Le princ2 mourut en
certains actes qui ont signalé son long passage au pouvoir.
On connaît le mot attribué au prince deMetternich : // est possible que j'aie gouverné quelquefois l'Europe, mais je n'ai jamais gouverné l'Autriche !. J'ignore si le prince a prononcé cette phrase que j'ai entendu répéter et que j'ai lue bien des fois, mais en tout cas elle répond à la réalité des faits. Ce que l'on était convenu d'appeler le système de M. de Motternich était en contradiction avec les idées trop humanitaires du prince ; je dis trop humanitaires car M. de Metternich était optimiste. Seulement il faut bien avouer que le prince chancelier a gravement péché par omission en ne se rendant pas compte que son prestige à l'étranger dépendait beaucoup de son autorité à l'intérieur. Je ne m'arrête pas à cette considération. C'est l'action du prince sur le terrain européen, qui appelle la critique; des fautes graves ont été commises par lui et elles méritent d'être condamnées même si l'on se place au point de vue de sa politique.
Que de fois j'ai entendu répéter que l'Autriche était le pays des invraisemblances. Je démontrerai que ceux-là précisément qui abusent de ce dicton ont moins que d'autres le droit de se plaindre. En revanche, on a pu dire bien souvent et avec raison que l'Autriche était le pays des contradictions. L'ère du prince de Metternich offre beaucoup de ces contradictions. Tantôt tout est suspect et effraye, tantôt on n'a cure de rien.
1. C'était surtout vrai jusqu'à la mort de l'empereur François I" en 183".i. Ce prince, très autoritaire, n'admettait aucune immixtion dans le gouvernement intérieur de son empire, qu'il entendait diriger d'une manière exclusive et personnelle. (F. K.-A )
La Révolution de juillet n'a pas été, pour nous autres du moins, une surprise. Je venais de passer les semaines qui précédèrent les trois jours dans les villes d'eaux de la Bohême. Il s'y trouvait un grand nombre de diplomates et l'on parlait couramment du conflit prochain. Le ministre de France à Dresde appartenait à la plus vieille noblesse de son pays, c'était de plus un ami du prince de Polignac. Je me souviens parfaitement de ce qui lui est arrivé. Emu des propos qu'il entendait autour de lui, il écrivit à Paris pour déconseiller toute atteinte à la Charte. Polignac le laissa faire, puis il lui fit remarquer pour toute réponse que ses avis nuisaient à sa carrière. Le diplomate se le tint pour dit et, lorsque la publication des ordonnances fut connue, il s'empressa d'expédier au prince une dépèche de félicitations qui tomba entre les mains du nouveau gouvernement. C'en fut fait de la carrière du diplomate. Or, si l'on savait à quoi s'en tenir à Dresde, on devait être bien mieux informé à Vienne. Il eut été facile d'entreprendre des démarches efficaces en raison des liens étroits qui existaient entre les différents cabinets. Mais on préféra s'envelopper dans une sérénité olympienne comme, plus tard, quand on répondit au maréchal Radetzki demandant des renforts: « A quoi bon! l'Italie est une expression géographique '. »
On trouve parmi les papiers posthumes du prince de Metternich un rapport daté de Kônigswart et adressé à l'empereur
1. En 1847 lorsque l'agitation nationale et unitaire gagnait tous les jour6 du terrain. (F. K.-A.)
François Ier au sujet de la révolution de juillet. Il résulte de cette pièce ainsi que d'autres correspondances que le prince de Metternich connaissait les projets de coup d'État de Charles X. Il ne les désapprouvait nullement, mais il doutait que les gens qui avaient conçu le plan, fussent de taille à l'exécuter avec succès. J'ai donc parfaitement le droit de blâmer l'insouciance et l'indolence dont on a faitpreuve, et mon opinion ne saurait être modifiée par le passage suivant que l'on trouve dans un des rapports du prince de Metternich.
« Je viens de recevoir le journal de Francfort ci-joint. Il en résulte que la révolution, la révolution la plus brutale l'a emporté à Paris. Ce fait prouve deux choses. D'abord que le ministère (français) s'est trompé sur le choix des moyens à employer, ensuite que j'avais raison d'attirer depuis deux ans l'attention des cabinets sur un état de choses menaçant. Malheureusement ma voix s'est perdue dans le désert. »
On aura de la peine à croire qu'à cette époque le prince de Metternich parlait dans le désert en s'adressant aux cabinets; mais ensuite on se demandera quel était le but de ses avertissements restés stériles ! Il n'avait certes pas l'intention de déconseiller à Paris le coup d'État projeté, ce n'était pas le coup en lui-même qui préoccupait le chancelier, mais la crainte de le voir manquer. Il ne pouvait être question davantage de mesures défensives militaires. La seule précaution à prendre c'était de s'entendre en commun sur l'attitude que garderaient les cabinets en présence de la victoire de la révolution «la plus brutale » et de l'ordre des choses nouveau qui pourrait en résul-
ter. Or comme catte éventualité était déjà prévue depuis deux ans, il y avait eu tout le temps nécessaire pour se concerter.
Je me suis ren lu à Paris peu de temps après la révolution de juillet ; plus tard j'y suis resté de 1838 à 1841 en qualité de secrétaire de la légation de Saxe. Jai donc eu de nombreuses occasionsde m'informer au sujet des événements, qui ont précédé et suivi lestrois journées. L'altitude du corps diplomatique avait été non seulement passive, mais incertaine, ce qui est bien pis, et elle eut une influence décisive sur la tournure des événements. Plus d'un ambassadeur se rendait parfaitement compte de l'importance solennelle du moment, mais il avait les mains liées par suite du défaut complet d'instructions. En outre, chose remarquable, le doyen de ce corps diplomatique était le représentant du souverain qui devait se montrer le plus défavorable au régime de juillet pendant toute sa durée. Mais l'ambassadeur du J tsar * s'abstint de toute intervention alors qu'il aurait dû en donner le signal.
11 n'y avait pas encore, il est vrai, de correspondance télégraphique, mais des courriers seraient arrivés à temps pour dicter au corps diplomatique un langage et une réserve qui auraient donné à réfléchir au duc d'Orléans. Si l'Autriche avait adopté avant les journées de juillet une altitude ferme, tous les cabinets, sauf peut-être celui de Londres, se seraient mis de son coté et auraient secondé son action. Le rôle et la personnalité de Louis-Philippe n'ont pas toujours été appréciés avec justesse ;