SCENE XIV
BERTHE. AUGUSTE. BACHELARD, endormi.
BERTHE, après une hésitation.
J'aime mieux en finir... s approchant.) Monsieur Vabre...
AUGUSTE, tournant la tête.
Ça me tient là... [Reconnaissant Berthe.) Oh ! pardon, mademoiselle. Il se lève.)
BERTHE, lui présentant la tasse.
Votre tasse...
AUGUSTE
Merci, je n'en prends jamais.
BERTHE
11 a été préparé pour vous... C'est moi qui l'ai sucré.
AUGUSTE
Alors, je le boirai... n boit et se brûle.) Ah! qu'il est chaud!
BERTHE, etourdiment.
Vous le demandiez brûlant tout à l'heure.
AUGUSTE, étonne.
Moi !
BERTHE, à part.
Non, c'était l'autre!... (Haut.) Si vous désirez encore du sucre?
AUGUSTE
Oh ! non ! oh ! non ! un vrai sirop !... n l'avale en faisant la -limace.) Il est parfait.
BERTHE, voulant lui prendre la tasse.
Donnez, que je vous débarrasse.
AUGUSTE
Mademoiselle, je ne souffrirai pas... Tous deux font assaut
de politesse pour aller poser la tasse sur la table de jeu, puis il recule, en
redescendant, a part.) Comme elle me regarde !
BERTHE, très aimable.
Et votre migraine, est-ce tout à fait fini?
Hélas! elle augmente... Les fortes émotions ne mo
AUGUSTE
3lle augmenti valent rien.
Ah! vous avez eu une forte émotion? (Elle lui adresse le
sourire en cœur, que sa mère lui a appris. Tous deux s'assoient près du piano.)
Mtë TROIS PIECES.
AUGUSTE, se troublant.
Une émotion forte, mais bien douce... Oui, je suis très impressionnable, ayant vécu à l'écart, toujours dans les chiffres. Les personnes de votre sexe me portent à la tête,
Car j'en ai Si peu COnnU... Ellecontinuealuisourirefixement.il
se trouble de plus en plus.) Vous êtes si charmante, n'abusez pas, mademoiselle.
BERTHE
Mais c'est très aimable, ce que vous me dites là!... Les gens timides sont, dit-on, les plus tendres... Elle a pris
son éventail et le laisse tomber.' Maladroite ! AUGUSTE, se précipitant.
Laissez-moi. je vous prie...
BERTHE
Non, non. ne vous donnez pas cette peine... (il Un remei
l'éventail, leurs mains se rencontrent. Tous deux se lèvent.) NrailllOnt.
vous êtes d'une fougue!
AUGUSTE, à part.
Elle a une main d'une douceur! Ça m'a répondu là.
Il porte la main à son crâne. Un silence. Tous deux sont pris d'un rire embarrassé,
BERTHE. brusquement.
Vous semblez aimer beaucoup la musique, monsieur Vabre?
AUGUSTE, se rapprochant.
Beaucoup!... Seulement, vous savez, la grande musique, ce n'est pas mon affaire. Il me faut des choses qui remuent l'âme... Je vais souvent à l'Opéra-Comique.
BERTHE
Moi aussi.
AUGUSTE
Quand on est toute la journée dans les étoffes, on a besoin, le soir, d'échapper aux tracas du commerce...