‹ Trois prédicateurs sous la croix au dix-huitième siècleChapitre 9 sur 31 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Le prix du sang. — Réclamations d'un traître. — Meurtre de la veuve Villaret. — Calomnies de Polibourg. — Acquittement de Mflhistre et des femmes Fraissinet. — La veuve de Bénézet se rièfugie en Suisse.

Le jour même de Texécution, le vicomte de Saint- Priest écrivit cinq lettres à Versailles. Le garde des sceauxj le chancelier, le comte d'Argenson, le maréchal de Richelieu, le comte de Saint- Florentin furent en même temps informés de la condamnation. « Comme il ne sera exécuté, » leur disait-il, « qu'après le départ du courrier d'aujourd'hui, j*ai cru devoir profiter de cet ordinaire pour vous rendre compte du jugement. Je ne prévois pas qu'il puisse survenir aucun inconvénient pour l'exécution, et c'est de quoi j'aurai l'honneur de vous informer. » Comme l'exécution ne fut marquée par d'autres incidents que la fermeté de Bénézet, et le témoignage qu'il donna de ses espérances chrétiennes, le soifj l'intendant satisfait reprit la plume : « J'ai eu l'honneur de vous rendre compte ce matin du jugement qui avait été prononcé contre le nommé Bénézet. Il a été ext^cuté sans le moindre trouble, et il est mort en vrai fanatique, avec une obstination marquée dans ses erreurs. > Le martyr ne pouvait souhaiter une plus belle oraison funèbre.

Bénézet pendu, il fallait payer le prix du sang : « Il me paraît très essentiel, » disait le comte de Saint- Florentin à M. de Moncan^ « de récompenser le sieur Desmarcieux (i), comme vous le proposez, et j'en parlerai vivement à M. le comte d'Argenson (2). » Le 50 mars suivant, le secrétaire d'Etat écrivait à Theureux lieutenant lui-même : « Lorsque j'ai été informé, Monsieur, du zèle avec lequel vous vous conformez aux instructions de M. le comte de Moncan, et de la part que vous avez eue à la capture de M. Bénézet, je me suis, fait un plaisir de vous recommander à M. le comte d'Argenson. Il m'a promis de vous être favorable et de vous procurer la croix de Saint-Louis, aussitôt que les circonstances le permettront. Je lui en parlerai encore volontiers, lorsque l'occasion s'en présentera. » Toutefois, le ministre de la guerre se ravisant, ne voulut récompenser de pareils services que par une gratification de trois cents livres. Quant à celui qui avait « procuré la capture, » sans doute Puechmille, et aux quatres dragons du régiment de la Ferronays qui avaient prêté main-forte à de Marsault, ils reçurent chacun une gratification de quatre cents quatre-vingt livres, somme considérable pour le temps. Cet argent fut prélevé sur le fonds des amendes que les nombreux procès intentés aux religionnaires, et la confiscation de leurs biens ne cessaient d'alimenter. C'est ainsi que, par un dernier raffinement de cruauté et d'injustice, on obligeait les protestants à payer eux-mêmes les frais qu'entraînait la capture de leurs pasteurs.

(1) Il est appelé plus souvent de Marsault ou des Marceaux.

(2) Ch. Coquerel, Histoire des Eglises du Désert, t. I, p. 53. Lettre du 15 février.

On se rappelle que Puechmille avait procuré à Bénézel le déguisement complet qu'il portait lors de son arrestation. 11 voulut rentrer dans son bien en même ïemps qu'il recevait en espèces sonnantes le prix de ses services : L'intendant, qui le connaissait pourtant, demanda sur lui des renseignements plus complets au curé Jacomon. de Nîmes, dont la réponse est assez embarrassée : Puechmille se dit catholique, et les protestants le considèrent comme un des leurs. Il lui serait donc facile de faire arrêter les ministres, dont il connaît les demeures et les habitudes ; mais ne ferait-il pas « les deux mains ? » On ne voit pas en lui des marques sûres de catholicité, bien qu'il prétende assister chaque dimanche à la messe. D'ailleurs, il est prêt à s'informer exactement v des articles que M. Puechmille met en avant au sujet du proposant, » si son noble correspondant ie désire.

L'intendant revenantàlacharge,Jacomon lui annonça, le I 2 février, qu'il recevrait la visite de Tespion et qu'il s'expliquerait avec lui. 11 ajoutait : « Par rapport à la veste du prédicant, je puis bien dire que le sieur PuechmilJej Tannée dernière, vint me voir sur le tard, comme il le fait , avec une pareille veste qui est d'une étoffe rouge qu'on appelle « diablement fort, » à boutons dor. Elle me paraissait assez bonne. Savoir si c'est la même. » Puis, comme Puechmille lui avait déclaré que ses avis pour arrêter les ministres n'étaient pas suivis, il concluait, en bon apôtre : « Je n'ai pas trop osé insister à cet égard, à cause de mon ministère, sur les propositions et les espérances dont votre lettre parlait* Comme il aura l'honneur de vous voir, vous pouvez, Monseigneur, appuyer sur le simple exposé que je me suis contenté de lui en faire, »

L'archevêque d'Avignon , mieux renseigné que le curé de Nîmes, ou plus franc, ne craignit pas d'intercéder lui-même pour ce misérable. Il faut citer sa lettre du 6 février à l'intendant : « L'intérêt vif et réel que je prends à tout ce qui peut regarder M. de Puechraille, qui, depuis assez longtemps, témoigne tant de zèle pour le bien de la religion et de l'Etat, m'oblige à réclamer vos bontés pour lui dans un cas qui vient de lui arriver. 11 a fait arrêter par ses soins, aux environs du Vigan, un prédicant, nommé Bénézet, qui lui a emporté divers effets. Il lui avait encore fait prêter un cheval avec tout le harnais et une paire de pistolets d'un prix assez considérable, et le tout est entre les mains des dragons qui ont fait cette capture. Je vous supplie, Monsieur, très instamment, de vouloir bien donner des ordres pour que le tout, qui est au moins de quatre cents livres, ne reste pas en perte à ce jeune homme, que (sic) sa situation ne permettrait pas de pouvoir payer. Il est digne de votre protection, et je me flatte qu'à ma très humble prière vous voudrez bien la lui accorder en cette occasion. »

Saint- Priest répondit au prélat que personne ne souhaitait plus sincèrement que lui de faire du bien à son protégé. Il le verrait bientôt et serait charmé qu'il le mît en état de lui faire rendre ce qu'il lui demandait ou de l'en dédommager d'ailleurs, « s'il trouvait le moyen de nous faire faire quelque capture importante. » Espérons que ce digne serviteur de TEglise et de TEtat aura pu établir, sans conteste, sa participation à l'arrestation de Bénézet et obtenir les félicitations et les récompenses dues à son mérite (i).

(i) Puechmille continua longtemps son triste métier. En

La veuve Villaret, née Flavier, qui lui avait servi d'instrument, paya cher sa dénonciation. Dans la nuit du 4 au 5 mars, des inconnus pénètrent chez elle, et, après l'avoir attachée, lui coupent la langue et la font mourir à petit feu. A cette nouvelle, Saint-FIoffentin, d'ordinaire si maître de lui, s'indigne : « Il est important, ï) écrit-il, « de châtier d'une manière éclatante lassassin de la veuve Villaret, s'ils ne l'ont tuée que par fureur de parti et par vengeance. » Un certain Parlongue, de Molières, homme de sac et de corde, accusé de ce meurtre, est arrêté. Deux autres prévenus, Gibert et Recolin, ce dernier catholique de naissance, qui demeurait chez Parlongue, comme garçon fabricant de bas, prennent la clef des champs. Parlongue, condamné . à être rompu, le 6 juillet, par le tribunal du Vigan, fut , transféré à Toulouse. Le parlement devait reviser son procès ; mais les preuves lui paraissant insuffisantes, il demanda un supplément d'enquête. « Il est d'une extrême conséquence pour le bien de la religion, » écrivait le ifi octobre Finiel, procureur du Vigan, au chancelier, ^ qu*un homme de cette espèce ne reparaisse pas dans le pays, et particulièrement dans les Cévennes. Je vous

ûoût j;Ç4, l'intendant lui accorda trois cents livres sur les fonds des amendes pour espionner à Taise dans les Cévennes et la Vauna^e. Il obtint, en mars 1756, le poste de contrôleur des actes des notaires à Marvéjols ; mais il gardait pour lui une parsie des droits qu'il percevait. L'adjudicataire des fermes générâtes s'étant aperçu d'une diminution progressive dans les recettes du bureau, l'inspecteur fit une enquête et trouva la régie dans le plus grand désordre. Puechmiile n'en réclama pas moins de Tavancement ; mais le vicomte de Saint-Priest répondit : u II esi étrange que ce commis qui, par ses infidélités, s'est rendu indigne de toute sorte d'emplois, fasse solliciter l'ambulance du département. » (Arch. nationales, TT, 250.)

supplie d'en parler à M. le procureur général du parlement de Toulouse, qui est actuellement à la cour, afin que si, par Tarrêt qui interviendra, cet homme était mis hors de cour, il ne fût point pour cela élargi des prisons; car, en ce cas, je proposerais de le faire enfermer pour le reste de ses jours dans le fort de Bresoou. Il était si redouté dans le pays que personne n'osait parler contre lui, lors même qu'il était dans les fers, îî L'affaire traîna en longueur et Parlongue trouva le moyen de s'évader. Après avoir roulé deux ou trois uns à rétranger, il revint à Molières. Le duc de Mirepoix le fit arrêter et enfermer dans les prisons de Saint - Hippolyte (i).

M. de Polibourg, Tofficier de dragons qui avait conduit Bénézet à Montpellier, prétendit que les hôtes du Cheval-Vert, Peyren et sa femme, sœur de la VilUret, avaient trempé dans le meurtre. Il les dénonça à Tintendant et ne craignit pas d'affirmer que les ministres, après avoir prié pour la Villaret, avaient décidé dans un consistoire qu'elle'serait mise à mort par ses propres parents, qui ne devaient pas craindre de la sacrifier k leur vengeance. L'argent trouvé sur elle devait faciliter l'évasion des meurtriers. Il affirmait que deux pasteurs, déguisés en femmes, étaient venus chez les Peyren, la veille de l'assassinat, pour leur signifier la décision de leurs collègues. Calomnies aussi absurdes qu'odieuses qui se renouvelleront dix ans plus tard, à Toulouse, à l'occasion des Calas, et que l'intendant refusa d'écouter-

(i) Arch. nationales, TT, 3J0. Marazel disait, dans la letlre citée plus haut : « L'auteur du fait est un certain Gîbert. ►> Voir, pour l'affaire Viiiaret, Archives de l'Hérault, fonds de Tancienne intendance, C. 4^7.

l\ cnit plus volontiers le subdélégué du Vigan, qui donnait pour motif à Tirritation de la femme Peyren la mauvaise conduite de sa sœur. Elle craignait de voir ies marchands protestants déserter son auberge, si les soupçons qui pesaient sur cette dernière s'étendaient sur elle. D'ailleurs, il fut prouvé que l'assassinat de cette malheureuse femme n'avait eu que le vol pour mobile, et les nouveaux convertis eux-mêmes, comme nous l'apprend le subdélégué Daudé d'Alzon, furent consternés de cet événement et blâmèrent hautement les auteurs du crime.

Ces recherches du moins établirent la parfaite innocence de Louis Mahistre et des femmes Fraissinet. Après avoir subi plusieurs interrogatoires et passé deux mois dans la citadelle, en proie aux plus sombres appréhensions, ils furent enfin relâchés, le 20 avril, et rentrèrent en paix dans les Cévennes.

Au milieu de ces tristes événements, que devint la veuve du martyr, à laquelle il rendait un jour ce beau témoignage : « Si le Seigneur de gloire trouvait à propos de retirer de ce monde ma chère femme, que j'aime de tout mon cœur, la perte me serait fatale, parce qu'elle est revêtue de toutes les vertus chrétiennes? »

EUe était engagée dans un procès à la mort de son mari. Avant sa grande épreuve, elle avait fait part du triste état de ses affaires à sa belle-mère et lui avait demandé de recevoir sa fille. Elle s'adressait mal. La veuve Rodier lui fit, le 29 novembre 1 75 1 , cette réponse dont elle n'essayait pas de déguiser la dureté : « J'ai été bien surprise des termes dont vous usez dans votre lettre et plus encore des propositions qu^elle contient. Si vous vous plaignez de votre situation, je vous déclare que la mienne n'est pas plus favorable, quoique je n'y

aie point donné lieu. Vous savez que feu votre père est cause de tous nos malheurs. C'est à votre famille à vous •soulager, d'autant plus que si votre père a mal établi votre dot, c'est sur ses biens que vous devez demander d'être redotée. C'est à vous à suivre cette règle comme la plus ordinaire et la plus sûre... Pour moi, j'ai assez affaire, avec une provisionnelle bien modique, de me nourrir avec mes deux filles, très succinctement, sans me charger d'un enfant que votre qualité de mère et votre devoir vous engagent d'entretenir. On ne renvoie pas ainsi les enfants légitimes. C'est tout ce que vous pourriez faire à un bâtard. Ainsi je suis bien aise de vous avertir que si vous entreprenez d'envoyer votre enfant, un bon acte et un huissier le reconduiront chez vous, à vos dépens. Je ne vous connais en rien ni n'ai autre chose à vous dire. A l'impossible nul n'est tenu, et la première charité commence par soi-même. Voilà les proverbes, puisque vous vous en servez. Je prie l'Arbitre souverain , à qui vous n'êtes pas moins chère que les autres créatures, qu'il vous soutienne et qu'il ne vous fasse pas perdre de vue ce que je vous marque dans cette lettre. »

Une lettre de son beau -frère Dupasquier respirait des sentiments plus humains : « Aussitôt que je pourrai, » lui disait-il, « j'irai vous voir et nous parlerons de toutes choses. Présentement, je vais travailler à vous procurer une provisionnelle. Soyez tranquille, ne vous chagrinez pas. Vous n'avez pas affaire avec des Turcs. Toutes choses prendront fin, s'il plaît à Dieu. »

Quand la catastrophe arriva, la pauvre femme était à Nîmes. « Sa désolation est plus aisée à sentir qu'à exprimer, » écrivait Rabaut à Court le 9 février, « et pour surcroît d'affliction, elle se trouve dans la dernière mi-

sêre. N'y a-t-il aucune ressource pour elle dans les pays étrangers, supposé qu'elle soit contrainte d'y chercher un refuge (i)? »

Elle ne tarda pas à prendre avec sa fille Suzanne le chemin de l'exil , et Rabaut d'en informer encore son ami dans une lettre du 24 avril : « La femme Bénézet est passée du côté de chez vous. Voyez s'il n'y aurait pas moyen de lui aider à vivre (2). » Son cousin de Genève lui offrit quelque temps l'hospitalité ; mais, craignant sans doute d'être moins en sûreté à Genève qu'à Lausanne, elle se rendit dans cette ville le premier dimanche de mai, et Court la plaça avec M™® Lassagne, la veuve d'un pasteur du Vivarais, qui pouvait bien sympathiser avec elle, car son mari avait aussi donné sa vie pour la cause de l'Evangile (3).

Sarrasin l'aîné, pasteur et professeur à Genève, pria Schneider, pasteur de l'église française de Zurich, de demander au gouvernement bernois des secours pour la pauvre femme. Il lui répondit : <^ La veuve Bénézet est hors de toute contestation, dignç de toute assistance, et je ne doute nullement que LL. EE. de Berne ne pourvoient à sa subsistance par une pension

(i) Ch. Dardier, Paul Rabaut\ ses lettres à Court^ t. II, p. 177.

U) Ibid., p. 196.

{}) Arch. Sérusclat. — Court ajoute : « Il m'arriva, le même soir, douze autres personnes qu'il fallut placer. Quel peut être le nombre des nouveaux débarqués dans notre ville ? C'est pitié que nos ressources par ici. Rendons néanmoins justice à la cha- Hié. Plusieurs bonnes âmes se sont empressées à la manifester. Mais le pouvoir seconde mal la bonne volonté. Outre ceux que je viens de nommer, nous avons une famille du Dauphiné. » On lit encore dans le Bulletin^ t. XXXV, p. 29 j : « Le ?o avril, arrivées les femmes de ceux du Cailar, avec leurs maris, de même la veuve Bénézet et sa cousine. »

fixe (i). » De leur côté, les églises du Désert n'oublièrent pas la veuve de celui qui s'était si généreusement consacré à leur service. Celle de Montpellier demanda pour elle au synode du Bas-Languedoc une pension de vingt-quatre livres. L'assemblée pria la province des Basses-Cévennes , au sein de laquelle Bénézet avait exercé son court ministère, « d'avoir la charité d'accorder à sa veuve ce petit secours (2). »

Ce fut un fils qu'elle mit au monde sur la terre d'exil, et les sympathies qu'elle inspirait s'en accrurent. Elle trouva toujours dans son parent de Genève un ami sûr. Ce dernier faisait passer à Antoine Court les secours que les amis de cette ville lui destinaient, a J'attendais, » lui écrivait-il le 2 juillet ly"?;, « qu'on eût réglé ce qui concerne ma cousine et son petit pour avoir l'honneur de vous écrire à son sujet. Voici, Monsieur, ce dont il a été convenu : c'est de vous tenir compte de six livres de Suisse par mois, jusqu'au i*'' mai dernier et, depuis lors, de deux livres de Suisse, aussi par mois. J'aurais bien souhaité qu'on eût fait quelque chose de plus, mais ce que la petite coûte, qui va fort loin , ne l'a pas permis. »

Il ajoutait : « Je sens combien ma cousine aura besoin d'économiser et de travailler pour subvenir à ses besoins et à ceux de son fils, avec douze livres de Suisse par mois. Je ne sais. Monsieur, s'il ne conviendrait pas de lui donner une somme proportionnelle par mois et que votre direction ou quelques bonnes âmes voulussent bien avoir la charité de se charger du soin de Ten-

(1) A. Lombard, ouvrage cité, appendice, p. 106. La chambre des réfugiés de Berne lui fit une pension de cent écus.

(2) Ed. Hugues, Les Synodes du Désert, t. II, p. 190.

hrtt* Persuadé du tendre intérêt que vous voulez bien prendre au bien de ce pauvre innocent, je continue à prendre la liberté de vous le recommander. Vous n'obligeriez pas moins en cela M. le professeur de Roches (i).» Il est consolant de penser que la pauvre veuve, si douloureusement atteinte dans ses plus chères affections, fut, ainsi que ses enfants, entourée sur la terre d'exil des délicates prévenances de la charité chrétienne. Sa fille Suzanne avait su gagner les bonnes grâces de M»' Pierre Dejean, de Genève, fille d'un Nlmois établi à Paramaribo, dans la Guyane hollandaise, et nièce d'un pasteur irlandais. En 1764, elle reçut d'elle, en testament, cent cinquante livres (2). On ignore ce qu'elle devint, ainsi que son jeune frère. Firent-ils souche de l'autre côté des Alpes, et la république helvétique compte-t-elle parmi ses enfants des descendants directs du martyr ? S'il en existe, ils possèdent, à défaut d'autres richesses, un héritage sacré : le souvenir de celui qui, renonçant à sa vie même pour suivre Jésus, leur a laissé Texemple d'une fidélité à toute épreuve.

(r) Papiers Court, n° i, t. XXXVIII, p. 479.

[2] Ch. Dardier, ouvrage cité, t. I, p. 10.

Page 1