‹ Trois pièces galantes [par] NozièreChapitre 15 sur 59 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

RUBIS, puis OPALE.

RUBIS, se contemple dans un haut miroir.

Il est cruel de ne pouvoir garder ces perles et ces pierreries qui me font plus belle. Vraiment, je suis un agréable spectacle. Je comprends la constance de ce jeune Grec qui demeurait penché sur une source pour contempler dans l'eau paisible son image.

OPALE, entrant.

Bonjour, sœur qui es plus radieuse que le soleil et plus fraîche que la rose.

RUBIS

Salut à toi, sœur qui es plus troublante que la nuit et plus mystérieuse que l'orchidée.

OPALE

La nuit te fut-elle douce? Le riche jeune homme qui t'adore a pris plaisir, je le vois, à te parer comme une idole.

RUBIS

Il a contemplé sur mes bras, sur mon cou, sur mes seins, la puissance de sa richesse. Je suis pour lui une divinité.

OPALE

La Fortune ! La déesse qui se tient en équilibre sur une roue. On ne peut lui prodiguer que des caresses prudentes.

RUBIS

J'étais sur mon lit.

OPALC

Pauvre Rubis!

RUBIS

Du moins le jeune poète Yéroum fut-il plus heureusement sacrilège? A-t-il eu le bon goût de ne pas respecter sa Muse?

OPALE

Hélas!

RUBIS

Es-tu, comme moi, peu satisfaite de cette nuit d'été ?

OPALE

Ah! qu'il est difficile d'être heureuse, ma sœur, et que les hommes sont égoïstes. Ils disent qu'ils nous adorent, mais ils ne songent qu'à leur art, leur métier, leur ambition. Nous avions résolu d'accueillir deux aimables amoureux

RUBIS

C'est qu'il est dur d'être veuve, à vingt ans.

OPALE

Et jamais cependant je ne me suis sentie aussi veuve que ce matin. Mais corrime tu es calme !

RUBIS

La fraîcheur des diamants apaise ma fièvre.

Rubis, Rubis, tandis que le petit Yéroum dont la figure est jolie soupirait faiblement auprès de moi, j'apercevais sous le clair de lune la colline aux pentes boisées. J'imaginais les vagabonds robustes qui dorment sous les arbres, les rudes bûcherons aux mains grossières et fortes.

RUBIS

Tu me fais rougir.

OPALE

Tu ne me comprends pas?

RUBIS

Mon âme est plus simple que la tienne. Je ne songe pas à m'abaisser jusqu'aux brutes.

OPALE

Il ne faut pas médire des brutes.

RUBIS

Aie du moins le souci du décor, ma sœur.

OPALE

Est-il un plus merveilleux décor d'amour que la forêt?

RUBIS

Nous devons redouter le plein air. Les poètes qui célèbrent les douceurs du lit de mousse sont dupes de leur imagination. La passion a besoin d'intimité et de luxe. Les bois ombreux ne valent pas une chambre.

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