XXII PRÉFACE DU TRADUCTEUR
très prompt ement. Deux ou trois mois après son départ de Paris, je rendis visite à l'ancien ambassadeur dans son Tusculum de Altenberg aux environs de Vienne. M. de Beust était encore sous le coup de sa disgrâce et la récente publication de M. Poschinger sur la « Prusse ù la Diète >> l'avait profondément froissé. Il méditait alors et ne s'en cachait pas, d'écrire un livre de combat destiné à réfuter les nombreuses attaques dont il avait été l'objet, et peut-être à révéler les diverses circonstances qui accompagnèrent sa démission de chancelier en 1871 et son rappel de Paris en 1882. Un ouvrage conçu dans un tel ordre d'idées promettait assurément d'être piquant, et avec la virtuosité bien connue de l'auteur dans le maniement de l'ironie, le livre eût certainement obtenu un succès retentissant de scandale et de vente. Seulement un tel pamphlet, malgré tout son esprit et malgré les justes griefs de l'écrivain, était -il digne de la renommée et de la carrière d'un homme d'Etat qui, pendant plus de cinquante ans, avait joué un rôle d'abord actif, puis considérable dans presque tous les événements qui ont agité l'Europe; était-il digne de l'ancien chancelier du grand empire d'Autriche? Etait-ce un libelle amusant et rempli de méchancetés que M. de Beust, chez qui la bienveillance et le dédain philosophique des injures formaient le fond du caractère, devait léguer à la postérité comme son testament politique et littéraire?
Le temps, la réflexion et peut-être aussi les conseils de la famille et d'amis sincères provoquèrent un revirement chez M. de Beust. Lorsqu'il se mit à la besogne, il avait rejeté bien