CHAPITRE VII
Le Père Dupont, l’ermite des Trois-Pistoles —Sa con vie au Canada — Son déguisement —L'amidu %Æ les. Père Quesnèl, janséniste—Sa maladie—Son | jui départ—Dénonciation contre les autorités ci- la r vues et religieuses, une fois rendu en Europe. Æ de :
; à d Trois-Pistoles commençait pour ainsi di- à Fe. re à essayer ses ailes. Des coloïts, aussi-en- Æ -ii treprenants que courageux, conduits par le souffle qui vient de là lraut, avaient commencé le dur labeur du défrichement, don- 5 de c ; nant au Nouveau-Monde le spectacle subli- RE tem
me d’une race virile et ferme, cherchant \ Æ cha s'implanter dans le sol canadien par lee raci- Æ vou nes les plas tenaces et: les plus profondes. Æ vear Loin des centres plus populeux, accoutumés L au silence des retraites paisibles où peu de.
s— Sa mi du — Son tés ciurope.
si disi-enpar le comdoùsubliant \ racibndes.
| monastiques, qui lui dit se nommer Dupont et
monde s’assemble, ils ne connaiïissaien des choses éloignées que ce que le missionnaire ou les rares voyageurs leur apportaient de temps en temps. Il n’y avait pas de journaux alors, et nous croyons bien que le zèle des comimères n'était pas ce qu’il est aujourd’hui.
C'était vers l’année 1715, deux ans après que M. Auclair curé de Kamouraska, eut commencé à faire la desserte des Trois-Pisto les. lar une après-midi calme et paisible de juin, un habitant dela pointe, venu jusqu’à la rivière des Trois-Pistoles fut tout surpris de voï: un panache de fumée s'élever d’audessus d’une humble cabane bâti sur le penchant d'u “avin au fond duquel coule la rivière. ë
Il crut que ce devait être la tente nomade de quelque famille sauvage, ou la hutte temporaire d’un pêcheur de saumon ou de chasseur de loups-marins et de canards. Il
à voulut aller faire connaissance avec les nou-
veaux venus. Quelle ne fut pas sa surprise de se trouver en face d'un inconnu aux allures
être venu sur ces bords afin de fuir le monde pervers et méchant, et se rapprocher davaatage du Grand Maître qui commande à la vie et à la mort.
Il s'était construit une espèce d’ermita- |
ge en plein bcis,'à une lieue de toute habitation, et semblait y vivre dans la pratique des mortificatiens et de la prière.
Ses vêtements, quasi en lambeaux, gardaient la forme de ceux desanachorètes. Sa fiwure grave et pleine de recuei:lement, son maintien plein de réserve et d’une religiosité touchante, rappelaient le souvenir de la vie ascétique. À son langage correct, au ton de sa conversation on devinait l’homme de bonne famille que de fortes études avaient façonné.
Il vivait là, prisible, partageant” son temps entre le travail manuel et la prière. Los pratiques de dévotion finies, il allait au bois se faire une provision de fruits sauvages,
amassait les branches mortes pour le -feu de
sa cabane, ou bien il mettait tout en ordre dans sa cellule et réparait de son vêtement
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journalier les irréparables brèches que la vétusté y entretenait.
Que de fois les gens dé l’endroit l'ont vu trainer sur son dos des pièces de bois énormes, qu’il amenait devant la porte de son ermitage ! Combien de fois aussi, à l'heure où le jour. tombe,. à cet instant solennel où l'omore du soir va descendre partouts couvrant de son voile léger les fleurs, les bois, les eaux, les plaines, les monts et les villages, combien de fois ne l’ont-il pas entendu eutonner un chant monotone et plaintif, espèce de psalmodie religieuse, qui prenait une intonation parfois douce et parfois lamentable selon qu'elle disait les joies de là haut où les tristessès d'ici-bas. ©
Lorsque la faim frappait à sa porte, il prenait son bâton, sortait de la forêt épaisse et descendait chez les habitants au loin pour y demander du pain et des légumes : seuls aliments dont il usait, avec l’eau dela rivière pour toute boisson. On le recevait partout avec autant de curiosité que de respect, et les provisions pleuvaient dans le vaste sac qu'il portait sur son dos. Il remerciait avec
affabilité, et reprenait le chemin qui mène
à son logis.
S'il rencontraît alors quelque passant, il se jetait à ses genoux en se prosternant jusqu’à terre, lui baïsaït les pieds en prononçant des paroiss de l'écriture sainte, véritables exhortations sur les grandes vérités éternelles Et lesgens de se dire : ïl faut que ce soit un grand pécheur pour s’humilier ainsf-ou bien sa perfection de sainteté est rendue biet:
loin, et cependant ïl ne fréquentait jamais ni l'église sur la pointe, ni les sacrements qui s’y distribuaient au passage du missionnaire dans la paroisse.
Quelqu'un l'ayant interrogé un jour sur son pays, son origine, son passé, seS antécédents, quels emplois il avait occupés dans la vie, il ne sut que répondre d'une manière évasive laissant dans l'esprit de son homme le doute le plus absolu. Toutefois à ses manières d’ecclésiastiques, à ses paroles tirées des livres saints, à ses exhortations réitérées, on devinait aisément qu’il avait dû apparteair au clergé régulier ou séculier, et cepen-
dant il s’en défendit avec une énergie pleine d'opix'iâtreté. ;
Enfin, cet inconnu menaçait de prendre dans le pays des proportions légendaires, lorsqu'un évènement des plus inattendus vint mettre un terme à cette vie d’ascète que l’ermite des Trois-Pistoles menait au penchant du ravin, près de la rivière.
Un jour, on vit un feu embraser l’ermitage et anéantir tout ce qui était naguère la demeure de celni qui se nommait Dupont, et que dans la campagne on appelait le Père Dupont. Cet incendie n'était certainement pas l'effet du hasard, mais bien le résultat d’une idée déterminée, d’une volonté préconçue.
Dans tous les cas, avec cet accident, vo-
lontaire ou non, le Père Dupont disparut des
Trois-Pistoles pour n’y. plus revenirjamais,
j laissant après lui une réputation de grand
saint parmi les uns, et de pauvre excentrique parmi les autres.
Ce n'est que quelque temps après son départ des Trois-Pistoles qu'on connut toute
la vérité sur ce personnage aux allures sin:
gulières. Il était arriv: à Québec vers 1714, et s'était fait remarquer de suite par une conduite pleine de contrastes. A le voir fréquenter les meilleurs hotels de la ville, on le soupçonna grand seigneur, possesseur de biens considérables ; jusqu à sa prodigalité et ses nombreux bienfaits qui confirmaient les gens dans ces idées.
Il allait par les rues et les campagnes environnantes, semant l'or et les bonnes ‘paroles, étudient les mœurs, les ressources, les us et coutumes du pays où il avait l’intention, disait-il, de fonder un monastère. En maintes occasions on avait tenté de se renseigner sur son compte, on lavait même approché à cette fin, mais toujours sans résultat apparent.
Il sentit peut-être que ces attentions intéressées pouvaient compromettre sa position et alors, prenant le parti le plus sage, il s'éloigna de la ville et vint fonder sur les bords de la rivière des Trois-Pistoles l’ermitage que nous avons vu tout à l'heure.
Après l'incendie de son domicile, il était
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remonté à Québec où la réputation de ses
austérités l’avait devancé, lui préparant un accueil des plus sympathiques et des plus enthousiastes.. L'intérêt qui s'était attaché à ses moindres faits et gestes redoubla d’intensité , on voulut le fêter partout et lui prodiguer les marques les plus vives d'affection et d’attachement. On tenait à honneur de l'avoir chez soi, mais, toujours le voile le plus obscur pesait sur l’homme qui s’en enveloppait volontairement sans vouloir jamais essayer même d’en lever un coin.
Ce ne fut que deux ans après son arrivée au pays, qu'on parvint à connaître toute son histoire. C'était un moine de l'ordre des bénédictins qui se nommait Dom Georges Frs. Poulet. Ordonné prêtre, il s'enfuit de son couvent et vint s’'échouer au Canada, s’6tant mis en tête que son supérieur le ferait enfermer parce que dans un voyage, à Amsterdam, en Hollande, il avait embrassé avec ardeur les doctrines jansénistes. Lorsque les autorités civiles et religieuses du Canada apprirent qui il était par une lettre du supérieur au Marquis de Vaudreuil, disant que les égarements du pauvre défroqué provenaient
plutôt d'un travers de jugement que de la Æ m: méchanceté ou perversité du cœur, elles ne re permirent pas à Dom George Poulet de pa- un raître dans le monde en habit laïque. Qt
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L'intendant Bégon lui-même exigea du
E on bénédictin en rupture de vœux qu'il portât LE r.. le costume de son ordre, qu’il lui fit faire tant Les
bien que mal, et ce jusqu’au mom nt venu où il lui faudrait s'embarquer pour l’Europe, c'est-à-dire à l'automne suivant. Mais le rusé moine réussit à échapper à toute surveillance et quand l'heure fut venue où la flotte devait partir, on ne le trouva nulle part, de sorte qu’il fallut remettre son départ à l’an-
née suivante.
Quelque temps après il tomba malade C2 Ja fièvre pourprée, et on dût le transporter à l'Hotel-Dieu où il fut soigné avec une attention et des égards dont il se montra touché en plus d’une circonstance. La maladie. menaçait de prendre une tournure fatale, et plusieurs membres du clergé s’inquiétaient à bon droit de l’âme de ce pauvre prêtre dévoyé qu'un moment d'oubli avait jeté hors .
de la voie droite. Ils entourèrent son lit dA
de la les ne le pa-
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malade, le suppliant de renoncer à ses erreurs jansénistés, mais ils trouvèrent chez lui une obstination invincible. L'évêque de Québec, Mgr. de St Valier, fut obligé de l’avertir que s’il persistait dans ces sentiments, on lui refuserait les derniers säicrements à l'article de la mort. Rien ne put l’émou- Voir.
Cependant, Dom Georges Poulet réussit à se rétablir parfaitement et l’église du Canada n’eut pas à déplorer un scandale encore plus grand que celui d’un prêtre expatrié, fugitif, protessant des idées condamnées par l'Eglise catholique.
Revenu à la santé, Dom Georges rédigea au gouvernement un long requisitoire dans lequel il se plaiguait de l’évêque de Québec, Rqu'il couvrait d’invectives, et des Jésuites lau’il accusait d'être les auteurs de tous les maux possibles, eux les exterminatenrs du ljansénisme. |
Il poussa l'audace jusqu’à écrire même à l'Evêque de Québec, lui montrant combien sa conduite était injuste envers un pauvre moine qui inenaït une vie d'austérité et de pénitence, une vie remplie de choses profita-
bles au salut, et terminait en le citant au jugement de Dieu.
De retour er Hollande il se plaignit amèrement de la manière brutale dont les autorités civiles et religieuses du Canada l'avaient traité. Les journaux d'Amsterdam s’'emparèrent de ces faux-dires, de ces déclarations du prêtre janséniste et firent un grand yacarme des prétendues persécutions dont le moine Poulet avait été l’objet en la Nouvelle
France.
| Puis le s‘lence se fit sur tout cela et il ne resta plus au pays que le souvenir de ce pauvre moine détraqué, qui avait partagé sa vie entre les austérités d’une vie ascétique et les déboires d’une posi..on équivoque, sans pouvoir se dire : “ bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, ” puisque sa cause n’a été pour les pays où elle voulut agir qu'un brandon de discorde. (1)
(1) L’Abbé Casgrain, dans son histoire de l’Hotel-Dieu nous montre le père Poulet caché au bord du ravin de la rivière des Trois-Pistoles, Garneau à la page 198, 1er vol., le fait vivre dans les montagnes. de Karouraska, où il s’était élévé une petite Cabane de branches ; et Louis Fréchette et J. E. Roy, le désignént comme ayant habité les mon- Er rès de St Paschal. L'abbé Casgrain dit qu’il s’appelait Poulet et Garneau le désigne sous le now de Paulat, et metau bas de la page 198, qu’ila appris ces renseignements dans l’histoire de l’hôtel-Dieu, alors à Fétat d’annales je suppose. M. Casgrain venant après Garneau n’a pu se tromper et son appréciation, il me semble, devra l'emporter sur celle de l’historien du Canada, HR
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