RANA
Non. sois tranquille... Tu sais que j'ai un enfant. Oh! mais, c'est un gaillard! Il y a six ans déjà, mon petit Louiset.
MADAME LERAT
N'est-il pas resté chez sa nourrice, près de Rambouillet
NANA. 21o
NANA
Oui... Je n'étais jamais sûre du lendemain, et il était nieux chez cette femme. Mais quel crève-cœur, chaque bis que je reviens seule de là-bas ! J'en pleure comme une bête en chemin de fer... La dernière fois, il s'est pendu à mon cou, ce cher mignon, en criant : « Je veux m'en aller avec maman! je veux m'en aller avec ma man ! » Et il a des petites mains, et il est tout rose, avec des cheveux blonds qui frisent!
MADAME LERAT
Le chérubin!
NANA
Alors, la soirée d'hier me décide. Maintenant que j'ai une position sérieuse, je reprends Louiset... Tu vas aller le chercher.
MADAME LERAT
C'est d'une bonne mère. Je savais bien que ma nièce avait du cœur!... Tu le garderas avec toi?
NANA
Je ne peux pas. Mais je te le confierai, et j'irai le voir chez toi, tant qu'il me fera plaisir.
MADAME LERAT, gênée.
Chez moi, c'est bien petit.
NANA
Tu déménageras... Je payerai ton logement et je te donnerai cent francs par mois.
MADAME LERAT, ravie.
Cent francs! Ah! oui, tu as du cœur, ma nièce! Va, je ne veux pas savoir de qui il est, ce gamin, mais je le soignerai comme s'il était le fils d'un prince.
NANA
Voici l'adresse de la nourrice... Je lui dois trois cents francs que tu lui remettras.
2i€ TROIS PIECES.
MADAME LERAT, qui s'est levée.
Donne.
NANA, riant.
Comme tu y vas! Je n'ai pas dix francs à la maison... Mais sois sans crainte. Tout à l'heure, j'irai demander une avance à mon directeur, qui ne peut me la refuser.
Alors, je t'attendrai et je ne me rendrai à Rambouillet
que demain.
NANA
C'est Cela... Ah! voici le Coiffeur... [A Francis qui entre.)
Toujours en retard, Francis !