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Ce tableau fait ressortir un chiffre définitif de 7 892 3oo combattants, soit 8 millions en chiffres ronds. Ajoutons que ce chiffre est un maximum que l'armée allemande n'aura jamais atteint en fait, car :
i° Ces calculs englobent les hommes jusqu'à cinquantecinq ans inclus. Or, toutes les personnes ayant voyagé en Allemagne, et en particulier les médecins, savent que les Allemands, énormes buveurs de bière, sont plus vieux, à âge égal, quand ils ont dépassé la quarantaine, que les Français. De plus, l'Allemagne moderne, qui est la nation la plus industrialisée de l'Europe, est un pays de grandes villes, où la vie est plus déprimante ;
20 Ces calculs admettent que les jeunes gens de vingt ans et au-dessous, reconnus bons pour le service, sont ou vont être tous en état de porter les armes. En réalité, les autorités allemandes, quoi qu'elles en aient, doivent s'attendre sur ce point à un déchet plus ou moins considérable.
Quant aux pertes depuis le début de la guerre, quelles ont-elles été? Les listes publiées en Allemagne, augmentées de celles qui seront publiées ultérieurement, portent à croire que les tués, blessés et disparus, défalcation faite des hommes revenus au front après guérison, atteignent 4 millions. Cette proportion de 5o pour 100 de pertes ne paraît pas exagérée.
Les forces totales allemandes ne doivent donc plus dépasser 4 millions d'hommes.
Les pertes austro-hongroises. — D'après les calculs d'un statisticien hongrois disposant des listes officielles des pertes, des rapports particuliers des commandants de sections ainsi que des rapports mensuels des hôpitaux, les pertes austro-hongroises s'élevaient, au ier juin dernier, à environ deux millions et demi de morts, blessés et prisonniers. Des blessés et malades, un demi million retournèrent, après guérison, sur le front, de sorte que les pertes effectives s'élèvent à environ deux millions d'hommes.
Au cours des deux derniers mois, les armées austrohongroises perdirent encore environ un demi-million d'hommes.
A la date du ier août, 20g listes avaient été publiées.
D'après le correspondant à Bucarest du Telegraaf d'Amsterdam, les pertes officielles des armées austro-hongroises se subdivisent comme suit :
Guerre contre la Russie. — Tués, jusqu'au Ier août iqj5 :
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421800; blessés et malades, jusqu'au ier août 1915 : 1741500; prisonniers, jusqu'au Ier août 1915 : 58oooo.
Guerre contre l'Italie. — Tués, jusqu'au Ier août 191 5 : 17 200; blessés et malades, jusqu'au Ier août 191 5 : 73700; prisonniers, jusqu'au i«r août 1915 : i3 5oo. La guerre contre l'Italie àvait coûté, à cette date, 104400 hommes.
Guerre contre la Serbie. — Tués, jusqu'au Ier août 1915 : 50400; blessés et malades, jusqu'au ier août 1915 : 95900; prisonniers, jusqu'au ier août 1915 : 78000.
En Belgique et en France. — Au cours de l'hiver dernier, des troupes autrichiennes combattirent également en Belgique. Elles y perdirent 1600 tués, 4000 blessés et 600 prisonniers.
Le total général. — De sorte que les troupes austro-hongroises perdirent au total, au Ier août : 5oi 000 tués, 1916000 blessés et 672000 prisonniers, soit en tout : 3088200 hommes. Mais ce chiffre ne comprend pas les 200 coo hommes qui succombèrent par suite de maladies contagieuses, de tuberculose, etc.
Le total général des pertes austro-hongroises, au Ier août 1915, était donc de 3 288 200 hommes.
Les généraux allemands. — L'empereur allemand vient de porter au commandement de corps d'armée trois généraux qui appartenaient exclusivement à l'artillerie : les généraux von Scholtz, von Gallwitz et von Lauenstein.
La tendance de l'empereur Guillaume II, ces dernières années, était de rajeunir le haut commandement. L'expérience des premiers mois de l'année a amené le chef suprême de l'armée à maintenir ou à rappeler aux plus hauts commandements des généraux âgés. Ainsi le feld-maréchal von Hindenburg a 69 ans, von der Goltz en a 72; von Bùlow, 70; von Heeringen 69; von Woyrsch, 68; von Mackensen, 65; von Hausen, ancien ministre de la guerre de Saxe, 68; von Kluck, 67; von Below, 65; von Gallwitz et von Scholtz, 68 chacun.
L 'opinion du prince Oscar de Prusse sur V artillerie française. - Dans un livre que vient de publier le prince Oscar de Prusse, fils du Kaiser, et intitulé : La Campagne d'hiver en Champagne, l'auteur déclare que la bataille qui a duré du 16 au 18 mars en Champagne est la plus grande bataille de défensive que l'Histoire ait jamais enregistrée.
Les Français se battent très bien, dit-il, attaquent avec entrain, mais ce qui a rendu le combat difficile, c'est l'immense artillerie qu'ils employaient et le nombre infini de munitions qu'ils avaient à leur disposition. L'artillerie française a changé nos tranchées en
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enfer. Les fils de fer barbelés furent totalement détruits, les tranchées aplaties. Aucun moyen de fortification de campagne ne pouvait tenir, même un laps de temps très court. Dès que l'artillerie française commençait c'était un chaos indescriptible soulevant une immense poussière.
Combien de temps durera la guerre ? — Je sais tout a ouvert une enquête auprès de personnalités en vue sur le point de savoir combien de temps encore durera la guerre. Nous résumons ici les réponses recueillies, dans l'ordre où ce magazine les publie :
M. Emile Boutroux, de l'Académie française : « La sagesse est d'augurer une guerre longue encore, »
Le général Bonnal, ancien directeur de l'Ecole de guerre : «< Je ne crois plus à une lutte très longue. »
M. Stéphen Pichon, sénateur, ancien Ministre des Affaires étrangères : « La durée de la guerre dépend de notre persévérance. »
M. Alfred Capus, de l'Académie française, rédacteur en chef du Figaro : « J'estime que la « bataille » pourra cesser avant la guerre: V Allemagne se flétrira comme une fleur. »
M. Gabriel Hanotaux, de l'Académie française, ancien Ministre des Affaires étrangères : « La guerre durera longtemps, très longtemps peut-être. »
M. Adolphe Carnot, président de l'Alliance républicaine démocratique : « La guerre désormais peut être assez courte. »
M. Whitney-Warren, de l'Institut : « La guerre durera encore un ou deux hivers. »
Le contre-amiral Degouy : « Deux ans pour ruiner le colosse germain ce n'est pas trop. »
M. Adrien Mithouard, président du Conseil municipal : « La prolongation des hostilités n'est pas invraisemblale . »
M. Henry Simond, directeur de VEcho de Paris : « Je crois à une issue assez prochaine. »
M. Jean Finot, directeur de la Revue : « // nous faudra deux ou trois ans avant de terrasser Vennemi. »
Enfin, M. Blasco Ibanez, l'écrivain espagnol dont les sentiments francophiles sont bien connus, exprime cette opinion : « Nous en avons au moins pour jusqu'en 191 7 ! »
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Septembre 1915.
La rééducation des mutilés de la guerre. — Le Gouvernement s'est préoccupé d'assurer aux mutilés de la guerre une rééducation professionnelle qui leur permettra d'ajouter au montant de leur pension, dont le bénéfice leur sera entièrement acquis, le produit d'un travail rémunérateur.
Le Ministre de l'Intérieur, d'accord avec le Ministre de la Guerre, a créé l'école de rééducation de Saint-Maurice, et a suscité sur tous les points de la France le concours des assemblées départementales et communales et des initiatives privées : des œuvres se sont formées et des centres de rééducation ont été constitués à Lyon, Bordeaux, Montpellier, Bayonne, Pau, Toulouse, Saint-Etienne, Clermont- Ferrand, Bourges, Thiers, Limoges, Tours, etc. D'autres écoles sont en voie d'organisation.
D'autre part, le Ministère du Commerce et le Ministère de l'Agriculture, de concert avec le Ministère de l'Intérieur, organisent dans leurs écoles professionnelles respectives des sections spécialement réservées aux mutilés et estropiés de la guerre.
On ne saurait trop engager nos grands blessés à suivre les cours et à profiter de cet apprentissage, qui contribuera à améliorer leur avenir.
Pour cela, ils n'ont qu'à écrire, soit directement au Ministre de l'Intérieur, soit au préfet de leur département, qui transmettra leur demande. Toute diligence sera faite pour assurer, dans le plus bref délai, leur admission.
Les glorieux blessés de Champagne. — L'arrivée des blessés de Champagne à Paris a été particulièrement émouvante. « Blessés, crottés, mais enthousiastes ». Lignards, chasseurs à pied, Algériens ont charmé et touché le cœur de Paris par leur belle allure, leur gaieté, leur joie de la victoire se traduit dans toutes les bouches par le familier : « Nous les avons eus ».
Le Service de santé pendant la bataille de Champagne. — M. Godard, sous-secrétaire d'Etat, s'exprime ainsi devant un rédacteur du Journal :
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« Il y avait deux questions à résoudre : transporter vite les blessés ; les répartir convenablement. Sur le champ de bataille les automobiles ont été multipliées et elles sont venues jusqu'au poste de secours toutes les fois que cela était possible. Elles ont marché jour et nuit sans arrêt. Le séjour du blessé sur place a donc été réduit au minimum. Des ambulances de première ligne aux gares mêmes dispositions. Puis, d'accord avec les Compagnies de chemins de fer, nous avons porté de 3o à 35 kilomètres la vitesse moyenne des trains sanitaires. Dans l'ensemble, voici les résultats. Lss blessés sont arrivés en Bretagne vingt-quatre heures après avoir reçu leurs blessures; à Paris quatorze heures après; à Fontainebleau seize heures. Trente heures ont été le délai maximum pour qu'un blessé soit dans son lit définitif. La répartition avait été étudiée par région. Nous savions combien de blessés chaque région pouvait recevoir. Chacune d'elles possédait une gare de triage ayant à sa tête un chirurgien éprouvé. Les blessés arrivaient porteurs de fiches indiquant la nature et la gravité de l'atteinte. Le chirurgien savait immédiatement où expédier les blessés, connaissant les ressources chirurgicales de sa région. A chaque gare de triage était jointe une ambulance pour pouvoir, en cas de besoin, procéder à une opération d'urgence. Les trains n'ont pas stationné plus d'une heure dans les gares. Ils étaient chauffés et aérés. Leur désinfection a été complète après chaque voyage. Enfin chaque blessé — automatiquement — a reçu son injection antitétanique.
— Qu'ont donné les ambulances chirurgicales automobiles >
— D'excellents résultats. On y a pratiqué un nombre considérable d'opérations dans d'excellentes conditions. Cependant telles qu'elles sont constituées, il semble qu'elles ont un rôle mal défini. Trop mobiles, elles ne rendent pas assez de services; sédentaires elles font double emploi avec les ambulances fixes. Il faut une autre formule : la salle d'opération et de stérilisation, sans personnel chirurgical, venant au secours des formations encombrées.
— Et les voitures radiologiques?
— Résultats parfaits aussi. Elles ont permis des diagnostics rapides et des interventions précoces dont nombre de blessés se trouveront bien.
— La protection contre les gaz toxiques est-elle suffisante >
— Oui. La preuve en est dans le peu d'accidents survenus malgré l'énorme quantité de ces gaz employée par les Allemands. Masques et cagoules protègent bien le soldat. Mais, dans la fureur de l'assaut, il est bien difficile de les leur faire conserver.... Mais, à ce moment, ils ont vite franchi la colonne délétère et n'en sont point incommodés.
— Est-on satisfait du nouveau casque?
— Autant que possible. Il a évité un nombre considérable de blessures. Les balles de shrapnells sont absolument impuissantes
A COTÉ DE LA GUERRE
contre lui. C'est, à coup sûr, une innovation des plus heureuses.
— Quel est l'état sanitaire général >
— Excellent. Le tétanos a à peu près disparu. La gangrène gazeuse a fortement diminué. Le sérum de Leclainche et Vallé donne de bons résultats. Au point de vue général, l'état sanitaire des troupes est également bon grâce aux prescriptions rigoureuses et sages du général Joffre. Il a donné des ordres excessivement sévères pour l'enlèvement des immondices et leur incinération dans les cantonnements, pour la désinfection des locaux, pour la lutte contre les mouches. Les soldats cantonnés ne couchent pas directement sur la terre, mais toujours sur lits de clayage élevés. Enfin, les médecins chefs des régiments ont ordre de s'entendre avec les municipalités et d'obtenir d'elles à tout prix une propreté rigoureuse de leurs agglomérations. De plus, des camions laveurs avec sécheurs permettent le nettoyage parfait du linge. Grâce à cela la maladie si meurtrière dans les guerres précédentes est à peu près inconnue. Tout n'est pas parfait, certes. Notre tâche est lourde. Il en est du service de santé comme de la fabrication des canons et des munitions : il y faut un travail sans relâche. Mais nous y mettrons toute notre ardeur et toute notre bonne volonté : le premier droit du soldat qui a versé son sang sur le champ de bataille est d'être vite et bien soigné. »
Pour le bien-être des soldats. — M. Chéron, sous- secrétaire d'Etat à la guerre, dit au Matin :
La commission de l'armée, nous dit M. Henry Chéron, s'est tout particulièrement préoccupée de contrôler l'approvisionnement des effets chauds pour la campagne d'hiver. Les délégués de la commission ont visité des magasins administratifs, des entrepôts d'effets, des magasins de réserve générale. La commission s'est fait remettre l'état complet des stocks existants. Elle a fait toutes observations et réclamé en temps utile toutes améliorations indispensables.
Les familles peuvent être sans inquiétude sous ce rapport. Nos soldats seront abondamment pourvus de tous les vêtements nécessaires pour les garantir contre l'humidité et le froid. Nous possédons une quantité considérable de chemises, de caleçons, de chaussettes, de tricots, jerseys, chandails, ceintures de laine ou de flanelle, cache-nez, passe-montagne, couvertures et couvrepieds. Aucun de nos braves n'en manquera. Ils recevront en surplus des chapes en peau de mouton, certains même des peaux de bique contre les grands froids. Enfin des galoches, chaussons et bottes imperméables pour tranchées seront mis à leur disposition.
Que cela n'empêche pas nos excellentes Françaises de tricoter pour nos soldats. Tous les lainages sont nécessairement les bienvenus. On n'en a jamais trop. Des effets en pure laine seront tou-
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jours substitués avec avantage à ceux des effets en laine et coton, qui figurent dans les approvisionnements.
Le général commandant en chef ajustement songé au chauffage. Tous les braseros nécessaires ont été commandés pour être livrés en temps utile; de même les poêles pour les cantonnements.
L'intendance a vraiment donné un effort des plus considérables. Les délégués de la commission en vérifieront d'ailleurs sur place la réalisation au cours de l'hiver. Et comme il ne faut pas oublier qu'un des meilleurs moyens de résistance au froid est une bonne nourriture, ils iront se rendre compte dans les cantonnements de la quantité, de la qualité et de la variété de l'alimentation.
Bref, nous nous assurerons que rien n'est négligé pour protéger nos soldats contre les rigueurs de l'hiver. Et c'est en vérité le plus élémentaire de nos devoirs.
Les Permissionnaires. — Du journal Le Gaulois, sous la plume du général Zurlinden, ancien Ministre de la Guerre :
Ils nous mettent à même de recueillir quelques détails vécus. Chacun est heureux de les consulter, de les entendre. Tout dernièrement, le digne curé de ma paroisse nous disait, en chaire, l'émotion patriotique que lui avaient fait éprouver ses conversations avec de très nombreux permissionnaires, officiers et soldats.
Ce qui Ta le plus frappé, c'est l'estime réciproque de grade à grade, c'est la confiance absolue et sans forfanterie dans le succès, c'est cette phrase qui se retrouvait dans toutes les bouches : « Nous les tenons! Nous les aurons! »
Laissons-nous aller à cette saine et noble confiance, qui nous vient du front. Malgré les hourras de commande des Allemands, ayons comme nos soldats foi dans l'avenir, foi dans nos chefs, dans « notre Joffre », qui saura, à temps, donner le grand signal. Nous les tenons. Nous les aurons!
L'échange des grands blessés. — L'échange des grands blessés français et allemands a recommencé dans la seconde moitié de septembre.
Le retour de ces vaillants si éprouvés a été fêté sur tout leur parcours, mais la gratitude française doit aller particulièrement à la Suisse qui, dès leur arrivée à la frontière, leur a prodigué les plus touchantes attentions.
Prisonnier évadé d'Allemagne. — Du Journal :
Soldat au Ier régiment du génie, M. Louis Chaussivert, âgé de vingt-sept ans, était parti en campagne dès les premiers jours.
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Après plusieurs combats en Belgique, il était fait prisonnier le 25 août 1914, et interné au camp d'Ohrdruf.
Onze mois passèrent, et M. Chaussivert résolut de fuir; il prépara longuement son plan d'évasion, fabriqua une fausse clé qui devait lui donner la liberté et ayant bien étudié la direction qu'il devait suivre, muni d'une boussole et d'une longue-vue, dans la nuit du 23 août dernier, bien résolu à vendre chèrement sa vie, s'il était repris, il mit son projet à exécution. Profitant du sommeil des sentinelles et se servant de sa clé pour ouvrir les deux portes derrière lesquelles il était enfermé, il sortit de sa prison en passant par un égout qui aboutissait, à une centaine de mètres de là, dans la campagne.
Il parcourut plus de 400 kilomètres, toujours à travers champs, ou dans les bois, en ayant bien soin d'éviter les agglomérations. Trois fois il fut poursuivi par des paysans, mais il eut la chance de leur échapper. Une fois, il dut engager une courte lutte avec l'un d'eux; l'ayant terrassé, il réussit à s'enfuir, mais essuya plusieurs coups de feu d'un chasseur qui avait été témoin de la scène.
M. Chaussivert avait bien emporté avec lui quelques provisions provenant des colis que lui envoyait sa famille, mais elles s'épuisèrent vite et, pendant cinq jours, il n'eut pour toute nourriture que des carottes et des navets arrachés dans les champs qu'il traversait.
Enfin, après des péripéties de toutes sortes et d'atroces souffrances endurées, le fugitif parvint à gagner, le 12 septembre dernier, la frontière hollandaise, à Winterswyk, où il reçut un touchant accueil de la part des habitants. Ensuite, à Rotterdam, il se rendit chez le consul de France qui le rapatria par Flessingue, Folkestone et Dieppe.
Les prisonniers austro-allemands en Russie. — Le
nombre des prisonniers allemands et autrichiens en Russie s'élevait au 17 septembre à 1 100000 hommes.
Les « autobus » de ravitaillement. — Ces véhicules, destinés, en principe, à approvisionner en viande fraîche les troupes sur le front, servent également au transport rapide de tout ce dont on peut avoir un besoin urgent en fait d'alimentation. Ils sont peints en gris-vert et leur carrosserie, très simplifiée, a été aménagée pour que les viandes suspendues à des crochets fixés à des cadres soient préservées des mouches; à cet effet, les « glaces » ont été remplacées par des plaques métalliques à mailles très serrées, qui permettent l'aération.
En raison de leur destination spéciale, ces voitures por-
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tent sur leurs panneaux les initiales R. V. F. (Ravitaillèment viande fraîche). Elles peuvent transporter plus de 2000 kilos.
Inutile de dire que, dans des cas d'extrême urgence, elles sont susceptibles d'être utilisées pour le déplacement, sur telle ou telle partie du front, de troupes combattantes.
Montées sur les mêmes châssis que les « autobus » destinés aux soldats, ces voitures sont actionnées par un moteur de vingt-cinq chevaux donnant une moyenne de vingt-cinq kilomètres à l'heure.
Les grenades allemandes. — La grenade appelée HaubitzGrancite pèse i kilogramme; elle contient 210 balles et une charge d'explosif de 200 grammes. Elle peut être lancée soit avec la main à une distance de 40 mètres, soit avec l'aide de la Haubitze à 3oo mètres.
La Haubitze est un instrument qui se compose d'un tube qui pèse 12 kilos et qui peut se porter comme un fusil.
Les balles de cette grenade couvrent un espace semicirculaire d'une superficie de 80 mètres carrés au moins; elles ne partent qu'en avant ou de côté, et elles ne reviennent pas en arrière contre le tireur. Les grenades de ce genre sont donc particulièrement utiles pour les combats à petites distances. Elles sont construites de manière à ne pas éclater tant qu'elles n'ont pas franchi au moins 8 mètres dans la direction du but.
La grenade à main pèse 1 kilo et contient 190 balles de 2 gr. 40 chacune, avec une charge d'explosif de 110 grammes. Contrairement à ce qui arrive avec le modèle précédent, les balles partent dans toutes les directions, de sorte qu'elle ne convient que pour être lancée du fond d'un abri.
La dernière espèce de grenades est la « grenade-mine ». Elle pèse environ 4 kilos et contient 400 balles de 3 gr. 3o chacune, avec 200 grammes d'explosif. On enterre les grenades de ce genre à 5o centimètres environ au-dessous du niveau du sol, et on les relie par un circuit électrique, de sorte qu'elles sont entièrement invisibles pour l'ennemi. Quand on ferme le contact, elles montent à 75 centimètres environ du sol et lancent leurs balles dans toutes les directions, parallèlement au sol. A une distance de 10 mètres, elles traversent au moins 10 centimètres de bois et à 5o mètres de distance elles sont encore capables de tuer.
TROIS MOIS DE GUERRE. — III
A COTÉ DE LA GUERRE
Les gaz et les obus asphyxiants. — L'attaque par les gaz semble être en ce moment le procédé de prédilection de nos ennemis. Inférieurs au point de vue de l'armement, inférieurs aussi au point de vue des munitions, inférieurs encore au point de vue des effectifs, ils ont recours à la seule arme — si l'on peut appeler ça une arme — qui leur permette soit de s'assurer quelque avantage provisoire, à défaut de succès sérieux, soit de nous forcer à être attentifs sur tous les points du front à la fois, soit de nous faire du mal sans gros risques pour eux, soit plus simplement encore de nous impressionner.
Les produits utilisés par les Allemands se classent en trois catégories : les produits seulement suffocants, dont l'effet ne laisse pas que d'être provisoire ; les produits asphyxiants, dont les traces dans l'organisme sont ou peuvent être plus durables ; les produits lacrymogènes dont l'action est toute locale.
Nous laissons de côté les acides et liquides enflammés, dont la projection ne saurait s'effectuer sur une grande profondeur et lesquels, par suite, ne peuvent affecter que la toute première ligne.
Les procédés au moyen desquels sont formées les nappes de gaz se ramènent à trois : les jets en avant de la première ligne, lesquels à force d'être alimentés arrivent à former des nappes épaisses et étendues; les obus et bombes et les grenades.
Les nappes, créées par les jets qui simultanément partent de plusieurs points de la tranchée ennemie, progressent lentement, aidées par le vent favorable. La hauteur de ces nappes atteint généralement plusieurs mètres.
Les obus, presque toujours des obus de gros calibre, servent à former un barrage sur une ligne déterminée et aussi à augmenter la densité des nappes et à supprimer dans celle-ci les lacunes ou solutions de continuité.
Les grenades, lancées avec divers appareils ou à la main, n'ont qu'une efficacité restreinte et ne sont utilisées que sur de courtes distances.
Les moyens de préservation mis à la disposition de nos soldats garantissent la parfaite innocuité des gaz, mais il reste des inconvénients qui ne sont point négligeables et qu'il n'est pas possible de supprimer complètement : l'obscurité créée par les gaz rend l'observation difficile ; la transmission des ordres est forcément plus lente ; l'exécution s'en
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ressent. N'oublions pas qu'il est recommandé aux gradés de ne point parler et de se faire comprendre de leurs hommes par gestes.
Le « camouflet». — Le « camouflet » est une sorte de contre-mine employée dans la guerre de siège pour détruire, de l'intérieur d'une de nos propres galeries de mine, les travaux que l'assiégeant effectue au-dessus ou aux environs de cette galerie. Quand un mineur s'aperçoit que l'ennemi travaille à proximité, il perce rapidement, avec une tarière à rallonges suffisantes, un trou dans la paroi de notre galerie, et vers la direction de l'ennemi.
Lorsque ce trou, qui mesure en moyenne de 10 à i5 centimètres de diamètre, est suffisamment profond, on y introduit une charge explosive que l'on bourre avec des mandrins de bois préparés à l'avance. Après quoi, s'étant retiré, on y met le feu.
L'effet de ce « camouflet » est de détruire en partie le travail de l'ennemi que l'on oblige à se retirer ainsi momentanément, et l'on en profite pour terminer les travaux de sape qui permettront de détruire définitivement les ouvrages de l'adversaire.
V Anniversaire. — L'évocation de la bataille de la Marne et des journées qui la précédèrent est la pensée dominante de la presse en ce premier anniversaire.
De M. Henri de Régnier, de l'Académie française, dans le Journal :
Sombres jours! Quelle anxiété dans tous les cœurs, quelle angoisse dans toutes les âmes! Et, cependant, l'espoir demeurant, mais un espoir meurtri et taciturne qui puisait sa force dans la volonté de nouveaux sacrifices, un espoir silencieux où l'on percevait le souffle haletant d'un peuple tout entier, son attente mystérieuse en quelque mystérieux prodige qui dissiperait la nuit maudite sous laquelle se courbait sa destinée.
Et puis, tout à coup, ce fut l'aurore, une aurore de sang et de gloire! Ce fut comme si un voile se déchirait, un immense frémissement de joie et de fierté. Pour le provoquer, il avait suffi d'un simple « chiffon de papier ». Tenu par des mains tremblantes de lièvre et d'orgueil, lu par des millions d'yeux éblouis, il ne contenait que quelques mots, mais quels mots! L'armée de France avait vaincu. La Victoire avait posé son pied sur le sol sacré, teint du sang français!
La victoire, cette victoire, notre victoire, appelons-la comme on
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voudra : la victoire de la Marne ou la victoire des Trois Rivières, et célébrons pieusement dans nos cœurs sa commémoration. Songeons, en ce jour d'anniversaire, à ce qu'elle fut pour la France. Elle fut la revanche du passé et le gage de l'avenir. Elle fut la récompense héroïque. Elle est notre inépuisable trésor de sang et de gloire, notre patrimoine de certitude. En elle, nous avons doublé nos courages; par elle, raffermi tous nos espoirs. Chaque jour, nous lui demandons la foi au lendemain. Elle nous a fait hardis et tenaces : hardis, parce que nous savons que nous pouvons la renouveler; tenaces, parce que nous voulons qu'elle se renouvelle. Elle est notre beau trésor, parce que c'est dans le sang glorieux de nos fils que nous l'avons recueilli à genoux et parce qu'il porte, sur son métal immortel, l'effigie sainte de la patrie.
Octobre 1915.
Le nouveau gouverneur militaire de Paris. — Le Président de la République a, sur la proposition du Ministre de la Guerre, désigné, au cours du conseil des ministres, le général Maunoury pour succéder au général Gallieni, comme gouverneur militaire de Paris.
Le général Maunoury, qui est âgé de soixante-huit ans, a déjà occupé ce poste en 1912, date à laquelle il fut atteint par la limite d'âge.
Lorsque la guerre éclata, il était dans le cadre de réserve. Après la retraite de Charleroi, le général Maunoury prit le commandement de la 6e armée, qui joua un si brillant rôle en attaquant, le flanc gauche de l'armée de von Klùck qui marchait jusqu'alors victorieusement sur Paris. 11 aida puissamment à gagner la bataille de la Marne et fut fait, à cette occasion, grand-croix de la Légion d'honneur.
Au printemps dernier, alors qu'il était dans une tranchée de première ligne pour se rendre compte de la situation de l'ennemi, une balle traversa le créneau et vint le frapper à l'œil, le blessant grièvement. Il dut subir l'ablation d'un œil et faillit perdre complètement la vue.
Le général Maunoury est aujourd'hui, en bonne vote de guérison et, en attendant qu'il puisse reprendre complètement la direction de ses services au gouvernement militaire de Paris, le général Clergerie assurera l'intérim.
L'Union des colonies étrangères à Paris. — M. Bernard J. Shoninger, président de cette œuvre, adresse au directeur du Temps la lettre suivante :
Monsieur le directeur,
Pour répondre aux vœux d'un grand nombre d'étrangers de différentes nationalités résidant en France, il vient de se créer à Paris, sous le nom d'Union des colonies étrangères en France en faveur des victimes de la guerre, une œuvre nouvelle dont le titre seul résume tout le programme.
En tête de leurs statuts, et comme charte de leur association, les membres fondateurs de cette Union des colonies étrangères expriment le désir de témoigner à la France leur reconnaissance pour l'hospitalité qu'ils y ont toujours reçue.
L'objet de l'association, disent encore les statuts, est de faire œuvre durable et humanitaire, et de contribuer dans la mesure de ses forces et de ses moyens au soulagement des infortunes causées en France par la guerre européenne, et plus particulièrement de venir en aide aux estropiés et mutilés des armées françaises de terre et de mer.
M. Raymond Poincaré a accepté la présidence d'honneur. M. Bernard J. Shoninger, ancien président de la chambre de commerce américaine de Paris, est président du conseil d'administration. M. Philippe L. Van Hemert, vice-président de la chambre de commerce néerlandaise, est l'actif trésorier.
Le siège de l'Union des colonies étrangères en France est 3, rue Scribe, dans les bureaux de la chambre de commerce américaine.
Officiers de réserve et de territoriale. — Le Ministre de la Guerre a soumis cà la signature du Président de la République un décret, en date du 17 octobre, modifiant les conditions d'avancement des officiers de réserve et des officiers de l'armée territoriale : ce décret est ainsi conçu :
En temps de guerre, les officiers de réserve et de l'armée territoriale peuvent obtenir l'avancement au choix, dans les mêmes conditions d'ancienneté que les officiers de l'armée active, mais au titre de la réserve ou de l'armée territoriale.
Comment sont accordées les citations. — Seules les citations à l'ordre du jour pour services rendus aux armées en dehors de la zone immédiate des hostilités sont soumises
A COTE DE LA GUERRE
à l'approbation du commandant en chef ou à celle des commandants d'armée, suivant le cas.
Quant aux citations pour faits de guerre, elles sont accordées en toute indépendance à chaque échelon de la hiérarchie, mais l'échelon supérieur conserve le droit et a le devoir d'exercer un rôle de surveillance sur l'attribution de la Croix de guerre comme sur toutes les autres parties du service.
Il a paru en effet indispensable, en l'absence de toute définition précise du « fait de guerre » de rappeler aux autorités hiérarchiques que si elles n'avaient pas qualité pour statuer sur les citations faites à l'échelon inférieur, il leur appartenait néanmoins d'attirer l'attention de leurs subordonnés sur celles qui ne leur paraîtraient pas répondre à l'esprit de la loi du 8 avril 1915.
Ces dispositions, qui ne comportent pas, d'ailleurs, la suppression des citations par les supérieurs hiérarchiques des autorités militaires qui les ont accordées, sont à maintenir intégralement, dit le Ministre de la Guerre, si l'on veut sauvegarder le prestige de la Croix de guerre.
Nos colonies et la guerre. — Le concours très actif de notre empire colonial s'est traduit par l'envoi en France de nombreux combattants, d'un matériel de guerre important et de munitions abondantes, par un ravitaillement continu et précieux de produits très utiles, par des souscriptions très élevées en faveur des victimes de la guerre.
L'Afrique occidentale française a levé, depuis le début de la guerre, un nombre considérable de tirailleurs qui sont venus s'ajouter à ceux qu'elle avait sur pied au moment de l'ouverture des hostilités — et le recrutement n'est pas arrêté; nous nous occupons de l'intensifier par l'offre déprimes d'engagement plus élevées et par des avantages sérieux accordés aux familles des tirailleurs. Nul doute que ces nouvelles mesures ne nous permettent d'accroître très sensiblement le nombre de ces merveilleux soldats.
Nous sommes en train de faire l'expérience des troupes malgaches par l'envoi chez nous de quelques compagnies.
L'Indo-Chine nous a fourni plus d'un demi-million d'ouvriers mécaniciens spécialistes très appréciés par les services industriels de la guerre. Elle est en train de nous envoyer 4000 autres ouvriers, qui seront répartis dans les usines où l'on fait du matériel de guerre. Un premier contingent est arrivé tout récemment. Nous ne nous en tiendrons pas là.
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Il y a actuellement en route un léger contingent de tirailleurs annamites. Sans doute, ceux-ci ne sont ni aussi robustes ni aussi forts que les tirailleurs sénégalais, mais nous étudierons les moyens d'utiliser leur bonne volonté, leur courage et leurs aptitudes, afin de pouvoir faire un plus large appel à eux....
Les colonies nous ont aussi envoyé des canons de 75, de 90, de 80 de montagne, de i55 court, de 240, en tout : 172 pièces, avec 1 10 000 projectiles de divers calibres. Ajoutez à cela 40000 fusils et 11 000000 de cartouches, plus des effets d'habillement de grand et petit équipement, du matériel de campement et de couchage, des ustensiles, qui représentent une somme élevée....
Mais nos colonies n'ont pas seulement contribué à ravitailler la métropole par l'envoi de leurs produits, elles l'ont aidée encore parle magnifique élan de solidarité dont toutes, sans exception, ont donné des preuves touchantes. Il n'arrive pas de courrier qui ne nous apporte d'abondantes offrandes, venues soit des particuliers, soit des collectivités. La Réunion envoie des conserves et des vêtements ; la Guadeloupe ajoute au vêtement de la bonneterie. De la Martinique et de la Guyane arrivent aussi des envois; de la Nouvelle-Calédonie également. L'Inde a fait parvenir des effets d'hiver et 60000 cigares; l'Indo-Chine, 1000 gilets de kapock et 25 000 couvertures; un industriel de la côte des Somalis expédie 40000 cigarettes aux troupes; le gouvernement de Madagascar, plus de 60000 paquets de tabac, près de 700000 cigarettes et 1 million et demi de cigares; en outre 2600 chemises de coton et du café.
V avion-canon. — L'avion-canon est un aéroplanebiplan qui porte, en plus de l'habituelle mitrailleuse, un petit canon Hotchkiss à son plan supérieur.
Expérimenté en janvier 191S, par les capitaines Rémy et Faure, l'avion-canon, par suite d'une fausse manœuvre, vint s'écraser sur le sol, à Issy-les-Moulineaux. Les deux aviateurs, furent tués.
Depuis, diverses modifications furent apportées à l'avioncanon qui est entré maintenant dans la pratique.
La puissance de Vartillerie française. — Dans le Lokal Anzeiger, M. Hans Horsten raconte les effets d'un bombardement par l'artillerie et par nos gros lance-mines (les Alle-
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mands appellent ces lance-mines les « grosses tortues ») :
Des gaz empoisonnés et corrosifs, échappés aux obus qui éclatent, nous montent au nez. La se «le chose qui continue à m'étonner, c'est que je n'ai pas l'air d'être encore devenu fou. Peut-être est-ce simplement parce que nous n'avons pas le temps de le devenir....
La terre au-dessous de nous ressemble à un tamis. Ce ne sont que trous et trous, grands ou petits, profonds ou larges, de toutes formes et de toutes les dimensions En fin de compte, ils se valent tous. Et cependant, il y en a un qui ne cesse d'attirer nos regards. Nous n'en parlons pas, mais chacun des trois que nous sommes là-haut, sait ce qu'il en est. Dès que nous pouvons, nous regardons ce trou. Pourtant, il a exactement la même apparence que les autres. Peut-être est-il un peu plus noir.
Mais voilà : c'était notre abri souterrain, dans lequel, avant la grande offensive des Français nous avions passé bien des heures agréables. Quand les obus commencèrent à pleuvoir, on ne s'est plus senti à l'aise là-dedans. A chaque coup qui tombait dans le voisinage les murs tremblaient.
Le lieutenant qui l'avait bâti affirmait pourtant chaque fois que son abri ne craignait rien, quelque fût le calibre des projectiles ennemis. Il venait justement de s'y asseoir, avec le deuxième observateur et le téléphoniste, — c'étaient ceux qui nous relevaient, — quand un obus, lancé par une pièce de marine, tomba dessus en sifflant. L'abri tout entier, avec sa double rangée de rondins de chêne, ses rails de chemins de fer et son toit de pierres et de terre épais d'un mètre, fut simplement écrabouillé en compagnie de celui qui l'avait construit.
Le transport des troupes allemandes d'un front à Vautre. — L'Allemagne a pris à temps ses précautions pour l'avenir, également au point de vue de la préparation des voies stratégiques de chemins de fer. Il n'y a qu'à songer notamment aux chemins de fer avec des stations de débarquements énormes aux frontières de Belgique et du Grand- Duché du Luxembourg.
Avant 1890, quatre lignes de chemin de fer à voie double circulaient à travers l'Allemagne, de l'Est à l'Ouest : lors du déchaînement delà guerre, il y avait six voies.
En un jour de temps, un train militaire peut franchir une distance de 400 kilomètres, c'est-à-dire 18 heures de trajet à raison de 22 km. 5 par heure et un corps d'armée complet a besoin de 124 trains normaux, 3o trains par jour peuvent passer un point déterminé d'une ligne à double voie, c'est-àdire 5 périodes de 4 heures, chacunë de 6 trains, ce qui peut encore être considéré comme un trafic modéré.
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Un corps d'armée est donc transporté de Kœnigsberg à Maubeuge (de la Prusse orientale au nord de la France), c'est-à-dire sur un trajet de iôco kilomètres, en 8 jours en viron.
D'après ces calculs, il est dès lors possible de transporter 6 corps d'armée en 8 jours, au moyen de 6 lignes à double voie.
Les 124 trains d'un corps d'armée parcourent un rayon déterminé en 4 jours. Si les 96 premiers trains transportent la partie combattante, ils parcourent ce rayon en 3 jours.
Si l'on évalue un corps d'armée à 40000 hommes, 7 à 8 jours après l'émission de l'ordre de transport, 80000 hommes peuvent être débarqués chaque jour, pendant 3 jours.
Si les corps d'armée de réserve précèdent les trains des corps d'armée active correspondants, dans l'hypothèse la plus favorable, 2 armées de 6 corps, soit environ 5oo 000 hommes peuvent être débarqués entre les 7e et 12e jours qui suivent l'émission de l'ordre, lorsqu'ils arrivent du front de Kœnigsberg- Allenstein, au front Maubeuge-Montmédy.
En tenant compte que les circonstances soient moins favorables et du matériel de chemin de fer disponible, il faudrait alors procéder par deux échelons.
Dans ce cas, le transport de Sooooo hommes durera près de 3 semaines.
Canons allemands éclatés. — Au cours des derniers combats livrés en Artois et en Champagne, il est tombé entre nos mains de nombreux documents militaires allemands, entre autres la note du Ministère de la Guerre numéro 2653/8 où on lit la phrase suivante :
Il a été signalé qu'on avait photographié sur le front des canons éclatés par suite d'explosions dans l'âme et qu'on en avait envoyé à l'intérieur des épreuves sur cartes postales. Le ministre fait ressortir que cela est inadmissible à cause de l'inquiétude qui pourrait être créée dans le pays et à cause du risque que ce fait ne soit exploité par les adversaires d'une façon peu désirable.
Il résulte de documents antérieurs également en notre possession que les éclatements se sont produits non seulement dans les canons de 77, mais encore dans des obusiers de 10S et même dans des mortiers de 210.
Pertes anglaises, — M. Tennant a déclaré à la Chambre des Communes que les pertes dans les Dardanelles s'élevaient
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le 9 octobre à 96 899 hommes, soit 1 185 officiers et 17 772 hommes tués, 2632 officiers et 66220 hommes blessés, et 383 officiers et 8707 hommes manquants.
Les contingents australiens et nouveaux-islandais entrent dans cette statistique pour les chiffres suivants :
Officiers : tués, 335; blessés, 814; manquants, S2; total : 1201. Soldats : tués, 5664; blessés, 20 180; manquants, 2076; total : 27920.
M. Tennant avait dit que les pertes au 27 août s'élevaient à 87630. Du 21 août au 9 octobre, soit 49 jours, elles se sont accrues de 9269 hommes.
Les pensions des réformés n° I. — Le tableau de la page suivante fait connaître pour chaque catégorie et pour chaque grade le taux de la pension.
Comment un militaire peut-il faire valoir son droit à la pension "? Il n'a qu'à produire les deux pièces que voici :
i° Un certificat d'origine de blessures établi par l'autorité militaire, d'après les déclarations de témoins, ou, à défaut de cette pièce, un duplicata du billet d'hôpital qui doit lui être remis dès qu'il a été évacué du front et soigné dans une formation sanitaire;
20 Un acte de naissance.
L'aide nécessaire. — M. Deville, ancien président du Conseil municipal de Paris, écrit :
Il n'y a peut-être pas de question plus angoissante qui se soit posée depuis le début de la guerre que celle du sort des blessés mutilés et il n'y a pas beaucoup de spectacles plus navrant que celui de ces malheureux qui, réformés ou libérés temporairement, promènent devant tous les yeux leur noble, mais pénible infirmité.
Il était donc naturel que les pouvoirs publics, les œuvres diverses, tous ceux qui se donnent à tâche de réparer ou d'adoucir se préoccupassent de cette catégorie si intéressante de victimes de l'affreuse guerre.
Ils sont nombreux ; ils le seront plus encore. Qu'attendent-ils ? Que demandent-ils?
Leur conception à presque tous est simple ; elle part d'une idée juste, mais ils n'aperçoivent pas les difficultés de sa réalisation. « On nous doit, disent-ils, de nous rendre au moins l'apparence de notre intégrité physique en nous fournissant des appareils qui, remplaçant les membres absents, nous donnent une satisfaction au point de vue de l'esthétique et nous facilitent la vie des valides. Et on nous doit aussi de nous assurer les ressources néces-
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