CHAPITRE I
Août 1915.
Pertes maritimes. — L'Association des assureurs maritimes de Liverpool a préparé un rapport sur les pertes maritimes résultant des principaux accidents survenus pendant le premier trimestre 1915.
Les pertes totales pour les vapeurs s'élèvent à 6 3537ooliv. sterling.
Celles pour la même période 1914 s'élevaient à 1 i3ooooliv. st. et à 2 3i5ooo liv. st. pour la même période igi3.
Les pertes de voiliers s'élèvent à 700 100 liv. st. pour içi5 ; à 142000 liv. st. pour 1914; à 204000 liv. st. pour 191 3.
Aux risques de guerre, ce rapport attribue : 3 485 900 liv. st. pour les vapeurs; 469000 liv. st. pour les voiliers.
En déduisant les pertes dues aux c risques de guerre » l'on remarquera que les pertes dues aux t risques maritimes » proprement dits sont sensiblement supérieures à celles des deux années précédentes.
En somme, les pertes de vapeurs sont de i5o pour 100 supérieures à celles de 1914.
Il en est de même en France, avec cette seule différence que les assureurs maritimes anglais peuvent toujours augmenter le taux des primes lorsque le fret ou le coût des réparations augmente de 10 à 5o pour 100, ce qui est le cas depuis un an, faculté que n'ont pas les assureurs maritimes français.
Un magistrat allemand condamne les méfaits des sous-
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marins. — Le docteur Wehberg, assesseur d'un tribunal, écrit :
Je ne veux pas discuter la question de savoir si les navires marchands de l'ennemi ont le droit de résister, car cette question est une des plus controversées et une des plus délicates du droit international. Toutefois il est certain que la question est discutée, et que non seulement la majorité des théoriciens, mais encore la majorité des jurisprudences établies par les gouvernements considèrent la résistance comme permise.
L'Angleterre et les Etats-Unis ont constamment soutenu que la résistance est permise, et l'Institut de droit international, qui se compose des hommes de science les plus distingués de tous les pays, a reconnu cette manière de voir dans le règlement qu'il a élaboré sur les prises navales. En Allemagne, ce point de vue est défendu, par exemple, par le conseiller intime Niemeyer et par moi.
Sans doute, nos sous-marins ont le droit de torpiller sans aucune formalité (ohne weiteres) les navires de commerce ennemis qui sont armés, car la nécessité de se défendre l'exige. Mais le fait d'offrir une résistance n'est pas en soi-même une chose injustifiable, car il n'existe pas de droit coutumier international qui interdise de résister. Les États-Unis, qui, dans l'article 10 de leur Code de la guerre navale, considèrent la résistance comme admissible, sont en conséquence obligés d'ouvrir leurs portes à des navires de commerce armés.
Les sous-marins allemands. — Le capitaine Persius, dans le Berliner Tagblatt, dit :
Au commencement de février dernier, la guerre sous-marine nous donnait de très vastes espoirs. Mais, dans la semaine qui a fini le 4 août, où un millier de navires purent entrer dans les ports britanniques et en sortir, nos victimes n'ont été que de six navires marchands et neuf navires de pêche ; cela ne satisfera pas les profanes qui avaient conçu des espoirs extravagants.
Nous avons toujours dit que, étant donné le nombre de sousmarins, le succès et l'effet de la guerre sous-marine n'apparaîtrait qu'après un temps considérable.
Il faut un grand nombre de sous-marins pour attaquer les quinze cents navires britanniques qui quittent chaque semaine les ports britanniques. Nous possédions vingt-huit sous-marins complétés en mai 1914 ; or, les sous-marins modernes de haute mer jaugent plus d'un millier de tonnes, renferment une combinaison de mécanisme fort compliquée exigeant une grande précision et qu'il faut loger dans un minimum d'espace; ils ne se construisent donc pas aussi rapidement que des torpilleurs. Puis il faut le temps au commandement et à l'équipage de se familiariser avec la manœuvre.
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On fait remarquer que les sous-marins ne coulent plus aujourhui des séries de navires de guerre comme au début de la guerre; cela provient de ce que les Anglais, qui ne sont pas de mauvais marins, ont été instruits par l'expérience et ont appris à se protéger; il devient de plus en plus difficile à nos sous-marins d'approcher leurs navires et de décharger des torpilles.
Il faut à nos sous-marins une habileté presque prodigieuse pour éviter les pièges, se garer des contre-torpilleurs et attaquer avec succès.
Un service de sous-marins exige une extrême tension des forces physiques et mentales; à la quantité et à la qualité d'un matériel de choix, il faut appliquer la qualité du personnel.
Une protestation de la Croix-Rouge française au sujet des camps de représailles. — M. le marquis de Vogué, président du Comité central de la Croix-Rouge française adresse la lettre suivante en date du 4 août, à M. Ador, président du Comité international de la Croix-Rouge, à Genève :
Monsieur le Président,
M. le baron d'Anthouard, ministre plénipotentiaire accrédité par le Gouvernement français comme représentant de la « Croix- Rouge française » auprès des dépôts de prisonniers de guerre, vous a déjà directement saisi de la création, par le Gouvernement impérial allemand, de chantiers dans lesquels des prisonniers français, appartenant à des professions libérales, sont soumis, sous prétexte de représailles, à un régime inhumain. L'honneur de la « Croix-Rouge » se trouvant intéressé dans cette question, je crois de mon devoir de vous en entretenir à mon tour.
Je résume rapidement les faits exposés par M. le baron d'Anthouard :
Plusieurs milliers de prisonniers français, appartenant à l'élite intellectuelle et sociale de leurs groupements respectifs, ont été extraits des camps d'Erfurt, Ohrdruf, Darmstadt, Friedrichsfeld, Munster, Merseburg, et dirigés sur les marais hanovriens, notamment sur ceux d'Ahlen-Falkenberger, région d'une insalubrité notoire, pour y être employés à l'assainissement et au défrichement du sol. Pour la plupart de ces hommes inaptes à ce genre de travail, c'est la torture physique et morale, la fatigue meurtrière dans la misère des installations improvisées. Pénalité barbare, infligée froidement à des innocents, avec l'intention non déguisée de terroriser leurs familles et d'exercer par elles une pression morale sur l'opinion et le Gouvernement français.
Pour la justifier, le Gouvernement allemand a allégué trois faits qu'il reproche au Gouvernement français : l'internement des prisonniers allemands au Dahomey et dans la région insalubre du Maroc ; l'humiliation infligée en France à des prisonniers alle-
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mands, en les faisant surveiller par des soldats noirs; et enfin des travaux manuels excessifs imposés à des prisonniers allemands appartenant à des professions libérales.
Le rapport de M. le baron d'Anthouard établit, par des preuves formelles et d'une authenticité absolue, que ces griefs sont imaginaires.
Les seuls prisonniers allemands internés au Dahomey avaient été pris au Togoland et au Cameroun, c'est-à-dire dans des pays de même constitution climatérique ; encore n'y sont-ils restés que très peu de temps, ayant été spontanément transférés dans les provinces agricoles du Maroc, où les conditions d'existence et de travail ont été officiellement reconnues normales et conformes aux lois de l'humanité.
Quant aux prisonniers internés en France, la preuve officielle a été également faite de la manière satisfaisante et humaine dont ils sont traités.
Je n'insiste pas, n'ayant pas qualité pour parler au nom du Gouvernement français, auquel il appartient de justifier ses actes par les voies officielles dont il dispose. Mais je ne saurais taire que, parmi les pièces dont M. le baron d'Anthouard a invoqué le témoignage et sur lesquelles le Gouvernement français pourra baser sa légitime protestation, se trouve un document, et non le moins important, qui porte le nom et la garantie de la Croix-Rouge.
C'est le rapport rédigé par le colonel de Marval, des services sanitaires de l'armée suisse, après une enquête poursuivie par lui, en qualité de délégué du comité international de la Croix- Rouge, à la suite d'un accord établi entre les gouvernements belligérants et neutres, conformément aux stipulations des conventions internationales.
Je n'ai pas à vous faire l'éloge, monsieur le Président, de M. de Marval. Vous savez avec quelle loyauté, quelle scrupuleuse délicatesse, il a accompli sa mission ; avec quel souci de ce qu'il devait à la Croix-Rouge, à la vérité historique, de ce qu'il se devait à lui-même. Toutes les portes lui ont été loyalement ouvertes par le Gouvernement français. Il a tout visité, tout contrôlé par ses propres yeux, au Maroc aussi bien que dans les provinces de France. C'est lui qui a affirmé, sur son honneur, sous sa responsabilité, sous la responsabilité de la Croix-Rouge, que les conditions du travail des prisonniers soit au Maroc, soit en- France, étaient normales et conformes aux lois de l'humanité.
Il est impossible que le Gouvernement impérial allemand n'ait pas eu connaissance de ses conclusions et, pourtant, il n'en tient nul compte. Il prend pour base de cruelles pratiques qu'il a ordonnées, des faits qu'elles ont d'avance formellement et définitivement récusés comme imaginaires. Il y a, dans ce procédé, non seulement une atteinte à la vérité, mais une atteinte à Phonneur de la Croix-Rouge elle-même.
L'affront atteint toutes les sociétés de la Croix-Rouge, aussi bien celles des pays neutres, toutes solidaires dans le souci de leur honneur collectif, toutes également intéressées à ce qu'aucun doute ne puisse être jeté sur leur loyauté, sur leur volonté inébranlable de rester fidèles aux nobles principes sur lesquels leur œuvre est fondée et dont la Croix-Rouge est, et doit rester le symbole immaculé.
C'est au nom de cet honneur menacé que je m'adresse à vous, monsieur le Président, vous qui en êtes le gardien vigilant, autorisé et respecté.
Les prisonniers allemands au Dahomey. — Notre Ministre des Affaires étrangères, M. Delcassé, a cru devoir aussi répondre à des allégations allemandes concernant les traitements soi-disant rigoureux imposés aux prisonniers internés dans nos colonies africaines.
Le travail des prisonniers de guerre au Dahomey consiste dans la préparation de leurs aliments, la réparation et la confection de leurs vêtements; les plus robustes seuls ont été chargés de l'entretien des camps et des routes les avoisinant; ils étaient tous pourvus contre le soleil du casque colonial. Le service médical était confié à des médecins français qu'assistaient des médecins allemands. Les prisonniers fatigués par le séjour colonial ont été, sur l'avis du service de santé renvoyés en France; plus de 40 Allemands avaient déjà bénéficié de cette mesure lorsque, en raison de l'approche de la mauvaise saison et sur l'avis des autorités sanitaires locales, le Gouvernement de la République a décidé, au mois de mai, de faire transporter l'ensemble de ces prisonniers dans nos possessions de l'Afrique du Nord aussi rapidement que le permettait le nombre restreint des courriers qui touchent au Dahomey; ce transfert a déjà eu lieu pour la grande majorité des prisonniers qui ont été débarqués à Casablanca, et il s'effectue pour le restant.
Le ministre des Etats-Unis à Monrovia a affirmé officiellement que les prisonniers allemands au Dahomey n'ont nullement été maltraités, et leur faible mortalité d'ailleurs témoigne d'elle-même en faveur des conditions de vie qui leur ont été assurées.
Soit par l'entremise de l'ambassade des Etats-Unis à Paris, soit par celle de l'ambassade d'Espagne à Berlin, le Gouvernement français a donné à plusieurs reprises aux autorités impériales tous les renseignements désirables sur la situation de leurs nationaux prisonniers en Afrique.
Le Gouvernement impérial se refusant à ajouter foi tant à ces renseignements qu'au témoignage des observateurs neutres, le Gouvernement de la République s'est vu obligé de faire notifier au Gouvernement allemand, par l'ambassade d'Espagne à Berlin, que le maintien des mesures injustifiables, prises vis-à-vis d'un
TROIS MOIS DE GUERRE. — III
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certain nombre de prisonniers français en Allemagne, entraînerait à bref délai l'emploi de mesures similaires vis-à-vis d'un nombre égal de prisonniers allemands en France. Le Ministre des Affaires étrangères a ajouté que les autorités allemandes ayant choisi, de préférence, pour l'envoi dans les régions marécageuses, des prisonniers qui n'appartenaient pas à des professions manuelles, le Gouvernement de la République désignerait, de son côté, à titre de représailles, des prisonniers allemands choisis dans les mêmes catégories que les prisonniers français, s'il n'était promptement porté remède à la situation actuelle.
Depuis ce moment, plusieurs centaines de prisonniers français qui travaillaient dans les marais ont déjà été ramenés dans leurs camps d'origine. Les négociations continuent par l'entremise des puissances neutres; il y a lieu d'espérer que le Gouvernement allemand, reconnaissant enfin l'inexactitude des informations par lesquelles il prétendait justifier sa conduite et les dangers mêmes qui résultent de cette conduite pour ses ressortissants, renverra sous peu dans leurs camps primitifs la totalité des prisonniers français envoyés en région marécageuse.
Fin des représailles à Cùstrin. — Sous le prétexte fallacieux que les officiers allemands internés au fort d'Entrevaux avaient à se plaindre du régime de leur captivité, le Gouvernement allemand, agissant par représailles, disait-il, avait appliqué des mesures sévères au camp des officiers français prisonniers à Cùstrin. Cette décision provoqua une vigoureuse protestation du Gouvernement français. Par une lettre adressée le i3 août à M. le baron d'Anthouard, le Ministre de la Guerre annonce que ces représailles ont pris fin. Les critiques allemandes étaient absolument injustifiées, écrit le Ministre. Aussitôt que le Gouvernement impérial a été exactement informé du régime à Entrevaux, il a décidé de revenir sur les mesures prises à l'égard des officiers français à Cùstrin.
Violation du droit des gens. — La Commission instituée en vue de constater les actes commis par l'ennemi en violation du droit des gens (Décret du 23 septembre 1914), publie son rapport adressé au président du Conseil.
Cette enquête conduite avec une impartialité scrupuleuse, écartant les témoignages pouvant paraître passionnés et contrôlant les autres avant de les tenir pour valables, aboutit à la conclusion suivante :
Nous voulons arrêter ici, monsieur le Président du Conseil, ce rapport, que nous aurions pu faire beaucoup plus long si nous
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n'avions craint de répéter indéfiniment le récit de faits sans cesse renouvelés dans des conditions presque identiques. Aussi bien, les exemples déjà nombreux que nous avons extraits de la volumineuse enquête dont nous vous apportons aujourd'hui un résumé, suffisent amplement à vous renseigner sur les procédés de guerre de nos ennemis et à vous permettre d'apprécier combien l'armée allemande qui, comme nous l'avons établi précédemment, se montre si cruelle à l'égard des populations civiles, méconnaît aussi, vis-à-vis des combattants, les lois les plus élémentaires du droit des gens et les devoirs les plus sacrés de l'humanité.
Veuillez agréer, monsieur le Président du Conseil, l'expression de notre respectueux dévouement.
G. Payelle, président. Armand Mollard. G. Maringer. Paillot, rapporteur.
M. Payelle est premier président de la Cour des Comptes, M. Armand Mollard, ministre plénipotentiaire; M. Maringer, conseiller d'État; M. Paillot, conseiller à la Cour de Cassation.
Un témoignage irréfutable. — Dans sa brochure les Crimes allemands d'après les témoignages allemands, M. Joseph Bédier signalait un ordre du jour du général Stenger, commandant la 58e brigade allemande, lequel ordonnait à ses troupes de massacrer les prisonniers, d'achever les blessés. Ledit ordre du jour, on avait eu soin de le communiquer aux troupes oralement, de telle manière qu'un papier compromettant ne fût pas saisi par nous. Si quelque doute subsistait là-dessus, c'est fini. M. Davignon publie en fac-similé plusieurs pages de carnets trouvés sur des soldats boches, où on lit : « Les mutilations de blessés sont à l'ordre du jour ». (Carnet du soldat Paul Glôde, 9e bataillon de pionniers); « les Bavarois ne font plus de prisonniers ». (Carnet d'un sergent à la 2e compagnie de la garde à pied) ; « nous fîmes mille prisonniers, au moins cinq cents furent tués ». (Carnet d'un soldat du rr régiment de la garde); « le capitaine nous fit faire le cercle et dit : « Je désire ne voir dans la compagnie aucun prisonnier anglais. Un bravo d'assentiment unanime fut la réponse. » (Carnet du sous-officier Gôttsche, du 85° régiment d'infanterie).
Lord Kitchener et M. Millerand sur le front. — Débarqué en France dans la nuit du i5 au 16 août, Lord Kitchener arrivait dans nos lignes dans la matinée du 16, par une petite
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ville du Nord, où l'attendait le Ministre de la Guerre français, accompagné du général commandant en chef.
Le 16 et 17, le maréchal parcourut le front de l'armée française de la gauche à la droite. Il put ainsi se rendre compte du plan d'ensemble de nos lignes de tranchées, de nos positions successives de défense et d'artillerie et de l'organisation générale de nos moyens de guerre.
Après la revue d'une division, dans laquelle se trouvaient des troupes indigènes de l'armée d'Afrique, lord Kitchener voulut adresser quelques mots en arabe à un officier indigène de spahis algériens. Il lui dit que les chefs et soldats indigènes pouvaient avoir une entière confiance dans le succès final de la cause des Alliés. Après une seconde d'étonnement, l'officier indigène répondit au maréchal que tous avaient une foi absolue en la victoire définitive.
Dans l'après-midi de lundi, raconte Y Écho de Paris, il y eut une minute curieuse et symbolique! C'était la fin du jour dans les grands vallonnements de Champagne. L'automobile dans laquelle se trouvait le maréchal quitta la route et se trouva subitement en face d'une division de cavalerie massée dans la plaine et que le Ministre de la Guerre britannique devait voir défiler. Ce dernier descendit aussitôt, et s'avança au-devant du général de division, qui saluait l'hôte illustre de la France d'un geste large de son sabre. Et Lord Kitchener, le sirdar Kitchener de Kartoum reconnut alors le général Baratier, l'ancien lieutenant de la mission Marchand. Lord Kitchener, heureusement surpris et amusé de la rencontre, serra la main du général Baratier et, rappelant en quelques mots le rapprochement de leurs carrières sur la terre d'Afrique, lui demanda des nouvelles du colonel Marchand, aujourd'hui général, commandant une division sur le front..., et la cavalerie défila au galop devant le maréchal.
A Varmée anglaise. — M. Maurice Barrés au camp anglais :
Il faut aller jusqu'au bout. Là-dessus, ils sont unanimes.
« N'est-ce pas, monsieur Barrés, qu'après la guerre aucun Français ni aucun Anglais voudront jamais serrer la main d'un Allemand? »
Ils n'éprouvent que mépris pour la manière dont « les Boches ont déshonoré la guerre ».
« Au début, me disent-ils, nos soldats ne détestaient pas les Allemands. Maintenant ils les passent à la baïonnette en criant :
Lusitania! »
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Je crois distinguer des hommes de sport, qui tiennent pour honteusement disqualifié celui qui a manqué aux règles du jeu.
Après dîner, réception à la mairie. Les conseillers municipaux et les notables ont invité les officiers anglais. Echange de discours. Le maire exprime cette idée que toute la. population sait gré aux Anglais du concours qu'ils apportent à la défense de la terre française. Un général répond : « Vous ne nous devez aucune gratitude. C'est l'Angleterre que nous défendons ». Si les allocutions officielles ont ce caractère vrai, les conversations privées peuvent serrer de plus près encore la réalité. Je demande au maire, entre quatre yeux, si ses administrés s'entendent bien avec les Anglais ?
« Tout à fait bien. Ils n'ont pas eu avec les habitants une seule difficulté qui soit allée jusqu'à un procès. Nos commerçants gagnent beaucoup d'argent. La classe bourgeoise, les propriétaires sont plus contrariés. Les Anglais ont beau payer largement, c'est gênant, vous le comprenez, d'être réduit à quitter sa propre maison ou d'y habiter quelques chambres étroites. Mais tous les chefs anglais sont des gentlemen irréprochables et leurs soldats sont très aimés dans les villages où ils partagent volontiers avec nos paysans leurs rations très abondantes. »
La Croix de guerre. — Le Journal officiel publie l'avis suivait :
Depuis l'insertion au Journal officiel du décret du 23 avril 1915, pour l'application de la loi du 8 du même mois, instituant la Croix de guerre, un grand nombre de demandes d'insignes sont journellement adressées au ministère de la guerre.
Il est rappelé à ce sujet que les ayants droit (militaires, anciens militaires, civils et parents des militaires décédés) en résidence dans la zone de l'intérieur doivent, pour obtenir la Croix de guerre, s'adresser au commandant de la subdivision sur le territoire de laquelle ils sont domiciliés en fournissant, à l'appui de leur demande, avec justification de leur identité ou de leur degré de parenté, une copie certifiée conforme par le maire ou le commissaire de police, de la citation ou des citations à l'ordre obtenues au cours de la campagne.
Aucune demande de Croix de guerre ne doit être adressée au ministère de la guerre.
Les permissions des soldats. — Pour éviter toute injustice au sujet de la durée des permissions accordées aux soldats sur le front depuis au moins six mois, le Ministre de la Guerre a décidé de fixer uniformément à six jours pleins passés en famille la durée de ces permissions. Les militaires des places fortes de Belfort, Épinal, Toul
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et Verdun peuvent obtenir des permissions dans les mêmes conditions que les militaires faisant partie des armées.
La proportion des hommes qui pourront partir en même temps est fixée à 5 pour 100 de l'effectif pour les unités de première ligne, et à 10 pour 100 dans les unités au repos.
Contre les indiscrétions. — L'Union républicaine de la Marne publie cet avis à la population civile :
Il est rappelé à la population civile que dans l'intérêt de la défense nationale, toute indiscrétion d'ordre militaire, commise sous quelque forme que ce soit, notamment par correspondance privée, est rigoureusement interdite et tombe sous le coup de la loi pénale.
Par indiscrétion d'ordre militaire, il faut entendre toute indication donnée à qui que ce soit sur les emplacements, les mouvements, les effectifs des unités — soit qu'il s'agisse "de grandes unités, divisions ou corps d'armée, ou de simples bataillons, escadrons ou batteries — sur la nature, l'importance des fortifications, les travaux militaires de toute nature, les ravitaillements et l'état moral des troupes.
Les délinquants seront poursuivis devant les conseils de guerre par application, suivant le cas, soit des articles 2o5 et 206 du Code de justice militaire, soit de la loi du 18 avril 1886.
En ce qui concerne la divulgation d'informations qui échapperaient à toute sanction pénale, mais qui seraient cependant de nature à nuire au succès des opérations militaires, des arrêtés d'évacuation pourraient être pris contre les personnes qui s'en seraient rendues coupables.
Fait au quartier général, le 22 août 1915.
Le général commandant l'armée, Général de Langle.
La situation sanitaire en France. — - Le docteur C. Kling, professeur adjoint à la Faculté de Médecine, avait été chargé par le Gouvernement suédois de la mission d'étudier en France les mesures prises pour empêcher la propagation des maladies contagieuses considérées comme inévitable en temps de guerre, et spécialement les mesures de protection de la population civile. De retour, il a accordé le 14 août à un quotidien de Stockholm une longue interwiew, où il exprime sa vive admiration pour toutes les mesures détaillées qui ont été prises, insistant surtout sur ce fait étonnant que, malgré la présence de troupes coloniales en France, pas un seul cas de typhus exanthématique, la maladie de guerre par
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excellence, n'a été constaté. Il résume ainsi ses impressions :
Seul celui qui aura vu de ses propres yeux pourra se faire une idée du travail intense qui se déploie en France contre les microbes pathogènes. Tous, depuis le chef suprême du service de santé, jusqu'au dernier soldat infirmier n'ont qu'une pensée, celle de défendre la santé des héroïques soldats pour contribuer ainsi à la défense de la patrie. Aussi ce travail semble-t-il avoir amené des résultats qui ne laissent pas d'émerveiller : l'état sanitaire en France, malgré les concentrations formidables de troupes, est même meilleur qu'en temps normal.
Ce résultat brillant est évidemment l'aboutissant des efforts récents de la bactériologie et de la médecine — l'activité de l'Institut Pasteur a été grande — qui ont amené l'application des principes de l'hygiène dans les armées modernes.
Les effectifs allemands après treize mois de guerre. — A quel degré d'usure est parvenue l'armée allemande après plus d'un an de guerre? C'est là un des problèmes qui passionnent en ce moment l'opinion publique française : qui en aurait la clef pourrait pronostiquer le terme fatal — fatal pour les empires du centre — de cette terrible guerre d'usure. iMais ce problème est à deux inconnues : effectifs dont peut disposer l'Allemagne, pertes de l'armée allemande.
Des pessimistes vont répétant: l'Allemagne a 12 millions de soldats, l'Allemagne a i5 millions de soldats! Mais, dès 1914, M. Paul Leroy-Beaulieu, l'éminent économiste, faisait remarquer, qu'il ne fallait pas tenir compte, pour calculer les effectifs de l'armée allemande, du chiffre actuel de la population : 68 millions, mais bien du chiffre de la population en 1896, date à laquelle sont nés les plus jeunes soldats allemands de la guerre actuelle : or, ce chiffre ne dépassait pas 53 millions.
Nous avons tenu à chiffrer les effectifs allemands, classe par classe, en mettant en application l'idée émise par M. Paul Leroy-Beaulieu, et en étendant ses calculs jusqu'aux classes les plus anciennes. Nous donnons dans le tableau ci-dessous le résultat de ce travail. Les inscrits de chaque classe y figurent pour les huit centièmes de la population à la même date, proportion généralement admise pour les pays européens. Les « bons pour le service » représentent les 80 pour 100 des inscrits. Enfin un déchet progressif, calculé d'après les tables de mortalité, a été observé sur toutes les classes ayant dépassé vingt et un ans.
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Tableau des effectifs maxima de l'armée allemande.