‹ Trois quarts de siècle (volume 2)Chapitre 20 sur 71 · XXX PRÉFACE DU TRADUCTEUR · texte numérisé non relu

XXX PRÉFACE DU TRADUCTEUR

posée d'éléments fort divers : étrangers, promeneurs, rentiers oisifs, mêlés aux vagabonds. Une voiture de place traversa péniblement la cohue et vint s'arrêter à un petit guichet à côté du corps de garde donnant accès dans les appartements intérieurs du Palais; M. de Beust, voûté, cassé, enveloppé de paletots et de cache-nez, en descendit. J'arrivai à temps pour le saluer avant qu'il s'engageât sous la voûte basse du guichet. Il paraissait compter beaucoup sur ses forces, car il me parla d'aller à Paris et à Londres. Il n'alla qu'à Gastein et fort tard dans la saison, ne voulant pas s;y trouver tant que l'empereur Guillaume et le prince de Bismarck y seraient. Cette cure d'automne l'affaiblit beaucoup et ceux qui le virent à son retour à Altenberg doutèrent fort qu'il passât l'hiver. Il mourut en effet le 30 octobre, sans douleur, sans agonie. Après avoir diné avec un de ses fils, il passa au salon et s'étendit dans un fauteuil. Tout à coup il poussa un cri inarticulé, sa tête retomba sur sa poitrine — et ce fut tout.

Les journaux de Vienne qui pour la plupart affectaient depuis longtemps de le traiter comme s'il n'existait plus, remplirent leurs colonnes d'articles nécrologiques et surtout d'anecdotes sur le défunt. Pendant huit jours, jusqu'à ses funérailles, M. de Beust fut l'« homme du jour », tout comme à l'époque où il proclamait le dualisme et où il obtenait l'abrogation du Concordat. Même les plus prévenus, les plus malveillants lui reconnurent trois qualités : un talent considérable, un esprit très vif et une bienveillance de plus en plus rare.

Cette appréciation sera certainement ratifiée par la postérité !

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