de sous-marins. Ils en font stationner à l'entrée des fjords principaux, et c'est journellement que des navires norvégiens sont torpillés. On est ici très préoccupé dans tous les milieux par ces derniers incidents. L'impression se précise que les Allemands cherchent à provoquer la Norvège et désirent un conflit qui leur permettrait de s'emparer d'une base d'opérations sur ses côtes.
Bulgarie. — Le 4 août, un consortium de banques allemandes et autrichiennes verse 25o millions à la Bulgarie, qui s'empresse de rassurer la Quadruple-Entente par la voie de la presse.
Elle est, dit-elle, libre de ses mouvements. Elle a demandé cet argent dans un moment aussi délicat parce que l'échéance du premier versement tombait ces jours-ci. Elle ne pouvait pas renoncer à ce premier versement parce qu'elle avait donné des gages au consortium des banques austro-allemandes. Ces gages consistent dans la cession d'une mine de houille, dans la cession du du droit de pêche à Porto-Lagos, dans la concession de la construction du chemin de fer qui devra relier Porto-Lagos à Sofia. Le prêt avait déjà eu un commencement d'exécution de la part de la Bulgarie: rien de plus naturel qu'à l'échéance du premier versement, elle ait demandé les millions promis.
L'intervention bulgare. — La United Press publie une interview de son correspondant à Sofia avec le président du Conseil, M. Radoslavof. Celui-ci a exposé que la Bulgarie est complètement préparée, qu'elle attend, pour entrer en guerre le moment où les garanties lui seront données absolument qu'elle obtiendra ce que les autres nations qui se battent cherchent à obtenir, c'est-à-dire la réalisation des idéals nationaux.
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L'ensemble de ces aspirations est représenté par la Macédoine serbe, qui, avec une population bulgare de iSooooo âmes, nous était assignée après la première guerre balkanique. Elle est nôtre en vertu du principe des nationalités.
Lorsque les puissances de l'Entente pourront assurer que ce territoire revient à la Bulgarie et que nos réclamations d'ordre secondaire dans la Macédoine grecque et ailleurs seront reconnues, elles nous trouveront prêts à combattre avec elles.
M. Radoslavoff continue en ces termes :
Ces garanties que nous demandons doivent être réelles et absolues. On ne peut accepter de simples papiers. La certitude, seule, peut amener les Bulgares à verser de nouveau leur sang.
Nous avons accepté franchement et ouvertement les offres des deux groupes de puissances pour négocier dans ce but. Ce n'est qu'en discutant avec les deux parties que nous pouvons nous assurer les meilleures garanties que ce que nous désirons sera obtenu.
On nous demande de la part de la Quadruple-Entente une participation directe à la guerre, avec le concours entier de notre armée, dont le monde connaît bien la valeur. Du côté de l'Allemagne, de l'Autriche et de la Turquie, on nous demande seulement de maintenir notre neutralité jusqu'à la fin de la guerre.
En toute sincérité, nous y répugnons. Nous pourrions concéder le maintien de notre neutralité pendant une période moins longue, mais si nous restons neutres ou si nous combattons, le but que nous poursuivons et les motifs qui gouvernent notre décision restent toujours les mêmes.
L'accord turco-bulgare. — Pendant que les diplomates bulgares de Sofia notifient encore les plus rassurantes déclarations à la Quadruple-Entente, la Gazette de Francfort publie le texte d'un accord intervenu entre la Turquie et la Bulgarie. A cette dernière, la Porte cède la portion turque du chemin de fer qui part de Dédéagatch pour aboutir à Mustapha-Pacha. C'est environ cent kilomètres de longueur, vingt-cinq à soixante de largeur qu'acquiert le gouvernement de Sofia. La nouvelle frontière suit le cours de la Maritza, depuis Kadikeui jusqu'à Demotica et Soufli, et laisse aux Bulgares, outre Kirk-Kilissé, Karagatch, un faubourg d'Andrinople et une bande de territoire pour la protection stratégique de la voie ferrée. Il s'ensuit que les communications de Constantinople avec Andrinople ne peuvent plus s'effectuer qu'à travers la Bulgarie, sur un trajet de quarante kilomètres environ.
TROIS MOIS DE GUERRE. — III
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La Gazette de Francfort déduit de cet accord « que les Bulgares resteront neutres et n'attaqueront pas Tchataldja ». Elle va même jusqu'à envisager une intervention bulgare, qui ne serait pas celle que recherche la Quadruple-Entente.
Au 3o août, il paraît certain que la convention est conclue mais non encore signée.
Luxembourg. - L'occupation allemande. — La rigueur de l'occupation allemande dans le Luxembourg devient de jour en jour plus odieuse. En moins d'un mois, trois citoyens luxembourgeois ont été arrêtés et condamnés à mort. D'autres se sont vu infliger des peines de prison plus ou moins prolongées.
En outre, les Allemands ont saisi toute la récolte. Ils en gardent les deux tiers pour eux.
Grèce. — Le i5 août, le roi Constantin, tout en croyant de plus en plus au succès des armes de son beau-frère, mais obligé de se conformer aux indications des récentes élections, a demandé à M. Venizelos s'il se chargerait de constituer le nouveau cabinet. M. Venizelos veut un délai de quatre jours pour se mettre au courant des questions à débattre.
Le 19 août, le délai expiré, M. Venizelos forme un cabinet dont le dessein est, selon son organe officieux le Patris, d'utiliser les circonstances pour le plus grand profit des intérêts nationaux, mais le chef du parti libéral est toujours absolument convaincu que la place de la Grèce reste au côté des puissances qui, de tous temps, prêtèrent leur appui et leur concours à la nation hellène, et qui combattent aujourd'hui la Turquie, ennemie héréditaire de la Grèce.
Saint-Siège. — Benoît XV a fait un appel personnel aux présidents des républiques américaines, au président de la Confédération helvétique, au roi d'Espagne et aux souverains Scandinaves, les invitant à s'unir à lui pour obtenir, du moins, une trêve générale qui permettrait d'entamer les négociations de paix.
États-Unis. — Le complot allemand. — Le 16 août, le journal le New-York World commence la publication d'une série de documents, lettres de hauts personnages, devant dévoiler le réseau d'intrigues allemandes, et dénoncer la prodigieuse et déloyale propagande allemande depuis et
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avant la guerre. Des documents plus importants établiront les plans de l'Allemagne pour contrôler la presse américaine, fonder un service de journaux et de nouvelles à la dévotion de l'Allemagne, subventionner des cinématographes et des conférenciers professionnels, enrôler des citoyens américains et publier des livres avec le but de fomenter des désaccords parmi le peuple américain pour l'avantage de l'Allemagne. Des preuves seraient données que plus de douze millions ont été dépensés chaque semaine. De larges sommes auraient été versées à des écrivains notables et offertes à l'Association de la presse américaine; il y aurait également des preuves que l'Allemagne soudoya les grèves de manufactures de munitions et dépensa des sommes considérables. D'autres révélations doivent prouver encore le double jeu de la campagne contre l'embargo et du complot politique et financier contre le gouvernement. Enfin, la preuve serait fournie que toute la propagande fut inspirée et dirigée, de Berlin, par le Chancelier de Bethmann-Hollweg.
En outre, le même journal publie, le 18 août, des documents qui montrent que l'Allemagne, pendant qu'elle réclamait hautement qu'on mît l'embargo sur les munitions alliées, manœuvrait pour assurer la fabrication et l'envoi clandestin d'armes et de munitions à elle-même.
Un contrat et deux lettres révèlent que l'agent de l'Allemagne Hugo Schmidt avait assuré le contrôle financier de la compagnie de projectiles de Bridgeport à la Deutsche Bank de Berlin. Une instructive disposition du contrat porte que la compagnie devait accepter et rechercher les commandes de munitions pour la Russie et l'Angleterre en stipulant qu'aucune indemnité ne serait versée si la commande n'était pas livrée.
Un autre document expose le plan allemand pour arrêter et monopoliser la fabrication d'armes.
Le World n'est pas seul à faire des révélations sensationnelles, écrit de Washington M. Lechartier, du Petit Parisien. Le Providence Journal dévoile aujourd'hui un autre complot impliquant l'attaché militaire allemand Papen dans l'attentat de Horn contre le pont de Vanceboro.
Horn avoue avoir exécuté les ordres de Papen. Le Providence Journal publie également des messages sans fil envoyés du poste de Sayville au comte Bernstorff, suivant quotidiennement la marche du Lusitania jusqu'au jour où le paquebot fut torpillé. Le même journal assure que le Gouvernement des États-Unis possède les
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preuves que i 700 000 dollars ont été payés par un agent de l'Allemagne pour fomenter des grèves "parmi les ouvriers des ports, afin d'empêcher l'embarquement des munitions destinées aux alliés.
D'autres documents sont promis ; l'opinion, fiévreuse, les attend et attend aussi la sanction gouvernementale.
Le 19 août, le World publie un fac-similé du rapport de l'expert agent commercial allemand Waetzoldt au Chancelier de Bethmann-Hollweg qui dévoile le plan d'arrêter complètement l'exportation de certains produits et de les retenir en Allemagne parce que t c'est le plus sûr moyen d'entretenir l'agitation secrètement créée par le Gouvernement impérial contre le blocus anglais ».
Un autre document est une lettre d'un conseiller intime du Gouvernement à l'ambassadeur allemand, stipulant qu'un million de dollars sont affectés aux fonds secrets. Les dépenses de la propagande allemande aux Etats-Unis sont fixées à deux millions de dollars par semaine.
Les publications du World sont soutenues et confirmées par le leader du parti du travail, Samuel Gompers, qui a dénoncé déjà l'influence allemande dans les fabriques de munitions.
Le 20 août, après trois jours de silence, l'entourage du comte Bernstorff se décide à prendre position. Il ne nie pas l'authenticité des documents publiés et qui démontrent le complot allemand contre la neutralité américaine, mais il affirme que les faits incriminés ne violent pas la neutralité et qu'ils ne sont nullement contraires au droit.
Après de nombreux conciliabules secrets les officiels allemands et chefs du parti pangermain affectent de considérer la divulgation comme peu importante.
Les explications données que les énormes achats de phénol et d'acide carbonique avaient seulement un but pharmaceutique, amusent mais ne convainquent personne, et comme aucun démenti sérieux n'a été apporté, les documents sont considérés officiellement comme d'une extrême importance.
Un marin, actuellement détenu pour une affaire de faux passeport américain, est reconnu comme un réserviste agent allemand. Il est l'auteur de l'empoisonnement de chevaux envoyés à destination de l'Italie, à bord du steamer Evelyn.
Le fait considéré comme le plus grave par les cercles officiels, au point de vue international, est l'effort dévoilé par
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une lettre pour obtenir une pression sur le Congrès en vue d'obtenir l'embargo sur les munitions. Le fait reconnu constituerait un attentat * qualifié contre la neutralité. Le gouvernement étudie minutieusement le dossier avant de se prononcer.
L'opinion et les journaux américains expriment leur indignation et réclament des sanctions.
Le World reprend le 22 août la publication des documents sur la propagande allemande. Le plus sensationnel d'entre eux montre que l'Allemagne avait un agent au département d'Etat lui-même. Le personnage, désigné par les initiales M. P., avait ses entrées chez le président et chez le secrétaire d'Etat. Il obtenait communication des secrets d'Etat. Par des moyens détournés, il faisait parvenir ses informations au Gouvernement impérial. Un autre document montre les agents allemands expédiant des marchandises en stocks considérables pour le ravitaillement de l'Allemagne et les faisant passer par la Suède, le Danemark, la Suisse, la Roumanie et l'Argentine.
L'armée et la marine des Etats-Unis. — Une dépêche de Washington donne dans leurs grandes lignes les rapports des secrétaires à la marine et au département de la guerre sur les projets d'augmentation de leurs services. Ces rapports, après approbation du président, seront soumis au Congrès,
M. Garrison, secrétaire du département de la guerre, demandera des crédits pour une armée régulière et une milice dont les effectifs s'élèveront au moins à 410000 hommes et qui s'appuieraient sur une force de réserve comprenant des citoyens ayant fait leur service militaire ; pour l'équipement d'un million d'hommes ; pour une académie militaire sur la côte du Pacifique et pour de plus gros canons destinés à la défense des côtes.
Ces mesures donneront-elles suffisamment satisfaction à M. Roosevelt dont l'énergique campagne continue? Devant une foule immense, le 16 août, l'ancien président s'est écrié aux applaudissements de tous :
Le seul moyen de ne pas être attaqué, c'est d'être assez forts pour enlever à quiconque ridée de nous attaquer. La préparation Contre la guerre évidemment ne préserve pas invariablement de la guerre, pas plus que les pompiers n'empêchent les incendies.
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Si la Suisse avait été aussi mal préparée que la Belgique, elle aurait été envahie comme elle.
Les avocats de la paix à tout prix veulent implanter en Amérique le mépris des armes qu'avaient les Chinois d'autrefois, un genre d'erreur qui les a conduits à la servitude et sur lequel ils sont complètement revenus depuis vingt ans.
Je ne veux pas voir chinifier (china/y) l'Amérique !
Perse. — Le consul allemand à Kermanchah ayant déclaré, malgré la neutralité de la Perse, son intention de s'opposer par la force au retour des consuls russes et anglais à Kermanchah, marche avec un détachement armé contre ces deux consuls. Il a, au préalable, adressé au gouverneur de Kermanchah chez qui les consuls se trouvent dans le courant d'août, un ultimatum lui signifiant que si lesdits consuls ne sont pas renvoyés, lui-même accomplira cette expulsion de force.
Le Gouvernement persan demeure entièrement impuissant en raison de la durée de la crise ministérielle.
Dans le sud de la Perse, le mouvement antianglais continue.
Dans les environs de Bouchir, les locaux de la compagnie British India ont été saccagés et la maison du directeur de la banque a été attaquée.
Les communications sont interrompues entre Bouchir et Chiraz.
Les attaques isolées contre les Anglais et les assassinats de cipayes deviennent de plus en plus fréquents.
Septembre 1915.
Hollande. — La reine a adressé le 21 septembre au Parlement un discours du trône par lequel la Couronne exprime en premier lieu sa profonde satisfaction de voir que la patrie est préservée des horreurs de la guerre. Le discours ajoute :
La ferme volonté du Gouvernement et des représentants du peuple de conserver notre intégrité et d'observer strictement les devoirs de la neutralité est unanimement approuvée; nos relations avec toutes les puissances étrangères sont restées amicales;
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nos forces maritimes et terrestres sont prêtes à protéger nos intérêts nationaux.
La sympathie hollandaise pour la France. — Désireux de manifester utilement ses sympathies pour la France, un important comité hollandais ayant pour président d'honneur M. J.-B. Van Meutsz, ancien vice-roi desïndes néerlandaises, a constitué tout un personnel d'hôpital qu'il a envoyé à Paris avec le matériel nécessaire.
Ce personnel composé de trois médecins, dix-huit infirmières et cinq infirmiers professionnels est arrivé hier, à ii heures à la gare Saint-Lazare. Il a été reçu par M. Bergeron, sous-chef de cabinet de M. Justin Godart, représentant le sous-secrétaire d'État ; le général Dziewouski, directeur du service de santé du gouvernement militaire de Paris ; Maurice Herbette, ministre plénipotentiaire.
Suède. — La neutralité. — Le Ministre de l'Intérieur de la Suède a affirmé, le 3 septembre, solennellement, dans un discours, la ferme volonté du Gouvernement de conserver une neutralité « loyale ».
Soucieux à la fois de maintenir la paix et d'observer une attitude conforme à sa dignité, a déclaré le ministre, la Suède ira, s'il le faut, jusqu'à la dernière limite des concessions possibles, mais pas au delà.
Le ministre conseille le calme à ses concitoyens et demande que les activistes et les antiactivistes veuillent bien discuter l'appel à la modération que leur adresse le Gouvernement.
Suisse. — Un journal suisse écrit :
Le personnel étranger — surtout allemand — prend des proportions tout à fait inquiétantes et mêmes dangereuses dans nos hôtels. Beaucoup de jeunes Suisses sont obligés de se rendre en France, en Angleterre, en Amérique même, parce qu'ils se voient refuser les places sur lesquelles ils seraient en droit de compter dans leur propre pays. Je ne crois pas être loin de la vérité en évaluant à 60 pour 100 la proportion des étrangers occupés dans nos diverses industries, et spécialement dans l'industrie hôtelière. Toutes les meilleures places sont en leur possession.
Roumanie. — La Roumanie continue d'annoncer qu'elle tient la main à l'interdiction du passage sur son territoire de munitions venant d'Allemagne. L'Allemagne et l'Autriche de leur côté ferment leurs marchés aux céréales roumaines.
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Une baisse s'étant produite au début du mois sur la rente roumaine à Paris est expliquée par le fait que plus de la moitié de ce titre est dans les mains allemandes.
Le traité turco-bulgare apparaissant comme de nature à isoler la Roumanie, la mobilisation de l'armée s'accentue. Il est procédé, dit le Messagero, à la façon italienne, graduellement.
La presse allemande avoue la sympathie de la population pour la France. Le correspondant du Lokal Anzeiger de Berlin se trouvait dans un restaurant de Bucarest lorsque l'orchestre attaqua la Marseillaise. Tous les assistants se levèrent, mais l'Allemand resta assis. Aussitôt un officier roumain vint vers lui et lui demanda pourquoi il avait cette attitude. Le journaliste répondit qu'il était de nationalité allemande. L'officier riposta et déclara qu'en Roumanie lorsqu'on jouait la Marseillaise tout le monde devait se lever y compris les hôtes du pays. L'Allemand refusant, le public voulut lui faire un mauvais parti. Il termine son article en disant : Le Dieu des Roumains est la France.
L'armée bulgare. — Le lieutenant-colonel Rousset écrit dans le Petit Parisien :
L'armée bulgare compte en temps de paix, 10 divisions d'infanterie et 3 divisions de cavalerie, celles-ci à 2 brigades seulement. En tout, 80 bataillons, 37 escadrons, io5 batteries (dont 12 de montagne) et 6 compagnies d'artillerie de forteresse. Du moins, ce sont là les renseignements fournis par l'état militaire de 1914.
A côté de cette armée active, dont l'effectif ne dépasse guère 60000 hommes, il existe une réserve, qui compte 18 classes pour l'infanterie, 16 pour les autres armes, plus une milice ou armée territoriale, qui en compte six ou sept, suivant le cas. Chaque classe étant d'environ 32 000 hommes, on aurait ainsi de 600 000 à 700000 hommes à mobiliser, en tenant compte des déchets progressifs.
Cependant, on n'a jamais évalué les forces mises sur pied en 1912-1913 à plus de 55oooo hommes, y compris tous les services. La différence est, comme on le voit, assez sensible.
L'armement de l'armée bulgare est, bien entendu, tout à fait moderne : fusil Mannlicher (sauf pour la milice qui a encore le fusil russe Berdan, d'un calibre plus fort); canons du Creusot à tir rapide, modèle Schneider-Canet, de 75 mm. et nouvelles batteries Krupp. Avant la guerre, c'est en France que la plupart des officiers bulgares venaient faire leur instruction, et l'on sait que nos méthodes n'ont pas peu contribué aux succès si rapides qui ont marqué les débuts de la première campagne balkanique. Mais
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les Serbes ont montré plus tard qu'eux aussi avaient été à notre école, et leurs récentes victoires contre l'Autriche sont là pour prouver qu'ils n'ont rien oublié de ce qu'ils y avaient appris.
Il convient de remarquer maintenant que la mobilisation bulgare a commencé par les quatre divisions les plus rapprochées de la frontière occidentale. Trois d'entre elles, celle de Vratza, de Sofia et de Dubnitza, visent directement la Serbie. La dernière semble former réserve en arrière. Ces forces constituent d'ailleurs l'inspection d'armée de Sofia.
Grèce. — Athènes, 23 septembre. — Le Journal officiel publie le décret de mobilisation de l'armée grecque. Les classes appelées sont celles des années 1892 à 191 1.
Un communiqué officiel dit que la mobilisation hellène est une mesure de prudence rendue nécessaire par la mobilisation bulgare.
Vingt classes ont été appelées sous les drapeaux. Or quatre classes étaient actuellement sous les armes, la classe de 1912 qui allait être libérée ayant été prévenue ces jours derniers qu'elle ne partirait pas à la date fixée, c'est de vingt-quatre classes, soit environ 3ooooo hommes, dont dispose actuellement le gouvernement. Tous les sujets grecs de vingt et un à quarante-cinq ans étant appelés, la mobilisation actuelle est plus importante que celle qui fut opérée durant la guerre balkanique.
Chaque homme a reçu l'ordre de se présenter à son centre de recrutement dans le délai de quarante-huit heures, à dater de la publication du décret de mobilisation. Tous auront donc rejoint leur poste ce soir, à minuit.
L'enthousiasme à Athènes. — Les opérations de la mobilisation ont commencé. Les réservistes se présentent en masse avec enthousiasme. Plusieurs milliers portant déjà leur uniforme. On prévoit que la majeure partie des réservistes sera sous les drapeaux après-demain.
Un avis aux Grecs de Paris. — La légation de Grèce communique la note suivante :
La mobilisation générale ayant été décrétée en Grèce, la chancellerie de la légation hellénique à Paris informe les intéressés que, conformément à la loi, ils devront se présenter dans un délai de six jours aux bureaux de cette chancellerie, 17, rue Auguste- Vacquerie, pour obtenir leur feuille de route.
Le roi Constantin et M. Venizelos. — Un communiqué officiel annonce que M. Venizelos a eu le 25 septembre une longue conférence avec le roi Constantin, et qu'au cours de
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cet entretien un complet accord s'est établi entre le roi et le président du conseil, tant au sujet des mesures prises que des mesures à prendre et de la ligne de conduite à suivre en raison des événements actuels.
La mobilisation se poursuit dans tout le pays au milieu d'un grand calme. Le Gouvernement prend toutes les mesures nécessaires pour qu'elle s'accomplisse dans un ordre parfait. La Chambre est convoquée pour le 29 septembre.
Discours de M. Venizelos à la Chambre grecque. — Voici le texte des déclarations faites le 29 septembre à la Chambre par M. Venizelos :
Quand, au début de la grande guerre européenne, la Chambre se réunit au mois de septembre de l'année dernière, j'eus l'honneur de lui exposer quelle était la politique du Gouvernement au sujet de la situation faite à la Grèce par cette guerre.
Au mois de février de cette année, le cabinet que j'avais également l'honneur de présider a estimé qu'une modification de cette politique s'imposait; mais, sur ce point, il se trouva en désaccord avec la couronne et dut quitter le pouvoir.
Après les élections, appelé de nouveau au pouvoir, le même cabinet jugea que les circonstances s'étant modifiées, dans l'intervalle, il devait revenir à la politique qu'il s'était tracée au début de la guerre, ainsi que je l'avais exposée en septembre dernier.
Mais la mobilisation bulgare ne pouvait appeler une autre réponse que le décret de mobilisation de notre armée.
Je dois cependant informer la Chambre qu'après les décrets ordonnant ces deux mobilisations, des déclarations rassurantes ont été faites des deux côtés. M. Radoslawoff a déclaré à notre ministre à Sofia que la mobilisation bulgare n'avait aucun but agressif ni contre nous, ni contre nos alliés, les Serbes ; qu'elle avait été imposée à la Bulgarie par sa proximité du théâtre de la guerre et qu'elle visait à rendre désormais possible à la Bulgarie le maintien de la neutralité armée.
Nous avons répondu que tant que le caractère de la mobilisation bulgare serait ainsi défini, notre mobilisation fatalement provoquée par la sienne, devrait être considérée non comme impliquant un but agressif, mais comme visant également le maintien de la neutralité armée.
Toutefois, malgré ces assurances mutuelles, la situation doit être considérée comme grave. Une mobilisation générale qui amène, avec le système moderne des armées nationales, un ébranlement profond dans la vie économique et sociale d'un pays et entraîne de colossales dépenses ne peut se prolonger sans entraîner des conséquences redoutables pour la paix.
Ces dangers sont beaucoup plus grands quand un des pays mobilisés ne dissimule pas qu'il ne juge pas acceptable le statu
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quo territorial établi par les traités conclus entre lui et ses voisins.
Je ne dis pas cela pour dépeindre la situation sous des couleurs plus sombres qu'elles ne le sont réellement, mais je n'ai pas le droit de dissimuler au pays le véritable état des choses, car, si tous, en Grèce, nous souhaitons ardemment la paix, je sais aussi avec quel esprit d'incomparable abnégation le peuple grec en armes est prêt à défendre son intégrité ainsi que les intérêts vitaux du pays, et à s'opposer à toute tentative d'un Etat balkanique quelconque tendant à créer en sa faveur une situation prépondérante qui marquerait la fin de l'indépendance politique et morale des autres.
Je serais cependant heureux si les explications rassurantes données des deux côtés par les Gouvernements des deux Etats qui ont décrété la mobilisation pouvaient amener promptement la démobilisation simultanée, et écarter ainsi les dangers dont la paix est naturellement menacée par la prolongation indéfinie de la mobilisation.
Saint-Siège. — Le Pape a répondu par le message suivant à la conférence des évêques réunis à Fulda (Allemagne).
Vous pouvez vous représenter quelle est Notre douleur dans les circonstances actuelles d'avoir jour et nuit devant les yeux la vision de tant d'hommes tués, de tant de peuples malheureux. Dans les masses qui souffrent plus vivement des maux de la guerre, Nous voyons s'élever un désir ardent de la paix, mais Nous souhaitons surtout que cet espoir général conduise à la paix par la tolérance et par l'amour du prochain.
Celui qui se croirait permis de blâmer par la parole ou par la plume l'attitude des catholiques des autres pays, commettrait une grossière erreur, car il entretiendrait par là l'incendie que la raison humaine et le sentiment de la charité devraient éteindre; c'est pourquoi Nous multiplions nos supplications pour aboutir à la paix, à une paix qui satisfasse les aspirations de l'humanité et les droits des peuples, et Nous exhortons les catholiques à abandonner toute dissension et, par amour fraternel des uns pour les autres, à aider d'un commun accord à l'avènement d'une telle paix.
États-Unis. — Le chantage allemand aux États-Unis. — (Extraits d'un manifeste de Y Union nationale allemandeaméricaine qui a été publié à l'issue du congrès tenu par cette Union à San-Francisco :
Il faut que les États-Unis s'habituent à l'idée que les citoyens américains d'origine allemande ne sont pas simplement un élément qu'on tolère dans la population américaine, ni qu'ils se
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contenteront d'occuper la seconde place dans la vie publique. Nous réclamons une égalité absolue de droits et nous ne nous laisserons plus dépouiller de l'influence que nous exerçons sur la situation à venir....
En qualité de libres citoyens de cette République, nous exigeons le droit d'exprimer ouvertement notre avis sur les agissements du Gouvernement, car nous plaçons le bien de la communauté avant l'obéissance aveugle aux idées de n'importe quel fonctionnaire élu par le peuple.
Nous déclarons que nous nous associons à toutes les démarches qui seront entreprises pour mettre fin à l'immoral et sordide trafic des armes, et nous déclarons prêts à soutenir de la manière la plus énergique tous les efforts qui seront tentés à l'avenir pour y arriver. Nous demandons en outre qu'on vote une loi pour interdire aux voyageurs de s'embarquer sur des navires qui portent du matériel de guerre.
Cette série de brutales mises en demeure est reproduite par la Gazette de Cologne, sous le titre significatif : « Il faut que les États-Unis s'habituent... »
L'emprunt des alliés. — Nerv-York, 14 septembre. — Le projet de la commission financière anglo-française consiste à emprunter un milliard de dollars sur des bons du Gouvernement français, sans garanties aléatoires. On ajoute que si l'argent est obtenu, il sera en totalité dépensé aux États- Unis.
Les personnalités financières, au courant du projet, déclarent qu'il y a tout lieu de croire que le Gouvernement américain n'interviendra pas dans l'opération, parce que, si les banquiers acceptent la garantie directe des Gouvernements français et anglais, l'opération ne constituera pas une violation de la neutralité.
Berlin, 17 septembre. — Le correspondant particulier de l'agence Wolff à New- York rapporte que la campagne contre l'emprunt franco-anglais semble avoir commencé dans tout le pays. Les membres de la commission financière anglofrançaise de l'emprunt ont reçu des lettres de menace qui ont été communiquées à la police.
New-York, 16 septembre. — Étant donnée la violente campagne des Allemands contre l'emprunt des Alliés, la garde attachée aux. membres de la commission .financière a été doublée. Plus de cinquante lettres de menaces qui ont été
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remises à la police ont été adressées à la commission financière.
On mande de Washington au Times :
Avec l'aide des journaux qui appartiennent à M. Hearst, l'Allemagne mène une terrible campagne contre l'emprunt américain des Alliés. On ne néglige rien pour essayer d'exploiter des jalousies entre M. Morgan et d'autres financiers, pour faire croire que les Américains qui prêteront leur argent rendront un mauvais service à l'humanité en prolongeant la guerre, et pour faire croire que Y « inévitable victoire de l'Allemagne » laissera les Alliés dans la banqueroute.
Mais les meilleures informations montrent que, si la somme prêtée ne doit pas être tout à fait aussi grande qu'on le croyait et si certaines difficultés restent à surmonter, l'emprunt n'en réussira pas moins d'une façon suffisamment satisfaisante.
D'autre part, on a reçu de banquiers êminents des assurances positives que 5oo millions de dollars au moins seront facilement souscrits. Ce fait pourra peut-être amener les commissaires anglo-français à modifier leur maximum d'un milliard de dollars ; et il se pourrait que la première émission fût représentée par une tranche moins importante.
Étant donné que la commission a déclaré hier que les exportations de l'Amérique en Angleterre et en France sont évaluées à un milliard de dollars, on prétend savoir que le principal désir de la commission est d'obtenir des crédits pour couvrir le commerce ordinaire avec les États-Unis.
D'après les déclarations recueillies dans les banques de toutes les parties du pays, il ressort que l'emprunt sera certainement placé, et la discussion porte actuellement sur les détails précis de l'opération.
On considère comme grandement indiqué que la propagande allemande a fait fiasco.
Les gestes isolés d'opposition allemande contre l'emprunt ont été traités sommairement par les banques. C'est ainsi que deux gros clients d'une d'entre elles ayant menacé de retirer leur argent, la banque leur a immédiatement demandé de le faire.
Le financier Hill, le roi des chemins de fer, à qui l'on demandait si l'opposition allemande aurait sur les banquiers quelque influence, a déclaré que cette opposition serait refoulée aussi énergiquement qu'elle se produirait.
Les banquiers principaux étant absents de leurs bureaux,
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ce fait est considéré comme une preuve que des séances secrètes ont lieu.
On explique que le secret est principalement motivé par les lettres de menaces et d'injures qui sont parvenues aux divers membres de la commission.
La présence de la commission à New- York et la publicité accordée aux négociations ont eu un effet salutaire sur le change étranger, la livre sterling et le franc étant maintenant plus fermes qu'ils n'ont jamais été depuis trois semaines.
De New- York au Petit Parisien à la date du 21 septembre :
L'accord semble obtenu sur les grandes lignes de l'emprunt.
Tandis que la totalité sera souscrite par l'ensemble des syndicats des banques de tout le pays, chaque syndicat particulier pourra garder du numéraire dans ses coffres-forts jusqu'à un appel qui se fera au fur et à mesure des besoins des alliés. Ceux-ci ne paieront les intérêts que dans la mesure des versements partiels effectués et ils n'auront pas à payer dès le début de formidables intérêts sur la totalité du milliard de dollars.
Enfin, l'emprunt pourra être convertissable, après la guerre, en emprunts nationaux anglais et français, les premières obligations recevant un intérêt de 4 1/2 pour 100 et profitant de la prime sur les marchés étrangers.
La presse progermaine continue un effort désespéré contre la négociation. M Hearst fait paraître d'étranges déclamations sur le ton prophétique. Il invoque Isa'ïe et la Bible contre l'emprunt « de meurtre ». Il laisse entendre que les changements de gouvernements et de politique qui suivront la guerre pourront empêcher la reconnaissance des charges acceptées. Il annonce au peuple américain que l'argent prêté sera pour toujours perdu, tandis que la honte et le remords resteront.
Les négociations se trouvent facilitées par une cause qui semble indirecte.
Les Universités qui sont l'honneur des États-Unis et dont les manifestations ne sont jamais aveuglées comme en Allemagne par l'esprit de parti, continuent d'apporter à la cause des alliés un appui moral qui impressionne jusqu'au monde
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des affaires. Columbian et Haward, les deux émules, sont en communion avec le président de la première de ces institutions, M. Buttler, qui dans son discours de rentrée a dit :
Dans cette guerre mes préférences sont pour ceux qui, ne l'ayant pas voulue, demeurent sans reproche; pour ceux qui, respectueux du droit, comme l'Angleterre, épris d'idéal humain, comme la France, prompte à se sacrifier à la parole donnée, comme la Belgique, méritent l'approbation des hommes à l'esprit sain et au cœur droit.
La presse autorisée tient un langage analogue. M. Fred Pitney, correspondant de guerre, ayant visité les tranchées françaises, écrit :
J'ai vu des milliers de soldats français. Je n'en ai pas rencontré un seul qui ne fût prêt à accepter volontiers la tâche qu'on lui assignait. Je n'en ai pas vu tun seul qui ne fût entièrement confiant dans le résultat final.
On ne peut imaginer de tranchées plus solidement exécutées que celles du front français. Je ne crois pas que les Allemands puissent forcer cette ligne. Si après cette campagne de Russie, ils se retournent sur le front français, ils s'useront contre une forteresse imprenable.
J'ai été avec le poilu derrière ses lignes et dans son camp ; je l'ai vu quitter ses cantonnements avec un air de farouche détermination pour de longues marches et de longues veilles dans les tranchées de première ligne. Je l'ai vu dans les tranchées se tenant le fusil à la main derrière son créneau. Je l'ai vu se donner une heure de sommeil dans des abris sous le feu de l'artillerie. Je l'ai vu revenir des tranchées sale et fatigué, mais toujours de bonne humeur. Je l'ai vu porter des gamelles et des sacs de pain à ses camarades de première ligne. Je veux le voir et être avec lui dans cette heure de victoire finale pour laquelle il travaille et qu'il attend maintenant si patiemment. Le soldat français est une révélation : il révèle le cœur profond de la nation.
République Argentine. — Le docteur Cales Madariaga a offert le i3 septembre un brillant banquet pour célébrer l'anniversaire de la bataille de la Marne. Au nombre des convives on remarquait les ministres des nations alliées, M Villanueva, président du Sénat, et de nombreuses personnalités argentines. M. Madariaga, les ministres de France et de Belgique, le poète Almafuerte ont porté des toasts à la France, à la Belgique, à l'Angleterre, à la Russie et à l'Italie qui ont été longuement applaudis.
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Les sympathies argentines. — Des éleveurs argentins offrent 600 chevaux à la France.
Uruguay. — Une plaisante mystification a été faite à la colonie allemande à Montevideo.
Celle-ci avait organisé un grand festival de bienfaisance au profit de la Croix-Rouge allemande, austro-hongroise et turque, bien que l'œuvre turque pour les blessés s'appelle le Croissant-Rouge. Le programme de la fête au théâtre Solis avait été imprimé sur un petit carnet noué d'une faveur aux couleurs allemandes. Le verso de la couverture était timbré d'un écusson aux armes de l'Allemagne avec l'aigle noire èployée et la devise Deutschland uber ailes. Mais cette inscription n'était pas la seule que portât l'écu. Un fureteur armé d'une loupe découvrit un mot, puis un deuxième, puis des phrases entières, enfin toute une série d'inscriptions étranges. Mais le dessinateur ayant pris soin de les tracer à l'envers, ces légendes ne devenaient lisibles qu'à l'aide d'un miroir.
Dans les trois mots les plus apparents au-dessus de l'aigle éployée était inscrite la phrase biblique « Mane, Thecel, Pharès ». En réalité, l'inscription allemande porte « Des Teufels Krieg » (la guerre du diable). Au-dessous se trouve une phrase en français parfaitement lisible : « L'Allemagne au-dessus de tout par le vice, le vol, le massacre et tous autres crimes. » Et plus bas : « Par lui-même asphyxié. »
Et ce qui n'est pas moins étonnant que l'aveuglement qui empêcha les organisateurs du gala de découvrir le mauvais tour joué par l'artiste auteur de l'écusson, c'est qu'ils aient volontiers accepté comme aigle héraldique un volatile qui, à la loupe, apparaît misérable, étique, qui perd sa couronne et dont le plumage arraché s'éparpille au vent dans le champ de Técusson.
Chili. — Au Chili, un incident diplomatique a surgi avec l'Allemagne.
Le 7 mai, un câblogramme au Times faisait savoir que le Chili avait décidé d'informer le ministre d'Allemagne qu'il refusait de recevoir toute nouvelle communication si dans un délai d'un mois aucune réponse aux cinq protestations présentées à Berlin contre la violation de la neutralité chilienne n'était remise.
En conséquence le ministre allemand envoya divers rap-
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ports par l'intermédiaire du capitaine Luedecke afin de prouver l'inexactitude des déclarations exposées dans la note anglaise au Chili.
En réponse, le Ministre chilien des Affaires étrangères vient d'envoyer la notification suivante à Berlin :
J'ai eu l'honneur de recevoir votre dépêche numéro 1295 du 3i mai, par laquelle vous êtes assez bon de m'aviser de certaines observations que le capitaine Luedecke a pensé utile de faire sur la réponse du Gouvernement anglais aux réclamations de la République chilienne relativement à l'attaque et au coulage du Dresden.
En attendant la réponse du Gouvernement de Votre Excellence à la protestation provoquée par des actes commis par ce croiseur, le soussigné considère qu'il n'appartient pas à son département de prendre en considération toutes autres communications que celles que le Gouvernement de Votre Excellence peut adresser à notre ministre à Berlin.
Octobre 1915.
Hollande. — Les pacifistes néerlandais. — On nous écrit de La Haye :
L'Association néerlandaise pour la paix vient de publier la nomenclature des sociétés qui ont adhéré à son programme.
Leur nombre est de 1072. Sur cette liste on relève d'abord les « hommes de la paix », les « suffragettes », les « végétariens », les « espérantistes », les « chambres de commerce », etc. Ensuite viennent l'école gardienne de Dordrecht, la clinique des nourrissons de La Haye, une association hollandaise des sourds-muets, la loge internationale pour la lutte contre l'épilepsie, l'Association pour l'examen médical avant le mariage, l'asile des animaux malades, à Amsterdam, l'Association des commerçants de pommes de terre à Dordrecht, puis des sociétés de droguistes, de dentistes, de commerçants en tulipes; nombre de sociétés qui font l'élevage des moutons et des bœufs; des éleveurs de pigeons; les « Amateurs de canaris », des clubs de vœt bal », etc.
Boycottage des produits allemands. — On vient de fonder à La Haye une ligue dont le but est d'éliminer des marchés hollandais ceux des produits allemands que l'industrie des Pays-Bas serait capable de fabriquer.
La contrebande en Hollande. — A Rotterdam, des poteaux
TROIS MOIS DE GUERRE. — ■ III
étaient chargés à destination de l'Allemagne. Un fonctionnaire des douanes fut surpris de l'humidité que dégageait un de ces poteaux II le fit briser, et on découvrit alors que ces poteaux contenaient de la benzine, chacun à raison de dix litres.
L'exportation des sacs d'emballage est interdite, mais les sacs peuvent naturellement être exportés avec les marchandises qu'ils contiennent. Des négociants peu scrupuleux recourent à l'artifice suivant, pour exporter des sacs : ils remplissent les sacs de marchandise de valeur insignifiante, voire même d'herbe, et exportent ainsi de grandes quantités de sacs en Allemagne, qui servent notamment à construire les tranchées.
Maintenant que des mesures ont été prises pour mettre fin à l'exportation en masse de margarine et d'huiles à Losser et à Putte, des contrebandiers essayent de renouveler à Gennep des pratiques semblables à celles qui ont été enrayées. C'est ainsi que les autorités ont saisi à Gennep une charrette transportant de la margarine.
On assure que ce premier transport n'était qu'un essai, et que plus de 5o charrettes d'huile attendent encore à Rotterdam une occasion favorable pour passer la frontière en fraude.
Suisse. — Les journaux de la Suisse allemande euxmêmes s'émeuvent de certains procédés employés par divers commerçants d'outre-Rhin. Ils viennent s'établir dans les grandes villes et même dans les villages importants où ils fondent des « filiales » de leurs maisons, en les affublant d'un titre suisse. Les naturels du pays demandent qu'on interdise formellement l'inscription au registre du commerce d'entreprises de ce genre qui n'ont de suisse que le nom. Fondées par des étrangers, elles n'occupent, la plupart du temps, que des étrangers. Ils ne peuvent comprendre qu'on tolère l'inscription de raisons sociales sous le titre de « Société zurichoise pour la fabrication du.... » ou de « Compagnie suisse de.... », quand ce n'est pas « Association suisse des.... », alors que les patrons sont des sujets allemands.
Roumanie. — Un discours du roi de Roumanie. — Le 18 octobre, à l'occasion de l'anniversaire du prince héritier, le roi a prononcé devant celui-ci et les ministres un long discours, dans lequel il a tracé les devoirs royaux. Exa-
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minant la situation, il a dit que le souverain a de très grands devoirs envers le peuple qui lui a confié ses destinées, mais que son pouvoir est limité. Personne ne doit observer avec plus de scrupules la Constitution et les lois, en travaillant d'accord avec ses conseillers et en pleine confiance avec eux, que le souverain. Il ne doit pas oublier que ses conseillers ont une lourde charge, que sur eux retombent les responsabilités des actes du souverain. « Tu es aimé du peuple, a dit le roi à son fils, garde cet amour qu'il te porte, mais dans toutes tes actions, n'oublie jamais qu'il est plus facile de perdre que de gagner l'affection et la confiance du peuple. »
Les germanophiles. — MM. Marghiloman, Carp, Majoresco font une propagande intensive dans la presse pour reprendre vigoureusement une campagne insidieuse, quelquefois agressive, vantant la puissance invincible de l'Allemagne, jetant le discrédit sur les forces morales et matérielles de l'Entente, répandant le bruit de désaccord entre les alliés, surtout entre l'Italie, la France et l'Angleterre.
V état-major roumain. — Un conseil général de l'étatmajor a eu lieu le 3i octobre pour discuter sur l'éventualité d'une action militaire de la Roumanie. Le tiers des généraux s'est prononcé pour l'intervention et les deux tiers se sont déclarés favorables à la guerre aux côtés de la Quadruple- Entente.
Bulgarie. — Le conflit serbo-bulgare. — M. Boscovitch, ministre de Serbie a Londres, fait ce résumé de la situation:
On admettra, je suppose, que nous avons fait tous les efforts possibles pour acquérir la coopération de notre voisin. Bien que la Bulgarie nous ait obligés à faire contre elle la guerre de iqj3, nous consentions à rendre le territoire que nous avons gagné dans cette guerre, sans recevoir le moindre dédommagement pour tout le sang et tout l'argent que nous dépensâmes dans cette campagne.
Si nous nous étions décidés à un pareil sacrifice, c'était en vue de restaurer à peu près l'Entente balkanique de 191 2, car nous croyons que tous les Etats des Balkans ont des intérêts communs et que ces intérêts ne peuvent être mieux servis que par une action commune. Malheureusement, tous nos efforts furent vains et il semble établi qu'il y a déjà longtemps que le Gouvernement de Sofia avait décidé que les aspirations nationales des Bulgares seraient satisfaites plus sûrement par son entrée dans l'alliance
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germano-turque. Cependant, il se peut que cet infortuné développement delà situation soit producteur de bons effets. La Bulgarie est depuis longtemps l'élément de trouble dans les Balkans, de même que l'Allemagne l'est dans l'Europe entière.
La Quadruple-Entente et le conflit. — Déclarations de Sir Edward Grey, à la date du ier octobre :
D'après d'importantes informations que nous avons reçues, des officiers allemands et autrichiens seraient arrivés depuis plusieurs jours en Bulgarie, où ils auraient pris en main la direction de l'armée bulgare. Cet acte est en tous points semblable à celui qui s'est produit en Turquie, où des officiers allemands obligèrent les Turcs à attaquer, l'année dernière, sans provocation, la Russie.
Puisque les puissances alliées se sont engagées à soutenir les Etats qui seraient menacés par la Bulgarie, on peut considérer comme très graves les nouvelles que nous recevons que l'armée bulgare se trouverait maintenant sous la direction des Austro- Allemands.
Les représentants de la Quadruple-Entente à Sofia ont informé le Gouvernement bulgare de leur décision de venir au secours de la Serbie si elle est attaquée par la Bulgarie.
La déclaration de guerre de la Bulgarie. — De Londres, à la date du 16 octobre :
Il est dit dans un communiqué publié par le Foreign Office que « le Gouvernement de Sa Majesté informe le Gouvernement bulgare, par l'entremise du ministre de Suède à Londres, qui est chargé des intérêts bulgares, que l'état de guerre existe entre la Grande-Bretagne et la Bulgarie, à partir de 10 heures du soir ».
En réalité, cette déclaration n'est pas encore faite ; elle aura lieu sous la forme d'une déclaration générale des Alliés qui constatera qu'ils sont tous ensemble en état de guerre avec la Bulgarie.
La déclaration de guerre de l'Italie est du 19. La nôtre également.
Grèce. — L'année grecque. — Elle a été complètement réorganisée depuis les guerres de 1912-1913 sous la direction des missions françaises commandées par les généraux Eydoux et de Villaret. D'après le nouvel ordre de bataille l'armée de première ligne comprend cinq corps d'armée à trois divisions de trois régiments, soit quarante-cinq régiments d'infanterie, dix d'artillerie de campagne, autant de cavalerie et des bataillons d'evzones.
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L'effort militaire grec remonte à une date beaucoup plus récente que celui des autres Etats ; on ne peut donc en attendre une utilisation aussi complète du matériel hommes. On ne peut guère prévoir la mise en ligne de plus de 36oooo hommes. Mais ce sont de bonnes troupes qui ont fait leurs preuves.
La flotte. — Tout en n'étant pas de premier rang au point de vue numérique, la flotte grecque dispose d'un personnel et d'un équipage bien expérimentés et audacieux. Plus d'une fois, les marins grecs se sont distingués dans la dernière guerre, et l'activité couronnée de succès du cuirassé Georgios- Averoff est une des pages les plus glorieuses de l'histoire de la marine grecque.
Les unités les plus importantes sont les vaisseaux Kilkis et Lemnos, achetés aux Etats-Unis en 1914, dont toute la presse professionnelle a, à cette époque, reconnu et vanté la valeur.
Les bateaux les plus anciens sont les trois croiseurs cuirassés garde-côtes Psara, Spetzsai et Hidra ayant chacun 5ooo tonnes, 17 nœuds, 3 canons de 27 cm., 5 de i5 cm. et un équipage de 440 hommes.
Les petites unités sont relativement très nombreuses.
Au début de la guerre, la Grèce possédait déjà 14 torpilleurs, 14 destroyers et 2 sous-marins ; depuis, ces nombres ont été considérablement augmentés.
Parmi les destroyers, se trouvent des bâtiments tout à fait modernes, tels que Vulkan, d'une vitesse de 32,5 nœuds.
L'instruction de la flotte grecque, confiée dans les derniers temps aux Anglais, a été dirigée par les amiraux Mac-Kerr et Tufnell, secondés par des officiers de marine anglais de premier rang.
Saint-Siège. — L'intervention du Pape en faveur des condamnés en Belgique. — Une note de YOsservatore Romano, organe du Vatican, en date du 19 octobre, assure qu'il est parvenu à la connaissance du Pape que la comtesse de Belleville, Mlle Thulier et sept autres Belges et Français ont été, selon les lois martiaLes, condamnés à mort, sous l'inculpation d'avoir favorisé l'évasion de prisonniers français et belges.
De vives instances, notamment de la part des légations d'Angleterre et de Belgique, ont été tentées auprès du Souverain Pontife pour le prier d'intervenir auprès de l'Empereur
d'Allemagne, afin que les peines soient graciées ou commuées.
Le cardinal secrétaire d'Etat a télégraphié alors au cardinal Hartmann, archevêque de Cologne, en le priant de transmettre aussitôt ce télégramme à l'Empereur afin que l'exécution, qui devait avoir lieu lundi dernier, soit renvoyée.
La réponse télégraphique est arrivée au Vatican; l'Empereur a ordonné de différer l'exécution et demandé un rapport plus approfondi sur l'affaire.
Une interview du cardinal Amette. — Le cardinal Amette, archevêque de Paris, présent à Rome, a dit, le 22 octobre, à un journaliste italien :
Il serait possible d'établir une entente entre les catholiques italiens et français.
Pour la mener à bien, il suffirait de suivre l'exemple récent donné par les « jeunesses catholiques » de France et d'Italie. Il faudrait mettre en rapport les organisations sociales catholiques italiennes avec les organisations similaires françaises, diocésaines ou autres, telles par exemple que les « Semaines sociales » de M. Henri Lorin.
Après avoir ainsi exposé le rôle qui incombe à la presse religieuse, l'archevêque de Paris poursuit :
Si les catholiques italiens représentaient un élément peu sûr on de mauvaise foi au sein de leur pays, on s'expliquerait que les autorités françaises, en nouant des relations avec les autorités italiennes, conservassent contre eux certaines préventions. Il en serait de même si les catholiques français étaient suspects à leur patrie.
Mais aujourd'hui, après les preuves magnifiques de patriotisme que les catholiques ont données et qu'ils continuent à donner dans les deux pays, comment douter de leur loyalisme?
Ce serait une pure et simple manœuvre de sectaires que de se méfier d'un rapprochement aussi désiré du Saint-Siège et des hommes politiques éclairés.
Une autre « manœuvre sectaire », selon l'archevêque de Paris, est celle qui consiste à représenter le Pape comme hostile à la France, en ce moment solennel de son histoire :
Le Pape a dû nécessairement observer une certaine réserve qui s'imposait à sa position. On en a profité pour diriger contre lui des accusations et des insinuations par lesquelles on espérait mettre le Saint-Siège en mauvaise posture. Mais tout esprit non prévenu devra reconnaître que ces attaques sont injustifiées et démenties par la réelle et généreuse bienveillance que le Pape a toujours témoignée à notre patrie.
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États-Unis. — L'emprunt des alliés. — La liste des membres du syndicat souscripteur de l'emprunt anglofrançais a été fermée le 5 octobre à New-York, l'emprunt ayant été complètement garanti. M.Morgan refuse de dire de combien les souscriptions ont dépassé le montant de l'emprunt, mais on évalue le surplus*à5ooou75o millions de francs.
Parmi les souscriptions les plus importantes on remarque celles delà famille Dupont (du Trust des explosifs), 175 millions de francs; de M. C.-M. Schwab, 12S millions; M. J.-D. Rockefeller, 5o millions ; M. Otto Kuhn (de la banque Kuhn et C°), 25 millions, MM. William Rockefeller, James Stillman et sir Ernest Cassel, 25 millions.
On offrira prochainement les obligations aux souscriptions du public. Quelques jours s'écouleront probablement avant cette émission publique, car il faut imprimer les obligations et un Act du Parlement est nécessaire en Angleterre pour assurer la validité de l'émission.
Signature du contrat de V emprunt. — Le i5 octobre, à New-York, dans le grand salon de la banque Morgan, a été signé avec une certaine solennité le traité définitif relatif à l'emprunt franco-anglais de 5oo millions de dollars, soit, au taux actuel, de deux milliards huit cent millions de francs, le plus gros emprunt qui ait été jamais contracté sur un marché étranger.
MM. Octave Homberg et Ernest Mallet ont signé pour la France, lord Reading pour l'Angleterre.
Soixante et un chefs de banques, de trusts ou de maisons de banque de New-York ont signé pour 800 maisons qui, dans tous les États-Unis, font partie du syndicat de garantie.
Une foule nombreuse a manifesté sa sympathie à la mission, à sa sortie de la banque Morgan.
La vente des titres par des agents du syndicat dans les principales villes des États-Unis a commencé et de grandes pages d'annonce ont été réservées par tous les journaux au prospectus d'émission.
Contrairement au bruit répandu par certains journaux français, les Gouvernements anglais et français ont les mains complètement libres pour l'emploi des fonds, aussi bien en ce qui concerne les munitions de guerre qu'en ce qui concerne» les avances à faire éventuellement à leurs alliés. La seule restriction est que tous les produits de l'emprunt devront être employés exclusivement aux États-Unis.
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Les complots allemands aux Etats-Unis. — L'ex-lieutenant Fay, qui vient d'être arrêté, a fait le 25 octobre les déclarations suivantes :
L'idée de détruire les navires transportant des munitions aux alliés m'est venue après une action à laquelle mon régiment prit part au début de l'année. Ma décision s'affermit quand j'appris chaque jour les terribles ravages causés par le feu insensé de l'artillerie française pendant la grande offensive en Champagne. Le succès des armes françaises provient de la possibilité d'envoyer par leur terrible 75 autant de projectiles que possible.
Il y avait une batterie française, alors que j'étais dans les tranchées, extrêmement désagréable pour mon régiment. Nous essayâmes de la détruire par le feu de notre artillerie, mais sans résultat. Finalement, nous fîmes un assaut de nuit, et nous atteignîmes les canons. Nous dynamitâmes la batterie, mais, à notre grande surprise, le lendemain matin elle était remplacée par une autre. C'est alors que la pensée me vint que la seule manière d'arrêter les canons français et ^anglais était d'empêcher les munitions d'arriver pour les alimenter.
Je me rendis près du colonel de mon régiment. Il m'accorda un congé et m'adressa au quartier général du service secret à Bruxelles. Pendant mes loisirs, j'avais établi un système pour faire sauter les tranchées ennemis sans employer de fils électriques, mais mon système ne réussit pas à cause de l'humidité de la température.
Le service secret confectionna mon passeport pour les États- Unis et me donna pour instructions de voir le capitaine Boy-Edd et le capitaine von Papen pour leur demander si mon système de mine pouvait être employé efficacement aux États-Unis ou au Canada. Je partis à bord du Rotterdam avec un passeport me signalant comme négociant. J'arrivai à New- York le 23 avril. La première personne avec laquelle je me rencontrai fut le capitaine von Papen. Je lui fis part de mes instructions. Il refusa de me répondre tant que je n'aurais pas vu le capitaine Boy-Edd. Ce dernier refusa immédiatement d'examiner le plan que je lui soumettais et le capitaine von Papen me déclara aussi qu'il était impossible de rappliquer. L'un d'eux, cependant, me dit :
« Nous pouvons toutefois trouver quelque emploi de votre mine au Canada. »
Après avoir passé trois jours à New-York et avoir appris du capitaine von Papen et du capitaine Boy-Edd qu'ils m'avertiraient si mes services étaient réclamés, je vins à Union-Hill avec mon beau-frère et je commençais à expérimenter mon invention pour mon propre compte. Nous n'avons pas agi d'après les ordres du Gouvernement allemand.
Nous décidâmes de fabriquer des bombes et de nous rendre compte des dommages que nous pourrions causer, pour le bien
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de notre patrie, d'une façon humaine. Nous admettons les charges relevées contre nous et nous en acceptons toutes les conséquences.
Fay a avoué qu'en plus du placement de bombes sur les vaisseaux, il avait également pour mission d'essayer de corrompre les commandants de navires russes, pour qu'ils conduisent les cargaisons de cuivre en Allemagne, où ils auraient été récompensés.
Dasche, le troisième accusé arrêté, nia d'abord comme Fay, être agent allemand, mais finalement il avoua. Il déclara que leur arrestation était un rude coup à leurs plans.
Nous étions occupés à chercher les moyens pour empêcher le trafic des munitions entre les États-Unis et les alliés. Si nous n'avions pas été arrêtés, l'œuvre de nos sous-marins aurait été bien petite à côté de la nôtre.
Les révélations faites par les prisonniers ont amené les autorités à prévenir par sans fil les navires en mer pour que leurs capitaines recherchent s'il n'y a pas de bombes à leur bord.
M. Max Breitung, secrétaire et trésorier de la Oil Well Supply Company de New-York, a été arrêté pour avoir aidé financièrement les auteurs du complot. C'est lui qui acheta le Dacia.
Le Gouvernement va citer comme témoin, dans le nouveau complot découvert, le nommé Seibe, ancien soldat allemand.
L'accusé Scholz dit qu'il ne fallait pas plus de dix-huit minutes pour fixer la machine infernale à la poupe des navires. 11 a ajouté qu'il croyait que le lieutenant Fay avait reçu quatre mille dollars du Gouvernement allemand. Le coût de la fabrication d'un engin était de 70 dollars. Les accusés travaillaient depuis trois mois au perfectionnement de leurs machines, qui étaient presque terminées quand ils ont été arrêtés.
Le lendemain 29, le lieutenant Fay a fait une nouvelle confession, qui indique définitivement que Berlin était la source de la conspiration. Les aveux de Fay ont été transmis à Washington.
C'est, en effet, avec des instructions précises du bureau de renseignements de la Wilhelmstrasse qu'il est venu aux États-Unis, dans le but de détruire les usines travaillant aux munitions de guerre, les ponts de chemin de fer, wagons et
DIPLOMATIE ET POLITIQUE
docks de New-York et des autres villes de la côte de l'Atlantique. Il avait reçu Tordre de se servir de tous les moyens pour arrêter les envois de munitions aux alliés. Il reconnaît également avoir conféré avec les attachés navals et militaires allemands de Washington au sujet de ses plans.
Bien qu'elle puisse étonner, la confession du lieutenant Fay peut se comprendre du fait que celui-ci a été rendu furieux par les dénégations de l'Allemagne qu'il soit officier allemand.
D'après la dernière déclaration de Fay, celui-ci s'était rencontré dans la Wilhelmstrasse avec un agent du service secret, nommé johannson, qui lui avait remis une lettre écrite par un certain docteur Kienzle, adressée à son père, directeur d'une compagnie d'horlogerie dans la Forêt-Noire et contenant une liste de bâtiments transportant des munitions, avec leur date de départ et la route suivie par eux.
Sur une autre liste se trouvaient les fabriques de munitions, leur emplacement et les voies ferrées qui s'occupaient de leur trafic.
Fay a dû lire la lettre, en retenir le contenu et la retourner. Il vint ensuite immédiatement aux États-Unis, d'où il se mit en relations avec Kienzle et commença son œuvre néfaste.
Au cours d'une entrevue avec les capitaines Boy-Edd et von Papen, ce dernier lui dit : « Cela pourrait nous être utile de couler quelques bâtiments, mais cela pourrait aussi conduire à des complications politiques. »
Breitung, le cinquième parmi les inculpés dans la conspiration, a été arrêté et remis en liberté sous caution de
25 ooo francs.
Deux nouveaux conspirateurs. — Le docteur Herbert Krienzle, gérant d'une maison de commerce, a été arrêté le
26 octobre, sous l'inculpation de comploter la destruction des vapeurs se rendant de New-York à l'étranger. Il a été mis en liberté sous caution de 25 000 dollars.
Une quatrième arrestation a eu lieu. C'est celle du nommé Paul Diche, sujet allemand, naturalisé Américan depuis 1912. Il a avoué être le complice du lieutenant Fay et de Scholty.
La police déclare qu'elle possède des preuves suffisantes pour démontrer que le nommé Holtz, qui tenta d'assassiner M. Pierpont Morgan, appartient à la même bande.
Depuis le début de la guerre, des explosions mystérieuses se sont produites dans 22 usines fabriquant des munitions
CHEZ LES NEUTRES
pour les alliés. Elles ont fait 86 victimes, dont 36 morts et 5o blessés.
Des incendies et des explosions ont également eu lieu à bord de 14 navires chargés de munitions pour les alliés.
On espère que les arrestations qui sont opérées mettront fin à ces manœuvres criminelles.
Les preuves du complot allemand. — Suivant des télégrammes de Washington, le Gouvernement est en possession, depuis quelque temps, des rapports complets donnant:
i° Un état des sommes dépensées aux États-Unis dans un but allemand et ce qu'il en coûterait pour paralyser les fabriques de munitions américaines;
i° Un relevé de ce qui a déjà été fait dans cet ordre d'idées et de ce qui devrait être fait pour paralyser les moyens de transport des ports américains à ceux des alliés;
3° Un récit des tentatives faites pour perpétuer l'anarchie au Mexique, en même temps qu'une estimation des sommes nécessaires à maintenir la république mexicaine en état de soulèvement pour une période indéterminée.
Projet d'augmentation de Vannée américaine. — M. Wilson a approuvé le projet de M. Garrison, Ministre de la Guerre, tendant à augmenter de 100000 hommes l'armée américaine et à ajouter 400000 hommes aux forces de réserve.
Les dépenses annuelles pour l'armée seraient ainsi portées, selon les évaluations, à 184 millions de dollars, soit une augmentation de 75 millions de dollars.
Le Président est également décidé à appuyer un projet portant augmentation de 80 millions de dollars du budget de la marine.
On parle de couvrir cet excédent de dépenses par l'émission de bons.
Les deux projets seront probablement présentés sous peu au Congrès.