NANA, GEORGES NANA
Allons ! je lâche tout, je disparais... J'aime mieux ça. Pas même besoin de faire des malles ! (Elle se tourne et aperçoit Georges.) Georges !
GEORGES, très pâle.
Tu avais raison de me défendre ta porte, mais tu aurais dû la faire mieux garder, pour que je ne puisse te surprendre ainsi.
NANA
Voyons, je suis pressée... Oui, je suis avec ton frère. Maintenant, est-ce fini? Va-t'en!
GEORGES
Depuis deux jours, j'ai tant pleuré, que je n'ai plus de colère... Oh! laisse-moi te dire. Bientôt, je ne te tourmenterai plus... Je ne souffrais pas tant des autres. Mais, de mon frère, vois-tu, c'était une torture atroce. Vous me sembliez commettre un crime ensemble... La nuit dernière, votre image m'a éveillé. Dans une fureur jalouse, j'ai pris un couteau et je suis descendu nu-pieds pour tuer Philippe... Des larmes m'ont aveuglé. Non! ce n'est pas lui qui doit mourir.
NANA
Mon pauvre enfant, sois raisonnable. Tu vois que, moi aussi, je te parle sans irritation... Tu as voulu une chose impossible. Je t'avais prévenu, je ne t'ai rien promis... A ton âge, on se console facilement. Tu trouveras d'autres femmes.
GEORGES
Je n'aime que toi et je n'aimerai jamais que toi.
NANA
Laisse-moi passer, il faut que je sorte... Je t'assure que, si tu savais pourquoi,, tu ne me retiendrais pas.
GEOBGES.
Je le sais, je vous ai entendus. Mon frère t'attend à
quelque rendez-VOUS... (Il est près du guéridon, il prend les ciseaux de Nana. qu'il garde cachés dans sa main.) Nana, il faut que tu
choisisses entre mon frère et moi.
NANA, se dirigeant vers la porte de la chambre.
Tu recommences, nous allons nous fâcher.
GEORGES
Nana, mon frère ou moi.
NANA
C'est exaspérant à la fin, je ne réponds plus.
(Elle fait un nouveau pas vers la chambre.) GEORGES.
Alors, tu as choisi, tu aimes mon frère?... Eh bien ! moi, je t'aime et j'en meurs 1
(Il se frappe en pleine poitrine avec les ciseaux, au moment où Naua se retourne.)
NANA, se précipitant.
Il s'est tué!... Veux-tu finir, méchant gamin! Ah! mon Dieu ! ah ! mon Dieu !
GEORGES, tombé sur le canapé, balbutiant.
Tu te rappelles, Nana, à la Mignotte ?
NANA, la tête perdue.
11 s'évanouit... Mais que faire? Il faut courir !... (Comme
elle court vers la porte du fond, elle aperçoit madame Hugon qui monte, et
elle recule épouvantée.) Sa mère ! sa mère chez moi ! Ah !
qu'elle ne l'aperçoive pas ! (Elle se met devant la canapé.)