SCÈNE IV
JOSSERAND. MADAME JOSSERAND, BACHELARD. BERTHK. HORTENSE
JOSSERAND, bas à sa femme.
A quoi bon? tout ça ne servira à rien.
MADAME JOSSERAND, bas.
Laissez-moi donc faire!... (Elle fait rasseoir cérémonieusement Bachelard sur le canapé, se met près de lui. tandis que son mari prend un^
chaise. Haut.) Narcisse, nous voilà en famille, et je crois nécessaire d'avoir un entretien décisif.
HORTENSE, bas à Berthe.
Encore ton mariage.
BERTHE, haut.
Maman, devons-nous nous retirer?
MADAME JOSSERAND
Je n'en vois pas la nécessité immédiate. Quand vous
devrez Sortir, je VOUS avertirai... (Lorsque ses deux filles se sont
assises. près dupiano, elle continue.) Narcisse, nous espérons enfin arriver à marier Berthe.
BACHELARD.
Ah! vous avez trouvé? Sans doute monsieur Auguste Vabre, le beau-frère de votre propriétaire, ce gros garçon à qui appartient en bas le magasin de soieries?
MADAME JOSSERAND
Non, monsieur. Auguste Vabre, n'en finit pas de se
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déclarer. On ne peut guère compter sur lui... Il s'agit de monsieur Mouret. En voilà un qui mord! Nous le tenons, celui-là!
BERTIIE.
Pas tant que ça, maman. Il ne me regarde seulement pas. Ça ratera encore, tu verras!
MADAME JOSSERAND
Taisez-vous ! Il suffit que nous lui plaisions, nous! Quant à monsieur Auguste Vabre, pour dire un dernier mot de lui. il ne mirait que médiocrement. Je le crois assez mal dans ses affaires, d'un esprit borné et d'une santé médiocre, lia des migraines abominables qui ne le quittenl presque jamais... En un mot, un parti détestable.
TOUS
Ah! oui!
Cependant, si l'autre nous échappait, il serait encore très bien.
BERTIIE, se révoltant.
Par exemple ! jamais je ne l'épouserai !
MADAME JOSSERAND, se levant.
Faites-moi le plaisir de sortir, maintenant. Allez avec votre sœur voir si Adèle a fini de ranger la salle à manger.
HORTENSE. à demi- voix, en se dirigeant vers la porte.
Ah! si c'était moi!
MADAME JOSSERAND
Hein? c'est Hortense qui ronchonne à présent! Vas-tu t'en prendre à moi, si Verdier nous a fait dire qu'il ne viendrait pas ce soir?
HORTENSE, aigrement.
Je sais pourquoi... Ça n'empêche pas que je l'aurai, et sans l'aide de personne, et plus tôt que tu ne le crois,
maman ! (Elle sort derrière Berthe. Josserand s*est levé, il remonte avec madame Josserand pour réprimander sa fille. Pendant ce temps, Bachelard quitte le canapé et va s'endormir dans un fauteuil, près de la cheminée.)
POT-BOTILLE. 381