‹ Trois pièces galantes [par] NozièreChapitre 25 sur 59 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les Mêmes, ROCK et YÉROUM apparaissant brusquement.

ROCK, à Rubis.

Misérable !

RUBIS

Vous êtes fou, je pense.

YéROUM, à Rock Calmez-vous, mon ami, calmez-vous.

ROCK

Je la tuerai !

YÉROUM, le retenant Je vous en prie !

RUBIS

Eh bien ! vous êtes de galante humeur !

ROCK

Ah ! ne raillez pas et n'essayez pas de me tromper par votre voix paisible et vos yeux innocents. Je vous ai vue. J'ai entendu vos tendres paroles.

RUBIS

Vraiment ?

ROCK

Votre conduite est infâme. Vous êtes une ...

RUBIS

Eh bien ? J'attends vos injures ! Voulez-vous me battre ? Il y a dans ce bois des lourdes branches. En dois-je chercher une ? Si vous voulez me tuer, prenez dans votre ceinture un poignard. Vais-je courber la tête sous vos outrages, vais-je crier sous les coups de bâton ou bien saigner sous les lames aiguës ? Mais peut-être ai-je auprès de moi un défenseur.

ROCK

Ah ! qu'il n'intervienne pas dans notre querelle !

LA BÊTE

Je ne dis rien. Je vous contemple avec admiration. Vous grincez des dents, vous grognez, vous gémissez, — et c'est moi qui suis la bête.

VÉROUM

Je vous en supplie : ne l'irritez pas !

LA BÊTE

Je n'ai pas l'intention de l'irriter. Il a toute ma sympathie.

RUBIS

Oh!

ROCK

Enfin, seigneur, n'ai-Je pas sujet d'être jaloux ? Je vois celle que j'adore ...

Vous m'adorez ?

ROCK

Celle que j'adorais... Je la vois vous offrir un collier que je lui avais donné.

LA BÊTB, tui remettant le collier.

Reprenez-le.

RUBIS

C'est le cas que vous faites de mes présents ?

LA BÊTE

Il n'est pas nécessaire qu'une belle-sœur fasse à son beaufrére des cadeaux somptueux.

ROCK

Comment ?

RUBIS, un peu dépitée.

Mais oui I Ne veut-il pas épouser Turquoise ?

ROCK

Cependant... tout à l'heure...

RUBIS

Eh quoi ! mon ami, n'avez-vous pas compris qu'une femme d'honneur ne veut pas être surveillée par celui qui prétend l'adorer?

ROCK

Vous saviez que je vous observais?

VéROUM

On s'est moqué de nous I

RUBIS

Je vous avais aperçu derrière les buissons d'azalées.

ROCK

Ah! méchante!

RUBIS

J'ai trouvé, pour me donner la réplique, un causeur très adroit et qui sait nous offrir l'illusion de la sincérité.

ROCK

Je vous demande pardon de ma brutalité.

RUBIS

Elle m'a prouvé la violence inattendue de votre amour. Allons! Injuriez-moi ! Achevez la phrase commencée : « Vous êtes une... »

ROCK

Vous êtes une...

RUBIS

Eh bien?

ROCK, lui baisant la main.

Vous êtes une femme.

RUBIS

Venez. (Revenant sur ses pas.) Ah ! seigneur, j'oubliais. Reprenez cet anneau que vous m'avez offert par jeu.

Gardez-le : c'est mon présent de fiançailles.

RUBIS

Merci.

(J^ock et Rubis sortent tendrement enlacés.)

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