ORDRE DU JOUR
Soldats de la République,
V offensive générale est commencée. — L'artillerie donne ; suivra V infanterie; viendra ensuite la cavalerie. Voffensive continuera jour et nuit.
Souvenez-vous de la Marne : vaincre ou mourir.
Officiers,
Tout est prêt en armes et en munitions. L'offensive générale est décrétée.
Prévenez vos hommes, car celui qui meurt pour la patrie a le droit de savoir où on le conduit.
Joffre.
25 septembre 1915.
FRONT OCCIDENTAL
Note pour les généraux commandant les C. A.
L'élan des troupes et leur esp it de sacrifice constituent l'élément prncipal des succès des attaques et le soldat français se bat dautant plus bravement qu'il comprend mieux l'avantage des actions où il est engagé et qu'il a davantage confiance dans les dispositions prises par le commandement. Il est donc essentiel que les officiers de tous grades éclairent dès maintenant leurs inférieurs sur les conditions favorables dans lesquelles se produira la prochaine offensive des forces françaises.
Les points ci-dessous devront être connus par tous :
r Prendre l'offensive sur le théâtre de l'opération française est pour nous une nécessité afin de chasser les Allemands hors de France. Nous délivrerons ainsi nos compatriotes asservis depuis onze mois et nous arracherons à l'ennemi le gage précieux de nos territoires envahis. En outre, une brillante victoire remportée sur les Allemands déterminera les neutres à se déclarer en notre faveur et contraindra l'ennemi à ralentir ses opérations contre l'armée russe pour faire face à nos attaques.
2° Tout a été fait pour que cette offensiv e pût être exécutée <°vec des fo ces considérables et de* moyens matériels puissants. La valeur sans cesse accrue des organisations défensives de première ligne, l'util -ation de plus en plus grande des troupes territoriales sur le f ont, l'augmentatio n des effectifs britanniques débarqués en France ont permis au Commandant en chef de retirer du front et de préparer pour les attiques un grand nombre de divisions constituées d'un effectif égal a celui de plusieurs armées. Ces forces comme celles maintenues sur le front disp sent d'un matériel complet et moderne. Le nombre des mitrailleuses a été plus que doublé, les canons de campagne remplacés au fur et à mesure par des canons neufs, disposent d'un stock considérable de munitions. Les convo s automobiles ont été multipliés, tant pour le ravitaillement que pour le déplacement des troupes. L'artillerie lourde, outil principal des attaques, a été l'objet d'un effort immense. Une masse considérable de batteries a été réunie et organisée en vue des prochaines opérations. La dotation journalière en munitio s pîévue pour chaque» pièce dépasse les plus grandes consommations prévues dans le passé.
3° L'époque actuelle est particulièrement favorable à l'offensive générale. D'une part, en effet, les armées Kitchener terminent leur débarquement, et d'autre part, les Allemands ont fait, le mois dernier encore sur notre front, des prélèvements de forces à destination du front russe. Les Allemands n'ont que de bien maigres réserves en arrière de leurs lignes de retranchement.
4° L'offensive sera générale : elle comprendra plusieurs grosses attaques simultanées exécutées sur de très grands fronts Les troupes britanniques y participeront également avec des effectifs
TROU MOU DI tUKMl — Ht,
FAITS DE GUERRE
considérables. Les troupes belges prendront aussi part à l'attaque. Aussitôt que l'ennemi aura été ébranlé, les troupes, maintenues sur les parties jusque-là passives du front, l'attaqueront à leur tour pour achever sa désorganisation, et le mettre en déroute. Il s'agira, pour toutes les troupes qui attaqueront, non pas seulement d'enlever les premières tranchées ennemies, mais de pousser sans trêve, de jour comme de nuit, au delà des positions de deuxième et de troisième ligne, jusqu'au terrain libre. Toute la cavalerie participera à ces attaques pour en exploiter le succès à grande distance.
La simultanéité des attaques, leur puissance, leur étendue empêcheront l'ennemi d'accumuler des réserves d'infanterie et d'artillerie sur un point, comme il a pu le faire au nord d'Arras. Elles sont un gage de succès.
La communication de ces renseignements aux troupes ne manquera pas d'élever leur moral à la hauteur des sacrifices qui leur sont demandés. Il est donc indispensable qu'elle soit faite avec intelligence et conviction.
Joffre.
21 septembre 1916.
Communiqué du 25 septembre :
En Champagne, des combats opiniâtres se sont poursuivis sur tout le front.
Nos troupes ont pénétré dans les lignes allemandes sur un front de vingt-cinq kilomètres et sur une profondeur variant de un à quatre kilomètres ; elles ont, au cours de la nuît, maintenu toutes les positions conquises.
Le nombre des prisonniers actuellement dénombrés dépasse 12 000 hommes.
Communiqué du 26 :
En Champagne, nos troupes ont continué à gagner du terrain.
Après avoir franchi sur presque tout le front compris entre Auberive et Ville-sur-Tourbe les puissants réseaux de tranchées, boyaux et fortins établis et perfectionnés par l'ennemi depuis de longs mois, elles ont progressé vers le Nord, contraignant les troupes allemandes à se replier sur les tranchées de seconde position, à trois ou quatre kilomètres en arrière.
La lutte continue sur tout le front.
Nous avons atteint l'Epine de Vedegrange, dépassé la Cabane sur la route de Souain à Somme-Py et la Baraque sur la route de Souain à Tahure. Plus à l'Est, nous tenons la ferme de Maisons de Champagne.
L'ennemi a subi par notre feu et dans le corps à corps des pertes très importantes.
FRONT OCCIDENTAL
Il a laissé dans les ouvrages qu'il a abandonnés un matériel considérable qui n'a pu être en ore recensé. Dès maintenant, on signale la prise de vingt-quatre canons de campagne.
Le nombre des prisonniers s'accroît progressivement et dépasse actuellement 16000 hommes non blessés, dont au moins 200 officiers.
Au total et sur l'ensemble du front, les troupes alliées ont fait en deux jours plus de 20000 prisonniers valides.
Communiqué du 28 :
En Champagne, les Allemands résistent sur leurs positions de repli, protégées par des réseaux de fils de fer étendus et dissimulés.
Nous avons réalisé quelques nouveaux progrès vers la cote i35 à l'ouest de la ferme de La Baraque et vers la Justice au nord de Massiges.
Communiqué du 29 :
En Champagne, les combats se sont poursuivis avec ténacité sur tout le front. Nous avons o cupé en plusieurs points, notamment au Trou Bricot, au nord de la ferme des "Wacques, quelques positions déjà dépassées, où des éléments ennemis avaient pu se maintenir.
Ce n'est pas deux cents, mais trois cents officiers que nous avons faits prisonniers en Champagne.
Le nombre des prisonniers non blessés faits au cours des dernières opérations est de 23 000.
Communiqué du 3o :
Les comptes rendus qui parviennent permettent de mesurer plus complètement chaque jour l'importance du succès obtenu par notre offensive en Champagne, combinée avec celle des troupes alliées en Artois.
Les Allemands n'ont pas été seulement contraints d'abandonner, sur un front étendu, des positions puissamment retranchées sur lesquelles ils avaient ordre de résister jusqu'au bout, ils ont subi des pertes dont le total en tues, blessés et prisonniers dépasse l'effectif de trois corps d'armée. Le nombre total des prisonniers est maintenant de plus de 23ooo. Le nombre des canons ramenés à l'arrière est de 79.
17055 prisonniers et 3i6 officiers ont traversé Châlons pour s'embarquer vers leurs destinations d'internement.
Il est procédé progressivement au déblaiement du champ de bataille et au recensement des armes de toute nature et du matériel de parc et de tranchée que l'ennemi a dû nous abandonner.
FAITS DE GUERRE
L'OrFENSIVE EN CHAMPAGNE.
Cette bataille a montré que les éléments de nos ennemis, si puissamment organisés qu'ils puissent être, ne sont pas à l'abri de nos coups et que la rupture stratégique redoutée par les Allemands pourrait se produire un jour ou l'autre.
La profonde atteinte matérielle et morale qu'ils ont reçue ne sera pas sans produire son effet sur leur armée, contrainte de vive force d'abandonner, sur un front de vingt-cinq kilomètres, une zone de près de quatre kilomètres qu'elle jugeait imprenable.
Le nombre des prisonniers capturés, les pièces d'artillerie légère et les pièces d'artillerie lourde prises en pleine action par la force et la rapidité de nos assauts : les 140000 hommes mis hors de combat, constituent des faits qui doivent certainement avoir une influence sur les suites de la campagne.
L'ennemi a été surpris par l'étendue et la violence de nos attaques qui, quoiqu'il s'attendît à une offensive que ses généraux annonçaient par leurs ordres du jour dès le i5 août, c'est à la promptitude de nos assauts qu'est dû le désarroi que l'on a pu constater chez l'ennemi, depuis le commandement jusqu'aux échelons subordonnés.
On en trouve la preuve dans la façon dont furent engagées les réserves. Des unités furent envoyées au combat complètement dissociées; le ravitaillement en vivres et en munitions se ressentit de l'affolement général, ainsi qu'en témoigne la lettre suivante, trouvée sur un soldat du n8° d'inîanterie :
« Chargés en auto, dans une course folle, nous allâmes par Vouziers jusqu'à Tahure, deux heures de repos sous la pluie, en plein air et dans une marche de six heures, nous allâmes dans nos positions ; en y allant, nous fûmes accueillis par le feu des obus ennemis, de sorte que, par exemple, à la 2e compagnie, sur 280 hommes, 224 seulement arrivèrent sains et saufs dans les tranchées : celles-ci, nouvellement creusées, avaient à peine 35 à 5o centimètres de profondeur. Continuellement entourés de mines et d'obus, qui éclataient, nous avons dû les garder et les aménager pendant 118 heures, sans pouvoir manger quelque chose de chaud.
« Dans l'Enfer, ce ne peut être plus terrible.
« Aujourd'hui, vers midi, 600 hommes de troupes nouvelles sont arrivés pour le régiment : en cinq jours, nous en avons perdu autant et plus. >»
Les mesures qui furent arrêtées par notre état-major en prévision des opérations projetées avaient été exécutées d'une manière si heureuse que le grand état-major allemand crut, pendant longtemps, que notre gros effort se produirait en Alsace ; il avait, en conséquence, massé dans cette région des forces importantes. Pendant ce temps, de notre côté, nous organisions en silence la nouvelle offensive sur le front de Champagne, où les travaux de préparation étaient poussés avec la plus grande activité, tandis
FRONT OCCIDENTAL
que le maréchal French tenait en haleine les forces qui lui étaient opposées. »
La ligne choisie pour l'offensive s'étendait, comme on le sait, sur une longueur de vingt-cinq kilomètres environ, allant d'Auberive à Ville-sur-Tourbe. Cette ligne avait été fortement retranchée par les Allemands, qui y avaient élevé des ouvrages redoutables. Une première zone de défense était composée de trois, et même de cinq lignes de tranchées parallèles séparées par des réseaux de fil de fer : la deuxième zone ne comprenait généralement qu'une seule tranchée, doublée sur quelques points d'une tranchée de soutien, construite, ainsi que les réseaux de fil de fer, à contre-pente.
A la lisière de cette deuxième ligne étaient installés des postes d'écoute et des abris pour mitrailleuses reliés les uns et les autres à la tranchée par des boyaux :
entre ces deux positions, le terrain était occupé par des tranchées transversales ou diagonales. L'artillerie et les dépôts d'approvisionnement avaient été installés en arrière de la ligne de défense.
Toute cette organisation formidable avait été repérée minutieusement par notre service d'aviation , chaque ouvrage, chaque bois avait été repéré sur les cartes avec une précision remarquable, ne permettant aucune erreur.
Nuit et jour, la prépara-