SCÈNE IV
Les Mêmes — TURQUOISE entre brusquement.
TURQUOISE
Mes sœurs! Mes sœurs! Notre père revient. De ma terrasse j'ai aperçu ses navires qui s'avancent vers le port.
OPALE
Ne t'es-tu pas trompée, Turquoise?
TURQUOISE
Non! Non! J'ai reconnu le vaisseau qui a les reflets de l'opale, celui qui est rouge comme le rubis et celui qui est bleu comme la turquoise. Avant de vous porter cette nouvelle, j'ai longtemps observé la petite flotte qui glisse vers la terre. Voyez! Voyez! Déjà la foule court vers les quais pour saluer notre père bien-aimé, Mansour, le riche marchand!
RUBIS
Il te rapportera peut-être des pays lointains un mari digne de te plaire, petite Turquoise.
OPALE
Tu as dédaigné les jeunes gens de cette ville; mais tu seras séduite peut-être par la beauté dorée d'un homme minuscule né dans les îles orientales ou par l'harmonie noire d'un noble Africain.
TURQUOISC
Ne vous moquez pas de moi, mes sœurs. Est-il donc si
honteux de n'avoir pas connu l'amour?
Tu as dix-sept ans et ta froideur déconcerte l'opinion publique.
TURQUOISE
Ne me grondez pas aujourd'hui et laissez-moi me réjouir avec vous de revoir notre père.
OPALE
Il est parti depuis un an.
RUBIS
Son voyage semble avoir été heureux. Ses navires sont brillants.
TURQUOISE
Les voiles ont des reflets de soie.
RUBIS
Sur le pont, de riches tapis sont étendus.
OPALE
Déjà le vaisseau d'opale a jeté l'ancre.
TURQUOISE
Il est plus rapide que les autres. C'est celui qui porte notre père. Bientôt nous verrons son visage vénérable.
RUBIS
Il semble le dieu du temps et je ressens un respect presque religieux pour sa longue barbe blanche.
OPALE
C'est un solide vieillard. Il avait dépassé la cinquantième année quand il épousa notre mère.
Elle était très jeune, et pourtant il lui survit.
OPALE
Il est demeuré fidèle au souvenir de la morte.
RUBIS
J'entends les cris des esclaves qui entrent dans la cour.
TURQUOISE
Le père vénérable gravit les degrés.
OPALE
Voici le vieillard doux, grave et mélancolique.