FRANCE
Mille pardons!... Aujourd'hui, c'est votre faute.
NANA
Comment ! ma faute? (Elle s'est assise,et il la coiffe. FRANCIS.
Certainement... On a su que j'étais votre coiffeur: et. ce matin, mon salon n'a pas désempli de gens qui venaient me demander sur vous des détails, des renseignement^.. Ah! vous allez en recevoir des visites, cette après-midi!... Je parie que vous n'avez pas Iule journal?
MADAME LERAT
Ce journal, le Petit Journal ?
FRANCIS
Mai- non : te Figaro!
NANA. 217
NANA
Il y a un article? déjà!... Je vais l'envoyer chercher.
FRANCIS
Inutile! j'ai apporté le numéro. (Il tire un numéro de sa poche. NANA.
Oh! lis-moi ça, ma tante.
MADAME LERAT, qui a mis ses lunettes.
Voyons, voyons... (Elle lit.) « 14 mai 1867. »
NANA, l'interrompant.
Eh! non, plus loin!
MADAME LERAT, reprenant.
« Première représentation : La Blonde Vénus. »
FRANCIS
Non! c'est l'article sérieux. Ne lisez pas ça... Plus loin, la Soirée Parisienne, (il achève de coirter Nana.)
MADAME LERAT, lisant.
« La débutante, que l'affiche appelle simplement Nana, « sera célèbre demain, car nous venons certainement « d'assister au lever d'une étoile... »
NANA
Une étoile ! ah, ma tante !
MADAME LERAT
Une étoile!... C'est ta pauvre mère qui serait heureuse! ( A Francis.) Pardon, monsieur. (Elle va embrasser Nana.
puis se rassoit.) Où en étais-je?
NANA
Au lever d'une étoile.
Une étoile, c'est ça... (Lisant.) « Impossible de jouer avec moins de talent... » Hein!
FRANCIS
Cane fait rien! ça ne fait rien! ça n'a pa- d'importance! Continuez.
MADAME LERAT, lisant.
... de jouer avec moins de talent le rôle principal de la pièce. Mais le charme et la beauté fulgurante de la Ténus nouvelle sont tellement indiscutables, que tout Paris... »
NANA
Donne, donne, ma tante! tu lis trop lentement. (hi« lui
arrache le journal.)
FRANCIS
Le charme, la beauté, voilà ce qui est important!...
Avec un article pareil, Madame est lancée. Paris est à elle!
MADAME LERAT. très attendrie.
Ah! le ciel me devait bien ça pour tous les malheurs que j'ai eus. Ce sera la consolation de mes vieux jours.
NANA, repliant le journal.
Très aimable, ce journaliste... Je me le ferai présenter.
FRANCIS
Madame est coiffée... (Nana se lève.) J'aurai l'œil sur les journaux du soir. Comme je passe dans la rue vers quatre heures, si Madame avait besoin de quelque chose, je pourrais monter.
NANA
Alors, apportez-moi un paquet de poudre de riz.
FRANCIS
Bien !
NANA, le rappelant.
Et une livre de pralines de chez Boissier. [Francis salue et
par la porte du fond. Zoé paraît à la porte de gauche.