‹ Trois mois de guerre, août-septembre-octobre 1915Chapitre 2 sur 34 · RÉSUMÉ DE LA SITUATION MILITAIRE DU MOIS D'AOUT · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ DE LA SITUATION MILITAIRE DU MOIS D'AOUT

Les attaques allemandes sur notre front ont échoué. Leurs médiocres progrès réalisés dans l'Argonne, immédiatement arrêtés par notre seconde ligne de défense, ont été chèrement payés.

Dans les Vosges, non seulement les tentatives des Allemands leur ont valu de nouveaux échecs et de lourdes pertes, mais elles nous ont donné l'occasion d'étendre encore nos positions sur les crêtes autour de Munster.

La supériorité de notre artillerie et de nos avions, manifestée depuis le début des hostilités s'affirme de plus en plus. Nos soldats se sont facilement entraînés à la guerre à coups de grenades. Si nos tranchées n'offrent pas toutes les commodités de l'organisation allemande, elles s'améliorent tous les jours. A noter aussi le travail intelligent et résolu de la sape et de la mine.

Front italien.

Le 17, heureux combat dans la zone de Tolmino. 17 officiers, 547 soldats, 4 mitrailleuses et une grande quantité de munitions restent dans les mains de» Italiens.

Communiqué italien du 13 août:

FAITS DE GUERRE

Dans la zone rude et élevée de la tête du val Furva (Trentin occidental), l'ennemi, qui, déjà le 4 août, avait reconnu le col de Vioz (3 337 mètres) avec des patrouilles immédiatement repoussées, a attaqué, dans la nuit du 9 août, à travers le glacier du Forno, les nôtres, qui avaient pris position près de l'hôtel du même nom, tandis qu'un détachement se portait par le col de Cedevale (3627 mètres) jusque contre celles de nos troupes qui occupent Capanna-Cedec.

La surveillance de nos alpins, active et incessante malgré les glaciers et les cimes très hautes, a réussi à déjouer ceîte double tentative audacieuse, et l'ennemi a été repoussé; puis il a été contre-attaqué et obligé de fuir.

Communiqué du 28 août:

Des nouvelles détaillées au sujet d'un récent succès dans la vallée de Strino (Noce) rapportent que l'ennemi a essuyé de graves pertes et a laissé entre nos mains une grande quantité de munitions pour mitrailleuses et seize caisses de bombes. Il en résulte aussi qu'une force importante d'ennemis à Saccarana et Pozzi-Alta a beaucoup souffert. Quelques pièces ont été détruites et celles qui sont restées ont été transportées sur d'autres emplacements, hors des ouvrages, d'où elles répondent encore au feu de nos batteries.

Sur Mer.

Londres, 10 août. — D'après une dépêche de Berlin le cuirassé turc Barbarossa-Keydreddin a été coulé dans la mer de Marmara par un sous-marin. Une partie de l'équipage a été sauvée. La dépêche ajoute que la perte est sérieuse pour la marine ottomane. Acheté à l'Allemagne en 1910, le Barbarossa était l'ancien cuirassé Kurfurst-Friedrich- Wilhelm. Il jaugeait 10000 tonnes.

11 août. — Le Ramsay, petit navire de patrouille armé, a été coulé par le vapeur armé de la flotte auxiliaire allemande Meteor, dimanche, dans la mer du Nord. Quatre officiers et trente-neuf hommes ont été sauvés. Le Meteor aperçut ensuite une escadre de croiseurs anglais, et son commandant se rendant compte qu'il était impossible de lui échapper donna l'ordre à l'équipage d'abandonner le navire et le fit alors sauter.

Londres, 11 août. — Communiqué de V Amirauté britannique. — Le contre-torpilleur Lynx a touché une mine dans la mer du Nord et a coulé.

Deux torpilleurs d'escadre français de la deuxième escadre

FRONT OCCIDENTAL

légère ont rencontré, au large d'Ostende. un destroyer allemand qu'ils ont combatta et coulé.

Nos torpilleurs n'ont subi aucune perte de personnel et n'ont que des avaries de coque insignifiantes.

Rome, 14 août. — Le 12 août, dans la matinée, un de nos croiseurs auxiliaires, qui faisait une croisière dans l'Adriatique inférieure, a été attaqué par l'f/-3; le croiseur a réussi, moyennant une manœuvre opportune, à éviter deux torpilles lancées contre lui par le sous-marin et à entrer en collision avec lui, sans cependant arriver à le couler.

Une de nos escadrilles de contre-torpilleurs, dont faisait partie le contre -torpilleur français Bisson, a été envoyée pour donner la chasse au sous-marin. Dans la matinée du i3, le Bisson réussissait à retrouver YU-3, qui avait des avaries, le canonnait et le coulait. Le Bisson a sauvé et fait prisonniers le commandant en second et onze hommes de l'équipage.

Londres, i3 août. — Un sous-marin allemand a coulé dans la mer du Nord le croiseur auxiliaire India. 22 officiers et 119 marins ont été sauvés.

De Londres, à la date du 17 août :

Le 16, entre 4 h. 3o et 5 heures du matin, un sous-marin allemand a lancé plusieurs obus contre Parton, Harrington et Whitehaven, sans causer de dégâts appréciables. Quelques obus ont touché le remblai du chemin de fer au nord de Parton. La circulation des trains n'a subi qu'un léger retard. Quelques incendies qui avaient éclaté à Whitehaven et Harrington ont été promptement éteints.

On ne signale aucune victime.

Torpillage de Y Arabie, bâtiment anglais, par un sous-marin allemand :

Le capitaine Finch était sur le pont au moment où le navire fut torpillé. Il était environ 9 h. 3o du matin; le capitaine déclare qu'il ne vit point le sous-marin et autant qu'il peut le savoir, personne ne le vit. Tout à coup il aperçut une torpille venant sur le navire à environ cent mètres. Il était tout à fait impossible de l'éviter, et un moment plus tard X Arabie était touché à tribord, à environ 3o mètres de l'arrière. 11 y eut une terrible explosion.

Pendant quelques secondes la consternation régna à bord parmi les passagers, qui pour la plupart venaient de finir de déjeuner et vinrent en courant sur le pont. 11 n'y eut point de panique et l'équipage et les officiers se mirent au travail avec un tel sang-froid que dans la eourte période de dix minutes que V Arabie resta à flot, onze canots de sauvetage avec des radeaux

FAITS DE GUERRE

purent être mis à la mer. Quelques passagers tombèrent à la mer, mais purent être recueillis.

Seize personnes avaient été blessées par l'explosion de la torpille.

La principale excuse trouvée était que le navire portait des munitions en Angleterre, et que ce fut l'explosion de ces munitions, et non la torpille allemande qui le fit couler avant que les femmes pussent descendre dans les canots de sauvetage. On ne peut pas prétendre que Y Arabie transportait des munitions au cours d'un voyage de Liverpool à New-York. Seule la soif de sang et rien d'autre, peut expliquer ce dernier exploit de la nation qui a la prétention de marcher à la tête de la civilisation chrétienne.

Communiqué anglais du 21 août :

Aux premières heures du jour, le 19 août, le sous-marin britannique E-i3 s'est échoué sur l'île danoise de Saltholm.

A 5 heures du matin, un torpilleur danois est survenu, et a averti le sous-marin qu'il aurait vingt-quatre heures pour essayer de se dégager et partir.

Au même moment, un contre-torpilleur allemand s'est présenté et est venu se ranger dans le voisinage du sous-marin; il ne s'est retiré qu'à l'arrivée de deux autres torpilleurs danois.

Malgré tous ses efforts, le sous-marin n'a pu se dégager.

A 9 heures du matin, alors que les trois torpilleurs danois étaient à l'ancre dans son voisinage, sont arrivés du Sud deux contre-torpilleurs allemands dont l'un, lorsqu'il fut à environ un demi -mille, a arboré comme signal un drapeau commercial et, avant que le capitaine anglais eût eu le temps de lire, il s'est approché, et à près de 3oo yards, a lancé une torpille qui a éclaté en touchant le fond près du sous-marin; en même temps, ce contre-torpilleur faisait feu de toutes ses pièces.

Le sous-marin, embrasé à l'avant et l'arriére, et se trouvant dans l'impossibilité de se défendre, puisqu'il était échoué, le capitaine a donné l'ordre à l'équipage de quitter le navire. Pendant que les marins étaient dans l'eau, les Allemands ont tiré sur eux des shrapnells et des coups de mitrailleuses. Aussitôt uu des torpilleurs danois a mis des chaloupes à la mer et est venu lui-même se placer entre le sous-marin et les contre-torpilleurs allemands, lesquels ont dû cesser leur feu et partir.

Copenhague, ig août.

La moitié de l'équipage du sous-marin £-i3, quinze hommes et un blessé, sont sauvés. En ce qui concerne les autres hommes de l'équipage, quatorze cadavres ont été transportés à terre; un homme a disparu.

Le ministre de Danemark à Berlin a reçu l'ordre de protester énergiquement auprès du gouvernement allemand en raison dt la violation de la neutralité.

FRONT OCCIDENTAL

Dans i/Air.

Le 6 août, deux avions allemands ont jeté sur Fraise, dans la vallée de la Meurthe, une dizaine de bombes qui ont tué deux femmes et un soldat.

Le 9 août, les zeppelins ont effectué un raid sur la côte anglaise.

Berlin, 10 août. — (Officiel.) Dans la nuit du 9 au 10 août, nos dirigeables de marine ont dirigé une attaque contre les localités et les ports fortifiés de la côte anglaise de Test. Malgré leur défense côtière et la coopération des navires de guerre britanniques à l'embouchure de la Tamise, l'ennemi n'a pu empêcher notre attaque. Les docks de Londres, le port de base des torpilleurs de Harwich et les importants établissements de la Humber ont été bombardés. On a pu observer les heureux résultats du bombardement. Tous les dirigeables sont rentrés indemnes de leur expédition couronnée de succès.

Communiqué anglais concernant ce raid :

Londres, 10 août. — (Officiel.) Un raid de dirigeables a eu lieu la nuit dernière entre 8 h. 3o et minuit et demi. L'escadrille de dirigeables ennemis visita le littoral oriental de la Grande- Bretagne. Les bombes incendiaires causèrent quelques incendies qui furent promptement éteints, les dégâts sont insignifiants. Quatre enfants, neuf hommes et une femme ont été tués et deux enfants, sept femmes et cinq hommes sont blessés.

Les batteries de terre endommagèrent sérieusement un zeppelin, qui dans la matinée disait-on, était remorqué dans la direction d'Ostende. Soumis à des attaques incessantes de la part des aviateurs de Dunkerque, sous un feu violent, le zeppelin aurait eu son armature brisée; ses compartiments arrière endommagés, et finalement il aurait été détruit par une explosion. La nuit était extrêmement sombre, et le brouillard, épais par endroits, rendait très difficile la tâche des aviateurs, de sorte que le sous-lieutenant qui p lotait l'aéroplane envoyé pour attaquer l'ennemi se tua en atterrissant dans les ténèbres.

i3 août. — Communiqué allemand concernant une nouvelle attaque de zeppelins sur la côte anglaise :

Berlin. — Dans la nuit du 12 au i3 août, nos dirigeables de marine ont renouvelé leurs attaques des côtes orientales anglaises et ontbombar té avec succès les installations militaires d'Harwich. Malgré un violent bombardement par les canons des forts, ils sont rentrés indemnes.

Le remplaçant du chef de l'état-major de la marine :

Behnke.

FAITS DE GUERRE

Communiqué anglais :

Deux zeppelins ont visité la côte «rientale h er soir. Ils ont

jeté des bombes tuant 4 hommes et 2 femmes et blessant 3 hommes, 11 femmes et 9 enfants, tous des civils. Un des zeppelins a probablement été endommagé.

Le i5, un groupe de 19 avions a bombardé les parcs et dépôts allemands de la vallée de Spada. 108 obus ont été lancés sur les objectifs. Tous nos avions sont rentrés sans incident.

Le 25 août, une escadre de quatre groupes comprenant 62 avions a survolé les Hauts Fourneaux de Fillmgen, fabrique d'obus et de plaques de blindage, au nord de Sarrelouis, sur lesquelles ils jetèrent avec précision plus de i5o obus dont une trentaine de gros calibre. Dans la même journée, une opération faite de concert entre les avions des armées française, britannique et belge et des marines française et britannique (au total soixante avions) a été dirigée contre la forêt d'Houthulst, où ont été allumés plusieurs foyers d'incendie. Tous les appareils sont rentrés. .

Londres, 26 août. — (Officiel). Ce matin, un officier de marine, Arthur W. Bigsworth, aviateur naval, étant sur un aéroplane, a jeté des bombes sur un sous-marin allemand, qui, entièrement désemparé, a coulé au large d'Ostende. Cette destruction ayant eu lieu dans le voisinage immédiat du littoral occupé par l'ennemi et la position du sous-marin englouti ayant été repérée par un contre-torpilleur allemand, l'Amirauté déroge, dans le cas de ce brillant fait d'armes de l'aviateur Bigsworth, à sa règle qui est de ne rien publier au sujet des pertes de sous-marins allemands, si importantes qu'elles aient été, dans le cas où l'ennemi ne possède pas les moyens de savoir où et quand les pertes se sont produites.

Pendant la nuit du 26 au 27, un de nos avions a lancé une dizaine d'obus sur l'usine à gaz de Dornach.

Dans la matinée du 27, une escadrille a bombardé la gare et le translormateur de Mulheim, dans le grand-duché de Bade; tous les avions sont rentrés indemnes. Deux civils, annonce le communiqué allemand, ont été tués. (Il n'est pas interdit de noter à ce propos que les communiqués allemands de l'ennemi déclarent uniformément les bombes de nos aviateurs inofïensives pour ses soldats).

Gilbert, le vaillant et habile aviateur, retenu prisonnier en Suisse à la suite d'une panne de moteur, s'est évadé. Rentré à Paris le 22 août, il s'est mis à la disposition du Ministre,

FRONT OCCIDENTAL

mais ce dernier lui a donné l'ordre de revenir se constituer prisonnier ayant engagé sa parole ; Gilbert a dû obéir. Il est établi qu'il s'était cru, de bonne foi, libéré par une lettre à l'autorité suisse dans laquelle il annonçait son dessein de fuir.

Septembre 1915.

Sur tout le front.

Du 1er au 7? Ie général Joffre revient d'Italie.

8 Se tembre ^' en Argonne, dans *a région de la

Fontaine-aux-Charmes, de très violents combats sont livrés pendant toute la nuit. Les Allemand.- ont renouvelé leurs attaques avec un grand acharnement. Notre ligne, à l'exception d'un élément de tranchée à l'est du layon de Binarville, a été partout maintenue.

Dans les Vosges, l'ennemi a attaqué nos positions depuis le Lingekopf jusqu'au Barrenkopf en faisant usage d'obus suffocants.

Au Schratzmaennele, une tranchée de première ligne a dû être évacuée à la suite du jet de liquides enflammés. Une contre-attaque nous a permis de regagner la plus grande partie du terrain perdu et de nous maintenir à une dizaine de mètres de l'élément de tranchée qui n'a pu être réoccupé.

Sur le reste du front, nos positions ont été intégralement maintenues.

A la tin de la journée, les Allemands ont lancé conte nos tranchées du somm t de l'Hartmannswillerkopf une attaque qui leur a permis d'y prendre pied ; pendant la nuit, nous avons contre-attaqué, repris les tranchées perdues et refoulé l'ennemi dans ses lignes.

^ m n« Le 18, nous avons pu repérer des travaux Du 10 au \ , y. jtt

20 Se tembre PrePares Pour * installation, près d Hampont, de pièces lourdes à longue portée susceptibles d'atteindre les régions de Nancy et de Lunéville. Des tirs de destruction efficaces ont permis de prévenir cette tentative.

Champagne et Artois.

Le général en chef adresse aux troupes cet ordre du jour qui fut lu aux soldats assemblés, par les colonels et les chefs de bataillon :

Grand quartier général.

Ordre général n° 43.

23 septembre igi5.

Soldats de la République,

Après des mois d'attente qui nous ont permis d'augmenter nos forces et nos ressources, tandis que l'adversaire usait les siennes, l'heure est venue d'attaquer pour vaincre et pour ajouter de nouvelles pages de gloire à celles de la Marne et des Flandres, des Vosges et d'Arras.

Derrière l'ouragan de fer et de feu déchaîné grâce au labeur des usines de France, où vos frères ont nuit et jour travaillé pour nous, vous irez à l'assaut tous ensemble, sur tout le front, en étroite union avec les armées de nos alliés.

Votre élan sera irrésistible.

Il vous portera d'un premier effort jusqu'aux batteries de l'adversaire, au delà des lignes fortifiées qu'il vous oppose.

Vous ne lui laisserez ni trêve ni repos jusqu'à l'achèvement de la victoire.

Allez-y de plein cœur, pour la délivrance du sol de la Patrie, pour le triomphe du Droit et de la Liberté.

J. Joffre.

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