‹ Trois pièces tirées des romans et précédées chacune d'une préface de Emile ZolaChapitre 178 sur 239 · JOSSERAND, CAMPARDON · texte numérisé non relu

JOSSERAND, CAMPARDON

BERTHE

Écoute, mon petit oncle Bachelard.

HORTENSE

Écoute bien.

BACHELARD. J écoute. Elles l'amènent à gauche et l'assoient sur le canapé.)

(".'est ta fête, n'est-ce pas?... Eh bien! le jour de sa fête, on donne quelque chose.

HORTENSE

Tu comprends, cette fois?

BACHELARD.

Oui, oui.

BERTHE

Et tu vas nous donner vingt francs.

BACHELARD, bégayant.

Hein? vingt francs!... Pourquoi vingt francs?

BERTHE

Bon! ça recommence... Tu sais très bien ce que c'est que vingt francs. Donne-nous-les. et nous t'aimerons. oh! nous t'aimerons tout plein!

JOSSERAND, révolté.

C'est assez... Laissez votre oncle tranquille.

MADAME JOSSERAND

Pourquoi donc?... Elles s'amusent, ces chéries. Si Narcisse veut leur donner vingt francs, il est bien libre.

BACHELARD, à ses nièces.

Ah! c'est vingt francs que vous voulez! mais je ne les ai pas, vrai!... Demandez à Trublot. N'est-ce pas? Trtiblot, j'ai oublié ma bourse. Tu as dû payer au café.

TRUBLOT, bas à Octave.

Le vieux filou! Toutes les fois que sa famille lui parle d'argent, il bégaye... (Haut.) Fouillez-le! Dans la poche du gilet !

BERTHE

Ah ! tu vois ! (Elles fouillent dans la poche de son gilet, l'une à droite l'autre à gauche.)

BACHELARD, se débattant, en riant.

Finissez! vous ne trouverez rien.

BERTHE, avec un cri de victoire.

Je les ai !... (Elle montre une pièce de vingt francs.) Merci, mon

oncle !

HORTENSE

Merci ! (Toutes deux l'ont quitté et regardent la pièce. Bachelard a l'air très vexé.)

MADAME JOSSERAND, émue.

Ces pauvres petites!... (a octave.) Vous voyez, elles ne connaissent que les joies de la famille.

CAMPARDOX.

Et pleines de talents !

MADAME JOSSERAND

MonsieurCampardon, vouslesflattez. J'espère que Berthe osera chanter quoique chose devant monsieur Mouret... A propos, monsieur Trublot, avez-vous apporté votre flûte?

TRUBLOT.

Ma flûte, certainement... Oh! je n'en joue qu'en amateur, et seulement dans les maisons où l'on me met à

1 aise. Madame Josserand continue à causer bas avec Octave et Trublot. Bachelard, resté sur le canapé, s'y endort.)

CAMPARDON

Ah! cher monsieur Josserand, vous me devez une revanche au piquet, car vous m'avez battu mardi dernier.

JOSSERAND

A votre disposition, tout à l'heure.

MADAME JOSSERAND, haut.

J'oubliais, messieurs... Si vous désirez fumer, avant que le monde arrive, vous pouvez passer dans la chambre de mon mari.

OCTAVE

Nous allons abuser de la permission, madame... Venez-vous, Campardon?

CAMPABDON.

Justement, j'ai des cigares de contrebande... (il sort un

étui à cigares, qu"il présente à Octave et à Trublot. Pendant ce temps, Josserand s'est approché de sa femme et lui montre Bachelard endormi.)

JOSSERAND, bas.

N'est-ce pas une honte? A table, il s'est conduit abominablement. Je ne sais comment vous avez le courage de le montrer.

MADAME JOSSERAND, sentencieusement.

Un parent qui a de l'argent n'est jamais déplacé dans une famille où il y a des demoiselles à marier.

TRUBLOT. bousculant Bachelard.

Eh ! l'oncle ! on va fumer!

BACHELARD, s'éveillant en sursaut.

Tiens! je m'endormais!... On va fumer, j'en suis!

MADAME JOSSERAND, sévère.

Narcisse, j'ai un mot à te dire. Reste, je te prie.

TRl'BLOT, à part.

Pincé, l'oncle! (Il sort avec Octave et Campai-don., BACHELARD, a part.

L'histoire de la dot. Attention!

Page 1