SCÈNE XI
Les Mêmes - LE FAUNE ÉLÉGANT, puis LA NYMPHE et LE FAUNE RUDE.
Le Faune élégant va, sans hésiter, vers la Comédienne. Pendant cette scène Aphrodite se retire au fond du théâtre. Elle contemple l'action et n'y prend point part.
l'éléqant
Une douce musique m'appela vers ta beauté. Est-ce toi, chère inconnue, qu'un destin favorable unit à ma jeunesse? Depuis des mois, je te poursuis sans t'avoir vue! Je cours dans les taillis, dans les bois, à la chasse de mon rêve. Es-tu la forme vague qui toujours fuyait devant moi? Est-il vrai que je te saisisse?
LA COMÉDIENNE
Je t'espérais!
l'éléqant
Oui, c'est toi ! Je voulais tes yeux rieurs, menteurs aussi,
tes lèvres joyeuses et gourmandes, ton nez qui frémit et qui
respire ardemment toutes les ivresses, ta chair douce, saine, lumineuse.
LA COMÉDIENNE
Je t'espérais. O mon petit amant, tu me suivras vers ma demeure. Elle est entourée d'arbres anciens qui descendent majestueusement jusqu'au rivage. Quand tu seras fatigué d'être dans la maison, tu bondiras dans les fourrés ou tu rêveras à l'ombre des pins, étendu sur la mousse. Je ne fenfermerai pas dans ma chambre comme dans une cage. Tu seras libre dans mes bras. Mon amour ne te sera pas une prison.
L'étiOANT
Viens!
LA COMÉDIENNE
Oui, serre-moi contre ton corps de bête et donne-mol tes yeux où brille la pensée.
L'éLéOANT
Tu es bien?
LA COMÉDIENNE
Je suis si bien qu'il me semble que je t'adore.
Ils s^ éloignent enlacés. Au moment où ils vont sortir entrent, enlacés, le Faune rude et la Nymphe.
Le RUDB
Il ne faut point partir sans nous.
LA NYMPHE
Nous vous faisons cortège.
LE RUDE
Elle a senti que je l'atmais
LA NYMPHE
Oui, là-bas, sur l'herbe douce.
LE RUDE
Mes sentiments furent si violents que des perles de sa
tunique se sont détachées.
LA NYMPHE
Elles ont glissé dans l'herbe douce. Mais je ne les regrette pas.
LA COMÉDIENNE
Venez !
Les deux couples sortent.