SCÈNE VI
LA BÊTE, YÉROUM
YÉROUM
Permettez-moi de vous féliciter?
LA BÊTE
Pourquoi ?
YÉROUM
Vous avez agi en galant homme.
LA BÊTE
Vous m'effraye2.
YÉROUM
Vous avez aidé Rubis à mentir : c'est très bien!
LA BÊTE
Elle a voulu exciter la jalousie de celui qu'elle aime...
YÉROUM
Oh! non! je ne suis pas aussi simple que Rock. Je suis clairvoyant, subtil. Je connais les femmes. Tout à l'heure elle était sincère quand elle causait seul à seul avec vous.
Vous dites que vous connaissez les femmes et vous affirmez qu'à un moment précis l'une d'elles est sincère!
YéROUM
Il y a des accents qui ne nous trompent pas. Rubis était prête à vous aimer.
LA BÉTC
Elle fut peut-être vaguement attirée par mes richesses...
VéROUM
Vous voulez être aimé pour vous-même?
LA BÉTB
Oui!
VéROUM
Mais, seigneur, la femme est charmée par nos qualités, par les joies qu'elle peut en tirer. Un lutteur est adoré pour sa force, un poète pour son imagination, un comédien pour sa gloire, un millionnaire pour son or. Chacun d'eux est chéri pour l'avantage qu'en obtiendra sa maltresse. Les femmes sont, comme nous, égoïstes. Efforçons-nous de n'être pas trop vaniteux.
LA BÊTE
Votre indulgence doit plaire à la charmante Opale. Elle vient vers nous et vous cherche sans doute.
YéROUM
Je ne veux pas qu'elle me rencontre.
LA Bftre Pourquoi ?
Ma chevelure est mal ondulée. Les plis de ma tunique ne sont point parfaits. Mes ongles ne sont pas assez roses. Je dois réparer le désordre de ma toilette.
LA BÉTC
Restez I
YéROUM
Non ! non ! Je risquerais de perdre sa tendresse et mon prestige en paraissant devant elle avec une ceinture nouée si pauvrement.
(ii sort en hâte.)