CHAPITRE XX
Départ de M. Léon Roy.—Érection du Diocèse de Rimouski, le 15 ganvier 1867.—Mor Langevin premier évêque. —Le Rev. M. Gagnon curé des Trois-Pistoles.— Son premier acte.— Mandement de Mgr Langevin, au sujet du cimelière d'en bas, en 1867, et sa visile paslorale en 1869.
La nouvelle était arrivée aux Trois-Pistoles que l’archidiocèse de Québec allait être divisé pour former le diocèse de Rimouski, et que Monsieur Roy allait être obligé de quitter la paroisse pour aller ailleurs exercer le saint ministère, Oe fut avec des larmes de regret que l’on vit s'éloigner ce saïnt et dévoué prêtre, qui, pendant plus de quinze années, avait travaillé vaillamment à la vigne du Seigneur aux Trois-Pistoles. On a gardé de lui le meilleur souvenir, et persorne “a
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pu, jusqu'ici, trouver quoique ce soit à lui reprocher, soit dans ses rapports personnels, soit dans sa conduite comme prêtre et citoyen.
Trois-Pistoles lui dût le bien-être qui règna dans la paroisse pendant plus de dix ans, de 1854 à 1865.
Les bulles étaient arrivées de Rome, et le Diocèse de Rimouski, érigé suivant les règles
ocèse de l'Eglise, voyait l'abbé Jean Langevin, prin-
Lan- ME cipal de l'Ecole Normale Laval, monter sur le
gnoN W'trône épiscopal, avec résidence à Rimouski.
op Les paroisses du nouveau diocèse allaient j ue pouvoir compter plus facilement sur l’aide .
d'un homme éclairé et distingué, plus en mesure, à cause de son rapprochement, de
-Pis- veiller aux intérêts. de son clergé et de ses être fidèles, que ne le pouvaient les évêques de ci, et E Québec. Monsieur le curé de l’Isle-Verte étant a resté attaché au diocèse de Rimouski, et monr le
sieur Roy étant rappelé dans l’archidiocèse de Québec, Monseigneur Langevin nomma M. Gagnon curé des Trois-Pistoles.
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Ancien missionnaire, homme dévoué et
D plein de zèle, M. Gagnon était fait pou mé-
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riter les sympathies de tous les paroissiens de Trois-Pistoles.
Ses premiers actes, en arrivant dans la paroisse, montrent la nature de cet homme éminemment pieux, et conscient de sa position dans le monde. S’étant aperçu que le cime.
lière d'en bas, sur la Pointe, était à l'abandon, et voyant que le mur d'enceinte avait été jeté à terre et que les animaux errants y élisaient domicile, son cœur se révolta contre cette espèce de profanation d’une terre consacrée où reposaient les cendres des anciens habitants de la paroisse. Du haut de la chaire, il implora la pitié de ses paroissiens pour réparer convenabiement le mur du vieux cimetière, et y planter une croix qui rappellât à tous le souvenir de ceux qui étaient déserté de ce monde pour des lieux meilleurs.
Aux Trois-Pistoles, on aime peut-être un peu trop les luttes acrimonieuses, luttes dont le passé est tout imprégné, mais on y a bon cœur et on sait y faire chrétiennement et royalement les choses. On s’'émut avec le curé, et en un rien de temps le mur fut relevé et la croix plantée au centre même du cimetière, C'était
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un spectacle étrange de voir cette humble croix noire là bas sur la Pointe, tout près d’une église en ruine, abandonnée, triste comme Rachel pleurant ses enfants dispersés. Les vieillards y jetaient plus d’une fois un regard mouillé de larmes, au souvenir du passé où ils avaient joué un rôle avec tant d’autres; qui dormaient là, près du chemin d’en bas, qu'ils avaient défendu avec un acharnement digne d’une meilleure cause. Cette église évoquait mille souvenirs ; elle était le dernier anneau d’une chaine brisée, qui rattachaïit le présent à ce temps qui n'était plus, où l’on bataillait ferme pour un droit que l’on croyait aussi sacré que celui de la propriété.
Pauvre église vieillie, où les Pouliot et les Mâlo avaient tant de fois tonné contre l’insubordination, la voilà abandonnée, seule, désolée comme tout ce qui est ruine. Mais elle mérite le respect, et voilà pourquoi, le 2 juin 167, l’année même qui vit s'établir la Confédération, Monseigneur Langevin envoya au curé des Trois-Pistoles le mandement suivant :
# Ayant appris qu’il a été commis des dé.
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prédations dans l’ancienne église des Trois- Pistoles, et que cette église est dans un état
complet d'abandon ainsi que le vieux cime- P tière dont les corps n’ont pas été relevés ; ra Nous avons loué Monsieur le curé de ce pe qu'il s’est occupé de faire enclore d’une ma- ï nière convenable le terrain qui a servi pen- sé dant silongtemps de cimetière, et qui renferme LÉ les ossements de tous les fidèles de cette pa- af roisse, qui ont passé à üne vie meilleure ; ni Mais nous ne saurions voir avec indiffé- né rence que l’église demeure dans l’état où elle | est actuellement, à la honte des fidèles et au tre scandale de nos frères séparés ; C’est pourquoi, pour remplir notre devoir et faire cesser ce désordre aussitôt qu'il est venu à notre connaissance, Nous ordonnons À que la dite église soit ferinée de manière à ce pri
que les animaux et les malfaiteurs ne puissent y entrer.
XJEAN, Ev., de St-G. de Rimouski.
2 juin 1867.
Le mandement de Monseigneur Langevin fut exécuté à la lettre, et l’église de la Pointe demeura fermée à toyt venant quelqu'il fut. Son isolement allait être plus complet encore, jusqu’au jour où 1l faudra la jeter à par terre. |
o1- : ae étui En parcourant is régistres des Trois- à me- Pistoles, ilest une chose qui peint bien le caractère éminemment religieux du curé Grae ce gnon. Nous avons trouvé, en tête du volume sd des délibérations de 1869, l'inscription suien- . eo si vante que nous avons cru devoir relater ici, pa- afin de mieux montrer, à ceux qui l'ont connu, le grand fond de foi et de piété qui fut l’orli ffé- nement de la vie de ce saint et dévoué prêéelle % is tré:
st au | In nomine Chrisli.......…..amen.
voir L est Daignent tous ceux qui écriront! dessus, nons Æ se souvenir, dans leurs saints sacrifices et à ce prières, de celui qui le commença.
DUIS- J. B. Gagnon, Ptre ki. Curé.
En trois lignes, un homme donne le me- 7 sure de toute sa vie. C’est peu de chose que an ee CES s . .
"à cette humble prière à ceux qui viendront 0 e “ e à \ # el après lui, et pourtant il y a là toute une révéquéli® . ” lation.
comjeter à En 1869, Monseigneur Langevin, vou-
lant se mettre plus intimement en rapport
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avec son clergé et ses ouailles, et voir par luimême l'état des affaires de chaque fabrique en particulier, comme son devoir l’oblige, commença sa visite pastorale par le haut du Diocèse, et le 14 juillet il était aux Trois-Pistoles.
On n’épargna rien pour le recevoir dignement, avec tous les honneurs dûs à un prince de l'Eglise prenant pour ainsi dire possession pour la première fois du domaine soumis à sa juridiction.Chemins balisés, arches de verdure, drapeaux au vent, fusillade règlementaire, escorte de cavalerie : tout fut mis en réquisition pour rehausser l'éclat de cette fête, qui c prenait les proportions d'un événement vu t que c'était la première visite du premier évéque du nouveau diocèse. Monseigneur ne put s'empêcher de remarquer qu'aux Trois- Pistoles on savait être à la hauteur des circonstances.
Les années 1867 et 1869 furent remarquables par des noyades fatales, qui causèrent la mort de plusieurs personnes, dans la rivière des Trois-Pistoles. Ce sont d’abord, le 27 novembre 1867, Chs. Emond, des Escoumains
et Arthur St Pierre, des Trois-Pistoles, qui trouvent la mort dans des circonstances pénibles. Au mois de novembre la navigation est difficile, et ces deux marins périrent victimes de leur intrépidité. En 1869, c'était le tour de J. B. Vaillancourt, cultivateur à la rivière, qui se noie en face des habitations, personne ne pouvant lui tendre la main ni le secourir. Ces tristes événements passent inaperçus parmi les grandes foules, au sein des villes populeuses ; mais dans les centres peu importants, dans les premiers temps de la formation des paroisses, ees morts subites prennent des proportions tragiques, et c’est le cœur triste et l’âme malade que l’on se raconte ces péripéties de la vie des 1narins.