CHAPITRE III
Causes qui retardent le défrichement des terres.— | Nouveau régime en 1663.—Les Seigneurs aux Trois-listoles.— Premières concessions — Echange.—Le Seigneur, colon et défricheur.
Une chose frappe étrangement celui qui parcourt les annales du pays, cette histoire du Canada où le merveilleux et l’héroïque le disputent sux horreurs des situations désespérées et au tragique des évènements sublimes.
Une chose saute aux yeux à première vue :
c’est l'extension subite, l’essor soudain que prirent l’agriculture et le défrichement en ce pays, à une certaine époque.
Dans les premiers temps de la colonie, on ne paraissait avoir d'impulision que pour le commerce en général, la traite des pelle-
teries et la découverte de nouvelles contrées:
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devant apporter de plus grandes richesses encore à ceux, qui, les premiers, vinrent jeter “ sur nos bords des établissements français.
IL est vrai que Champlain, tout en fondant une société pour la traite exclusive de la pelleterie, ne manquait pas de voir à ce que l'on défrichât les terres aux alentours de Québec, et publiait en conséquence des édits ou ordonnances pour la bonne conduite des colons et le maintien de l'ordre ; mais on n'en laissait pas moins la proie pour courrir après l'ombre sous le fallacieux prétexte que la traite payait mieux.
Louis Hébert, le patriote colon des premiers temps, n'était pas de cet avis: En 1621, il vivait déjà du produit de ses terres, et ce n’était pas une mince besogne que de cultiver alors, puisqu'on avait rien ou presque rien des choses nécessaires aux labours et au défrichement. Ce n’est qu'en 1628, dit Grarneau, que l’on commença à labourer avec des bœufs.
Admirons ces braves cultivateurs des premières années de colonisation au pays, et
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que leur exemple remis souventes fois sous ‘les yeux de nos gens d'aujourd'hui, leur soit un encouragement dans. la voie pénible des défrichements de terres nouvelles.
De 1628 à 1663, ce ne sont que des craintes, soit de la part des sauvages, soit de la part des anglais, qui viennent paralyser-tous les efforts. La famine se met de la partie et les. Kertk arrivent à temps-pour secourir les habitants de Québec, tout en s'emparant de cette dernière ville. En: 1632, un moment de répit jette sur la Nouvelle-France un rayon d'espérance qui lui donne le courage de continuer l’œuvre si péniblement commencée ; mais comme à toute aurore succède le crépusCule, la guerre ne tarda pas à remplacer l’ère de caime que la reddition de Québec par les anglais et l’arrivée de Champlain avaient amenée en la colonie.
Les Iroquois commencèrent à donner la mesure de leur férocité et de leur astuce, il fallut lutter d’une main et travailler de l'autre. Aux champs défrichés, on ne quittait les manchons de la charrue que pour s'assurer d'un fer meurtrier cha:gé de défendre ce que |
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Je colon avait alors de plus cher : sa famille son foyer, son bien.
. Mais en 1668, un régime nouveau fut établi dans ce pays. Le ministre de Louis XIV, le grand Colbert qui s'intéressait au Canada, voulut y envoyer trois cents colons chaque année, afin que des terres leur fussent données pour y former des centres importants destinés à réhausser le prestige de la couronne de France dans les temps à venir,
C'est alors que la compagnie des cents associés commença à concéder des seigneuries qui furent généralement divisées en fermes de 90 srpents et concédées à raison de un ou de deux sols de rente par arpent, Le censitaire devait faire moudre son grain au moulin banal appartenant par droit exclusif au seigneur du lieu, en donnant la quatorzième partie de la farine pour droit de moudre. En cas de vente après concession, il y avait aussi pour le censitaire obligation de payer au seigneur le douzième du prix de la terre ; cependantil n'y avait pas de lotset ventes pour les héritages en lignedirecte. Le seigneur ne
pouvait pas refuser de concéder un terrain de.
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mandé par le premier censitaire venu, car l'intendant le faisait à sa place. Par ce système d’une sagesse remarquable, les seigneurs ne pouvaient plus être que des espèces de.délégués de pouvoir, des fédéi-commissaires obli: | gés de rezdre compte.
Outre le droit de banalité rendu légal ou universel par l'arrêt de 1686, le seigneur exerçait ‘ le droit de haute, moyenne et basse justice ; c’est-à-dire, dit Grarneau, le droit d’avoir des juges et des tribunaux”.—Mais le seigneur devait joi et hommage au seigneur ‘suzerain qui était le roi ou son représentant ainsi que l'aveu et dénombrement. Tous les seigneurs devaient aller porter foi et hommage au château St Louis à Québec.
En 1687 les seigneuries concédées n'étaient pas nombreuses, et bon nombte de celles qui avaient été accordées par le roi à la noblesse du pays ne comptaient pas un seul colon, malgré que les seigneurs fussent obligés d'y faire tenir feu et lieu.
Oh ! les seigneurs nobles n'ont pas tou jours compris le rôle qu'ils étaient appelés à jouer en ce pay.s Fils de grands seigneurs
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pour la plupart, n'ayant pour toute-richesse que leur épée de gentilhomme et leur blason de noblesse plus ou moins ancienne, ils ne voyaient, dans la concession d’immenses terrains que leur fit le roi, qu’un moyen ‘d'acquérir des richesses d’une manière aussi facile que beu coûteuse. S'ils avaient voulu comprendre la tâche importante qui leur imcombait le jour où ils se virent possesseurs sans conteste de terrains immenses ; s'ils avaient eu le bons sens de croire que l’avenir du pays était plus dans l'agriculture, la colonisation et le défrichement des terres que dans les aventures guerrières ou galantes, la population du Canada aurait augmenmenté visiblement, et en peu d'années des centres de progrès auraient surgi sur les bords de notre grand et majestueux St Laurent, Qui sait alors ce que nous serions devenus, ayant plus de force numérique à opposer à nos ennemis d'hier, nos émules d’aujourd'hui ?
Mais la providence, qui marque les destinées d'un peuple, nous réservait un sort meilleur. peut-être que celui que nous aurions aujourd'hui si le drapeau aux trois cou
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leurs flottait encore sur nos édifices publics, C'est là une question épineuse que nous n'avons pas mission de discuter, question de | sentiment ou de tempéramment qu'il vaut mieux éloigner de crainte d’être taxé de chauvinisme dans notre manière de penser sur k 0e sujet,
De 1670 à 1689, les concessions en bas de Québec commencent à se dessiner. “Vers cette époque, dit l’abbé Casgrain, il se produisait, | vers la rive sud du St Laurent, une immigration assez considérable de la côte de Beaupré et de J’ile d'Orléans dont les meilleures terres avaient été prises, De cette émigration ra.
quit Kamouraska ” :
Depuis Kamouraska jusqu'aux rives de B na Rimouski, la plus belle étendue de terrain E etc qui se puisse voir restait inculte, poussant Æ gn
un bois touffu, seul repaire des sauvages et Æ dt des bôtes féroces, de l’orignal, du castor, de E pc l'élan et du caribou, f1 fallait ouvrir à l’'agri- # culture cette vaste région, si fertile, et donner l'élan à une immigration saine, et Li a | reuse,
Aussi, en 1675, M. Aubert de La Chonaye |
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devient propriétaire de la Seigneurie Le Parc et de la Rivière du Loup ; en 1684 les
INieurs de La Cardonnière et d’Artigny (1) ac-
quièrent de MM. de la Barre, gouverneur et Demeulle, intendant, la Seigneurie de l’Isle-
2 Verte. Restait encore la seigueurie des Trois-
Pistoles. Elle ne tarda pas à être concédée.
. Voici l'acte de concession tel que trouvé au No 81 des Pièces et documents relatifs à la Tenure Seigneuriale. Nous le donnons tout au long, afin de ne rien enlever au cachet d’originalité que revêtent toutes ces : ièces d'un
autre âge :
“+ acq ues René de Brisay, chevalier, marquis de Denonville, Gouverneur et Lieutenant-Grénéral pour Sa Majesté en Canada, etc. etc., etc, ; Et Jean Bochard, chevalier, seigneur de Champigny et de Noroy, conseiller du roi en ses conseils, intendant de justice, police et finance au dit pays:
À tous ceux que ces présentes lettres verront, Salut !
(1) Gesmessieurs étalant fils d il souverain
M. 5e québens 4 WE de { . Suite),
PIC) p PRE PO AP QE TES PTT 0 à « SRPTUR nf me pit D RE RE 2 7 SUN COTES TT SMRPN ET a er 46 ET NO À MENT AN CUBA
‘“ Savoir faisons que surce qui nous :
esté représenté par le Sr Charles Denis de Vitré, conseiller du conseil souverain de ce pays, qu'il désireroit qu’il nous plust luy vouloir accorder, en titre de fief, seigneurie et justice, deux lieues de front, le long du fleuve St Laurent du costé du sud, à prendre de:
puis la concession du $r Villeraye suivant son titre, de l’Isie en descendant le dit fleuve St Laurent, la rivière des Trois-Pistoles comprise, et les isles qui se trouveront dans les deux lieues de la présente concession, sur deux lieues de profondeur, même l'Isle aux À Basques, si elle se trouve dans la dite quan: tité présentement concédée, pour faire par le dit Sr. de Vitré. dans les dits lieux, les pes: à ches que l’on pourra y mettre en usage, y deffricher les terres et construire les batiments qui lui seront nécessaires ; Nous, pour donner moyen au dit Sr. de Vitré d'exécuter ses bonnes intentions, et considérant que LÉ Q bien et l'avantage du pays consistent princi-E fo
-palement à deffricher lesterres, à leshabiter et E c ‘établir des pésches, avons en vertu du pou- Ë p voir à-nous donné, par Sa Majesté, donné, à er et concédé, donnons, accordons et con- Le
mn AU
cédonis par ces présentes, au dit Sr. de Vitré,