SCÈNE XII LES MÊMES. BERTHE, HORTENSE
HORTENSE
Nous nous sommes mises à notre aise.
Ah bien! ce que notre chambre est froide! ça vous gèle les morceaux dans la bouche. Ici, au moins, on a
fait du feu, aujourd'hui. (Toutes deux vont se mettre contre le poêle, en achevant de manger.)
MADAME JOSSERAND, continuant la querelle avec son mari, comme si ses filles n'étaient pas entrées.
Je veux qu'on me coupe la tête, si j'use encore une paire de gants pour les marier!... A votre tour!
JOSSERAND, également furieux.
Parbleu! madame, maintenant que vous les avez promenées et compromises partout ! Mariez-les , ne les mariez pas, je m'en fiche !
MADAME JOSSERAND
Et moi donc! je m'en fiche plus encore, monsieur! Je m'en fiche tellement que vous pouvez partir avec elles et ne plus revenir... Ah! Seigneur! quel débarras!
Un silence.) BERTHE, mangeant toujours.
Vous avez bien tort de vous disputer... Maman se fait du mauvais sang, et papa sera encore malade demain à son bureau.
HORTENSE
11 me semble que nous sommes assez grandes pour nous marier toutes seules.
m TRolS PIECES.
MADAME JOSSERAND
Je te conseille de parler... Le capitaine Verdiër, n'estce pas? Jamais il ne t'épousera.
HORTENSE
Ça, c'est mon affaire.
MADAME JOSSERAND. k son mari.
Vous l'entendez?
JOSSERAND
Hortense, je t'avais priée de ne plus songer à ce mariage... Tu sais que la famille du capitaine refuse son consentement.
HORTENSE
Qu'est-ce que cela fait?... Il m'aime. J'attendrai.
MADAME JOSSERAND
Grande sotte qui croit à l'amour!
HORTENSE
Ah! ne tombe pas sur moi, maman!... J'ai fini mon lapin, j'aime mieux aller me coucher... (Elle reprend le bougeoir, et ajoute à la porte fl Puisque tu n'arrives pas à nous marier, il faut bien nous permettre de le faire nousmêmes. Elle sort par le fond.)