‹ Trois prédicateurs sous la croix au dix-huitième siècleChapitre 17 sur 31 · JI · texte numérisé non relu

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Ce fut alors que le maire d'Alais, M. de Ribes, s'interposa pour amener les pasteurs à quitter le royaume. Le dossier de Teissier renferme une curieuse lettre de ce personnage, qui voulait jouer un rôle dans les affaires protestantes et se réclamait d'une autorité qu'il n'avait pas. Le 10 janvier 1743, il écrivit à Defferre, dit Montagny, Tun des pasteurs les plus dévoués, mais aussi les plus compromis du Désert :

« J'ai rendu compte, Monsieur, à mon arrivée en cette ville, de notre entrevue aux puissances dont j'étais le ministre. Je n'ai point oublié le désir que vous aviez, ainsi que vos confrères, de vous justifier des faits criminels qu'on vous impute mal à propos. J'ai fait valoir, autant que j'ai pu, les témoignages que vous m'avez donnés de votre fidélité pour le prince, et cet esprit de douceur et de paix que j'ai cru voir en vous. Cependant je ne dois pas vous laisser ignorer que je n'ai pu les persuader. Les préventions où elles sont sur votre compte sont trop fortes pour espérer de les effacer par des paroles : il faut des actions. » Et que demande-t-il à Defferre et à ses collègues? Tout simplement de quitter le royaume. Il le fait, d'ailleurs, d'une façon courtoise. « Il n'y a que le parti de votre retraite qui puisse les tranquilliser. C'est pour vous y exhorter de nouveau , mon cher Monsieur, que je vous écris cette lettre. L'estime et la tendre affection que vous m'avez inspirées avec vos confrères par vos sentiments , raniment toute l'ardeur de mon zèle en votre faveur; et je ne cesserai, je vousT le jure, tant que j'y serai à temps, de tenter toutes les voies pour vaincre vos cruels refus. Votre sûreté m'y engage et la félicité de votre troupeau. Si le devoir de votre ministère vous oblige à mépriser les peines dont vous êtes menacé par votre proscription, l'intérêt

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de VOS ouailles doit vous obliger aussi à veiller à votre conservation et vous déterminer à sacrifier à leur tranquillité et à leur repos la satisfaction intérieure que vous auriez à rester parmi elles. Ne vous flattez pas , mon cher Monsieur; des ordres sévères sont déjà donnés pour vous arrêter, de même que M, Coste. Les précautions qu'on prend pour assurer l'exécution de ces ordres me font trembler pour vous tous. Se peut-il que vous n'en soyez point alarmés, dans le temps que ceux qui s'intéressent pour vous en frissonnent ? Laissez-vous émouvoir à mes larmes. Cessez de vous obstiner à refuser ce que je vous propose. Cédez aux circonstances, je vous en conjure. La conduite que vous tiendrez peut beaucoup influer sur la tranquillité et faire même cesser ce que vous appelez persécution du clergé. Profitez des offres que ceux qui nous gouvernent m'autorisent encore à vous faire, et ne les aigrissez pas davantage par vos refus. L'obéissance est un des premiers devoirs des sujets vis-à-vis de leur prince, »

Démarche étrange qui témoigne d'une bienveillance sincère et de beaucoup de naïveté. Il était difficile, en eff'et, de comprendre comment l'intérêt bien entendu des troupeaux réclamait le départ de leurs pasteurs. N'était-ce pas les livrer sans défense aux mains de leurs ennemis?

Le maire d*Alais joignit à cette lettre le modèle suivant de soumission. Il affirmait qu'une fois signé, ils n'auraient rien à craindre, que les intentions du roi étaient formelles à cet égard :

a Nous, ministres de la Religion prétendue réformée soussignés, pour donner un témoignage authentique de notre aveugle obéissance aux ordres du prince, promettons à M. le chevalier de Beauteville, commandant

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pour lui dans les Cévennes, de sortir du royaume, sous la conduite de M. de Ribes, maire d'Alais, avec nos femmes et nos enfants , lorsque nous en serons par lui requis, et qu'il sera muni de passeports et saufs-conduits, nécessaires à la sûreté de nos personnes, et des remises nécessaires pour les frais de notre voyage et subsistance de six mois, en terres étrangères. Promettons encore qu'une fois sortis du royaume, nous n'y rentrerons que par une permission expresse de Sa Majesté, »

Aucun pasteur ne signa cette pièce ; mais ce qu'on a peine à croire, c'est que le maire d'AIais, quoiqu'il prétendit le contraire, traitait avec eux sans mandat. Des copies de sa lettre s'étant répandues, M. de Moncan fit arrêter le fonctionnaire trop officieux et Tenferma, le 29 Janvier, dans le fort d'Alais.

Les pasteurs, indifférents aux promesses comme aux menaces, continuaient leur œuvre bénie. Les synodes se tenaient régulièrement. Ces assemblées étaient indispensables aux troupeaux pour leur donner conscience de leur force et les affermir contre les entreprises des adversaires. Elles venaient aussi, faut-il le dire, leur rappeler le devoir de soutenir efficacement le ministère et de pourvoir aux besoins des hommes dévoués qui se dépensaient pour eux sans compter, et dont les modestes honoraires n'étaient pas toujours régulièrement payés.

Le 26 avril 1753, le pasteur Lassagne (i), écrivant aux anciens de Lafage, regrettait qu'ils n'eussent pas

(i) Voir sur Dalgues, surnommé Lassagne, BulUtirif t. VII, p. 464 ; et pour son signalement, Charles Goquerel, Histoire des Eglises du Désert, t. II, p. 570.

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déjà convoqué, comme ils en étaient chargés, le synode des Basses-Cévennes. « Les raisons prises de l'incommodité du temps, » leur disait-il, « ne subsistent plus. Je me fais Thonneur de vous écrire et de vous exposer les sollicitations et les sommations de notre colloque. Si l'on diffère plus, les vers-à-soie , la récolte, la foire de Beaucaire ne permettront pas de pouvoir le faire si aisément. Vous voyez cependant, Messieurs, que le changement des quartiers , l'examen de nos candidats, l'appel de nos messieurs qui sont à Lausanne , l'envoi de ceux qui doivent partir, sont des raisons assez fortes et assez pressantes pour vous déterminer à convoquer le synode au plus tôt. Je pen.se donc que, de concert avec votre pasteur, qui est aujourd'hui M. Lafage, vous pourriez procéder à cette affaire pour le commencement de la semaine prochaine et avertir exactement ceux qui doivent s'y rendre. Si vous ne trouvez pas une place commode, on pourrait, de concert avec Saint-Jean, le faire dans sa paroisse ou dans les environs. »

Ce fut seulement le 4 septembre que le synode des Basses-Cévennes, présidé par Jacques Boyer, se réunit a sous les yeux de Dieu. » Ces assemblées , toujours importantes, n'abordaient jamais les graves questions qu'elles étaient chargées de résoudre, sans avoir imploré les lumières de l'Esprit-Saint. Il existe, dans les papiers de Teissier, la prière d'ouverture d'un synode. Elle montre les dispositions que nos pères apportaient dans ces assemblées qu'on ne craignait pas de représenter comme des foyers de révolte : a O grand Dieu, » s'écrient-ils, « Maître de tous les événements, qui les dispenses par ta sage Providence, nous nous abattons en ta sainte présence, un nombre des conducteurs de

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ton Eglise, pour adorer ta grandeur et célébrer la sagesse. Que ton nom soit loué à jamais ! » Après avoir confessé le mauvais usage qu'ils ont fait des talents que Dieu leur a confiés, et l'avoir béni, malgré les persécutions qu'ils endurent, de ce qu'il répand sur l'Eglise ses faveurs en abondance, ils ajoutent : « Puisque tu as permis que nous soyons assemblés aujourd'hui, pour prendre les mesures propres à faire régner dans ton Eglise la paix et l'ordre, veuille présider au mi- Ijeu de nous par la vertu efficace de ton Saint-Esprit. Qu'il bannisse de nos cœurs toute sorte de préventions ; qu'il modère et rectifie nos jugements précipités ; qu'il produise en nous l'amour, la patience, la fraternité ; qu'il nous fasse surmonter sans murmure les défauts de nos frères, comme les injures et les calomnies de nos ennemis ; qu'il sanctifie toutes nos expressions ; qu'il augmente nos connaissances , qui sont si bornées, afin que nous portions des jugements solides et constants, et que nos délibérations n'aient pour but que ta gloire, notre salut et l'édification de notre prochain. »

Des assemblées réunies dans cet esprit ne pouvaient que travailler d'une manière efficace au bien des âmes Cl à l'avancement du règne de Dieu. Les membres du synode fixèrent au 23 octobre un jour de jeûne et prirent certaines mesures relatives à la discipline. Chaque église fut divisée en districts; et, dans chacun, un ancien et un diacre durent veiller aux scandales, en même temps que signaler ceux qui, « ayant l'âge compétent, » n'avaient pas encore participé au sacrement de la cène.

Le travail le plus important du synode fut la répartition des églises. Celle de Valleraugue échut à Lafage.

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Il eut pour aide le proposant Lapierre, qut avait pour lui une très grande affection (i).

L'église de Valleraugue était Tune des plus intéressantes, mais aussi des plus fatigantes des Cévennes. Les protestants, fort nombreux dans le bourg, sont aussi disséminés dans une contrée montagneuse. Ils habitent des hameaux ou des fermes isolées, qui se cachent dans les gorges ou s'échelonnent sur les pentes abruptes des montagnes. Tel de ces villages , comme l'Espérou, qui se dresse à une altitude de plus de mille mètres sur la montagne de ce nom, est, l'hiver, d'un accès dangereux. Les habitants de ces contrées descendent de ces anciens camisards qui, sous les ordres de Cavalier et de Roland, tinrent longtemps en échec les troupes de Louis XIV ; et Valleraugue a donné le jour à l'un des plus célèbres d'entre eux, François Vivens, à la fois prédicant et soldat. C'est dans ces lieux, qui restent liés pour nous au souvenir d'un frère bien-aimé, qui pendant neuf ans y exerça un humble et fidèle ministère, que Teissier devait fournir la plus grande partie de sa carrière pastorale si vite interrompue;

On voudrait connaître en détail son activité et le sui-

(i) Les actes de ce synode, dont une copie, de la main de Lafage, se trouve dans son dossier, ont été publiés par Ed. Hugues, Les Synodes du Désert^ t. II, p. 29. L'article 2 est ainsi conçu : « En conséquence de l'article ij du synode de la province, tenu en 175 1, MM. Dalgues, Ducros, Teissier et Journet, ayant été examinés et ordinés selon la forme des églises réformées de France, le synode les inscrit dans le catalogue des pasteur? de la province. » On se demande, avec étonnement, pourquoi cette inscription si tardive. On trouve dans ces actes règlement des comptes de l'année 1752, et les sommes versées par chaque église. Le traitement çle Teissier et de la plupart de ses collègues était de 500 livres. Celui de Boyer, de $00.

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vre, de maison en maison, dans Taccomplissement de ses devoirs pastoraux. Il avait pris à cœur sa tâche difficile et Taccomplissait fidèlement sous le regard de Dieu « avec beaucoup de zèle et de succès, » disent nos relations manuscrites. Comme plusieurs des prédicateurs sous la croix, il avait renoncé au mariage pour se consacrer plus complètement à son œuvre. Sans être doué de facultés brillantes; il se faisait remarquer par des qualités solides, par le sérieux de ses convictions et l'austérité de sa vie. « Il avait, » dit un contemporain, • l'esprit juste, le jugement solide, un caractère paisible et des mœurs très pures (i). » C'était un homme de prière qui, ne trouvant pas en lui-même la force indispensable à l'accomplissement de sa mission difficile, la demandait journellement à Celui qui ne laisse jamais ses enfants dans le besoin. Toujours par monts et par vaux, il n'épargnait ni son temps ni sa peine. Il fallait continuellement se transporter d'un endroit à l'autre, soit pour un baptême ou pour un mariage, soit pour apporter à quelque mourant les consolations de l'Evangile. Il recevait souvent des billets comme le suivant, qui ne porte d'ailleurs ni date ni signature :

« Je viens de recevoir votre lettre dans le moment que j'allais faire partir cet exprès pour vous prier, ou quelqu'un de vos messieurs, d'avoir la charité de se rendre ici, n'étant pas en état moi-même de me rendre si loin que vous me dites, par le peu de santé que j'ai. Ainsi je me flatte que vous voudrez bien me donner cette marque d'amitié... Je suis extrêmement pressée. J'attends nos chevaux dimanche, pour partir lundi pour

{i} Bibliothèque du protestanti^mç ; collççtion Coquerel, t. lU, p. m6.

Milhau. (1) » D'autres que ses paroissiens savaient recourir à son obligeance. Voici la lettre curieuse qu*il reçut un jour de son collègue, Paul Marazel, alors en Suisse : « Jamais personne, Monsieur et cher frère, plus surpris que moi de votre indifférence. Je ne sache à quoi Tattribuer. Je viens, par celle-ci, vous en demander la raison. Ce sont ici des démarches que m'impose la tendre affection que j'ai pour vous. Je serais fâché de vous avoir indisposé contre moi. Personne qui vous souhaite plus de bien que moi et qui ressente plus de joie de votre prospérité. Ce n'est pas pour vous fîatter que je vous tiens ce raisonnement. Ce ne sont pas les personnes que j'aime que je complimente. » Or, que prépare cet exorde insinuant .^^ La suite nous l'apprend assez brutalement. « Je n'exprime là que les sentiments de mon cœur. Répondez-y je vous prie; et, comme je reçus de vous la promesse que si j'avais besoin de quelque chose de m'adresser à vous, je me trouve dans le besoin de vingt-quatre livres, que j'ai été obligé de compter à M. Rendavel aujourd'hui. Voudriez-vous me les prêter > Vous pourriez vous les faire compter par les églises... Mais, par cette demande, ne me ferai -je pas soupçonner d'être un flatteur qui caresse, en commençant, pour arriver à ses fins? (2) » Malgré ses courses incessantes, Teissier trouvait encore le temps de poursuivre ses études. Ses manuscrits, intéressants à cet égard, contiennent des extraits

(i) « A Monsieur, Monsieur Lafage. » — Cachet de cire noire.

(2) Cette lettre, datée de Lausanne, le 6 novembre 1753, est adressée « à M. M. Lafage, pasteur, en toute diligence. » On se rappelle que le synode du 4 septembre 1755 avait accordé un conçé à Marazel.

de ses lectures , en particulier des théologiens protestants du dix-séptième siècle.. Il cite de Beausobre et Lenfant. Il lit le Traité de P aumône, de Laplacette. Il transcrit même le sens de quelques mots grecs , à côté du célèbre sonnet de Des Barreaux : « Grand Dieu , tes jugements sont remplis d'équité. » Il note la définition de la loi naturelle, donnée par M. Noodt, professeur en droit de l'Université de Leyde, la date de la naissance et de la mort de Charles le Cène, la date de la mort du théologien genevois Jean-Alphonse Turretini. Il s'amuse même à des jeux d'esprit. A-t-il tiré de son cerveau ou trouvé quelque part ces définitions dans le goût du siècle dernier? « Qu'est-ce que la conversation? — C'est la fille du raisonnement , la mère du savoir, la respiration de l'âme, le commerce des cœurs, le lien de l'amitié, la nourriture du contentement et l'occupation des gens de bien. — Qu'est-ce que l'oisiveté ? — C'est la paralysie de l'âme , la rouille de l'esprit , l'engourdissement du corps , l'oreiller du diable , la peste des vertus et le séminaire de tous les vices. » D'ailleurs, à l'exemple de Bénézet , il semble avoir eu le pressentiment de sa mort violente. Il a conservé, dans un de ses cahiers, ces renseignements sur deux martyrs : a Monsieur Brousson, serviteur de Dieu, roué à Montpellier, le 4 de novembre 1698. Monsieur Alexandre Roussel, serviteur de Dieu, pendu à Montpellier, le 30 novembre 1728, âgé d'environ vingt-sept ans, » et tracé sur une feuille de sermon ces mots significatifs : < Martyr signifie témoin qui dépose hautement de la vérité de TEvangile. »

La tâche principale du pasteur était la prédication publique. On a souvent décrit les assemblées du Dé-

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sert avec leur austère poésie, leurs dangers et leurs mystères. Les vallées reculées des Cévennes, avec leurs gorges profondes et d'un accès difficile , offraient un sûr asile au culte proscrit, La tradition désigne encore les châtaigneraies solitaires où nos pères allaient prier dans les nuits sereines de Tété , quand les rossignols du voisinage mêlaient leur chant à l'harmonie des psaumes, ou pendant les sombres nuits d'hiver, lorsque le vent faisait rage, que la neige tourbillonnait sur leurs têtes, et que les fauves étonnés leur cédaient la place. Quand rassemblée était formée, le prédicateur présentait à Dieu , dans de longues et ferventes prières, les besoins de son troupeau. Celles de Teissier témoignent de la sincérité et de l'ardeur de sa foi. « Seigneur notre Dieu et notre bon Père de miséricorde, daigne, dans ta bonté, condescendre jusqu'à nous pour nous élever jusqu'à toi , opérant en nous , par ta grâce, l'œuvre de notre salut. Nous venons ici, des créatures sur lesquelles tu as appesanti ta main , nous abattre dans ce lieu sacré en ta présence, pour te rendre nos hommages religieux , adorer ta grandeur, et pour célébrer tous les biens dont tu nous as comblés. Nous te bénissons, en particulier, de ce que tu nous as rachetés de l'empire du démon par la mort de notre divin Rédempteur... Mais, ô grand Dieu, lorsque nous réfléchissons sur la nature de tes grâces et sur Tabus que nous en avons fait , nous craignons que ta justice en arrête le cours et nous livre aux poursuites de ta vengeance. Nous nous sommes servis d'elles pour t'outrager et de tes biens pour te faire la guerre... O Père de miséricorde, dont les compassions sont infinies, veuille nous pardonner tous nos péchés et les laver dans le sang de Jésus-Christ. D'un autre côté,

ti baisse ton regard favorable sur ce troupeau désolé cjui s'attend à toi et qui cherche la Parole de vie. Accorde-nous les lumières de ton Esprit ; nous en iivons toujours besoin , mais en particulier dans ce momt-nt où nous sommes venus dans ce lieu, dérobés du commerce familier des hommes et de tous nos ennemis, pour le présenter nos sacrifices spirituels. »

Citons une autre de ces pieuses effusions, auxquelles s*ïis^ociait rassemblée tout entière :

n O Majesté infinie, redoutable aux anges qui volent continuellement autour de ton trône et qui crient journellement : Saint, saint est l'Eternel... toi qui gouvernes toutes choses par ton admirable Providence, tiii qui as écrit nos noms dans le livre de vie, nous nous humilions en ta sainte présence. Pardonne-nous tou^ nos péchés , au nom du Fils de ton amour. O Source inépuisable de lumiè're et de vie, qui illumines tout homme qui vient au monde, unique Auteur de noire création , c'est par toi que nous respirons... Puisque nous ne subsistons que par toi, fais que nous rapportions toiites nos bonnes actions à ton honneur et ù. Ut gloire, et que nous t'offrions, de bon cœur, les prémices d'une vie nouvelle et la fleur de nos années... O Dieu , pardonne et efface tous les péchés de cette folle et volage jeunesse. Arrête toutes les émotions déréglées de cet âge bouillant. Dompte cette chair rebelle**. Détache nos cœurs et nos affections des choses du monde... Que ta divine Parole soit notre unique guide... Donne-nous ton Esprit afin qu'il nous éclaire, nous sanctifie et nous enseigne à faire ta volonté. »

Des prières semblables devaient préparer d'une manière efficace les auditeurs à recevoir les enseignements de l'Evangile, Nous pouvons nous faire une idée delà

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prédication de Teissier. Son dossier renferme vingttrois sermons, réunis en sept cahiers. Rédigés avec le plus grand soin, d*une écriture fine et serrée qui trahit un esprit méthodique, ils prouvent que, malgré leurs continuelles alertes, ces hommes de Dieu faisaient, sans se presser et soigneusement, tout ce qu'ils avaient à faire. Teissier travaillait sa prédication. Il s*y était appliqué à Lausanne. Les fatigues et les déplacements continuels du ministère sous la croix ne le détournèrent pas de ce qu'il regardait comme le premier de ses devoirs. Chose étonnante, il était déjà consacré lorsqu'il soumit à Gal-Pomaret Tune de ses prédications, dont le pasteur de Ganges lui fit une critique en règle : « J'ai lu. Monsieur et cher frère, votre sermon. Tout y est utile et instructif, et je ne doute pas qu'il ne produise du fruit. Mais permettez que je vous dise qu'il ne s'agissait dans votre texte que de l'humilité envers Dieu, et que c'est là-dessus qu'il fallait faire rouler votre sermon. Le texte renferme un devoir et un motif pour nous porter à le remplir. Votre sermon demandait deux parties : dans la première, il fallait expliquer le devoir, en montrer la nature, la justice, la nécessité, les caractères, l'étendue. Dans la seconde, il fallait expliquer le motif d'une manière vraie et pressante. Ce plan aurait été plus riche que celui que vous avez suivi et plus textuaire. Voilà mes remarques ; recevez-les comme venant de la part d'un ami (i). »

Pour avoir une idée de la prédication de Teissier , donnons une courte analyse du sermon qui a pour titre : les Vêtements spirituels , et pour texte : a Je vous con-

(i) Lettre du 27 novembre 175 1. « A Mons Mons. Lafage, m. d. S. E., à sa retraite. »

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