SCÈNE X APHRODITE, LA COMÉDIENNE
APHRODITE
Je voudrais savoir, ma fidèle, pourquoi tu fes montrée si douce, si tranquille, si aimante en apprenant la ruine de cet individu.
LA COMéDIENNB
Je pensais que c'était une épreuve. Je ne pouvais croire qu'il fût devenu pauvre en quelques minutes. J'avais intérêt à lui prouver mon désintéressement. C'était une occasion unique.
C'est bien ce que j'avais imaginé. Mais je n'en étais pas sûre. Ah! tu ne manques pas de sang-froid.
LA COMÉDIENNE
Je sais mon métier.
APHRODITE
Tu le tiens bien!
LA COMÉDIENNE
C'est ma revanche. J'ai connu la misère...
APHRODITE
Quand tu l'as rencontré?
LA COMÉDIENNE
Oh non! A ce moment je n'étais pas sans ressources. J'ai employé, comme tant d'autres, l'habit de la pauvre glaneuse; mais j'avais déjà des bijoux. C'est avant... quand j'ai débuté...
APHRODITE
Serais-tu devenue insensible?
LA COMÉDIENNE
Peux-tu le croire? J'ai eu bien des caprices.
APHRODITE
Tu me plais. Je voudrais exaucer un de tes vœux.
LA COMÉDIENNE
Je voudrais, — et c'est le rêve de toutes mes amies, — avoir auprès de moi un être jeune, ardent, libre de tout préjugé, exempt de jalousie. Il viendrait quand je l'appellerais. II me charmerait par sa grâce et par sa joyeuse ardeur. Ce serait presque un animal familier que je caresserais et qui me le rendrait bien.
APHRODITE
Je vais te donner ce que tu désires. (Elle prend la flûte que le jeune Faune a laissée sur le lit de roses et elle joue un air.)