LE LIS DE SAINT-LEONARD EFFTE DEANS
( La prison d'Edimbourg. )
<( Effie Deans était d'une rare beauté ; son front, semblable à celui des statues grecques, s'ombrageait de cheveux noirs et bouclés, que retenait un snood de soie bleu ; sur ses traits pétillaient la joie ; sa jupe brune dessinait des formes sveltes quoique arrondies, et elle avait cette grâce de contours, cette aisance de mouvements
qui indiquent à la fois l'élégance des proportions et la santé de la jeunesse. »
Aussi, lorsqu'elle passait chaque matin sur la route ombreuse, marchant d'un pas si léger que son vase de lait semblait moins un fardeau qu'un ornement, le voyageur arrêtait involontairement son cheval pour la contempler; les vieux soldats qui gardaient les portes d'Edimbourg souriaient a son approche en disant : « Voici le lis de Saint- Léonard; et, en la voyant paraître, les jeunes gens des faubourgs poussaient des cris de joie, car sa présence seule était une fête. Les plus rigides cameroniens eux-mêmes s'oubliaient à la suivre d'un long regard, regrettant tout bas qu'une créature si belle fût fille d'Eve.
Quant à l'austère Davie Deans, il avait
placé dans ce dernier enfant toute sa gloire et toutes ses affections. C'était le rayon de soleil de son foyer, l'oiseau chantant qui égayaitle chaume de sa demeure.
Ainsi grandit Efïie, chérie et admirée de tous. Son enfance fut, comme celle des princes, non un apprentissage, mais un triomphe, et elle goûta toutes les récompenses de la vie avant d'avoir vécu.
Comment cette Ame ne se fut-elle point amollie dans sa félicité précoce? comment cette intelligence n'eût-elle point été troublée par l'ivresse du succès ? tant de charmantes paroles bruissaient aux oreilles d'Effie, tant de doux regards la caressaient 1...
Puis, au fond de l'austère cottage de Saint-Léonard, où ne retentissaient jamais
que les versets de la Bible, la brise apportait parfois le son de la cornemuse et les chants des jeunes filles dansant aux prairies ! Effie, accoudée à sa fenêtre, les écoutait rêveusement, et elle pensait qu'elle aussi, il lui eût été doux de se mêler aux joyeuses rondes, de voir les jeunes gens lui sourire, d'entendre dire à demi-voix qu'elle était belle! Alors, d'irrésistibles tentations lui venaient. Elle descendait le coteau timidement, arrivait jusqu'aux danses, honteuse et muette, refusait d'abord de s'y mêler, résistait encore ; puis , fascinée , cédait enfin.
En vain le repentir s'éveillait le lendemain ; Efïïe avait cueilli le fruit défendu 1 elle avait beau * faire un pli au feuillet de