SCÈNE V
Les Mêmes, ROCK et YÉROUM apparaissant brusquement.
ROCK, à Rubis.
Misérable !
RUBIS
Vous êtes fou, je pense.
YéROUM, à Rock Calmez-vous, mon ami, calmez-vous.
ROCK
Je la tuerai !
YÉROUM, le retenant Je vous en prie !
RUBIS
Eh bien ! vous êtes de galante humeur !
ROCK
Ah ! ne raillez pas et n'essayez pas de me tromper par votre voix paisible et vos yeux innocents. Je vous ai vue. J'ai entendu vos tendres paroles.
RUBIS
Vraiment ?
ROCK
Votre conduite est infâme. Vous êtes une ...
RUBIS
Eh bien ? J'attends vos injures ! Voulez-vous me battre ? Il y a dans ce bois des lourdes branches. En dois-je chercher une ? Si vous voulez me tuer, prenez dans votre ceinture un poignard. Vais-je courber la tête sous vos outrages, vais-je crier sous les coups de bâton ou bien saigner sous les lames aiguës ? Mais peut-être ai-je auprès de moi un défenseur.
ROCK
Ah ! qu'il n'intervienne pas dans notre querelle !
LA BÊTE
Je ne dis rien. Je vous contemple avec admiration. Vous grincez des dents, vous grognez, vous gémissez, — et c'est moi qui suis la bête.
VÉROUM
Je vous en supplie : ne l'irritez pas !
LA BÊTE
Je n'ai pas l'intention de l'irriter. Il a toute ma sympathie.
RUBIS
Oh!
ROCK
Enfin, seigneur, n'ai-Je pas sujet d'être jaloux ? Je vois celle que j'adore ...
Vous m'adorez ?
ROCK
Celle que j'adorais... Je la vois vous offrir un collier que je lui avais donné.
LA BÊTB, tui remettant le collier.
Reprenez-le.
RUBIS
C'est le cas que vous faites de mes présents ?
LA BÊTE
Il n'est pas nécessaire qu'une belle-sœur fasse à son beaufrére des cadeaux somptueux.
ROCK
Comment ?
RUBIS, un peu dépitée.
Mais oui I Ne veut-il pas épouser Turquoise ?
ROCK
Cependant... tout à l'heure...
RUBIS
Eh quoi ! mon ami, n'avez-vous pas compris qu'une femme d'honneur ne veut pas être surveillée par celui qui prétend l'adorer?
ROCK
Vous saviez que je vous observais?
VéROUM
On s'est moqué de nous I
RUBIS
Je vous avais aperçu derrière les buissons d'azalées.
ROCK
Ah! méchante!
RUBIS
J'ai trouvé, pour me donner la réplique, un causeur très adroit et qui sait nous offrir l'illusion de la sincérité.
ROCK
Je vous demande pardon de ma brutalité.
RUBIS
Elle m'a prouvé la violence inattendue de votre amour. Allons! Injuriez-moi ! Achevez la phrase commencée : « Vous êtes une... »
ROCK
Vous êtes une...
RUBIS
Eh bien?
ROCK, lui baisant la main.
Vous êtes une femme.
RUBIS
Venez. (Revenant sur ses pas.) Ah ! seigneur, j'oubliais. Reprenez cet anneau que vous m'avez offert par jeu.
Gardez-le : c'est mon présent de fiançailles.
RUBIS
Merci.
(J^ock et Rubis sortent tendrement enlacés.)