CHAPITRE XI
Visiles pastorales par les évêques de Québec de 1790 d 1826.—Défrichements des terres.— Recensement de 1825.— Erection civile le 12 Décembre 1828.—M.. Pierre Bourget premier curé résidant des Trois-Pistoles.
Trois-Pistoles en était rendu à sa deuxième église, et pas un évêque n'était encore venu sur les bords où l’agriculture et la colonisation avaient pris de l'essor et de l’avancement. Cependant, l'évêque de Québec ne Mdevait pas tarder à venir visiter cette partie de son troupeau, qui n’en demandait pas moins toute sa paternelle bienveillance parce qu’elle était plus éloignée.
On apprit de bonne heure, chez les habitants de Trois-Pistoles, que dans le cours de l'été de 1790, Mgr Hubert viendrait visi-
comme nous l'avons vu.
On ne manqua pas de s’y préparer long-
temps d'avance, car une réception d’évêque, #
alors, était tout un événement gros d'intérêt,
On en parlait comme d’une chose extraordinaïre les soirs à La veillée, et pas un n’aurait !
voulu manquer de donner son aide et son
travail afin que tout fut convenable pour
l’arrivée de Monseigneur.
Le peuple des campagnes, accoutumé !
jusque là à ne voir parmi lui que les mis- :
sionnaires de passage ou le curé résidant, se
faisait une montagne de cette venue de l’é- ! vêque ; c'était comme une attente indéfinissable, l'espoir joyeux d’une aurore toute nou. ! velle devant apparaître dans leur ciel terne !
et souvent monotone.
La veille du grand jour se leva douce, ensoleillée, promettant un lendemain ra-
dieux. Le grand soleil du bon Dieu allait être lui aussi de la fête dont il ne devait pas
ter ses ouailles et bénir peut-être l'église ! nouvelle bâtie sur la Pointe, là où le défunt ! père de LaBrosse l'avait lui-même marquée,
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bre le moindre ôrnement. Commé ori s'empresse d’orner le temple nouveau, d'y appotter tout ce que la richesse relative d'alors leur permet de fournir. Au manoir, où réside le seigneur Etienne Rioux, fils, on ne cesse d'aller et venir, car c’est là que Monseigneur doit descendre, le presbytère n'étant pas encore bâti. Le mai qui se dresse fier et hautain dans les airs, livre aux vents tièdes du jour le drapeau nouveau qui flotte sur les canadiens-français, le drapeau d'Angleterre qui a remplacé les trois couleurs de la France depuis plus de trente ans.
Enfin le jour est venu. On voit aux regards joyeux des colons, à leurs habits neufs, à leur démarche active et empressée, À leur empressement à se réunir autour de l’église, que c’est un jour de fête, un jour de joie et de bénédiction.
Soudain la cloche s’ébranle, et jette aux échos d’alentour ses notes joyeuses et perlées. La foule, peu nombreuse, se meut, et c’est un grand silence qui plane partout, car au détour du chemin qui lonse la grève une voi-
tute apparait, accompagnée des gens de l'Tsles Verte qui ont tenu à honneur de reconduire!
jusqu'aux Trois-Pistoles leur premier pas!
teur, leur père à tous.
On reconnaît l’évêque, on se jette à ge.
noux, et le vieillard ému qui s'appelle Mer Hubert, se lève et bénit la foule qui s'incline! sur son passage. Nous ne connaissons rien @ de plus grand ni de plus solennellement beau que cette scène de bénédiction du peu:
ple à l’arrivée d’un évêque dans une paroisse. 4 Il y a comme une rosée bienfaisante qui!
tombe sur tout ce tableau d’un genre à part!
et on ne peut y assister une fois, même de!
nos jours où la foi semble diminuer, sans!
en ressentir une poignanie émotion.
Ce peuple, mer mouvante, qui se courbe et s'incline pareil aux roseaux des grèves!
quand le vent de la mer souflle jusque sur les côtes; ce prince de l’église debout, la main levée pour bénir, laissant tomber de ses lèvres des paroles d'amour et de paix ; ce! temple où la verdure s'entasse amassée par!
des mains pieuses ; les sons argentés de la
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cloche joyérisé qui s'agite là-haut sur le clo: cher, cette mer calme et immense qui soupire sur la grève tout près de l’enclos où dorment les premiers colons que la mort est venu frapper !'tout cela n'est-il pas grandiose, sublime ? Reportons-nous à cette heure pénible de formation de paroisse, à cette heure désirée qui marque l’arrivée dn premier pasteur dans cette paroisse des Trois-Pistoles qui ne compte que 196 âmes, et nous ressentirons un peu de la joie de ces braves gens et nous comprendrons toute la solennelle beauté de cette fête intime.
Aujourd’hui que l’on court, affolés, après les richesses et le luxe d’un instant ; à cette heure d’affaisement moral où l’on se préoccupe plus du lendemain matériel que de l’avenir idéal ; à cette époque de crise que nous traversons et où chacun, enfermé dans son égoisme étroit, s'efforce d'appliquer la loi du plus fort, jouant à l’arbitraire, au souverain, on ne s'émeut guère à l'aspect de ces solennités imposantes dont l’église catholique garde à jamais le secret ; tandis qu’en 1790, ce peuple honnête et bon, que les exigences
de la vie ne gâtaient pas encore, et qui né cherchait point à vivre vite d’une vie toute d’excitation, ce peuple de croyant, à l’âme naïve et sincère, restait frappé au déploiement de ces cérémonies inaccoutumées et il en gardait à jamais ie consolant souvenir.
Monseigneur Hubert passa plusieurs jours aux Trois-Pistoles à confesser les enfants et à visiter les malades, Rien ne lui échappait de ce qui pouvait attirer son regard inquisiteur. La chapelle était bien bâtie ; les terres se défrichaient rapidement. Sur le plateau, en face de la baïe, bon nombre d’arpents de terre faite présentait un joli coup d'œil ; tout faisait prévoir un avenir plein de promesses pour les hardis habitants qui voudraient se faire concéder des terres dans la seigneurie des Trois-Pistoles. Il n’y avait pas qu'à la Pointe, premier pied à terre des colons, que l’on défrichait les terrains cultivables ; près de la rivière même, où les Morency s'étaient établi en 1770, la colonisation faisai! des progrès réels. Les Lagacé, les LeBel, les Seton devaient donner à l’agriculture une
impulsion réelle destinée à faire de cette
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partie des Trois-Pistoles un poste très achalandé, soit au point de vue agricole, soit au point de vue commercial eu égard aux chantiers que devaient favoriser les immenses pouvoirs d’eau de la rivière des Trois- Pistoles.
En 1798, Mgr Denaut est aux Trois- Pistoles faisant la visite pastorale. Il venait de succéder à Mgr Hubert sur le siège épiscopal de Québec.
En 1896, quelques mois seulement après la mort de Mgr Denaut, Monseigneur J. Octave Plessis, d’illustre mémoire, était en tournée pastorale aux Trois-Pistoles. Le seigneur d'alors était Joseph Rioux, fils d’Etienne, ayant succédé à son père en 1805.
En 1810, c’est le tour de Mgr Bernard Claude Panet, coadjuteur de Mgr Plessis, de venir aux Trois-Pistoles pour y faire la vi:
site pastorale, e’est lui qui ordonne qu’à Pa: venir, les bancs ne seront vendus que par acte en due forme.
Le 12 juillet 1814, Monseigneur Plessis revient voir son troupeau échelonné le
- long de la rive sud du fleuve, et passe plu: ! sieurs jours aux Trois-Pistoles où il confirme vingt-huit personnes, dont quatre garçons !
seulement. C’est durant cette visite que
Mgr change le nom de “ Notre-Dame des |
Anges ” en celui de “ Notre-Dame des Neiges ” des Trois-Pistoles, et qu’il ordonne de
bâtir une sacristie dont le besoin se faisait |
grandement sentir.
Le 11 juillet 1822, nouvelle visite de l’évêque qui confirme cent quarante huit personnes, et le 14 juillet 1826, Mgr Panet !
y confirme à son tour 226 personnes.
Comme on le voit, la population prenait !
une augmentation souveraine. Il est étonnant, comparativement aux cent premières
années, de voir le nombre d'habitants dans la : seigneurie des Trois-Pistoles. En effet le |
récensement de 1825, donne 1633 âmes ; c’est
une äugmentation de près de quinze-cents
âmes en trente cinq ans.
Deux causes déterminantes nous donnent :
le secret de cette augmentation de population. | Les terres des Trois-Pistoles sont très bonnes |
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en gagnant les hauteurs du plateaux, et l’on ne tarda pas à s’y établir, à faire souche et à s'étendre. De plus, la rivière des Trois- Pistoles prenait un nom. Le vaste chantier des MM. Price y amenèrent vite une foule de travailleurs qui donnèrent à cette
| partie des Trois-Pistoles une animation toute
particulière. Trois-Pistoles formait deux parties distinctes : la partie d’en bas où l’agriculture florissait de nins en plus, et la partie de la rivière où l’on ne voyait qu’animation et travail journalier : c'était la partis manufacturière, Aussi ce petit coin de terre avaitil une vie toute intense à lui en propre, un aspect particulier qui lui donnait des airs de fourmilière.
En face d’un pareil état de, chose, voyant que tout était prospère et que la population, en augmentant son nombre, sé trouvait assez puissante pour permettre à un curé d'y vivre à l'aise, les habitants des Trois-Pistoles demandèrent à Mgr de Québec un curé résidant. Monsieur Bourget se mit à la tête des requérants, comme il l’avait fait à l'Isle-Verte, et le 10 Décembre 1828, l'évêque de Québec érigeait canoniquement la pa-
roisse des Trois-Pistoles sous le vocable a # Notre Dame des Neiges.”
Monsieur Bourget avait quitté l'Isle Verte en 1827, alors qu’un curé résidant y# était nommé à sa place devant desservir Ca couna. En partant de l’Isle-Verte, il fut nommé aux Trois-Pistoles, et lors de l’érec tion canonique de la paroisse il devint of facto premier curé résidant des Trois-Pistoles
Maintenant, Trois-Pistoles pouvait es} pérer beaucoup de l'avenir. L'œuvre des commencements portait ses fruits ; La période de formation avait cessé et la prospérité et l’aisance, qui ont fait de Trois-Pistoles une paroisse enviable, allaient venir semer à pleines mains ses dons magnifiques.
Tandis qu’au loin on combattait un pe partout et que de sourdes rumeurs allaient grossissant de plus en plus, aux Trois-Pis:
toles on travaillait rude et ferme, cherchant
à travers les difficultés de chaque jour li unie ascendante du progrès dans toutes les branches. - “ |
À la Pointe, c'était toujours le Domaine sgisneurial, les dépendances du curé et l’é- Mise, sur la côte les habitants allaient se é l'IsleMmultipliant et l’on pressentait déjà l’heure sidant yÆoù l'opposition du haut contre le bas se rvir Calierait s ntir sériegse, formidable.
, il full e l'érec vint ips0 Pistoles.
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Sous M. Bourget il se passa un événement bien triste, qu’il importe de relater ici. l'était le dix-neuf juillet 1827. Des pêcheurs de St Thomas de Montmagny revenaient de dla pêche dans le bas du fleuve, lorsque. la nuit les surprit dans les environs des Trois- Pistoles. Ayant aperçu les feux des maisons à terre, ils résolurent d’aller hâvrer en bon endroit et passer la nuit à l’abri dans l’anse des Trois-Pistoles. Mal leur en prit, car à peine avaient-ils viré leur chaloupe de bord qu'elle donna sur une pêche et chavira. Les sept marins tombèrent à l'eau et se noyèrent. Ils furent tous retrouvés le lendemain matin par les gens qui allaient à la pêche. C'était un spectacle bien triste que celui-là ; sept
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herchanti bien ta > jour personnes disséminées un peu partout sur
à | : : à outes le" 75° des battures, ayant perdu la vie à
quelques arpents de terre. Le coroner fit
ver
son enquête et permit l’inhumation des corps
dans le cimetière de la Pointe. Voici leurs | noms : Abraham Lacombe âgé de 16 ans, de !
St Thomas ; Louis Richard, marié, âgé de 98 ! ans, aussi de St Thomas ; Charles Morin, | âgé de 16 ans, de la paroïsgæ de St Pierre, | garçon ; J. Bt. Deneaud, garçon, âgé de 2%!
ans, de St Thomas; Jacques Couillard, marié, : âgé de 36 ans, Michel Charron, âgé de 27 ans, non-marié et Félix Couillard Després, âgé de 22 ans, non-marié, tous trois de St Thomas.
C'était une bien lugubre cérémonie que celle-là, et pour une paroisse encore peu gran: !
de, l’émoi dut être à son comble en apprenant ! le sort de ces hommes 8e noyant loin des leurs, | et trop pauvres pour aller reposer dans le cimetière de leur paroïsse. La mer trattresse à ! de ces coups qui étonnent et font peine, mais! la mort est la même partout et qu'on dorme!
son dernier sommeil ici ou ailleurs, le dernier asile est toujours le même et le jugement der:
nier saura bien où nous trouver.
28 COT PS 1 leurs :
ans, de !
ré de 28.
Morin, !
‘Pierre,
; de 3!
|, marié, :
27 ans, !
âgé de!
10mas.
nie que eu gran: | prenant !
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ttresse à | ne, mais à dorme!
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