CHAPITRE III
ReJoiiblemcnt de persécution. — Le traître Soulier. — Lettre de Bénézet à une dame protestante. — Fontenelle le prend avec lui dans la Provence. — Certificat des pasteurs cévenols. — Assemblée de Noël 175 1. — Lettre à une dame réfugiée.
L année 1751, qui s'ouvrit par la mort de Tintendant Lenaîn, survenue le 4 janvier, fut marquée en Languedoc par un redoublement de persécution, « Un malheur n'est pas plutôt passé, » écrivait Pradel , le 22 août, « qu'un autre malheur arrive. Le feu de la persécution commence à se rallumer plus fort que jamais, ') Si la cour se lassait de sévir contre ces mille iafractions aux édits qu'elle était impuissante à réprimer, le clergé, toujours intolérant, revenait sans cesse à la charge : « La cause de tous les maux dont l'Etat se plaint, » avait dit quelque temps auparavant M. de MontcluSj évêque d'Alais, dans une déclaration à ses collègues, (' consiste en ce que les magistrats se sont relâchés de la sévérité des ordonnances. » Il ajoutait qu'on ne risquait rien en persécutant les protestants, et que leur sortie du royaume n'était plus à craindre comme autrefois. La fameuse lettre de M. de Chabanne, évêque d'Agen, au contrôleur général contre
la tolérance des huguenots, à laquelle Antoine Court répondit par le Patriote français et impartial ^ est du i®"* mai 1751. Le seul moyen, d'après Tauteur, de mettre fin aux maux de l'Eglise et de l'Etat, était de se débarrasser pour jamais des hérétiques , en les chassant du royaume. C'était fermer volontairement les yeux à l'évidence et persister dans une politique néfaste dont le royaume avait déjà tant souffert. D'autre part, le comte de Saint-Florentin, secrétaire d'Etat, avait écrit, le 19 mai 1750, à l'intendant du Languedoc : « J'ai toujours pensé, comme vous, que les mariages et les baptêmes font la grande difficulté , que la rigueur que MM. les évèques y apportent ne sert qu'à rebuter les protestants, à procurer des assemblées, à multiplier les évasions, et que, tant qu'elle se soutiendra, le roi aura le chagrin de sévir contre ses propres sujets, sans les ramener et même sans les contenir (i). » Qui parlait le langage de la raison, le prêtre ou l'homme politique? Et pourtant, par une étrange inconséquence, le prélat, qui réclamait avec tant d'insistance l'application des mesures de rigueur, reconnaissait que les persécutions augmentent le nombre des hypocrites, et que la conversion ne peut jamais être que l'ouvrage de la grâce; et, d'autre part, rintendant, obéissant aux ordres du secrétaire d'Etat, se mit à sévir, avec la dernière rigueur, contre les protestants.
C'étaient surtout leurs conducteurs spirituels qu'on recherchait avec le plus grand soin. De toutesi les, provinces, les pasteurs écrivaient à Court : « C'est à nous principalement qu'on en veut. » — « Supposé que
(i) Ch. Coquerel, Hi^, des Eglises du Désert^ t. Il, p. jq^
le Seigneur voulût m*appeler au martyre , » lui écrivait Rabaut, le 20 mars 1752, « je vous recommande ma chère femme et mes chers enfants. Je suis beaucoup plus inquiet pour eux que pour moi. » 11 se trouvait des irattres pour épier leurs moindres démarches et les dénoncer à l'intendant et aux commandants des troupes. L'un d'eux, Soulier, d'Anduze , un jeune homme de vingt-six ans , était d'une famille protestante , et plusieurs de ses ancêtres avaient exercé le ministère. Lui-même avait d'abord songé à suivre leurs traces* Après un séjour de cinq ans à Lausanne , nous apprend un théologien parisien (i), il était sur le point d'être reçu ministre à Genève, lorsqu'il se rend chez l'archevêque d'Avignon en lui manifestant le désir de se faire catholique. L'archevêque l'envoie à son collègue de Vienne qui venait de partir pour l'assemblée du clergé. Le grand vicaire de ce dernier, l'abbé de Prunières^ accueille avec empressement le néophyte, et, après deux mois de conférences, il reçoit, le 20 décembre 1749, son abjuration. Sous le nom de Puechmille, Soulier revient à Avignon. Il en repart pour Marseille, avec une lettre pour un jésuite attaché à révèque de cette ville, et il loge à l'hôtel de Malte, où û attend des secours de ses parents encore ignorants de sa conversion. On ajoutait , pour édifier les dévots , qu^il avait à Genève un oncle fort riche qui raimait beaucoup, mais à l'héritage duquel il renonçait volontiers pour rester fidèle à ses nouvelles croyances. L'évêque de Mirepoix le présenta au comte de Saint- Florentin, qui le trouva léger. « Le caractère que j*ai cru démêler en lui , » écrivait-il , « et ce métier
(1) Bulidin, t. VU, p. m.
même qu'il entreprend, me Pont rendu suspect. » Il lui remit pourtant douze louis et l'adressa à l'intendant du Languedoc. Au mois de mai 1750, on le trouve dans les Cévennes; en juillet il arrive de Florac; au mois d'août il est à Montauban. Au commencement de Tannée suivante, il est sur le point d'épouser une protestante de Nîmes. Ce triste personnage, que ses parents avaient renié, commence par dénoncer, comme apostats, deux officiers en garnison, l'un à Monobler , l'autre à Saint-Jean-de-Gardonnenque. Il prétendait que ce dernier, nommé de Mérols, du régiment de la marine, qui était resté longtemps à Lausanne, allait à la messe « par semblant » et avait promis à ses coreligionnaires de les avertir des démarches qu'on tenterait contre eux. La Beaumelle, fils d'un avocat de Saint- Jean-de-Gardonnenque, accusé par lui d'avoir apostasie en Hollande, où il servait comme officier, fut arrêté chez son père et mis en prison. Il n'en sortit qu'après un mois de détention. Il dut payer une amende et quitter la province.
En septembre 1752, Puechmille, qui relève d'une grave maladie, charge un certain Cruvelli , d'Avignon ^ d'informer l'intendant qu'à Sauve Solier^ cabaretîer, tenant le Cheval-Vert^ a fait baptiser un enfant au Désert, depuis l'ordonnance, et qu'à Saint-Jean-de- Gardonnenque, Henri Mazel s'est marié au Désert avec Suzanne Dumas (i). « Il me mande encore, Monsei-
(1) Le 14 novembre l'intendant donna l'ordre d'informer contre Solier et Mazel. Henri Mazel, tanneur, âgé de vingt-cinq ans, et sa femme Suzanne Dumas, âgée de dix-neuf ans, furent écr^uàs au Vigan. C'était le ministre Grail dit Lavernède, qui avait béni leur mariage à Saint-Jean. Us dirent que s'ils n'avaient pas
}(y BÉNÉZET DIT LA TREILLE.
gneur, » disait Cruvelli , « de vous supplier qu'au cas que Votre Grandeur fût dans la résolution de faire arrêter les femmes des ministres protestants, elle eût k bonté de faire différer cette expédition jusqu'à son emîer rétablissement, parce qu'il a des moyens à donner pour qu'on n'en manque aucun. »
Il ajoutait que Puechmille désirait un passeport pour parcourir librement le Languedoc et les provinces voisines. C'était d'autant plus nécessaire qu'il venait d'être arrêté plusieurs fois. Mais il fallait que le passeport indiquât que le porteur se rendait dans les Ct'vennes et le Vivarais d'après les ordres de l'intendant et qu'il fût sous le nom de Lagarde, « au moyen de quoi MM. les officiers le laisseront librement manœuvrer (i). »
Soulier indiqua une mesure excellente pour amener la retraite des pasteurs. Il s'agissait d'emprisonner les personnes qui leur tenaient de près et qu'on ne relâcherait que s'ils consentaient à franchir la frontière. Ce moyen , employé sans succès, vingt ans auparavant, contre Pierre Durand, l'apôtre du Vivarais, dont le père languit longtemps dans le fort de Brescou , et la sœur dans la tour de Constance, avait réussi contre un autre pasteur du Désert, Maroger. Au reste, l'espion comptait bien que cette mesure permettrait aussi d'arrêter quelques pasteurs. Il dressa donc une liste exacte des ministres du Désert, de leurs femmes, de leurs
épousé à l'église c'était pour éviter des longueurs dont leurs parents auraient profité « pour faire rompre leur inclination ; » et qu'on les avait assurés, d'ailleurs, de la tolérance de l'Etat en cette matière. Nous ignorons la suite de l'affaire. ^l) Uçlire du 4 octobre 1750, papiers Vielles (fonds Fraissinet).
pères et mères, dans laquelle on trouve cette indication ': « A Marsillargues , la veuve de Rodier, fille de M. Planchet, femme de Bénézet, prédicant et apostat. Il a même été ecclésiastique, » — « Comme la prise des. gens qui sont ici nommés, » ajoutait le traître, n est extrêmement utile au bien de l'Etat et de la religion, on n'y saurait porter trop de précautions. En conséquence, il serait bon qu'il y eût un jour fixé pour cela, afin que le malheur des uns ne donnât pas aux autres le temps de se précautionner. Il faut ensuite donner des ordres très pressants, aux officiers chargés de Texécution , de s'acquitter de leur devoir, afin qu'ils prennent bien leurs dimensions. Que ceux qui douteraient d'une heureuse réussite, ou pour ne pas savoir la maison des personnes qu'ils devront prendre ou autrement, ne s'adressent qu'au curé de l'endroit, en lui ordonnant même le secret de la part du roi (i). » Les prêtres ne reculaient pas devant le triste rôle de dénonciateurs.
Bénézet, voyant s'approcher l'orage, mit en sûreté sa femme et son enfant. Pour lui, sans mission ofîicielle, il n'en resta pas moins dans la province, faisant, selon l'exacte expression d'Antoine Court, « quelques fonctions de prédicateur, sans être encore agrégé iiu nombre des proposants. » Les menaces , d'ailleurs . ne l'effrayaient guère : « Ma chère demoiselle, » écrivait-il, le 23 mai 1751 , à une dame protestante, « nos enne* mis, comme vous voyez, font tous leurs efforts pour éteindre entièrement notre culte public. Ils font des
(i) Bulletin^ t. VII, p. 464. — Voir aussi Hugues, HisL dû VEglise réformée d'Anduie^ p. 81^, qui reproduit plus au longr [ç mémoire de Soulier,
promesses pour en venir à bout, tout d'abord suivies de menaces. Les ennemis déclarés de Jésus-Christ n'ont jamais tant persécuté les chrétiens que les papistes Font fait envers nos pères, de même qu'à nous... Mais tout cela ne doit pas nous faire demeurer dans nos maisons, lorsque le bon Dieu nous fait la grâce de nous envoyer des ministres ou des prédicateurs qui, à l'exemple de Jésus-Christ, sont toujours disposés à répandre la dernière goutte de leur sang pour la cause de l'Evangile. Vous devez imiter, dans cette occasion, la générosité des fidèles hébreux qui avaient souffert avec joie le ravissement de leurs biens, et qui préféraient les prisons, les bois, les déserts, plutôt que de conserver l'abondance et Téclat où ils étaient auparavant. Ayez aussi toujours devant vos yeux ces illustres martyrs de l'Ancien Testament, ceux de l'Eglise primitive et ceux de nos jours, qui sont MM. Homel, Brousson, Rey , Roussel, Durand, Roger, Ranc , Lubac (i). Le premier resta quatorze heures sur la roue sans avoir rendu l'esprit. Il mourut avec un courage intrépide, de même que les autres. » Puis il ajoute, comme s'il avait de la peine à quitter un pareil sujet : <c Je serais un peu trop long si je voulais citer tous les ministres et les prédicateurs qui ont répandu leur sang sur des roues et sur des gibets pour la religion protestante, je veux dire pour la religion que le Fils unique de Dieu a portée sur la terre ; mais je me borne à huit à présent. » Il ne se doute pas qu'il fera bientôt le neuvième.
Il songeait toutefois à quitter les Basses-Cévennes , où Ton ne s'empressait pas de le nommer proposant,
(i) Autre nom dç Désubas.
pour une autre province qui lui fît meilleur accueil. Il s'en ouvrit au pasteur de la Provence , Auguste Lafon dit Fontenelle, qui reçut favorablement sa requête, a Votre dessein étant de me rejoindre, » lui écrivait-ii de Lourmarin, le 27 juillet, a il faut avoir la précaution de vous munir d'une bonne attestation touchant vos vîc et mœurs (i), et d'une permission en forme et expresse de passer dans une autre province, sans spécifier laquelle. » Il ajoutait qu'il le ferait recevoir comme proposant p2tr les Eglises, dès qu'il aurait appris à le connaître; mais qu'il ne fallait pas songer à le rejoindre avant l'hiver. Bénézet, impatient, lui écrivit de nouveau, et il eut raison d'insister. Lafon lui répondit le i®*" octobre : « La triste situation dans laquelle vous me dites vous trouver me touche infiniment, et, puisqu'il n'y a pas d'autre moyen pour adoucir vos mauXj venez. Nous ferons comme nous pourrons. II faudrriit être muni au moins d'une attestation. Votre silence me réjouissait. Je croyais que l'on vous avait donné satisfaction. Vous vous rendrez à l'adresse que je vous ai donnée, mais vous ne vous déclarerez à personne. Seulement vous demanderez à me parler. »
Bénézet, ravi, s'empressa de demander la pièce désirée au synode de sa province, qui se réunit le 15 octobre. Paul Marazel, Boyer, Grail et Gal-Pomaret lui délivrèrent sans enthousiasme le certificat suivant :
(i) Cette exigence de Lafon était conforme aux Règlements pour servir à la province des Basses-Cépennes, qui portaienij art. XXXI : « Les ministres, proposants et disciples, lorsquILs quitteront un quartier, demanderont un certificat de bonne vie et mœurs, sans quoi ils ne seront point reçus dans aucun autrç. n Papiers Vielles,
« Nous, soussignés, ayant été requis par le sieur Bénézet, qui a rempli les fonctions de prédicateur et a été reconnu pour tel au milieu de nous, de lui accorder un certificat de vie et de mœurs, nous le lui accordons d'autant plus volontiers que nous pouvons dire, avec parole de vérité, qu'il s'est conduit au milieu de nous avec sagesse, nous ayant paru rempli de bonnes moeurs, de piété, de zèle pour l'avancement de la gloire de Dieu. Nous espérons qu'avec le secours de Dieu, il fera des progrès dans les sciences et qu'il sera utile à l'Eglise. Nous le recommandons à la grâce de Dieu et à la bienveillance de nos frères... » — « Il était généralement reconnu pour peu sensé, » ne craint pas d'écrire Paul Marazel. « Nous fûmes d'avis de trouver une occasion de nous en défaire (i). » En réalité, les amis de Bénézet , en lui délivrant cette pièce , l'envoyaient à la mort. C'est sur elle que s'appuiera l'accusation pour établir sa qualité de prédicant et réclamer une condamnation capitale.
Lafon , qui le reçut avec bonté, apprécia bientôt les qualités de son jeune collaborateur. Bénézet passa près de lui trois mois, les plus heureux de sa vie de prédicateur. Dieu lui ménageait ainsi quelques jouissances spirituelles avant d'interrompre brusquement sa carrière. Mais une partie de son cœur était restée dans les Cévennes. « Au bout d'environ deux ou trois mois d'absence de notre province, » dit le pasteur Marazel, « la fantaisie lui prit d'y venir faire un tour. Il passa partout dans l'intervalle de dix-huit jours. » Le jour de Noël 1751, deux à trois mille personnes se réunirent pour célébrer la naissance du Fils de Dieu , près
(1) Ch. Dardier, Paul Rabaut] ses lettres à Court, t. H, p. 176.
du château de la Rouvière, sur le penchant de la montagne du Rocal , au pied de laquelle coule le Crieulou , qui coupe le grand chemin de Nîmes à Quissac. Le lendemain, qui était un dimanche, elles se retrouvaient à la même place, à genoux pour la prière, quand tout à coup apparaît le capitaine de de Terreneuve, envoyé par le chevalier de Halguet, commandant de Vie , avec trente soldats du régiment de Lyonnais, qui fondent sur ces protestants inoffensifs, la baïonnette en avant. Le proposant Vincent, qui fut le grand-père du célèbre pasteur de Nîmes, Samuel Vincent, présidait le service. Sans prendre le temps de quitter sa robe , il monte à cheval et fuit avec une partie de l'assemblée, qui compte dans ses rangs six soldats habillés de blanc, avec des parements et des vestes rouges. Des hommes déterminés , au nombre d'environ cent cinquante, restent sur la place pour protéger la retraite des femmes et des enfants. A leur tète est Bénézet. Voyant le détachement s'approcher toujours, il lui crie : « Laissez-nous prier Dieu. Nous sommes chrétiens et Français comme vous, et nous servons le même prince. » — « Si vous m'attendez , » réplique brutalement l'officier, a je vous ferai hacher comme chair à pâté. » Bénézet indigné : « Si vous avancez , nous nous défendrons à coups de pierres. Mettez bas les armes, venez à nous, approchez! » A ce moment, le détachement passe le Crieulou ; mais, voyant que les protestants, après leur manifestation, ont gagné par groupes les hauteurs, il revient à Vie, emmenant la mule rouge d'un certain Feuillade, de la métairie de Cabane, qu'on avait failli prendre luimême, peu auparavant, pour avoir fait baptiser un enfant au Désert. Les grenadiers, qui venaient d'IJzès
pour le saisir, s'arrêtèrent trop longtemps à Hortoux et le manquèrent.
Après cette assemblée, où il avait fait preuve d'un si ferme courage, Bénézet continua sa tournée. Le 26 janvier, il il'tait du côté d'Alais, auprès du pasteur Paul Daignes , qui ajouta à l'attestation qu'il portait sur lui ics lignes suivantes : « C'est avec plaisir que je souscris au présent certificat, ayant toujours reconnu en M. Bénézet des sentiments de piété, de zèle pour la gloire de Dieu, et un désir déterminé de se rendre utile dans les églises sous la croix. » Deux jours après il écrivait, de Saint-Jean-de-Gardonnenque, une longue lettre à une dame rùfugiée de ses amies. Jamais il n'avait montré plus d*entrain : k J'ai quitté les marchands des Cévennes, » lui disaît-il, « depuis environ cinq mois. Je suis à présent dans la boutique de M. Fontenelle que vous avez connu à Lausanne. Il demeurait dans la maison de M. Canipredon. Je lui ai des obligations infinies. Il m'aime comme si j'étais son propre fils. Il m'a fait sortir du purgatoire pour me faire entrer dans le paradis. Je suis aujourd'hui au comble de mes désirs. »
n ajoutait: « Ma chère demoiselle, j'ai été ravi en admiration en lisant votre chère lettre. J'ai versé des torrents de larmes de la joie qu'elle m'a fait. Continuez à cultiver cette aimable Gabrielle. Quelque jour, s'il platt à Dieu, je lui servirai de père. En vain on dit que Téloignement fait l'amour perdre; la mienne, à votre égard , augmente de jour en jour. Apprenez-moi, s'il vous plaît, comment vos affaires sont à présent. Faitesmoi réponse, sitôt reçu ma lettre. Ayez la bonté de m'envoyer un sermon sur la résurrection de Jésus- Christ, un autre sur sa mort, un autre sur son ascension, et enfin un autre sur la repentance. De grâce, ma
chère demoiselle, ne montrez à personne mes lettres; vous m'obligerez infiniment. Je prie soir et matin l'Arbitre suprême qu'il répande sur vous ses bénédictions les plus précieuses , de même que sur votre aimable fille, que j'aime tendrement. Au reste, avec le secours du ciel , j'aurai le bonheur de vous embrasser dans une année. Mon adresse est chez M. Bonljol, commis chez M. Mathieu, à la Romaine, à Nîmes, et sous enveloppe : pour rendre à François Bénézet, Vous aurez la complaisance, lorsque vous m'enverrez les sermons que je vous demande, de dire dans votre lettre : « Je voas envoie vos sermons. » Tout d'abord que j'aurai le bonheur de recevoir votre chère lettre , je vous ferai réponse et je vous enverrai aussi neuf livres de France pour la chère Gabrielle. » Puis il assurait de ses respects un grand nombre de personnes.
Cette lettre ne parvint jamais à son adresse. Le eutlendemain, avant qu'il l'eût mise à la poste, Bénézei était arrêté.