‹ Trois pièces tirées des romans et précédées chacune d'une préface de Emile ZolaChapitre 230 sur 239 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

MADAME JOSSERAND. BERTHE, HORTENSE, puis ADÈLE

MADAME JOSSERAND, redescendant.

A la grâce de Dieu!... Il y a huit jours qu'on me force à mentir. Je ne puis en faire davantage. Il faudra bien qu'il apprenne tout, si le dernier effort que je vais tenter ne réussit pas. Narcisse a juré de m'apporter la dot de cinquante mille francs ce matin, j'ai écrit à Auguste une lettre conciliante, et j'espère encore arranger les choses. . . (Adèle rentre.) Adèle, débarrassez ce guéridon... Tu ne finis pas ton café, Hortense?

110RTENSE.

Non, merci, maman... Et toi, Berthe? (Elle va s'asseoir près

de Berthe, sur le canapé.)

BERTHE

Merci... Je me forçais, quand papa était là.

MADAME JOSSERAND, qui suit Adèle des veux depuis un instant.

Approchez... Que mangez-vous donc?

ADÈLE, la bouche pleine.

' Bien, madame.

POT-BOUILLE. i60

MADAME JOSSBRAND.

Comment, rien!... Vous mâchez, je ne suis pas aveugle. Oh! vous aurez beau vous creuser les joues!... Il y a un quart d'heure que je vous vois sortir des choses de votre poche. Montrez un peu... Qu'est-ce que c'est que ça?

ADÈLE, devenant insolente.

Des pruneaux, madame.

MADAME JOSSERAND

Ah! vous mangez mes pruneaux! C'est donc ça, qu'ils filaient si vite! Vous êtes un gouffre, ma fille, Je ne peux plus seulement laisser traîner une pomme de terre.

ADÈLE

Donnez-moi à manger, je ne leur dirai rien, à vos pommes de terre.

MADAME JOSSERAND

Taisez-vous, répondeuse... Oh! je sais, ce sont les autres bonnes de la maison, qui vous gâtent. Vous n'allez plus à la messe, et vous volez maintenant !

ADÈLE

Quand j'étais honnête, fallait pas abuser. C'est fini.

MADAME JOSSERAND

Assez!... Je vous chasse!

ADÈLE

Ma foi, madame, c'est tout ce que je demandais.

MADAME JOSSERAND

En attendant tàch,ez de faire poliment votre service... Mon frère va venir, vous l'introduirez.

ADÈLE

Monsieur Bachelard, mais il est à la noce, ce matin.

MADAME JOSSERAND

A la noce! Que racontez-vous là?

ADÈLE

Lisa m'en parlait à l'instant par la fenêtre. C'est ce matin que monsieur Bachelard marie mademoiselle Fifi, à laquelle il donne cinquante mille francs de dot.

MADAME JOSSERAND

Cinquante mille francs!... (a part.) Les voilà, les cinquante mille francs ! et il les donne à mademoiselle Fifi !

ADÈLE

Toute la maison en cause... (a part.) Je voulais te mettre ça dans la main.

MADAME JOSSERAND

C'est bon, sortez !

ADÈLE

Madame me retiendra mes huit jours. Je pars ce soir, j'ai une autre place, et plus agréable que chez Madame.

MADAME JOSSERAND, à demi-voix.

Je la connais, votre place. Dire que vous avez débauché jusqu'au propriétaire de la maison! C'est donc vrai qu'il vous a meublé un appartement?

Et il m'en a donné la clef tout à l'heure... (a part, montrant la clef.) Enfin, on me la donne !

MADAME JOSSERAND

Sortez, dévergondée !

ADÈLE à la porte, haut.

Je ne suis pas mariée, moi! je n'ai trompé personne.

(Elle sort.)

POT-BOUILLE. Ml

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