‹ Trois prédicateurs sous la croix au dix-huitième siècleChapitre 4 sur 31 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Sflufltion irrégulière de Bénézet. — Dissensions parmi les séminaristes. — Il épouse une jeune veuve. — Il échoue à ses examens. — Son activité pastorale. -^ Correspondance avec le vicaire général de Montpellier. — Lettre à ses catéchumènes. — Caractère évangélique de sa prédication. — Strophes sur le Qiartyre.

La position du jeune Montpellierain était délicate. C^était un irrégulier qui travaillait à l'œuvre de Dieu sans mandat officiel. Non seulement il n'était pas consacre, mais il n'avait pas même le titre de proposant. On le "considérait encore comme un simple étudiant, un aspirant au saint ministère, rien de plus, et ses meil- Ilups ami?, les Boyer, les Marazel , craignaient bien qu'il ne fût jamais autre chose.

Ce jeune homme de vingt-trois ans ne s'intéressait pas moins vivement aux affaires du Désert. L'Evangile l'avait saisi tout entier, et son cœur brûlait de zèle, si sa mémoire laissait à désirer. Souvent aussi sa pensée se transportait au delà des Alpes, sur les bords du Léman. Il n'oubliait pas les étudiants qu'il avait quittés, et désirait connaître les menus incidents de leur vie de séminaristes. Le 28 décembre 1 747, à l'occasion du proçholn renouvellement de l'année^ il adressa à Tun d'eux^

son bon ami Boudet dit Gautier, une lettre remplie de tendresse et de vœux chrétiens. Boudet, dont Court dira plus tard qu'il faisait merveille en Normandie, prosélyte comme Bénézet, avait comme lui « un zèle qui tenait un peu de Tenthousiasme (i), » et cette ressemblance de caractère les avait liés. Il fit à son ami une longue réponse où des détails curieux et attristants sur la vie intérieure du séminaire se mêlent aux témoignages d'une cordiale affection.

« Permettez-moi, avant toutes choses, » lui disait-il, t de vous témoigner ma sensibilité et ma gratitude pour tout ce que votre lettre renferme d'honnête et d'obligeant. Agréez aussi les vœux sincères que je fais pour votre conservation. Puisse ce renouvellement d'année affermir votre santé. Puisse notre bon Père vous préserver de tout fâcheux accident, vous concilier l'affection de tous les gens de bien et resserrer les nœuds de notre amitié. Puissiez-vous, de plus, perfectionner vos lumières et faire de nouveaux progrès dans la sainteté. Puissions-nous tous voir Jérusalem dans un état plus tranquille et plus florissant; ou, du moins, puissionsnous voir régner parmi nous la charité, la paix et l'union. »

Elles étaient bien compromises au sein du corps pastoral et des troupeaux. La persécution aurait dû rapprocher les cœurs. Elle n'empêchait pas les divisions intestines. Le schisme provoqué par Boyer n'avait pris fin que depuis trois ans, et les lettres échangées entre Court et Bénézet nous ont montré l'agitation qu'avait produite une lettre interceptée. Les

(i) Alexandre Lombard, Isabeau Menet, prisonnière à la tour de Constance, p. 94.

choses n'allaient pas mieux à Lausanne. Les directeurs, d*accord avec les étudiants , avaient ajouté aux règle-^ ments du séminaire quelques articles qui devaient fortifier les études en même temps que rapprocher élèves et professeurs. Mais certains d'entre eux semblaient empiéter sur les droits des synodes et soustraire les étudiants à leur juridiction, tandis que d'autres, après réflexion, parurent humiliants à ces derniers. C'est ainsi que leur correspondance devait passer sous les yeux du Comité. Gautier avait conseillé la soumission , et, un jour, dans un accès de vivacité, il avait dit aux mécontents qu'il les ferait pendre. Quelques-uns, excités par Coste , prirent cette boutade au sérieux , et déclarèrent qu'ils quitteraient le séminaire si Gautier ne partait pas. On priva de la bourse les plus exaltés, Coste, Encontre et Bastide, qui se plaignirent de Court et de leurs directeurs aux synodes. Quelques pasteurs prirent leur défense, et Claris ne craignit pas d'écrire au restaurateur des églises : « Nous voulezvous assujettir à suivre vos volontés sans examen et sans connaissance (i)? » Les choses s'envenimèrent encore quand les meneurs rentrèrent en France. C'est à ces tristes démêlés que Gautier fait allusion :

« Mon cher ami , en lisant votre lettre , je me suis aperçu que vous n'ignoriez pas entièrement les menées des sieurs Coste, Encontre et Bastide. Je ne les ignore pas non plus, et, en tout cela, il n'y a rien que je n'aie prévu du moment qu'ils ont quitté notre ville . Mais je suis grandement surpris de l'accueil que le ministre Claris leur a fait, et des marques de protection qu'il leur donne. Sont-ce des faveurs que mérite l'in-

(i) Charles Dardier, Paul Rabaut] ^es lettres à Courte 1. 1, p. 275.

famie dont ils se sont couverts en Suisse? Quelle honte pour nos querelleurs d'avoir été exclus de leur pension , au tiers du terme dont ils devaient en jouir I de n'emporter avec eux ni attestation ni témoignage! de n'avoir d'autre aveu des amis si ce n'est de s'être rendus indignes de leurs bienfaits et de leur protection ! Et cependant M. Claris protège, défend, se donne mille mouvements et mille peines poyr justifier ou du moins excuser la conduite de ces réfractaires ! En vérité , cela seul devrait ouvrir les yeux de tous les honnêtes gens sur la honte de ce ministre , et je ne sache qu'on puisse dire autre chose pour l'excuser, si ce n'est que chacun aime son semblable. Je sais bien que les proposants dont nous venons de parler lui en ont imposé ; mais c'est uniquement sa faute , pour ne rien dire de plus, car il eût pu s'instruire au vrai de l'état des choses , s'il eût été moins passionné et moins prévenu. On n'a rien négligé pour cela, et les lettres de M. le pasteur Polier ne devaient assurément pas lui être suspectes. Quelqu'un me disait , l'autre jour, que si M. Court avait été contre moi, M. Claris aurait pris mon parti. Cela me parut d'abord un paradoxe; mais, à l'aide d'éclaircissements qu'on me donna, je crus m'apercevoir qu'on disait vrai. Chose surprenante, M. Claris est brouillé avec M. Court! Et pourquoi cela? Vous n'en devineriez pas la cause. C'est l'accommodement de 1744. Comment, morbleu! le ministre Claris regarde de travers son ami Court, parce que, désirant la paix , il travaille à la rétablir ! Voilà qui s'appelle un ministre de l'Eglise !

» Ce n'est pas contre moi seul que les sieurs Coste, Encontre et Bastide content griefs. Ils se plaignent et diffament ' ceux d'entre mes collègues qui n'ont pas

pris leur parti, et plus encore ceux qui semblent avoir pris le nnien, comme les messieurs du Haut- Languedoc. Ils ont dit plusieurs faussetés de ces derniers à M. Jean Loire; mais, à Theure qu'il est, il doit être désabusé. » D'ailleurs les frères de Lausanne sont parfaits à son égard. Il ne peut trop se louer du pasteur de Bons (i). Il assiste à toutes les assemblées du séminaire. Il donne sa voix à son rang. Il n'a tenu qu'à lui de présider la députation du jour de l'an, chargée de présenter les vœux des étudiants à leurs deux grands amis, Antoine Court et Polier. Ses accusateurs, qui sont encore au séminaire , Zélote , Sol , Bélissart et « l'hypocrite Nicol, » ne sont appelés en rien. « Je vous suis fort obligé, mon cher ami, » ajoutait-il, c de ce que vous prenez à cœur mes intérêts. Il me serait utile d'avoir plusieurs amis comme vous dans le Bas- Languedoc. Je ne doute pas que Coste, etc., ne prennent bientôt le parti de se taire et d'en venir à un accommodement. Si cette malheureuse affaire était finie, je répondrais un peu au long sur le désir que vous faites paraître de me voir parmi vous; mais, à présent, il ne m'appartient pas de m'expliquer. Soyez pourtant assuré que je suis plein de respect et d'estime pour vos pasteurs. Votre très honoré père (2) est un modèle de patience et de résignation à la volonté de Dieu. Il a été, dans sa main , un puissant instrument pour avancer sa gloire et le salut d'un grand nombre de réformés. M. La Perrière (3) est digne de toute mon affection et de mon

(i) Il devait, en 1761, remplacer Samuel Secrétan, comme professeur de théologie au séminaire.

(2) Sans doute Jacques Boyer.

(3) Voici le signalement de ce pasteur, de son vrai nom Ga-

attachement. C*est une des personnes des mieux faites, des plus polies et des plus aimables que j'aie connues. Je puis dire qu'à Genève son mérite lui avait concilié l'estime et la bienveillance de tous les gens d'honneur et, parmi le sexe, de tout ce qu'il y a de plus distingué. »

Malgré sa position précaire et son avenir incertain , Bénézet songea à se donner une compagne. Son choix se fixa sur une jeune veuve de Marsillargues, Françoise Planchet , veuve de François Rodier. Son père , Jacques Planchet, avait commandé une compagnie dans les troupes royales. Sa mère s'appelait Marguerite d'Anglas. Les pactes furent passés, en présence de plusieurs témoins, à Marsillargues, le 122 avril, et le mariage béni par Paul Marazel. L'existence nouvelle qui commençait pour Bénézet ne le détourna pas de sa vocation. Le 4 février 1749, un synode provincial se tint dans les Basses-Cévennes , sous la présidence de Boyer, son protecteur. Il s'y présenta, avec un autre candidat, Isaac Alud. Mais aux questions qu'on leur posa sur les vérités les plus claires de la religion , ils restèrent bouche close, et le synode, les remerciant de leurs bonnes intentions et les recommandant à la grâce de Dieu , les renvoya.

Fort de ses intentions et de l'approbation divine, Bénézet se mit à prêcher dans plusieurs églises, sans l'autorisation des anciens. Ceux de Calvisson s'en plaignirent au synode que présida Paul Rabaut , le

vanon : « Taille de cinq pieds, trois pouces, assez bien fait, cheveux longs, châtains, les portant ordinairement en bourse, visage noir, yeux gris, le nez et les lèvres grosses. » {Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme, t. XIX-XX, p. 365.)

21 mai. Cette assemblée chargea les pasteurs Pradel et Gibert d'écrire à leurs collègues des Basses-Cévennes pour connaître l'exacte situation de Bénézet au point de vue du ministère , et les prier de représenter à ceux qui lui avaient donné la main qu'ils eussent à se comporter mieux à l'avenir. Les conseils que le délinquant reçut à cette occasion peuvent se résumer dans ces lignes que Paul Dalgue écrivait le 14 décembre : « Le pauvre Bénézet peut rester dans la province, travailler pour lui et, au prochain synode, s'il répond aux questions qu'on lui fera, il sera reçu proposant (i). »

Malgré ces contretemps, bien faits pour le décourager, Bénézet continuait à s'occuper des intérêts de son Maître. Des sources précieuses d'informations nous font connaître sa piété vivante et les dispositions intérieures qui le rendaient capable de servir efficacement la cause de l'Evangile.

Il connaissait le vicaire général de Montpellier, M. de Saint-Bonnet, qui, d'après son propre témoignage, « lui avait, dès son enfance, accordé mille bontés. » Ils échangèrent plusieurs lettres sur des points de controverse, et le prêtre fit preuve d'une rare courtoisie et d'une charité vraiment chrétienne.

Bénézet lui écrivît un jour : « Monsieur et très honoré pasteur, il y a quelque temps que je m'étais proposé de donner aux fidèles persécutés un petit livre de controverse où je fais voir les raisons qui m'ont obligé de me séparer de la communion romaine. Comme tant d'ouvrages de cette nature ont paru qui n'ont laissé rien en arrière, j'avais cru que je pourrais supprimer mon ouvrage. Mais étant sollicité d'une âme si pieuse

(I) Ch. DardïQtf Paul Rabaut; ses lettres à Courty U II', p. 176.

que la vôtre , qui a souhaité ardemment que je le fisse paraître, j'ai répondu à votre désir sans différer d'un moment, étant persuadé de votre suffrage. »

Il serait trop heureux que le prêtre approuvai son travail. Prétention naïve qui montre la candeur de son âme, surtout quand il lui exprime en ces termes la joie qu'il éprouve de ne plus faire partie de sus ouailles : « Quand je pense à la faveur inestimable que mon Créateur m'a faite de me faire sortir de la Bt^bylone pour entrer dans son Eglise , je ne cesse , nuit et jour, de lui en rendre mes actions de grâces. » Il s'élève, en particulier, contre le culte en langue étrangère, condamné par l'apôtre saint Paul. Puis il termine par cette profession de foi, si belle malgré sa forme incorrecte, et qui renferme comme un pressentiment du martyre :

« Je suis prêt à suivre Jésus-Christ partout où il m'appellera. Les gibets, les roues auxquels nous sommes exposés tous les jours, ne me feront pas changer de langage. Il est vrai que, quand je considère la iaîblesse et la vanité de notre nature et la difficultc de la persévérance dans les épreuves, on tomberait infailliblement, si Dieu ne nous soutenait par sa v^rtu toute puissante. Je le sais par expérience. Vous savez combien de temps j'ai combattu avec le démon et le monde , depuis que j'ai eu le le bonheur d'être dans la communion de Christ. Le malin n'a rien négligé pour me faire sortir du sein de TEglise. Mais en vain il a lutté , je suis été toujours plus que vainqueur; ses attaques n*ont servi qu'à maffermir de plus en plus. Je confesse ingénument que c'est l'Etre suprême qui m*% fait remporter la victoire, accomplissant sa vertu divine dans mon infirmité. C'est lui qui m'a rendu ferme et

invincible contre les coups de Tennemi. Gloire t'en soit rendue, ô Etemel ! »

Cette lettre, qu'il termine par une prière en faveur de son correspondant, fut suivie d*une seconde dirigée surtout contre Tinfaillibilité du pape. Le vicaire généralt loin de se formaliser de ces vives sorties d*un candidat au ministère évangélique , lui répondit de Montpellier le 29 septembre 1 751 : « Les catholiques ne regardent pas Tinfaillibilité du pape comme un article de foi, mais comme une simple opinion qu'on nie ou que Ton soutient, sans intéresser le dogme. Les mêmes catholiques ne condamnent pas la communion sous les deux espèces, mais ils soutiennent qu'elle n'est pas ordonnée de notre Seigneur à tous les fidèles et ils tâchent de le prouver par les Ecritures , par la tradition , par Texemple des premiers siècles et même par l'article 22 de la discipline des réformés, qui permet de s'abstenir de la coupe lorsqu'on a une répulsion pour le vin. » Et, après d'autres remarques , il terminait par ces paroles bienveillantes : « Vous pouvez, mon cher fils, venir chez moi en toute sûreté , à l'heure que vous me marquerez. Je demeure vis-à-vis la maison curiale de Notre- Dame. Nous aviserons ensemble aux moyens de votre retour qui ne sera pas moins assuré que votre demeure. Ne tardez pas de venir, parce que je me propose de faire*, dans peu, un voyage de deux ou trois semaines. » <t Votre lettre, » lui répondit Bénézei, « m'a fait un sensible plaisir. Je fus ravi en admiration en la lisant, puisque j'y ai découvert une amour des plus grandes. Jl! ferai en sorte de me la conserver et de ne perdre jamais cette tendresse inconcevable que vous me témoignez, » Suit une longue argumentation tirée sans doute de quelque controversiste protestant, — car le style, ici,

se distingue par une correction qui ne lui est pas habituelle, — contre l'infaillibilité, soit qu'elle réside dans le pape seul, ou dans le pape entouré du concile approuvé par le pape. M. de Saint-Bonnet répondit, sans se départir de sa courtoisie ordinaire : « Je n'ai qu'un quart d'heure, mon cher Monsieur, d'ici au départ du courrier. C'est le seul moment que j'ai trouvé pour répon- . dre à votre lettre qui ajoute aux deux premières difficultés plusieurs autres nouvelles qui demandent un long détail. Il sera plus facile de vous satisfaire de vive voix , et c'est à quoi je me détermine , vous conseillant de ne pas trop prolonger la visite que vous me devez faire, parce que certaines personnes, dont je me suis assuré à tout événement , pourraient désapprouver un trop long délai. J'espère que vous serez pleinement satisfait de ce que je vous dirai sur les articles proposés (i). »

Cette lettre, assurément d'un homme loyal, n'autorisait aucun soupçon. Bénézet déclina pourtant l'invitation et demanda une réponse écrite. Il en conjurait même son correspondant « par les compassions de Dieu et du Seigneur Jésus-Christ , » ajoutant que, puisqu'il était persuadé de le satisfaire sur les points controversés, il devait finir l'œuvre qu'il avait commencée. « Tout vous engage à cela, » concluait-il, « aimable docteur (2). »

Cette correspondance le peint au naturel, pieux mais exalté, ayant plus de zèle que d'équilibre. D'ailleurs il ne se fait aucune illusion sur ses ressources intellectuelles. Il écrit à M. de Saint-Bonnet : « Dieu,

(i) Lettre du I2marsi75i.

(2) Lettre du 19 mars 1751.

comme vous le savez mieux que moi, donne à Tun là profondeur du savoir, à Tautre l'excellence du langage, à Tautre la présence et la vivacité de Tesprit , à Tautre la force et la solidité du jugement. Saint Paul est sublime en raisonnement, Apollos puissant en parole, saint Jean rempli de douceur, Esaïe pompeux et magnifique en éloquence. Je n'ai point reçu encore aucun de ces dons , parce que mes ingratitudes envers Dieu en sont cause. Mais j'espère, de sa main libérale, qu'il m*accordera une de ces choses pour pouvoir être en état d'instruire son peuple persécuté, depuis si longtemps, de la part de l'antéchrist. J'ai pris une ferme résolution de vivre désoripais d'une manière conforme à sa volonté, étant assisté de son puissant secours; et je me flatte qu'il m'accordera sa grâce pour pouvoir lui être fidèle jusqu'à la mort (i). »

Cette correspondance n'est pas la seule preuve de la piété de Bénézet. Elle se montre encore dans une lettre à des jeunes filles qu'à la demande du pasteur Marazel, il avait préparées à la première communion. Après leur avoir rappelé que c'est de lui qu'elles ont appris les vérités de la religion en même temps que les erreurs et les superstitions de l'idolâtrie papiste, il les presse de faire chaque jour de nouveaux progrès dans la sanctification chrétienne. Puis il les met en garde contre le danger de l'apostasie : « Que les menaces de nos persécuteurs, » leur dit-il, « ne vous détournent pas des promesses que vous avez faites. Supposé que Dieu voulût éprouver votre foi en permettant que vos

(1) On trouve dans les papiers Vielles (fonds Fraissinet) la mention de plusieurs certificats de M. de Saint-Bonnet pour faire obtenir des gratifications à des nouveaux convertis.

ennemis vous fissent enfermer dans des couvents, il ne faudrait pas pour cela murmurer contre Dieu ; au contraire, il vous faudrait réjouir dans vos combats. Il vous consolerait dans vos afflictions, il vous détacherait des vanités du monde ; et , si vous portez sa croix de cette manière, vous devrez le remercier, comme les apôtres, de ce que vous aurez été trouvées dignes de souffrir pour le nom de Christ. Que la parole de Dieu soit toujours Tunique règle de votre foi. Soyez toujours prêtes à sacrifier à la vérité vos biens, votre liberté, votre vie, tout ce que vous avez de plus précieux, et demandez à Dieu, du plus profond de vos cœurs, qu'il vous affermisse dans ces dispositions. »

Les mêmes sentiments se retrouvent dans les sermons écrits de sa main. S'ils ne sont pas tous de lui, ils expriment du moins ses convictions les plus chères. L'un d'eux traite de l'action du Saint-Esprit dans les âmes et du danger de le contrister; un autre de la prière ; un troisième du devoir de fréquenter les saintes assemblées. Ce sujet revient fréquemment dans les chaires du Désert. Il fallait encourager les fidèles à tout surmonter pour remplir ce devoir souvent difficile. Le prédfcateur réfute avec force les raisons spécieuses de ceux qui prétendent s'en dispenser. Qu'ils supportent avec constance les persécutions en songeant aux récompenses célestes. C'est ainsi que les bienheureux martyrs se consolaient et se fortifiaient. Il cite l'exemple de Fulcran Rey, dont il raconte en détail les 'derniers moments. Il rapporte, en particulier, sa parole en face de la potence : « Oh ! que cette échelle m'est favorable! Elle va me servir de degré pour monter au ciel. » Puis il ajoute : « Dieu veuille, mes çherç frères , nous faire la grâce de tenir le même

JpÇi. BÉNÉZET DIT LA TREILLE.

langage, si telle était sa volonté que nous mourions de de celte mort! Amen. » Touchante prière qui sera bientôt exaucée pour lui (i).

La préoccupation du martyre hante son esprit. Sur Ja dernière page de ce sermon, déchirée par endroits, et maculée par la terre rouge des Cévennes , se trouve le brouillon d'une poésie qu'il avait écrite comme de Ja prose. Ce n*est pas sans peine qu'on Ta reconstituée. Telle qu'elle est, avec ses incorrections inévitables , cette élévation religieuse, d'un sentiment si profond , à laquelle il associe sa pieuse compagne, nous fait connaître à fond Tâme si chrétienne de ce confesseur de la vérité :

Que tous les deux, et par ta pure grâce, Nous contemplions un jour ta face, Mon doux Jésus I Avec les anges Qui chantent tes louanges, Mon doux Jésusl

S1I me fallait mourir sur une roue, Permets-moi donc que je te loue.

Mon Créateur!

Que je confesse Ton saint nom, ta tendresse.

Mon Créateur 1

Qu*à l'exemple de tant de nos prophètes, Je sois prêt à livrer ma tête

Pour ton saint nom I

Que j'abandonne Mes biens et ma personne,

Pour ton saint nom 1

^i) Voir sur Rey notre Eglise sous la croix, 2« édit., p. 11-4$.

BÉNÉZET Dît Lk TREILLE, f%

Que j'imite Désubas dans son zèle.

Sa fermeié et sa. querelle, pour ton sflirtt nom !

Qu'avec ses armes.

Je triomphe des charmes, Pour ton salui nom !

Que je quitte femme, en fan i ei frères.

Parents, amis, et les misères

De ces bfls lieux,

Et qu'avec joie.

Mon ème un jour te voie

Dans les hauts deux !

Ces Strophes émues nous conduisent au pied de la potetice de Bénézet et notis font prévoir sa constance» Mais avant de l'accompagner sur Tesplanade de Montpellier, achevons de raconter son histoire.

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