‹ Trois mois de vacancesChapitre 4 sur 15 · APPARTEMENT DE GARÇON A LOUER EN GARNI · texte numérisé non relu

APPARTEMENT DE GARÇON A LOUER EN GARNI

Faites attention, messieurs, à cette circonstance ; APPARTEMENT DE GARÇON ! . . . La

haute opinion que la veuve Bardell avait de notre sexe et le souvenir de son mari la déterminèrent à ne prendre que des garçons! M. Bardell avait été garçon, ce fut à des garçons qu'elle ouvrit sa demeure!

A peine avait-elle placé l'écriteau a sa fenêtre qu'un homme se présenta et devint le locataire de la malheureuse veuve. C'était un de ces êtres habiles à s'insinuer dans le cœur le plus dur, un de ces monstres dont le regard fascine comme celui du

boa et qui n'ont qu'à ouvrir les bras pour que les femmes y tombent ; en un mot, notre adversaire, l'infâme Pickwick.

Ici le savant fit un bond de colère et voulut parler, mais son avoué le retint en l'avertissant tout bas que ce n'étaient là que des formes oratoires, des fleurs de rhétorique dont les avocats en renom ne manquaient jamais d'embellir leurs plaidoiries. Malheureusement Buzfuz avait aperçu le mouvement de Pickwick.

— Vos yeux me menacent en vain, s'écria-t-il en étendant les deux bras comme s'il eût voulu en faire un dévidoir : dût votre haine me poursuivre et me perdre, je dirai la vérité tout haut. L'avocat qui connaît son devoir ne craint personne que

Dieu et M. le président!...

Un frémissement d'admiration courut dans l'assemblée.

— Pendant deux ans, reprit Buzfuz, l'homme que vous voyez là habita chez la veuve Bardell, laissant à celle-ci le soin de le blanchir, de le servir et de le raccommoder. Il lui avait fait une promesse de mariage qu'il nie aujourd'hui; heureusement j'ai ici deux lettres qui ne permettent aucun doute et prouvent quelle intimité existait entre Pickwick et la demanderesse.

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