PREFACE DU TRADUCTEUR XXI
contribué à la faire. Ces visites à la rue Las Cases, toujours accueillies avec bienveillance étaient pour moi une haute satisfaction intellectuelle, une des plus précieuses parmi toutes celles que la vie de Paris pouvait m'offrir. M. de Beust aimait à évoquer le passé et aussi à raconter avec la verve qui lui était propre les événements et les épisodes auxquels il était mêlé. Bien des passages de ces mémoires m'étaient connus en substance lorsque je les ai retrouvés dans le livre. Je les avais recueillis de la bouche même de l'auteur avant qu'ils fussent imprimés, je n'ai donc pas été surpris en lisant la préface, d'y retrouver cette profession de foi relative aux Mémoires oV outre-tombe l. M. de Beust me l'avait répété à plusieurs reprises, de même qu'il m'avait expliqué pourquoi il ne pouvait se décider à communiquer des fragments de l'ouvrage aux revues qui le sollicitaient. Mais ce refus avait une autre raison plus péremptoire ; j'ai lieu de supposer que jusqu'en octobre 1882, époque de son départ de Paris et de sa rentrée dans la vie privée, M. de Beust n'était fixé ni sur le caractère et l'étendue qu'il donnerait à son autobiographie ni sur l'époque exacte de la publication. L'ouvrage n'existait alors qu'à l'état d'embryon, de projet sous forme de notes éparpillées dans une foule de carnets. Ce n'est qu'après avoir été rappelé de Paris que M. de Beust trouva des loisirs — un peu forcés — pour entamer le travail de rédaction que sa plume agile mena
1. M. de Beust fait erreur à ce sujet, ou plutôt il s'est laissé induire en erreur par le titre. Les Mémoires d'outre -tombe parurent du vivant de Chateaubriand.