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saires à notre existence sans que nous ayons besoin de faire, pour améliorer notre situation, des efforts dont nous sommes difficilement capables. » Ils veulent donc compter, en môme temps que sur les appareils prothétiques, sur des pensions raisonnables et des emplois qui ne nécessitent qu'un travail facile, bureaux de tabacs, gardiennages, surveillances, et autres semblables.
Les pensions, elles, sont faibles; on pense aies relever, mais elles n'atteindront jamais, en raison des charges de toutes sortes de l'État, un taux qui puisse être déclaré raisonnable, c'est-à-dire qui assure l'existence oisive et honorable. La pension moyenne que la loi permet de leur attribuer n'atteint guère qu'au double du secours de l'assistance obligtaoire (3o francs par mois). Admettons qu'on l'élève au triple, le mutilé aura 3 francs par jour. Pour ceux-là même à qui on pourra procurer les emplois qu'ils désirent et qui représenteront peut-être une moyenne de 600 francs par an, les ressources atteindront 1 5oo ou 1 800 francs, 5 francs par jour pour toute la vie ou même seulement jusqu'à l'âge de la retraite.
L'association nationale des mutilés de la guerre. — Du
général Malleterre, dans le Petit Journal :
Je sonne le rappel aux mutilés, à tous les mutilés. Notre formule est :
« Aidons-nous nous-mêmes, entre mutilés ! »
Mais nous savons que nous avons besoin de tous les concours. Nous ne fondons pas une oeuvre nouvelle d'assistance, nous ne voulons ni absorber ni concurrencer les œuvres qui fonctionnent. L'article rr de nos statuts est très net à cet égard :
» Article Ier. — L'Association dite Association nationale des mutilés de la guerre, fondée en 1915, a pour but d'apporter à ses membres l'assistance morale et matérielle dont ils ont besoin, notamment en les aidant dans les démarches auprès des pouvoirs publics, en leur facilitant la recherche d'un travail compatible avec leurs infirmités, en leur attribuant des secours, en étudiant toute question intéressant leur sort et en provoquante création de sociétés mutuelles et professionnelles. »
Nous voulons mettre les mutilés en rapport avec toutes les sources de travail, avec toutes les œuvres d'assistance. Notre bureau central sera le grand office où les mutilés viendront euxmêmes chercher ou demander travail, appui, protection. Mais ce que nous voulons avant tout, c'est organiser la reprise du travail, et du mutilé qui fut un soldat héroïque, refaire un citoyen, un père de famille, un homme comme avant !
Quand la France victorieuse aura donné au monde la paix durable et féconde, dans la réfection de la vie nationale qui suivra, les mutilés seront doublement honorés, parce qu'ils contribueront comme tous à l'œuvre de réparation et de grandeur, et parce
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qu'ils auront donné un nouvel exemple de l'énergie nationale et de la vertu de la race.
Mariage d'un capitaine aveugle* — Une touchante cérémonie s'est déroulée à Saint-Cloud. Devenu aveugle à la suite d'une très grave blessure à la tête, le capitaine Henri Izaac, du 2e zouaves, actuellement en traitement à l'hôpital auxiliaire, épousait une infirmière de cet établissement, Mlle Marthe Babin, fille du lieutenant-colonel d'artillerie en retraite, réincorporé depuis la guerre.
Les témoins étaient : pour la mariée, Mme Jeanne Valton, infirmière générale, et Mme Jeanne Sarret ; pour le marié, le capitaine Léon Legros, du 4e zouaves, et le docteur Baratoux.
Le règlement allemand sur la nourriture des prisonniers. — Le Ministre des Affaires étrangères fait savoir, le 25 octobre, que le règlement allemand au sujet de la nourriture des prisonniers de guerre, vient d'être édicté à la suite des premières mesures de rétorsion prises par le Gouvernement français.
La ration journalière moyenne d'un prisonnier de guerre doit comporter :
i5 grammes d'albuminoïdes, 40 grammes de matières grasses, 475 grammes d'hydrates de carbone, le tout correspondant à 2700 calories, plus une augmentation de 10 pour 100 pour les prisonniers qui sont occupés à des travaux fatigants.
Le règlement allemand ne fixe aucun chiffre de grammes pour la ration journalière de la viande. Il dit, d'autre part, que, dans une règle générale, il convient de donner aux prisonniers, le matin une soupe contenant 100 grammes de substances solides; au repas de midi, soit un mélange contenant 5oo à 600 grammes de pommes de terre, soit 90 à 1 20 grammes de viande, soit 200 grammes de poisson, soit i5o grammes de soja ou de féveroles ou autres assaisonnements, 5oo grammes de légumes verts ou une proportion équivalente en légumes ou conserves.
Comme repas du soir, le Gouvernement allemand donne 5oo grammes de pommes de terre en robe de chambre et 40 grammes de margarine ou un hareng et du thé avec 5o grammes de sucre, ou un morceau de fromage de 100 à i3o grammes et un hareng; enfin, une soupe ou bouillie se composant par exemple de i5o grammes de riz avec 5o grammes de sucre.
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Le règlement allemand a provoqué de la part du Gouvernement français des observations en ce qui concerne la ration de pain et la ration journalière de viande.
Il a provoqué en outre des réclamations au sujet de Tinsuffisance manifeste du repas du soir tel qu'il est officiellement fixé par le Gouvernement allemand.
Quant à la nourriture fixée aux prisonniers de guerre français en Allemagne, les renseignements fournis par les médecins et infirmiers rapatriés, les grands blessés libérés, les rapports officiels des délégués de l'ambassade d'Espagne, montrent qu'elle varie dans une large mesure non seulement suivant la situation du prisonnier (malade ou blessé, travailleur, prisonnier inoccupé), mais aussi suivant le camp dans lequel ils sont internés.
Ces renseignements établissent d'autre part que les prisonniers malades ou blessés paraissent recevoir une nourriture variable, non seulement suivant leur état mais aussi dans des proportions insuffisantes.
En règle générale, la nourriture allouée aux prisonniers français est absolument insuffisante en quantité comme en qualité.
En particulier le taux moyen de la ration de viande ne dépasse pas respectivement 5o grammes et 3oo grammes par jour.
C'est ce qui justifie pleinement les réclamations que le Ministre des Affaires étrangères a adressées aux autorités impériales en leur annonçant que les rations de viande seront réduites au même taux pour la catégorie correspondante des prisonniers allemands en France à partir du 3o novembre prochain.
Prisonniers allemands en France. — M. Gomot, ancien ministre, écrit dans le Petit Journal :
L'emploi des prisonniers de guerre a été difficile à déterminer. C'était toute une organisation nouvelle et on a passé par d'interminables tâtonnements. L'administration de la guerre avait d'étranges préoccupations ; elle allait jusqu'à se demander si le travail des prisonniers était licite, suivant les règles de la Convention de La Haye. Scrupule bien exagéré avec une nation comme l'Allemagne qui foule aux pieds les traités internationaux et les règles universellement reconnues du droit des gens.
Au début, les prisonniers furent employés aux travaux d'utilité générale. Toutes ces entreprises furent menées avec succès, grâce à la discipline qui courbe les soldats des deux empires du
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centre. Des mois se sont écoulés avant qu'on prît le sage parti de les verser dans nos campagnes pour prendre part à tous les labeurs de la vie rurale. Je ne dirai pas ce qu'il a fallu de circulaires pour en arriver là. Espérons que nous n'en verrons pas éclore de nouvelles et que les captifs pris aux derniers combats seront mis à la besogne sans plus attendre.
La question du fractionnement, c'est-à-dire l'emploi des prisonniers par petits groupes ou individuellement, est celle qui préoccupe le plus les esprits, et, sur ce point, nous recevons des plaintes qui ne sont que trop justifiées. Nous ne voudrions pas faire de différence entre les grands domaines et lestènements parcellaires, mais tout le monde sait que la petite culture est celle qui a le plus besoin d'aide et on lui marchande les secours. Qu'on lui donne des prisonniers par escouades de dix et même de cinq, ce n'est pas suffisant; il importe de descendre au-dessous de ce chiffre, car en général les petits propriétaires ou fermiers demandent un ou deux ouvriers. Il existe une circulaire qui permet d'arriver à cette tolérance, mais nous pouvons affirmer qu'elle est rarement appliquée, ou qu'elle l'est dans des conditions qui la rendent précaire ou vaine. A quel mobile obéit l'administration? Ne pouvant fournir assez d'hommes de garde, elle redoute les évasions, nous a-t-elle répondu. Cette crainte nous paraît chimérique. Les évasions ne peuvent guère être tentées que la nuit, et pendant la nuit les prisonniers sont tous au cantonnement où la surveillance est sérieuse. S'il s'en produisait dans la journée, elles seraient immédiatement signalées. Du reste, ce ne sont pas les paysans silésiens, poméraniens ou autres, ignorants de notre langue, qui essayeraient de fuir. Il suffit de voir leurs figures béates pour se convaincre qu'ils sont heureux d'avoir échappé aux horreurs de la guerre. Quant aux officiers, ils ne sont jamais employés aux travaux agricoles.
Pas de quartier. — Le Bulletin des armées publie ces deux lettres trouvées sur les cadavres de soldats allemands.
24 septembre 1915.
... Le 14, nous avons pris d'assaut une tranchée française. A midi, l'attaque se déclenche. Notre capitaine se précipite en criant : « Marche! Marche! ».... Je sautai le premier dans la tranchée, qui était si pleine qu'on l'aurait crue remplie de puces. Nous n'avons pas fait de prisonniers. Il faut une bonne fois en finir avec cette vermine.
Cela nous a coûté beaucoup de sang....
29 septembre.
... Nous sommes actuellement au repos en Lorraine. Nous avons eu de grosses pertes. Le 14, nous avons pris d'assaut une tranchée française. Cela nous a encore coûté beaucoup de sang.
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Je croyais bien qu'il me serait impossible de passer sous le feu de l'ennemi. Votre Henri fut cependant le premier dans la tranchée française. Nous n'avons pas fait de prisonniers ; nous avons tout tué à la baïonnette en masse. Avec moi, il n'y a pas de merci : il faut en finir avec ces sales Français, les obliger à signer la paix ou tous les tuer.
Vingt et une déclarations de guerre. — C'est le chiffre du 28 juillet à aujourd'hui :
28 Juillet. — L'Autriche-Hongrie à la Serbie.
Ier Août. — L'Allemagne à la Russie.
3 — L'Allemagne à la France.
4 — L'Angleterre à l'Allemagne.
5 — L'Autriche-Hongrie à la Russie.
6 — La Serbie à l'Allemagne.
11 — Le Monténégro à l'Allemagne.
11 — La France à l'Autriche-Hongrie.
13 — L'Angleterre à l'Autriche-Hongrie.
23 — Le Japon à l'Allemagne. 28 — L'Autriche à la Belgique.
2 Novembre. — La Russie à la Turquie.
5 — La France à la Turquie.
5 — L'Angleterre à la Turquie.
7 — La Belgique à la Turquie.
7 — La Serbie à la Turquie.
24 Mai. — L'Italie à l'Autriche-Hongrie 21 Août. — L'Italie à la Turquie.
14 Octobre. — La Bulgarie à la Serbie. 16 — L'Angleterre à la Bulgarie.
On pourrait ajouter la guerre du Monténégro à la Turquie qui existe de fait bien que n'ayant fait l'objet d'aucun acte diplomatique.
Vingt-sept guerres sont en cours. — Après l'Italie, la Russie vient de déclarer la guerre à la Bulgarie.
La Russie va donc être en guerre, comme la France, l'Angleterre, la Serbie et le Monténégro, avec quatre puissances, ci : 20 guerres.
L'Italie se trouve en guerre avec l'Autriche-Hongrie, la Turquie et la Bulgarie : 20 et 3 = 23.
Le Japon est en guerre avec l'Allemagne et l'Autriche- Hongrie : 23 et 2 = 25.
La Belgique est en guerre avec l'Allemagne et l'Autriche- Hongrie 25 et 2 = 27.
Le Japon et la Belgique n'ont plus de relations diplomati-
ques avec la Turquie, mais ne sont pas en état de guerre avec cette puissance.
M. Pierre Loti aux tranchées. — M. Pierre Loti termine ainsi le récit d'une visite aux tranchées :
De ce réduit voûté où nous sommes en ce moment, et où il nous faut, pour regarder au dehors, soulever des œillères d'acier, on voit toujours le mail avec son herbe verte, le mail si tranquille dans la lumière atténuée du soir; on n'entend plus les Barbares, ils ne parlent plus, ni ne remuent, ni ne soufflent et on garde seulement la tristesse inquiète, je dirais presque la tristesse découragée de les sentir si près.
Mais pour reprendre espoir et joyeuse confiance, il suffit de rebrousser chemin dans ces boyaux, où le souper s'achève, au beau crépuscule. Là, dès qu'on est assez loin d'eux pour que nos soldats puissent librement causer et librement rire, on est tout de suite comme baigné de saine gaieté et de consolante, d'absolue certitude. Là est le viai réservoir de notre irrésistible force; là se trempent et se retrempent tous les meilleurs ressorts pour nos élans et pour notre finale victoire. Ce qui frappe dès l'abord autour de ces tables, c'est cette entente de si bon aloi et cette sorte de familiarité affectueuse entre les chefs et les hommes. Depuis longtemps nous pratiquions cela dans la marine, où les longs exils et les dangers partagés dans les nefs étroites nous rapprochent forcément les uns des autres; mais je ne pense pas que mes camarades de l'armée de terre m'en veuillent de dire que cette familiarité-là, si conciliable avec la discipline, est un peu plus nouvelle chez eux que chez nous. C'est l'un des bienfaits que leur réservait la guerre de tranchées, de les obliger ainsi à vivre plus près de leurs soldats, et de s'en faire aimer davantage encore. Ils connaissent à présent presque tous les camarades aux galons de laine, les appellent par leur nom, causent en amis avec eux. Aussi quand viennent les heures solennelles de l'assaut, quand, au lieu de les pousser par derrière à coups de fouet comme cela se ferait chez les sauvages d'en face, ils passent les premiers à la manière française, à peine ont-ils besoin de se retourner pour voir si tout le monde les suit. Ils sont bien assurés d'ailleurs que, s'ils tombent, ces humbles compagnons ne manqueront pas d'accourir au risque de tout, pour les défendre et tendrement les emporter. Or, c'est à cette guerre surhumaine et c'est surtout à la vie en commun, dans la tranchée, que nous sommes redevables de cette union qui nous grandit, redevables de ces réciproques dévouements sublimes devant lequels on serait tenté de plier le genou. N'est-ce pas aussi à la vie de tranchée et à ces longues causeries plus intimes entre les officiers et leurs hommes que nous devons un peu ces lueurs de beauté qui sont venues pénétrer toutes les intelligences, même les moins ouvertes et les plus frustes? Ils savent maintenant,
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nos soldats, jusqu'aux derniers d'entre eux, que notre France n'a jamais été si admirable et que sa gloire les illumine tous; ils savent qu'une race où se réveillent ainsi les cœurs, est impérissable, et que les pays neutres, même ceux qui semblent avoir sur les yeux les plus lourdes écailles, finiront un jour par voir clair et nous donner le beau nom de libérateurs.
Oh ! bénissons-les, nos tranchées, où se mêlent toutes nos classes sociales, où des amitiés se sont nouées qui hier n'eussent pas semblé possibles, où les « gens du monde » auront connu que l'âme d'un paysan, d'un ouvrier, d'un manœuvre peut se rencontrer aussi belle et noble que celle d'un très élégant seigneur, et plus intéressante même, par ce que plus prime-sautière et translucide, avec moins de placage autour.
Tranchées, boyaux, petits labyrinthes obscurs, petits souterrains pour la souffrance et l'abnégation, c'est là que ce sera tenue notre meilleure et notre plus pure école de socialisme. Mais par ce mot de socialisme, trop souvent profané, j'entends, comme bien on pense, le véritable, celui qui est synonyme de tolérance et de fraternité, celui enfin dont -le Christ était venu nous donner cette claire formule qui, dans sa simplicité adorable, résume toutes les formules : « Aimez-vous les uns les autres. »