‹ Trois pièces tirées des romans et précédées chacune d'une préface de Emile ZolaChapitre 97 sur 239 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

NANA. MADAME LERAT, ZOÉ, puis MADAME MALOIH

ZOÉ

Madame, c'est madame Maloir.

NANA

Eh bien ! qu'elle entre !

MADAME MALOIR, entrant.

Ma chère Nana. j'ai tenu à vous féliciter, ce matin

même. (Saluant madame Lerat.) Madame!

MADAME LERAT, saluant.

.Madame!

NANA, les présentant.

Madame Lerat, ma tante... Madame Maloir, mon amie.

TOUTES DEUX, saluant.

Madame!

MADAME LERAT, bas à Zoé.

Qui est-ce, cette amie-là?

ZOÉ

Une dame qui accompagne Madame.

NANA

Vous êtes bien aimable d'être venue, ma chère. Vous allez prendre le café avec nous.

MADAME MALOIR.

Poiir VOUS faire plaisir. (Nana allume uce cigarette, pendant que Zoé va chercher le café.)

NANA

Ah! que ça m'agace d'avoir à sortir! Je serais si heureuse de rester ici !

MADAME MALOIR.

Voulez-vous que je fasse votre course?

NANA, riant.

Ce ne serait pas la même chose... Je vais chercher de

l'argent. Chez mon directeur. (Elle s'allonge sur le canapé, au fond.)

Oh! alorsl

ZOÉ, rentrant.

Voici le café... Servez-vous. Je vais servir Madame... Est-il bon?

MA Ti AMI-: LERAT.

Exquis!

ZOÉ

Vrai! il est si bon que ça?... Voyons. (Elle s'en verse une tasse.) Le café, c'est une chance. Un jour il est excellent, le lendemain il n'est pas buvable... Ah! que je suis lasse,

aujourd'hui! (Elle s'assoit et boit une gorgée.) Eu effet, très

bon! Madame Blanche prétendait que ça dépend du temps.

MADAME LERAT

Qui ça, madame Blanche?

NANA

Une ancienne maîtresse à Zoé.

ZOÉ

La première femme chez laquelle j'ai servi... Ah! je n'étais pas née pour être domestique. (Buvant toujours à petites gorgées.) Et c'est bien dur. allez! bien dur, bien dur!

MADAME MALOIR.

Vous êtes peut-être la fille d'un ancien militaire?

ZOÉ

Justement, un officier, madame... Ma mère était sagefemme à Vincennes.

XAXA. 221

MADAME MALOIR.

Métier honorable!

MADAME LERAT

Et lucratif, des fois î

ZOÉ

Nous n'avons pas de chance dans la famille. Ma mère a fait de mauvaises affaires... Alors, je me suis mise en service, d'abord chez Blanche de Sivry, puis chez Caroline Héquet, et enfin chez Lucy Stewart. Mais je les ai toutes lâchées pour Madame. Moi, je crois à l'avenir de Madame... Jamais je ne la quitterai!

MADAME LERAT

Ces bons sentiments vous honorent, ma fille. (A maJame Maioh.) Vous offrirai-je un canard?

MADAME MALOIR.

Volontiers.

NANA, regardant la pendule.

Deux heures! (Elle se lève.) Zoé, une robe et un chapeau.

ZOÉ

Bien, Madame!... Et s'il vient des visites?

NANA

Renvoie tout le monde... Maintenant que j'ai une position, j'ai bien le droit de m'amuser un jour à ma fantaisie.

Madame réfléchira. (Elle sort.)

MADAME MALOIR.

Nous allons faire un bézigue avec madame, en vous attendant.

NANA

C'est cela. Je reviens dans une demi-heure avec l'argent... Ne vous impatientez pas. (Elle sort.)

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