‹ Trois prédicateurs sous la croix au dix-huitième siècleChapitre 15 sur 31 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le Mas de la Roquette. — Apprentissage de Teissier à Alais et à Saint-Ambroix. — Ses dispositions religieuses. — Il est reçu proposant. — Ses études au séminaire de Lausanne. — Témoignages de ses professeurs. — Sa consécration.

A six kilomètres environ d'Alais, près du chemin de fer qui relie cette ville au chef-lieu du Gard, se dresse sur une hauteur le village de Saint-Hilaire-de-Brethmas. La commune, dont il est le centre, se compose de plusieurs hameaux et de mas nombreux, disséminés sur une assez vaste étendue. L'un d'eux , la Roquette , à un kilomètre environ à Test de Saint-Hilaire, domine un mamelon abrupt et rocailleux, dont les flancs sont garnis de pièces de terre cultivées. Disposées en étages superposés , elles sont retenues par des murs en pierres sèches. Quelques chênes verts, des mûriers, des figuiers et des oliviers croissent sur ces hauteurs d'où Toeil ravi embrasse la vallée du Gardon, la prairie d'Alais et le massif imposant des montagnes cévenoles.

Le mas de la Roquette comprend plusieurs bâti-

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ments contigus , blanchis à la chaux , et dont la façade présente, de loin, un aspect imposant. Il appartenait autrefois à deux familles : les Gazagne et les Teissier, Ces derniers, qui étaient fort riches, possédaient, en outre, une partie de Saint-Hilaire. Au commencement du siècle dernier, Etienne Teissier épousa Françoise Clary, Leur premier-né, Jacques, vint au monde le 10 mars 1704. Il leur naquit, en 171 1, un second fils, André, qui mourut jeune; puis Jeanne, deux ans plus turd; puis, en 1716, un second André; à la fin de 171O, une seconde fille, Marguerite. Le 18 août 1721, vînt au monde le sixième enfant des Teissier et leur troisième fils, celui qui va nous occuper. Il s'appelait Elienne, comme son père, et fut baptisé le 24 août, anniversaire de la Saint-Barthélémy, par le curé Domergue. Il eut pour parrain son frère André et pour marraine sa sœur Jeanne. Enfin, le 3 mai 1725, la naissance de Françoise vint ajouter un membre de plus à cette famille patriarcale (i).

Les Teissier faisaient donc profession extérieure de catholicisme. C'étaient des nouveaux convertis, comme d'ailleurs tous les protestants, ou plutôt, comme le disait de la plupart d'entre eux un écrivain hostile à la Réforme, « des nouveaux catholiques mal convertis. » Ils conservaient au fond du cœur les croyances huguenotes ^ n*attendant qu'un moment favorable pour les manifester publiquement; et quand les pasteurs sous la

(i) Registres curiaux de naissances, mariages et décès de la commune de Saint-Hilaire, 162J-1795, — un registre 491 feuiUets papier. — Communication de M. le pasteur Louis Dubois. Le dossier de Teissier se trouve aux Archives de l'Hérault, fonds dô l'ancienne intendance, C, 2^6.

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croix commenceront à visiter leurs quartiers , ils seront des premiers à les accompagner au Désert.

On manque de détails sur l'enfance d'Etienne Teissier ; mais tout prouve qu'il dut ouvrir de bonne heure son cœur aux influences de l'Evangile. A dix-sept ans, ses parents le mirent en apprentissage chez un maître tailleur d'AIais, nommé Aubrespin; il y resta jusqu'en 1740. Alais, qui a donné le jour à Benjamin du Plan, le fidèle collaborateur de Court, commençait à devenir un foyer de vie religieuse. Il s'y lia avec des nouveaux nouveaux convertis qui avaient secoué le joug de Rome et se réunissaient au Désert ; ils lui prêtèrent des livres' de piété qu'il lisait continuellement, lorsqu'il était seul au magasin. Souvent on l'y trouvait en méditation, ce qui faisait dire à son patron qu'il était impropre pour le commerce. En sortant d'apprentissage, sur la fin de 1 740, il resta neuf mois environ chez le sieur Deleuze , maître tailleur à Saint-Ambroix. Il y tomba malade et vint se rétablir à la Roquette; puis, en 1741, il fut quelque temps chez un certain Matthieu Rouvière. On le trouve ensuite à Montpellier chez les frères Euzière, négociants. Mais sa vocation nouvelle s'affirmait de plus en plus. « Il continuait toujours, » dit une relation du temps, « à s'appliquer â la lecture des bons livres (i). »

Il faisait plus : tout en mesurant de la toile, il s'essayait à composer des sermons. Son ami Journet, d'Ardaillers, qui sera plus tard l'apôtre du Béarn, lui écrivait le 10 octobre 1741 : « Marquez moi aussi votre texte. Je ne me suis point rappelé de celui dont vous me

(i) Bibliothèque du protestantisme, collection Coquerel, t. III, f» 246.

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dites hier. • S'ils avaient du zèle, leurs connaissances grammaticales, on le voit, laissaient encore à désirer.

Un pasteur du Désert leur rendit, à tous les deux, de grands services. C'était le fameux Jacques Boyer, réintégré depuis quelque temps dans ses fonctions pastorales, et qui s'efforçait de faire oublier par son zèle les conflits douloureux qu'avait occasionnés sa conduite. Intéressé par les bonnes dispositions du jeune Languedocien, il lui donna quelques leçons dont son élève sut profiter.

Teissier entre en scène en 1745. Il assiste, cette année-là, avec le titre de postulant et la charge de secrétaire adjoint, au synode provincial des Basses-Cévennes qui se tint le 29 juin , dans la paroisse de Valleraugue, sous la présidence de Jacques Boyer. C'était au plus fort de la guerre pour la succession d'Autriche. Le maréchal de Saxe venait de remporter sur les Anglais et les Hollandais la victoire de Fontenoy, et Paris avait reçu Louis XV en triomphe. Le synode mit à part un jour d'actions de grâces pour bénir Dieu de cette victoire, et lui demander de continuer sa protection au souverain. Mais, pendant que l'attention générale se portait vers la frontière , la persécution sévissait toujours dans les provinces du Midi. Au mois de mars, le pasteur Louis Ranc , arrêté à Livron, avait subi le dernier supplice à Die, et le 22 mai, son maître et son ami, le vénérable pasteur Jacques Roger, l'apôtre du Dauphiné, avait scellé de son sang, à soixante et dix ans, le témoignage qu'il rendait depuis de longues années à l'Evangile. Aussi l'assemblée, en même temps qu'elle fixait un jour de réjouissance pour les triomphes des armées françaises, décrétait un jour de jeûne, vu la désolation accablante de l'Eglise. Et,

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comme si les membres du synode eussent voulu montrer que, malgré les mesures vexatoires dont ils étaient les victimes, leur fidélité envers le souverain restait inviolable, ils recommandèrent aux fidèles de dénoncer avec soin tout ennemi de l'Etat, tout émissaire de l'étranger qui voudrait les pousser à la révolte.

C'est dans cette assemblée que Teissier, après un examen sur les principales vérités de la religion chrétienne , qui révéla chez lui des connaissances bibliques sérieuses, fut reçu proposant, après avoir promis de consacrer son ministère aux églises de la province (i).

Au mois d'octobre suivant , un nouveau synode se tint dans la paroisse de Thoiras. Gaubert, un ancien camisard devenu prédicateur après avoir passé par les prisons de Carcassonne et de Pierre-Encise, le présida. C'était un vieillard à la taille basse, au visage rouge, aux yeux larmoyants. Il portait ordinairement deux habits couleur de café brûlé, avec des guêtres de la même couleur et une perruque rousse. Lafage l'assista comme secrétaire adjoint. Ce synode exerça la discipline contre trois proposants qui , après la soumission de Boyer, avaient soulevé des cabales contre lui. Ils demandèrent pardon à Dieu et aux églises d'avoir enfreint la discipline, et reçurent une admonition sévère du président (2).

Lafage devait toujours compter avec une santé délicate. On a vu qu'avant de prendre le Désert, il avait été malade à Saint-Ambroix. II le fut encore à la fin de

(i) Quatre de ses amis furent reçus proposants avec lui : Julien, Ducros, Soulier et Journet (voir Edm. Hugues, Les Synodes du Déstrt, 2» éd., t. I, p. 2oj).

(2) Edm. Hugues, ouvrage cité, t. I, p. 211.

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Tannée 1745 , et sa maladie fut assez longue pour entraîner des dépenses considérables que le synode du 26 janvier 1 746, présidé par Boyer, répartit entre toutes les églises de la province.

Là persécution continuait à sévir. Aux deux pasteurs du Désert, dont la potence s'était dressée l'année précédente, allait s'en ajouter un autre. Majal-Désubas, du Vivarais, arrêté près de Saint-Agrève, attendait avec sérc'nîté, dans la citadelle de Montpellier, une condamni^lion capitale. Le synode décida qu'une requête serait envoyée à Louis XV dans les termes les plus soumis et les plus respectueux. Réclamations aussi justes qu'inutiles. Combien d'années faudra-t-il les répéter t^ncore avant qu'elles soient entendues. Les pasteurs, en attendant, continuèrent leur ministère béni. Dès qu'ïl fut rétabli, Teissier reprit avec une ardeur nouvelle sestravauxevangeliques.il prit part, le 13 août 1746, comme secrétaire adjoint, au synode présidé par Grail dit Lavernède , et qui blâma sévèrement ceux qui faisaient bénir leur mariage et baptiser leurs enfants à l'église romaine. Pour désarmer la colère du Tout- Puissant, « vu les persécutions où les églises du royaume sont exposées et la continuation de la guerre qui les désole, » un jour de jeûne, d'humiliation et de repentance fut fixé au 16 février suivant (i).

Comme tous les proposants, Lafage, les yeux tournés vers Lausanne, attendait avec impatience que Taccès du séminaire lui fût ouvert. Il voulait, comme ceux qui i^avaient précédé dans la carrière, y prendre l'esprit du Désert, qu'Antoine Court définit « un esprit de mortification . de sanctification, de prudence, un esprit de

(i) Ibid.y p. 222.

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grande sagesse et surtout de martyre qui, nous apprenant à mourir tous les jours à nous-mêmes , nous prépare à perdre courageusement la vie dans les tourments et sur un gibet, si la Providence nous y appelle (i). » Ce fut le synode, tenu en décembre 1 749, et dont Boyer fut le modérateur, qui lui donna l'autorisation de partir pour le pays étranger afin de s'y perfectionner dans les sciences requises pour le saint ministère. Son absence ne devait durer qu'un an, à moins que le synode suivant ne prît une décision contraire. Un proposant de ses amis^ Guillaume Julien, dit le Cadet, devait l'accompagner, et le synode décida que si le comité de Lausanne pouvait disposer d'une troisième place, on la demanderait pour Journet (2).

Lafage arriva à Lausanne en avril 1750, On aimerait à connaître les impressions du jeune Languedocien, habitué aux horizons sévères de son pays natal, quand le Léman apparut à ses yeux , avec ses flots limpides et ses magnifiques rivages. Le séjour en Suisse était, pour les proposants du Désert, comme une halte dans une oasis, un temps de sécurité et de repos où leur sommeil n'était plus troublé par des alertes continuelles. C'était aussi une période de labeur fécond. Ils avaient tant à faire pour grossir un peu le bagage si mince de leurs connaissances. Aussi employaient-ils avec soin le temps si court que leur accordaient les églises. Plus favorisé que Bénézet, Lafage, qui n'avait pas à lutter contre une mémoire ingrate, mit à profit les leçons de ses professeurs. D'ailleurs, le champ de leurs études

(i) Edm. Hugues, Antoine Courte Histoire de la restauration du protestantisme f t. II, p. 55.

(2) Edm. Hugues, Les Synodes du Désert, t. I, p. 291.

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était assez restreint. Us ne pouvaient suivre les cours d'exégèse, puisqu'ils ignoraient les langues originales de la Bible. L'histoire ecclésiastique était négligée. En revanche, la polémique et la* controverse occupaient dans leurs leçons une grande place. Ne fallait-il pas combattre les arguments de Rome et prémunir leurs paroissiens contre un prosélytisme intolérant ? Le cours de morale assez superficiel leur apprenait ce qu'est l'humilité, la vaine gloire, le contentement d'esprit, la tempérance. Le cours de théologie était moins insuffisant. « On y traitait de la religion naturelle, de la révélée, » nous dit M. Edm. Hugues; t on y résolvait toutes les oppositions, on admettait le dogme de la Trinité, les miracles, la divinité du Messie, et on y anathématisait les incrédules et les athées (i). »

A Lausanne, trois hommes exercèrent sur Teissier une influence marquée. Tout d*abord Georges Polier de Bottens, professeur de catéchèse et de langues orientales, « l'excellent et l'incomparable M. Polier », comme l'appelle Court de Gébelin et qu'on nommait avec raison le véritable père des protestants français. Né en 1675, il avait soixante-quinze ans quand le jeune proposant du Languedoc fit sa connaissance; mais le vieillard n'avait rien perdu de l'activité de son esprit ni de la chaleur de son cœur, a II sut être savant sans cesser d'èire homme, » dit de lui un contemporain qui loue son aménité. « Il réparait les forces de son esprit fatigué par le travail , en exerçant son corps à la culture de ses jardins (2), » et son accueil prévenant séduisait tout d'abord les séminaristes.

(i) Antoine Court, Histoire de la restauration du protestantisme, t. II, p. 41.

(2) Tissot, De la santé des gens de lettres^ p. 61.

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Le pasteur de Bons, prédicateur distingué, critiquait les sermons des étudiants, et ses conseils ne furent pas sans influence sur le développement oratoire de Teissier. Ces exercices homilétiques avaient lieu le lundi. Ils excitaient une émulation féconde parmi les futurs prédicateurs du Désert. Antoine Court assistait à leurs débuts « avec un plaisir infini » et ne leur ménageait ni les encouragements, ni les critiques. Et comme ses récits entretenaient dans leurs cœurs le feu sacré ! Avec quel entrain il leur rappelait les humbles débuts d'une œuvre que Dieu avait fait prospérer dans ses mains, les troupeaux dispersés se rassemblant à sa voix dans des assemblées chaque jour plus nombreuses, la fin glorieuse des premiers martyrs du Désert ; et ses auditeurs émus brûlaient de marcher sur leurs traces.

Leur foi, d'ailleurs, avait besoin d'être fortement trempée, car la malveillance ne désarmait pas. Le traître Puechmille, dans le factum que nous connaissons déjà^ désignait aux rigueurs du pouvoir : « A Saint-Hilairede-Blamas, sur le chemin d'Uzès à Nîmes, M. Teissier, bourgeois, père du prédicant Lafage qui est dans le pays étranger pour y être reçu ministre et revenir en France (i). » Mais les menaces n'intimidaient guère l'étudiant et, quand le moment viendra pour lui de rentrer en France, après quatorze mois de séjour dans la cité hospitalière du Léman, il partira joyeux, muni d'excellentes attestations. Le ministre de Bons disait de lui : a II me paraît un homme d'un caractère doux et paisible, d'un esprit judicieux, qui a posé de bons principes et qui pourra se rendre utile à sa patrie, avec

(i) Bulletin, t. VII, p. 464.

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la grâce de Dieu que je lui souhaite dans la mesure la plus abondante. »

Le professeur Polier ajoutait : « Entre les études qu*il a faites, il a composé quelques propositions sur des textes à lui prescrits, avec succès : ce qui, joint aux progrès qu'il a faits en théologie, en philosophie et en morale, dont il a ouï des leçons, me fait espérer qu'il sera un jour un. bon instrument en la main de Dieu pour le service et l'édification de son Eglise ; » et, à son tour, il implore sur lui les bénédictions divines. Au verso de la page qui porte ces attestations. Court écrivit de son côté : « Je souscris de bon cœur aux témoignages ci-derrière, et fais des vœux très sincères pour la conservation de Texposant et pour l'heureux succès de ses pieux desseins (i). »

Les pasteurs des Basses-Cévennes l'accueillirent avec joie. Il était de règle, au retour du séminaire et avant de recevoir l'imposition des mains, que le candidat passât des examens devant les pasteurs de la province. Teissier s'y prépara avec soin et demanda quelques renseignements à Jacques Boyer. Celui-ci lui répondit le 18 octobre : «...Vous recevrez, par le porteur de la présente, le catéchisme que vous me demandez, que vous rendrez à M. Lasserre qui l'a prêté de la meilleure grâce du monde. Pour les matières sur lesquelles rouleront les questions de votre examen, j'ignore sur quoi les autres pasteurs les feront et moi-même celles que je pourrai faire ; mais ce que vous avez à faire de mieux, c'est de vous munir d'idées sur les spécula-

(1) Ce certificat, du 20 juin 17J1, était adressé «t à M. Macaire, marchand horloger, à présent à Nîmes, en Languedoc » (Archives de l'Hérault, série C, liasse n» 236).

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tions, sur les pratiques comme sur la controverse avec l'Eglise romaine. Soyez persuadé de tous les plaisirs qui sont en mon pouvoir, quoique, à certaine occasion, vous ayez paru en douter, et de ma sincère affection (i). » Trois de ses condisciples devaient subir le même examen, Lassagne, Lassalle et Puech. « Ils ne sont pas égaux en connaissances, » écrivait Gal-Pomaret à Court; « mais il nous faut absolument des pasteurs. M. Boyer ne faisant presque plus rien, et M. Grail étant devenu un peu négligent (2). »

Les candidats auraient fort désiré que ce dernier assistât à leurs examens. Gal-Pomaret nous apprend quUl fut suspendu pour trois mois de ses fonctions pour avoir refusé de s'y rendre. Lafage et ses amis lui écrivirent pour lui exprimer la douleur que leur causa son absence : « Quelle n'aurait pas été notre satisfaction de vous y voir, de profiter de vos sages conseils, de répondre, selon nos faibles lumières, aux questions que vous auriez bien voulu nous faire. Mais nous ne sommes pas moins affligés de votre indisposition, que nous regardons comme la seule cause qui a pu nous priver de votre personne. Si nos vœux sont exaucés, nous aurons bientôt la douce consolation de voir votre santé rétablie et la ferme espérance qu'elle vous accompagnera jusqu'à la vieillesse la plus reculée. » Et ils lui expriment toute leur peine de la mesure qui l'a frappé. Ils nourrissent pourtant Fespoir qu'il se rendra à leur consécration : a Hélas! » s'écrient-ils, « que

(i) « M, M. Lafage, candidat au saînt ministère, à sa campagne » (Archives de l'Hérault).

(2) Lettre du l décembre 17JI. Papiers Court, n« i, t. XXIV, p. 1077.

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penserait-on de nous si vous nous refusiez une telle faveur } On ne nous croirait plus dignes de votre protection ni de votre amitié. »

Elle était fixée au dimanche 28 novembre , à la place de Roquedur. Mais les soldats dissipèrent rassemblée -avant que la cérémonie commençât, et les candidats ■coururent de grands risques. Toutefois cette alerte ne les détourna pas de leur dessein. « Ils doivent être ordinés au premier jour, » disait Gal-Pomaret dans la lettre citée plus haut, et dans la prévision des dangers qui les menaçaient, tous auraient pu ajouter comme lui : a Tout ce que je puis vous assurer, c*est que ma vie ne m'est point précieuse et que je n'ai pas de plus -grand plaisir que celui de concourir à maintenir la réformation dans un pays où on ne cherche qu'à la détruire. »

' La consécration eut lieu le 5 décembre par les soins de Marazel , de Grail et de Pomaret. Ce fut, pour le jeune prédicateur, une occasion solennelle de renouveler son alliance avec Dieu.

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